‹ Louis de Clermont, sieur de Bussy d'Amboise, gouverneur d'AnjouChapitre 5 sur 31 · BUSSY DAMBOISE EST INVESTI DU GOUVERNEMENT DE L'ANJOU · texte numérisé non relu

BUSSY DAMBOISE EST INVESTI DU GOUVERNEMENT DE L'ANJOU

La guerre civile se termina par la paix de Monsieur, négociée par Catherine de Médicis. Les mécontents obtinrent ce qu'ils demandaient *. Un édit spécial accorda au duc d'Alençon une augmentation considérable de son apanage. Nous lui « baillons, disait le roi, les duchés d'Anjou, Touraine et Berry, leurs appartenances et dépendances, francs, quittes et deschargez de toutes aliénations, engagements et dons faits depuis notre advenement à la couronne ; aussi de tous dots et douaires, dont nous les avons deschargez et deschargeons par ces dites présentes , et nous chargeons de la récompense 2 ». Le duc d'Alençon reprit alors le titre de duc d'Anjou qui se trouvait lui appartenir pour la seconde fois.

' Voir l'édit de paix de 1576 dans le recueil intitulé : Mémoires du duc de Nevers, t. I, p. 117.

» Ibid., t. I, p. 574.

Au mois de juin, Bussy d'Amboise reparut à la cour avec son maître. Le roi le reçut avec honneur et lui « fit bonne chère », car du Guast était mort, à la grande joie de Marguerite de Navarre, qui avait poursuivi ce mignon d'une haine implacable, comme nous l'avons déjà dit1.

Le souvenir de l'attaque déloyale, dont il avait failli être la victime , hanta pendant plusieurs années l'esprit de Louis de Glermont. Ayant appris que M. de Lavardin était le chef des estaffiers qui avaient tenté de l'assassiner, il résolut de châtier ce gentilhomme félon. Le Lude fut choisi pour le lieu de la rencontre , mais les adversaires se réconcilièrent sur le terrain, grâce à l'intervention amicale de Guy de Daillon, comte du Lude, leur allié commun.

Désireux de plaire à son favori, le nouveau duc d'Anjou

1 Mémoires et lettres de Marguerite de Valois, pp. 7&-80. — Ce fut en 1576, dit PEstoile, que « le nom de mignons commença à trotter par la bouche du peuple, auquel ils estoient fort odieux, tant pour leurs façons de faire, qui estoient badines et hautaines, que pour leurs fards et accoustremens efféminés et impudiques, mais surtout pour les dons immenses et libéralités que leur faisoit le Roy... Ces beaux mignons portoient leurs cheveux ongués, frisés et refrisés par artifices, remontans par dessus leurs petits bonnets de velours...., et leurs fraises de chemises de toiles d'atour empezées et longues de demi-pied, de façon qu'à voir leur teste dessus leur fraise, il sembloit que ce fust le chef saint Jean dans un plat... Leurs exercices estoient de jouer, blasphémer, sauter, danser, volter, quereller et paillarder, et suivre le Roy partout et en toutes compagnies, ne faire, ne dire rien que pour lui plaire, etc. » {Journal de Henri III, 1576.) — Ce texte, que nous empruntons à une note des pages 116-117 des Mémoires et lettres de Marguerite de Valois, dont nous avons fait de nombreux extraits, diffère sensiblement de celui qui a été reproduit dans la Collection complète des mémoires relatifs à l'Histoire de France (édition publiée par MM. Petitot et Monmerqué).

voulut confier à Bussy d'Amboise le soin d'administrer la province. Il s'empressa de notifier cette décision au maire d'Angers * et de lui dire que, jusqu'à l'arrivée du gouverneur, le sieur de Tilly serait chargé de le représenter.

« Messieurs,

« Ayant pieu au Roy, mon seigneur, en composant « et paciffiant les troubles et guerres civilles de ce « royaume, me délaisser le pais et duché d'Anjou, j'en « ay donné la charge et le gouvernement au sieur de « Bussy, et faict mon lieutenant, en son absence, le sieur « de Tilly, lequel j'envoye par delà pour en prandre pos- « session, ayant bien voullu vous en faire la présente « pour vous prier de l'ayder et assister led. sieur de « Tilly, en ce que vous verrez qu'il en aura besoing de « vous pour mon service , vous pouvant asseurer que en « toutes choses vous serez si bien et favorablement « traictez, que vous congnostrez assez en quelle recom- « mandation j'ay vostre bien et soullagement , lequel je « procureray tous jours d'aussi bonne volunté, que je « say que vous m'en donnerez occasion pour l'obéis- « sance liberalle que je me suys promise de vous, con- « formément à l'intention du Roy, mond. seigneur. Sur

1 Guillaume Deschamps, sieur de la Bouillerie, exerçait en 1576 et 157? les fonctions de maire d'Angers. Il portait: D'argemt à trois chênes de sinople rangés, plantés sur une terrasse de même, le tronc au naturel. Il était « homme de bien, dit Louvet, et de beaucoup d'autorité. » — Depuis 1529, la « grande maison des Halles » servait de mairie.

« ce je prie Dieu, Messieurs, vous avoir en sa saincte « garde.

« Escript à Joigny, le quinziesme jour de may mil « cinq cens soixante seze.

« Vostre bon amy ,

« Francoys '. »

Le 25 mai, Henri III écrivait au maire d'Angers la lettre suivante :

« Très chers et bien amez, avons accordé et octroie à « nostre très cher et très amé frère , duc d'Alençon , en « augmentation de son apanaige, le duché d'Anjou, « Touraine et Berry, à ce qu'il puisse plus commodé- « ment et honnorablement entretenir son estât, selon le « sang dont il est. Nous avons commis et députté le sieur « de Richelieu , chevalier de nostre ordre , présent porte teur, pour luy aller faire la délivrance, et bailler la « possession tant de nostre ville d'Angiers que de toutes « aultres villes, chasteaulx, forteresses, places, maisons « et lieux dudict duché d'Anjou, pour en jouir avec

* Registres des délibérations et conclusions de Vhostel de ville cCAngers, Archives municipales, BB. 35, f° 42, r* et v°. — Le jeudi 7 mai, Henri III envoyait au maire d'Angers la déclaration de l'édit de pacification. Cette nouvelle, dit Louvet, « avoit aporté beaucoup de fascheryes aulx bons catholicques, de tant que le roy avoit donné toutte liberté aulx huguenots de faire l'exercice de leur faulse doctrinne ; tellement qu'à raison de ce, les catholicques murmuroient grandement contre le roy de France Henry IIIni% et aussy roy de Poulongne, et disoient que Dieu en feroit ung jour la pugnition. » Il ajoute plus loin : « Les catholicques n'en tenurent compte. » La publication de l'édit fut faite, à Angers, le lundi 27 mai.

« toutes les circonstances et deppendances , en la forme

« et manière portée par mes lettres.

« Donné à Paris, le vingt cinquiesme jour de may mil

« cinq cens soixante seze.

« Henry '. »

Le 6 juin suivant, lettre du duc d'Alençon :

« Ghers et bien amez, envoyant mon secrétaire La « Fosse en Anjou pour mon service particulier, j'ay « advisé vous escripre ceste lettre pour Tasseurance que « j'ay que le sieur du Bellay et vous aurez satisfaict à la « commission et commandement du Roy, mon seigneur « et frère, et qu'aurez mis vostre ville et chasteau es « mains des sieurs de Tilly et Saisseval, selon le bon « plaisir de Sa Majesté, pour les conserver en mon « obéissance, ausquelz j'ay commandé vous soullaiger et « conserver ensemble les villaiges circonvoisins de « vous , de tout leur pouvoir, comme estant miens, à « quoy ilz ne feront faulte. Cependant je vous prye « désirer de m'estre bons et fidelles subjectz, et m'en « rendez bien tost certain tesmoignaige. Ce faisant, je « vous aymeray, soulaigeray et conserveray comme « miens. Je ne vous feray ceste plus longue, remettant « le surplus en la créance de mond. secrétaire, lequel « croirez comme si moy-mesmevousparlays, pour prier « Dieu vous donner, chers et bien amez, sa grâce.

« A Mussy l'Evesque, le 6e juing 1576.

« Francoys.

1 Registres des délibérations et conclusions, BB. 35, f° 40 v*.

« Depuys ceste lettre escripte, le Roy, mon seigneur, m'a « escript qu'il avoit envoyé le sieur de Richelieu pour « mettre es mains des sieurs de Tilly et Sesseval ma ville « et chasteau d'Angiers ; je vous pry y tenir la main et « que je cognoisse vostre bonne volunté *. »

L'ambassadeurvénitien, Alamanni, annonça, le 26 juin, au grand duc le départ de Bussy : « I commessarii per la consegnazione de l'Anjou e de la Touraine nelle mani dé governatori di Monsignore sono già parti ti, e in Tours restera il visconte de Turenne, in Angers, Bussy d'Amboise 2. »

Le 18 juin, le comte de Richelieu, commissaire du roi, mit le nouveau duc en possession de son apanage. De Tilly et Saint-Ceval, envoyés par Monsieur, présentèrent dans la même séance les lettres qui investissaient Bussy d'Amboise du gouvernement de l'Anjou. « Led. sr de Richelieu a monstre et exhibé le pouvoir qu'il a du Roy, duquel pouvoir a esté faicte lecture, et des pièces cy-après, scavoir :

« De Tapannaige de mond. sieur.

« Des lettres missives du Roy^ envoyées aux officiers, « maire, eschevins, manans et habitans de ceste ville.

« De la descharge de monsr du Bellay de lieutenant « du Roy au gouvernement d'Anjou soubz l'auctorité de « monsr de Villequier.

1 Registres des délibérations et conclusions, BB. 35, f°42r° et v°.

2 Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. IV, page 73.

« Lettres du sr de Bussy, lieutenant général de Mon- « seigneur au gouvernement d'Anjou.

« Lettres dud. gouvernement de monsr de Tilly, lieuce tenant général pour Monsieur, en l'absence et soubz « l'auctorité dud. sieur de Bussy *. »

Tilly remplaça, comme gouverneur de la ville, J. du Bellay, qui exerçait ces fonctions depuis le 10 avriM575. Les Angevins regrettèrent beaucoup ce gouverneur qui n'avait jamais « levé, exigé ni prins aulcun argent sur lesdietz habitans ny aultres, et avoit esté en la ville durant sondict gouvernement à ses propres coutz et despans, mesme pour le louaige de la maison où il estoit logé, et n'estoit aulcunement avaritieux 2. > Saint-Ceval fut nommé commandant du château. Tous, raconte Louvet, « furent grandement faschez d'avoir pour gouverneur ledict sieur de Tilly, qui est borgne, et ledict sieur de Saint-Ceval, pour gouverneur dans le chasteau, lequel estoit estropié d'ung bras ; dont lesdietz habitants eurent ung mauvais augure 3. »

Les bourgeois angevins avaient à cœur de conserver la charte municipale. Le jour de l'investiture, un des échevins, Jean- Jacques Lasnier, sieur de Leffretière, membre de l'illustre famille des Lasnier qui, pendant plusieurs siècles , lutta d'influence et d'autorité avec les familles Louet, Ayrault et Lerat, avait exposé dans l'assemblée de ville, devant le comte de Richelieu, les

* Registres des délibérations et conclusions, BB. 35, f° 43 r° et v". ! Louvet, t. I, f° 104 r°.

s Ibid., f" 105 r°.

craintes et les vœux de ses concitoyens l. Une députation présidée par le maire, Guillaume Deschamps, sieur de la Bouillerie, se rendit auprès du duc, pour solliciter le maintien des privilèges concédés par le roi Louis XI, en février 1475, et confirmés par les successeurs de ce monarque. Le duc s'était empressé d'envoyer aux échevins une lettre très rassurante.

Le mardi 3 juillet, le maire donnait lecture d'une nouvelle lettre de Monsieur confirmant ses précédentes déclarations et remerciant les habitants qui avaient promis de se maintenir fidèles en l'obéissance de leur souverain.

« Messieurs,

« Ayant entendu , par lettres que m'avez escriptes et

« par vos députtez, présens porteurs, vostre bonne et

« affectionnée volonté à mon service, et l'assurance

« que vous me donnez de la fidélité que je me suys

« tous jours promise de vous, et que je m'asseure que

« vous continuerez, en mon endroict, celle où vous avez

« tous jours persévéray, cela m'a donné occasion de vous

« en remercier et vous tesmoigner l'ayse et contente-

c ment que j'ay eu de ce que, jusques icy, vous avez

« envoyé vers moi ; et pour vous faire plus ample

« preuve de la confiance que je veulx prandre de vous,

« et de l'amitié que je vous porte, je ne désire seulle-

« ment conserver vos privillèges, ains les accroistre et

1 Registres des délibérations et conclusions, BB. 35, f° 42 v°.

« augmenter autant que je pouray et que m'en donnerez « occasion ; et désire aussi que, tout ainsi que vous avez « bien et soigneusement conservé ma ville d'Angiers et le « plat pais d'Anjou, que vous fassiez encorres de « mesme; et pour vous donner plus de moien, je suis « contant que vous ne déposiez poinct les armes, mais « que les gardiez contre les perturbateurs du repos « publicq et pour la conservation de ma personne quant « je seray par delà; vous y comportant aussi dextre- « ment, que je n'en entende plainte; vivant en union « les ungs avec les autres, vous vous conservez en « telle paix et amitié, que le service du Roy, mon « seigneur, y soict faict et son intencion suyvie. Et, ce « faisant, croiez que tout le soulaigement et suport vous « le recevrez de moy , comme je le vous ay cy devant « escript, n'entendant pas aussi que vous soyez chargez « de garnison plus grande que celle qu'il pleust au Roy, « mond. seigneur, entretenir pour la garde de mon « chasteau, comme j'ay donné charge à vosd. députtez, « présens porteurs, vous faire plus au long entendre, « lesquelz je vous pry croire ce qu'ilz vous en diront. « Priant Dieu, Messieurs, vous avoir en sa saincte « garde.

« Escript à Chastillon-sur-Sayne, le xviif juing mil cinq cens soixante seze.

« Vostre amy,

« Francoys l. »

i Registres des délibérations et conclusions, BB. 35, fos 46-47.

Bussy avait écrit également :

<r Messieurs,

« Gomme j'estois en délibération vous mander la « volunté que Monseigneur a à la conservation de vostre « pays, et particullièrement de vostre ville, luy ayant « incité, oultre la naturelle inclination et bonté, le désir « qu'aviez à son très humble service, lequel je luy avois « faict entendre comme en ayant esté asseuré par le sr de « Tilly, mon lieutenant, vos depputez se sont présentez à « moy, affin que par mon moien Monseigneur peust « entendre les offres de vostre fidélité et obéissance, ce « qui a esté faict par iceulx avec une si humble façon, au « grand contentement de Monseigneur, que tant fault qu'il « voulust diminuer vos privillaiges, libertez et exemp- « tions accoustumées, ou vous désarmer, qu'au con- « traire il entend et veult vous les garder, entretenir et « plustost les accroistre, et, pour l'asseurance qu'il a de « vostre fidélité, vous délaisser les armes en main, « comme aviez par le passé, sans voulloir establir « aucune nouvelle garnison en la ville ou ailleurs, fors « aux chasteaux et lieux forts où il en avoit qui estoient « payez par le Roy; de quoy il les a asseurez, et davan- « taige, que celluy sera chose très agréable que les « habitans demeurent tellement uniz en leur religion « catholicque, qu'ilz puissent vivre et se maintenir en « union et concorde; et, encorres, que la suffisance des « vos depputez soit telle , qu'elle n'ait besoing de me « lettres pour vous en asseurer davantaige. Néanmoins,

« je les ay accompaignez de la présente, affin quad-

« joustiez foy à ce qu'ilz vous diront de ma part, et

« croire qu'en ce, et tout aultre affaire mesmes qui vous

« fust particullière, congnoistrez par les effectz que je

« n'ay aultre plus grand désir pour le bien et conserva-

« tion de vostre pays et ville, que vous mainteniez

« tous jours, vous vivans soubz l'obéissance de Monsei-

« gneur, en ses bonnes grâces, et vous y départir toutes

« les faveurs qu'il me sera possible, de semblable affec-

« tion. Messieurs, je pry Dieu vous avoir en sa saincte

« garde.

« De Ghastillon-sur-Seine, ce xixe de juing.

« Vostre plus affectionné fidel amy,

« D'Amboyse1. »

Le sieur de Tilly se trouvait mal installé au logis Barrault construit de 1493 à 1495 par Olivier Barrault, vicomte de Mortaing, trésorier de Bretagne, receveur des tailles et aides et élu en l'Élection d'Angers. Cette superbe résidence avait servi d'habitation à César Borgia en 1498, et à Marie Stuart en 1548. Mais, depuis cette époque, elle avait sans doute été médiocrement entretenue. Le gouverneur de la ville réclamait « ung logis meublé ». Il se déclarait disposé à accepter « la maison du deffunct sr de Breerond, en la cité 2 », qui lui avait été

i Registres des délibérations et conclusions, BB. 35, fos 42 v°, 46 r° et v°, 47, 48 r°.

'■! Ibid., BB. 35, fos49 v°, 50 V>, 56 r° et v°.

offerte par messieurs de l'Église. Les habitants, avertis par leurs députés le dimanche suivant à l'issue de la messe paroissiale, s'assemblèrent et chargèrent l'un d'eux de transmettre leur avis à la réunion de l'hôtel de ville tenue le 9 juillet.

Le duc d'Anjou envoya bientôt à Angers le capitaine La Salle. Une lettre du prince accréditait cet officier auprès de Messieurs de la Justice *. Bussy, de son côté,

le recommandait en ces termes :

« Messieurs,

« Je croy que vos depputez vous ont assés faict « entendre avec quel contentement Monseigneur a receu « le tesmoignage de la fidélité que portez à son service et « de l'entière obéissance qu'avez à ses commandements, « mais luy, désirant de plus en plus le faire congnoistre, « vous envoyé le sieur de la Salle pour vous asseurer « davantaige de son affection et prendre instruction « entière de Testât de ses affaires, affin que luy en « ayant rapporté ce qu'il en aura aprins de vous, il « puisse donner tel ordre à l'entretien, conservation et « soullaigement de vostre pays, que par effect aye « assurance de la bonne volunté ; vous le croirés donc « non-seullement en ce qu'il vous dira de la part de « Monseigneur, mais encor en ce dont je l'ay chargé « particullièrement, luy aidant à parfaire sa légation. « Ce faisant, trouverez en moy tout l'appui et support

1 Registres des délibérations et conclusions, BB. 35, f° 58 v°.

« que scauriez jamais espérer, avec désir de vous entrece tenir tous jours aux bonnes grâces de Monseigneur, « d'autant bonne affection, Messieurs, que je pry Dieu « vous avoir en sa saincte garde.

« De Ravières, le xxiii8 juing 1576.

« Vostre bien affectionné amy,

« D'Amboyse. ' »

Cependant les huguenots avaient prié Tilly de leur désigner « ung lieu et place pour y tenir leurs assemblées. » Il répondit qu'il transmettrait leur requête au prince, mais qu'en attendant « ils ne fussent si hardiz ny osez de faire le presche ne auculne cédition. » Le duc reculait toujours l'époque de son arrivée en Anjou. Le 12 septembre, il écrivait, « du Plessiz-les-Tours, » pour annoncer qu'il remettait son entrée à la Toussaint. Le receveur Chariot devait en prévenir le conseil de ville. François prétextait la crainte de gêner ses sujets occupés aux vendanges 2. Bussy s'empressa d'imiter son langage :

« Messieurs,

« J'ay receu vostre lettre du unze de ce mois par « monsieur Chariot, l'ung de vos eschevins, présent « porteur, auquel j'ay, suyvant le contenu d'icelle, bien « amplement faict entendre quelle est la volunté de « Monseigneur et le temps qu'il a délibéré de faire son

» Registres des délibérations et conclusions, BB. 35, f° 59 v°. 2 Ibid., f» 100 v°.

« entrée en vostre ville, qui ne sera, ainsi qu'il m'a « asseuré , qu'après la feste de Toussainctz prochaine, « et partira le jour des Morts. Je seroys très mary que « pour l'amour de cela vous discontinuassiez la dévotion « et bonne volunté en quoy vous estez et portez au bien « de son service, comme je l'ay adverty, dont je vous « scait très bon gré, et veult aussy que vous ne vous « consommiez en si grandz fraiz et despences pour les « préparatifs de lad. entrée. J'en escriptz plus particul- « lièrement à Messieurs de Tilly et procureur de Mon- « seigneur, ainsy que pourrez veoir et que led. porteur « vous dira encore plus au long, lequel je vous prye « croire comme moy-mesmes ; et quant au regard de « ceulx de la religion , je suis d'avis que les remectiez « au temps que mond. seigneur ou moy serons par « delà , afin qu'il n'en advienne querelles entre les « habitans de vostre ville et eulx, et se provocquent à « noyses et divisions; m'advertissant au surplus, de « tout ce que s'offrira pour le service de mond. seigneur « et pour vostre bien particulier, afin d'y pourveoir, « ainsi que congnoistrez en tout ce que le temps portera « occasion et où je pouray pour vous d'aussi bon cueur « que je pry Dieu vous donner, Messieurs, en santé, « bonne, longue et heureuse vie.

« Du Plessiz-lez-Tours, lexne jour de septembre 1576.

« Vostre plus affectionné amy,

« D'Amboyse1.»

* Registres des délibérai ions et conclusions, BB. 35, fos 100 V et 101 r°.

Le mardi 6 novembre, « à une heure de relevée, » les manants et habitants d'Angers étaient convoqués « à son de trompe et cry public, .» par ordre du maire, pour aviser aux moyens de réunir les deniers destinés à solder les frais causés par la cérémonie de l'entrée de Monseigneur de Bussy. Les sieurs de Bécon et de la Ghaluère, d'autre part, ou, en leur absence, les sieurs Ladvocat et Lambert, avaient reçu mission de recueillir d'autres sommes d'argent applicables au même usage. Le samedi suivant 10 novembre, « à l'après dînée, » Bussy d'Amboise arriva à Angers « par le portai Sainct- Aulbin. » Le peuple l'acclama et il fut harangué par « monsieur le Président. » Il se rendit ensuite à la maison du doyen, dans la cité, où le maire lui adressa, à son tour, ses compliments de bienvenue '.

1 Registres des délibérations et conclusions, BB. 35, fos 113-114.

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