‹ Louis de Clermont-Tonnerre, commandant de Zouaves, 1877-1918Chapitre 18 sur 28 · LA BATAILLI-: 1)1 CHEMIN DES DAMES · texte numérisé non relu

LA BATAILLI-: 1)1 CHEMIN DES DAMES

La bataille du 13 décembre ajouta une page illustre à lliisloire des zouaves. Ce fut leur adieu à Verdun. Clermont-Tonnerre, alors adjoint au commandant de la brigade, n'y fut pas de rôle personnel. Peu après, il était ijiommé au commandement d'un bataillon.

C'était au commencemenide cette année 1917, si trouble, si fertile en surprises, et qui vit peut-être; la crise la plus aiguë de ces quatre ans. Au début, c'est encore 1 impression joyeuse de nos victoires de Verdun et des offres de paix du 12 décembre; nous avons linitiatiye; c'est la préparation iiévreuse de la grande offensive. Puis le coup de théâtre de mars, le repli llindenburg et la révolution russe inquiètent l'opinion, soufflent déjà le doute, on ne sait quelle

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alarme devant un situation devenue soudain éiiigmatique, tandis qu'un troisième événement, la déclaration de guerre de Wilsou, n'est encore qu'une promesse à longue échéance de la lointaine Amérique.

On ne traite pas incidemment dans une parenthèse des événements si pathétiques et dont l'histoire n'est pas faite. 11 semble que dès ce moment la confiance n'y était plus. Les esprits étaient partagés. Les clairvoyants conseillaient de voir venir et de temporiser. Les énergiques étaient partisans de l'action. Tout semblait incertain. La troupe seule, enflammée par ses récentes victoires, sure « d avoir eu le Boche » et de le battre encore comme par le passé, sure de sa supériorité sur le soldat ennemi, conservait un moral splendide.

C'est à la fin d'avril, dans le village de Revillon, un des plus misérables de la vallée de l'Aisne, que je retrouvai Clermont-Tonnerre. C'était une divine soirée du début de ce tardif printemps; dans les jardins, les arbres en fleurs étaient des arbres de corail. On dîna sur une table installée sous un toit à porcs.

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Ail loiid (!(» l;i scène, sur riinmonso falaise du ClMMiiiii (les hiiim's, avec ses fjords qiK,' \r. coiicliaiit r«'m}»lissait (roml)res bleues, la bataille (l'aviil se poursuivait avec furie.

II venait de passer dix jours à llurlebise, sous un mamiilagn fou, dans ce pilonnage insensé (les batailles pour les crêtes lorsqu'elles n'arrivent pas à déboucber en plaine. L'ennemi que le premier élan n'avait pas réussi à culbutf'i- revenait à la charge et nous disputait cette ligne incomparable d'observatoires. La bataille de rupture avait échoué. La percée ne s'était pas faite, (l'est N'erdun qui recommençait sur le Chemin des Dames. Cela devait durer ainsi jusqu'en octobre et ne finir que par la prise de la Malmaison. Les zouaves, dans ces dix jours, s'étaient couverts de gloire. C'était la première fois qu'ils rencontraient la Garde. On décernait la croix au drapeau du régiment. Le bataillon de Clermont-Tonnerre recevait les félicitations de Franchet d'Esperey et une mention nominative à l'ordre de l'armée. On donnait oflîciellement le nom du commandant au boyau qui conduisait au Monument de 181 k

Je trouvai mon ami très las, mélancolique, physiquement surmené par Textrême effort du combat, calme, un peu excédé par cette pluie d'honneurs et par cette agitation des bureaux qui, dans leur zèle de récompenses, voulaient tout de suite des noms, des « états », une foule de paperasses dont le pauvre commandant se fût fort bien passé. Ce n'était plus la joie, l'immense plénitude des bois de Nixéville I Ce n'était pas la faute des zouaves. Le commandant ne murmurait pas. Il ne se plaignait pas. rSuUe ombre d'irritation n'eftleurait son âme si noble. 11 prenait seulement, plus fière que jamais et un peu dédaigneuse, conscience de la supériorité de l'homme qui fait sur l'homme qui fait faire. L'impuissance de ces lointains bureaux, l'illusion foncière du pouvoir frappaient de plus en plus son àme de mystique. Agir, soutïrir, voilà les seules réalités. Un grand chef l'avait fait appeler, à peine descendu des lignes, afin de lui montrer sur la carte nos positions exactes.

« Un soldat, réduit pour savoir à palper un plan en lelief 1 . . . Ah ! vraiment, j'ai pris le bon parti ».

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Il me rap|)elait à cet instant le héros de Guerre et Paix, cet admirable Prince André, renonçant à la conr et tenant à IMerre BesoukliONv, à la veille de liorodino, des paroles désabusées :

— Crois-moi, si le résultat dépendait toujours des ordres donnt's dans les états-majors, j'y serais resté et j'aurais donné des ordres tout comme les autres. Mais au lieu de cela, j\ai l'honneur de servir avec ces messieurs, de commander un régiment et je suis persuadé que la journée de demain dépendra de nous plutôt que d'eux. Le succès ne saurait ôtre et n'a jamais été la conséquence ni de la position, ni des armes, ni du nombre.

— De quoi donc alors? fit Pierre.

— Du sentiment qui est en moi, qui est en lui (il montra Timokhine), qui est en chaque soldat '.

C'était le désenchantement qui suitles grands espoirs, la courbature qui accompagne une déconvenue trop forte. Décidément on avait

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