‹ Louis de Clermont, sieur de Bussy d'Amboise, gouverneur d'AnjouChapitre 3 sur 31 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LOUIS DE GLERMONT EST NOMMÉ MAISTRE-DE-CAMP PUIS COURONNEL DE MONSIEUR.

Jacques de Clermont, dit d'Amboise, à cause de Renée d'Amboise, sa mère, troisième fils de Louis de Clermont, IIe du nom1, fut seigneur de Bussy et de Saxe-Fontaine, en vertu de la donation du cardinal d'Amboise, son oncle, à condition de porter son nom et ses armes 2. Il fut capitaine de cinquante hommes des ordonnances du roi et épousa : 1° Catherine de Beauvau, fille de René, seigneur de Moigneville ; 2° Jeanne de Romecourt, fille de Jean, seigneur de Massault.

1 Louis de Clermont, IIe du nom, fils de René, seigneur de Clermont et de Gallerande, vice-amiral de France, et de Perrette d'Estoute ville, fut maître d'hôtel du roi François Ier ; il épousa Renée d'Amboise, sœur de Georges, dit le Jeune, archevêque de Rouen, et fille aînée de Jean d'Amboise, seigneur de Bussy, baron des Bordes, en Touraine, et de Renel, en Champagne, conseiller et chambellan du roi, chevalier de son ordre, gouverneur de Normandie, et de Catherine de Saint-Belin, dame de la Fauche, de Choiseul, de Vignory, de Biaise et de Saxe-Fontaine. (Moréri, t. III, p. 762).

2 Georges d'Amboise, cardinal et archevêque de Rouen, mort en 1510.

Du premier lit, sortirent : Louis de Glermont d'Amboise, seigneur de Bussy, le héros de cette étude ; Hubert, seigneur de Moigneville, tué au siège d'Issoire, dans la tranchée, en juin 1577 ; sur VÉtat de la maison de Monseigneur en 1576, il figure comme gentilhomme de la chambre avec six cents livres de gage ; Georges, baron de Bussy, mari de Lucrèce Gastel San-Nazare, fille de Jean, seigneur de Morlai, dont il eut Charles et Hélène , femme de Henri de Quinquempoix , comte de Vignory ; Renée , femme de Jean de Montluc , seigneur de Balagny, maréchal de France, laquelle se signala à la défense de Cambrai, et mourut de douleur avant la reddition de cette place, le 9 octobre 1595; Catherine, épouse d'Olivier, seigneur de Ghastelus ; Françoise, femme du seigneur de la Ferté-Imbaut. Du second lit de Jacques de Clermont, naquit une fille, Renée de Clermont d'Amboise, qui fut mariée à Jean de la Fontaine d'Ognon, baron de Massignan '.

La branche des Clermont d'Amboise, barons de Bussy,

1 Moréri, ibid., p. 763. — Le Père Anselme, Le Palais de V honneur, 1686, in-4°. — On conserve, à la Bibliothèque nationale, (Col. Dupuy, n° 575, fos. 116-157 v°), un intéressant « plaidoyé pour Monsieur le duc de Lorraine, intimé contre les seigneur et dame de Bussy d'Amboise, seigneurs de Mougninville, appellantz. » Charles II, duc de Lorraine, contestait à Jacques de Clermont le droit de fortifier sa terre, « comme s'il eust esté en pais frontier, establir sentinelles, entretenir cinquante soldatz d'ordinaire, etc. » Il voulait aussi l'obliger à payer les deniers que son vassal refusait de lui verser. — La seigneurie de Bussy était sans doute « la baronnie de Bussy aux Amougnes, dans le Nivernois, diocèse de Nevers, qui a appartenu longtemps à la Maison de Quincempoix d'Amboise. » (Saugrain, Dictionnaire universel de la France ancienne et moderne, t. I, pp. 557, édition de 1726.) Quant à la terre de Saxe-Fontaine, aucun ouvrage ne la mentionne.

s'éteignit en 1627. Cette maison avait eu pour berceau le bourg de Clermont, en Anjou, près La Flèche. Les Clermont d'Amboise, barons de Bussy, portaient : Ecartelé: aux 1 et 4 d'azur à trois chevrons d'or ; aux 2 et 3 pallé d'or et de gueules de six pièces, qui est d'Amboise, selon l'Armoriai de Touraine de Carré de Busserolle. Louis de Clermont vit le jour en 1549. Nul biographe n'indique en quel lieu. Peut-être vint-il au monde dans l'une des seigneuries qui appartenaient à son père.

On n'a aucun détail sur l'enfance, la première jeunesse et l'éducation de Bussy. Les divers auteurs constatent seulement qu'après avoir appris, comme tous les gentilshommes de son temps, l'équitation, l'escrime, la danse, et après s'être perfectionné dans l'étude des lettres, il embrassa de bonne heure la carrière des armes, dans laquelle il ne tarda pas à se distinguer par sa bravoure et son intrépidité. Ainsi, en 1568, il avait le commandement d'une compagnie ; François de Chivré, seigneur du Plessis-Chivré, y servait en qualité de guidon *.

Il est triste d'être obligé de remarquer que les instincts sanguinaires et cupides se développèrent promptement, comme des germes malsains, dans le cœur corrompu de Louis de Clermont. Il soutenait, depuis plusieurs années, un procès onéreux contre son cousin Antoine de Clermont, marquis de Renel, l'un des chefs huguenots les plus courageux du combat de Saint-Denis, frère utérin

1 Bibliothèque nationale, Cabinet des Titres, dossier Chivray.

du prince de Porcien, au sujet du marquisat de Renel. Pressé de terminer ce litige fastidieux, Antoine de Glermont était venu à Paris, avec le roi de Navarre, pour en hâter la solution. Il se trouvait dans la capitale, pendant le massacre de la Saint-Barthélémy (24 août 1572), et s'enfuyait par une maison voisine de la sienne, pour échapper au poignard des égorgeurs, quand il fut rejoint par Bussy, qui le cherchait; il tomba frappé d'un coup mortel. Peu après, l'affaire en discussion entre les deux cousins fut jugée en faveur du meurtrier, mais celui-ci ne profita pas longtemps de son crime, rapporte de Thou, parce qu'en vertu de l'édit accordé aux huguenots, l'arrêt fut cassé '. A la fin de l'année, il était à Blois et assistait à l'une des séances du long procès engagé par son père contre le duc de Lorraine 2. Les guerres religieuses divisaient alors la France en deux factions rivales.

Les Matines parisiennes, dont le contre-coup sinistre s'était fait sentir dans plusieurs villes du royaume et même dans les campagnes, jetèrent, pendant quelque temps, le désarroi dans le parti calviniste privé de ses chefs les plus entreprenants. Toutefois la trêve fut de courte durée, et les hostilités, momentanément suspendues, recommencèrent. La Rochelle ouvrit ses portes aux ministres réformés, aux soldats huguenots et aux gentilshommes, qui s'y réfugièrent comme dans un asile. Cette place devint bientôt le foyer des intrigues des reli-

1 De Thou, Histoire, t. VI. p. 401.

2 Bibliothèque nationale, Collection Dupuy, a" 575, f05. 116-157 v°.

gionnaires, et le siège en fut résolu. Au mois de février 1573, le duc d'AIençon alla prendre le commandement des forces catholiques. Bussy avait suivi le frère du roi et participa aux opérations.

Au printemps de Tannée 1574, les catholiques entreprirent la conquête de la basse Normandie. Gabriel, comte de Montgommerry, fils de Jacques de Montgommerry , seigneur de Lorges, le huguenot acharné qui avait blessé mortellement Henri II dans un tournoi, surnommé par ses ennemis le Dompteur de la Gascogne, avait échappé à la Saint-Barthélémy. Il s'était emparé de Saint-Lô et ses succès en Normandie se multipliaient. Mais, le 10 juin de la même année, Jacques Goyon de Matignon , prince de Mortagne , comte de Thorigny , maréchal de France, lieutenant-général du roi clans la province envahie, réussit à lui enlever Saint-Lô. A la suite de cette campagne, Bussy d'Amboise, Jean de Beaumanoir, marquis de Lavardin, et Jean de Goesme, seigneur de Lucé, furent faits « maistres-de-camp, tous les trois ensemble, « d'une voilée. » Chacun d'eux reçut le commandement de quatre compagnies *. Louis de Glermont s'était signalé à l'attaque de Saint-Lô, par son audace, et s'était élancé bravement à l'assaut. Il pénétra l'un des premiers dans la place. Or un gentilhomme, présent à cette affaire, en raconta les péripéties à la reine et vanta le courage du marquis de Lavardin, qui y avait été grièvement blessé. Tout en citant Bussy au nombre des héros de la journée, le narrateur n'avait pas,

1 Brantôme, ibid., t. V, p. 361.

parait-il, mis suffisamment en relief l'intrépidité de cet ombrageux personnage. Bussy le traita de « larron d'honneur » et voulut le tuer '.

Dans la nuit du mardi gras au mercredi des cendres, la ville de Fontenay était tombée au pouvoir des calvinistes. Le 1er septembre, la place fut investie par l'armée de Louis II de Bourbon, duc de Montpensier, lieutenant de roi, l'un des plus vaillants capitaines du royaume. Bussy avait suivi cette troupe, et il monta à l'assaut, avec son entrain habituel ; il fut blessé au bras. Toujours impatient et désireux d'éclipser ses rivaux, il avait donné aux siens « l'ordre de marcher devant, le régiment commandé pour y aller estant en garde, et y cuyda faire une grande sédiction pour la précéance. » Fontenay capitula le 21 septembre 2.

Les huguenots s'étaient aussi rendus maîtres de Lusignan. En octobre, Montpensier vint bloquer la ville.

1 Brantôme, ibid., t. VI, p. 193.

2 Ibid. — Les chefs protestants étaient : « le seigneur de la Noue, le seigneur de Vieillevigne, Saint-Étienne, son fils, et le seigneur de Bessay, son gendre. » (Antoine Bernard, Chronique du Langon.\ Cet auteur dit que Fontenay fut pris le jeudi 16 septembre. Le sieur de Touvois fut conduit prisonnier à Angers. — Les Chroniques des guerres civiles en Poitou, Aunis, Xaintonge et Angoumois , de 1574 à 1576, par Pierre Brisson, renferment les passages suivants : « Voyant, le sieur de Bussi, que la brèche du côté du château, où il commandoit, étoit raisonnable, il délibéra d'y aller ce jour, sur les cinq heures du soir et tenir, s'il

lui étoit possible Le sieur de Bussi, suivant sa résolution, assisté

des capitaines de Chosme, Mouline, Belebat et de quelques gentilshommes et de plusieurs soldats, pendant qu'on amusoit les ennemis du côté de la tour, donna à la brèche du château et donna jusque dans le retranchement, où il fut blessé d'un coup d'arquebuse au bras. Et ne pouvant là demeurer, pour le coup qu'il avoit reçu, il se retira. » (Ibid., pp. 306-307.) Brantôme ne parle pas de la blessure de Bussy.

Le 23 du même mois, Bussy fut blessé à un premier assaut. Le 23 novembre, à l'attaque de la Vacherie, il se précipita, avec Lucé, dans les retranchements ennemis. Lucé fut tué, et Bussy si gravement atteint, qu'il marcha pendant plus de six mois avec des béquilles ». La place se rendit le 14 janvier 1575 2.

Pour se reposer de ses fatigues, Bussy retourna à la cour. Il chassait un jour « au bois de Madric » , en compagnie des seigneurs et des dames de l'entourage du roi, lorsque Henri de Lorraine, duc de Guise, après avoir enjoint à son écuyer de s'écarter, invita le maistre-decamp à le suivre. Tous les deux s'enfoncèrent dans la forêt, et, quand ils furent seuls, le duc de Guise demanda une explication à Bussy. Notre gentilhomme « l'en satisfit si honnestement, » que son adversaire s'en contenta, en lui disant : « Monsieur de Bussy, je me contente, « vous jurant que si vous ne l'eussiez faict, nous nous « fussions bien battus en ceste place où vous voyez « comme je vous y ay amené en gallant homme, m'estant « dépouillé de ma principauté et des grades que je ay « sur vous, pour me battre contre vous sans aucune « supercherie comme vous voyez, m'estant fort aisé de « vous en faire quand je l'eusse voulu ; mais puisque « je suis content, je vous assure que je vous suis amy « autant que jamais. » Bussy, qui était toujours prêt à riposter, lui répondit : « Monsieur, je suis fort aise que

1 Brantôme, ibid.t t. V, p. 361.

* Voir Thibaudeau , Histoire du Poitou , et les Chroniques des guerres civiles en Poitou, etc.

« vous soyez content de moy, vous priant de croire « que ce que fen ay dict ri a esté nullement par « crainte, car Bussy rien eut jamais, et aussi que « vous tenant si magnanime et généreux comme je « faicts, je n'avois nulle peur de supercherie de vous, « et que vous ne m'avez pas mené icy pour m'en faire, « et me couper la gorge en brigant, mais pour me faire « l'honneur de me recevoir et battre contre vous, ainsi « que je l'espérois de vostre vaillant et noble cœur, et « comme le venez dire ; mais quand nous fussions venus « là, avant qu'aller à vous, je me fusse jette en terre en « signe d'humilité que je vous dois, et le bras nud, et la « teste nue, je fusse allé à vous pour m'essayer à vous « faire courir aussi grande fortune comme vous me « l'eussiez faicte courfr; et si j'en eusse eschappé, je « m'en fusse allé jactant et vantant partout le monde de « m'estre battu contre le plus brave et vaillant prince « de la chrestienté, et avoir eschapé de ses armes.» Sur cette belle harangue, la paix fut conclue et les deux seigneurs rejoignirent leurs compagnons de chasse *.

L'année suivante (1575), Bussy était nommé « couronnel de Monsieur. » Pour son coup d'essai, il commença à faire des siennes, « car il cuyda rebolver todo elmundo (comme dict l'Espaignol) à Moulins ». Voici à quelle occasion : Henri de la Tour, vicomte de Turenne, duc de Bouillon et prince de Sedan, était venu trouver Monsieur, devant Moulins, avec douze cents arquebusiers

« Brantôme, ibid., t. VI, pp. 468-471.

commandés par Anne de Bourbon, vicomte de Lavedan, qui en était le colonel. Les soldats entrèrent dans le camp escortés du drapeau blanc. Or cette enseigne n'eut pas le don de plaire à Bussy, qui la regarda d'un mauvais œil. Il dit à Monsieur que, si cet étendard n'était pas caché promptement, il commettrait quelque désordre. Le duc d'Alençon l'engagea à prendre patience, en lui rappelant que M. de Turenne était un seigneur digne de considération et d'estime. Trois jours s'écoulent. Le fougueux Bussy, lassé d'attendre, choisit douze hommes déterminés et « montez sur de bons chevaux d'Espaigne, » pour tenter un coup de force. Il veut arracher le drapeau des mains du « porte-enseigne-couronnelle, à la teste des trouppes, et le rompre à leur veue. » Enfin l'affaire s'arrangea à l'amiable 1.

1 Brantôme, ibid., pp. 176-178.

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