‹ Louis de Clermont, sieur de Bussy d'Amboise, gouverneur d'AnjouChapitre 18 sur 31 · CHARLES DE CHAMBES ET FRANÇOISE DE MARIDORT · texte numérisé non relu

CHARLES DE CHAMBES ET FRANÇOISE DE MARIDORT

Dévoué à la cause royale, Charles de Chambes guerroya contre les Ligueurs avec Antoine de Silly, comte de la Rochepot, le comte de Soissons, Lavardin et les autres chefs du parti de la cour. Le 20 octobre 15S7, il fut fait prisonnier à la bataille de Coutras1. Sa captivité fut de courte durée. Le 28 juillet 1589, il arrivait à Angers avec le prince de Dombes, qui, raconte Louvet, était accompagné de quatre cents chevaux. Après un séjour de quelques jours, il prit le chemin de la Bretagne. C'est à cette époque qu'il fut envoyé par le même prince, avec de la cavalerie légère et de l'infanterie, contre les paysans des paroisses voisines de Vitré. Les habitants de ce pays s'étaient soulevés, à l'instigation de Mercœur. Le comte de Montsoreau les décima par le fer, le feu et les pendaisons. Pendant toute l'année, il continua le cours de ses sinistres exploits. Il commandait,

1 C'est à tort que Bodin, dans ses Recherches historiques sur Sau mur, t. I, p. 316, dit que le comte de Montsoreau fut tué à Coutras.

en décembre, une compagnie composée de « trente gen- « darmes et de quarante-cinq archiers, au tiltre de « cinquante lances. ' » Son lieutenant était Jacques Ghalopin, seigneur de Ghevigné, près Saint-Georges-sur- Loire2.

La Vallée, dans sa chanson des Picques-Mouches , que nous avons déjà citée et qui est la contre-partie angevine de la satyre Ménippée 3, a raillé cruellement le comte de Montsoreau :

Savez- vous que je vey aussy, Qui bien tost nous quicta la place, Montsoreau à qui de Bussy Plancta une corne en la face.

Il s'en courut froid comme glace Tant il avait le cœur transsy.

Il n'est que d'aller.

Un fils de Charles de Chambes et de Françoise de Maridort, né à la Goutancière le 22 septembre 1594 et appelé Charles, fut tenu sur les fonts par Martin du Bellay et Louis de Beauvau. Le 16 octobre 1619, la reine

1 Voir la pièce justificative n° 13. — Il est qualifié, dans ce document, de « chevalier de l'ordre du roy, cappitaine de cinquante « hommes d'armes de ses ordonnances et maréchal de camp en son « armée de Bretaigne. »

* La terre de Chevigné relevait du Plessis-Macé. Elle appartenait aux Chalopin depuis le milieu du xvie siècle. Jacques Chalopin était fils de Bertrand Chalopin et d'Hélène de Daillon. Il s'armait : D'argent à trois roses de gueules. (Voir, sur cette famille, les Archives de Maine-et- Loire, E. 1916.)

3 Voir, dans la satyre Ménippée, édit. de Ch. Labitte, p. 25, la chanson de Passerat : // n'est que de bien courir.

mère, Marie de Médicis, fut reçue en grande pompe à Angers par une troupe de noblesse de plus de trois cents gentilshommes très bien montés et qui avaient à leur tête le maréchal de Bois-Dauphin, le commandeur de la Porte, les marquis du Bellay et de Brézé et le comte de Montsoreau. Ces seigneurs se rangèrent en haie le long du chemin « pour envisager ce nouveau soleil. » On admirait la bonne grâce, la fière prestance et la superbe attitude du comte de Montsoreau, alors âgé de soixante-dix ans et encore vert. C'était merveille de voir ce vieillard « tout blanc et chenu, dit « Louvet, ayant les cheveux et barbe tout blancs comme « neige, vestu d'ung pourpoint de toille d'argent à « ramaiges, des chausses touttes couvertes de clinquant, « l'espée dorée, les bottines accomodées de boutons d'or, « avec ung beau panache blanc, lequel faisoit voltiger « et aller son coursier à bonds et à voltes comme ung « jeune homme de vingt-cinq ans1. »

La réception fut magnifique. « La reine mère se jit « conduire en litière autour du camp formé, dans une « pièce de terre du domaine d'Espluchard , par cinq « bataillons composés de mousquetaires lestes et de « piquiers armés à cru, sous les ordres du sieur de la « Blanchardière-Gourreau , doyen des conseillers du « Siège-Présidial, capitaine et sergent-major. A son « départ, l'air retentit soudain du bruit d'une agréable « escopetterie, qui dura, par plusieurs reprises, fort

1 Journal de Louvet, Revue de V Anjou, 1855, t. I. p. 311.

« longtemps. Le cortège entra ensuite en ville par le fau~ « bourg de Brécigné *. »

Françoise de Maridort, « dame du chasteau d'Avoir, c du Breil-de-Foin et de l'Artusière en Anjou, le Ghas- « teau-Sénéchal, Vaux, la Freslonnière, le chasteau du « Pin, Bouer, Maixant et Courgady, » mourut le mardi 29 septembre 1620, au château d'Avoir, près Longue, à neuf heures du matin2. La terre d'Avoir avait pris titre de baronnie dès avant le xvie siècle et avait été acquise d'Hector de Montbron par Anne de Matignon, dame des Vaux, de la Freslonnière et de Saint-Maixent, en 1592. René de Chambes, chevalier, fils aîné de Charles de Ghambes et de Françoise de Maridort, s'intitule marquis d'Avoir, quoique la seigneurie reste au nom de baronnie jusqu'au milieu du xvne siècle. Il avait épousé, malgré sa mère, Marie de Fortias, fille du président, en 1617.

Le château d'Avoir, avec logis pour la résidence seigneuriale, enceinte fortifiée, doubles douves, pont-levis, jardins, chapelle, garenne, formait un enclos de plus de trois cents arpents. La chapelle était éclairée par cinq fenêtres ogivales, dont trois percées dans le fond du chœur. Le vieux castel, construit au xvie siècle, en manière de rectangle irrégulier, avec contreforts plats, surmontés de petits tourillons à toits pointus, que

1 B. Roger, Histoire d'Anjou, pp. 478-479.

2 Archives de Maine-et-Loire, dossier Maridort, E. 3289. — Le chartrier ancien de la seigneurie d'Avoir est déposé dans l'étude de Mc Cailleau, notaire à Longue.

percent des baies en meurtrières, présente un aspect pittoresque. La façade principale, tournée vers le couchant, est pourvue d'une dizaine de fenêtres, dont cinq à meneaux ornementés. Au-dessus, repose immédiatement l'immense toit conique, dont la forêt intérieure, encore intacte, est splendide. Sur la façade orientale, dit l'auteur du Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire, dont nous reproduisons la description, ressort, en avancement, un corps de bâtiment carré, dont les deux arêtiers dépassent le toit en formant une croix de Malte sculptée. On remarque à l'intérieur quelques restes de l'ancienne splendeur de cette belle demeure.

Au mois d'août 1618, René de Ghambes, à peine installé au château de Montsoreau, se voit « trompette « dans la ville et les faubourgs de Saumur en vertu « d'un décret de prise de corps » pour trafic de faux sel, que lui notifie le prévôt de Tours, assisté des archers. « M. le comte, lui et ses amis, en étaient en grande peine, » écrit le curé de Varennes.

Le 28 octobre 1618, Françoise de Ghambes naissait à la Coutancière. Elle eut pour parrain Urbain de Laval- Bois-Dauphin, marquis de Sablé, maréchal de France. Deux autres fils, Bernard et Charles, vinrent au monde en 1622 et 1623 ». Le 6 août 1623, René de Ghambes

1 Dict. hist. de M.-et-L., t. I, p. 785. — Bernard fut baptisé le 13 octobre 1622 par Éléonor d'Étampes, évêque de Chartres. Charles eut pour parrain, le 29 novembre 1623, Charles de Beaumanoir, évêque du Mans.

transigea avec Jacques de Longueval, son cohéritier, par acte passé devant Pierre Janvier, « notaire en la court royale du Mans, » résidant à Parigné-TÉvêque1. En 1628, le comte de Montsoreau prit le parti du maréchal d'Ancre contre Gondé. A la fin de juillet 1634, le prévôt d'Anjou, de la Lalande, accompagné d'archers, se présenta à la Goutancière avec mission d'arrêter le comte de Montsoreau, qui s'était enfui. On découvrit, dans le château, les outils et l'attirail complet d'une fabrication en pleine activité de fausse monnaie, même « nombre de pièces blanches prêtes à marquer. » René de Chambes mourut en 1649 dans un voyage d'Angleterre2.

1 Thorode, mss. 1004 de la Bibliothèque d'Angers, Recueil de documents sur les familles de V Anjou.

» Dict. hist. de M.-et-L., ibid., p. 584. — Le nom de Chambes s'éteignit en 1664 par le mariage de Geneviève de Chambes avec le marquis de Sourches.

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