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manquiiieiil; n'avnil réussi k gagner que quel- (jues cenlaines de mètres. A droilo elle s'était hrisée sur la croupe de Conchy-les-Pots. A gauche, le .T bataillon qui s'était empare de nonlogne-la-Grasse, avait dft évacuer le village pour ne pas s'exposer à y demeurer trop en llèclie. L'alTaire coûtait cher ; les pertes étaient graves. Le résultat était insignifiant sur le terrain ; en réalité, il était d'une portée incalculable. Le général en chef, en proscrivant aux zouaves un nouvel effort pour le 29, écrivait : « L'opération d'hier a eu des conséquences qui échappent aux exécutants et qui leur valent la reconnaissance du pays. » Quelles conséquences? C'est que celte action est une de celles grâce auxquelles la bataille change de direction ; la bataille pour Paris se détourne vers l'ouest et linit en bataille d'Amiens. L'intervention des zouaves dans cette journée critique, en un point où l'ennemi ne s'attendait à trouver que le vide, fut décisive. Les Allemands surpris par ce direct en pleine figure, hésitent. Les chances redeviennent égales, nous menaçons à notre tour. Il fallait profiter du trouble et redoubler les
coups. L'attaque du jeudi saiut, reprise le vendredi 29 avec une furie sans égale, porta les zouaves d'un seul élan jusqu'au delà de Boulogue-la-Grasse et aux lisières de Concliy, en prenant aux Allemands des prisonniers et des mitrailleuses. Le soir de celte magnifique journée, le commandant de Clermont-Tonnerre écrivait à son fils pour lui faire compliment des bonnes notes qu'il avait eues, ce rapide bulletin de victoire : « Je t'écris en plein combat pour te dire que je suis aussi content de toi que de mes zouîives. Sois-en fier. » Ce furent les derniers mots qu'il adressa aux siens. Tel il fut jusqu'au bout, héroïque, gracieux, aimable. El il est beau que sa dernière parole exprimée ait été un mot à celui qui devait continuer la race, un mot de devoir cl de tradition.
A partir de ce moment, il se perd à nos regards et s'enveloppe dans les ombres du mystère auquel il appartient. Nous ne connaissons pas le secret de sa dernière veille. Aucun pressentiment, semble-t-il, n'eftleura son âme. Sa nuit suprême fut une nuit militaire, commune, de la même étoffe simple et rude que les
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précédentes. Elle fut, du côlr de Tennemi, particulièrement calme. Nos canons parlaient seuls et écrasaient Boulof^fic-la-Grasse, afin d'en écarter les rassemblements allemands. Leurs feux vigilants protégeaient nos lignes minces et déjà exténuées par deux jours de combats. On pouvait s'attendre à un retoui" oflensif de l'adversaire. Comment celui-ci supporterait-il l'arrêt et le recul des dernières journées? Il fallait prévoir une riposte pour le lendemain, et le silence de la nuit la laissait présager violente. Ainsi la nuit se passa dans les apprêts d'une veillée d'armes, pour la défense des conquêtes d'une si belle journée.
En effet, les Allemands dépités de notre agression imprévue, s'apprêtent de leur côté à un nouvel effort. Ils ont appelé en toute hâte une division de la Garde — une vieille connaissance des zouaves, leur ancienne |)artenaire d'Hurtebise et de la Malmaison. La nouvelle bataille ramène les champions en présence. C'est la quatrième division à laquelle la division de Salins va avoir affaire en quatre jours. Le choc est rude. Nos troupes déjà afTaiblies par leur vie-
LOLIS DE CLKRMONT-TONNEnni:
luire et par leurs pertes, tiennent des fronts démesurés de douze cents mètres par bataillon. Elles ont eu quelques heures à peine pour commencer une ébauche d'organisations. Elles n'ont plus une compagnie de réserve en arrière. C'est dans ces conditions qu'il faut subir l'assaut d'une masse compacte et fraîche, d'une troupe d'élite à qui on a promis Paris.
Le samedi 30 mars au petit jour, le feu devient brusquement d'une extrême violence. L'ennemi accable nos lignes d'obus et de torpilles. Quelle fut la couleur du ciel pour cette suprême aurore? Sur quel paysage flottèrent pour leur dernier malin ces yeux si sensibles aux nuances et au charme des choses ? Il faisait un temps gris et doux. Un souffle de l'Ouest dégourdissait les bois. On était à la veille de Pâques, à cette heure grêle encore et pleine de désirs où va éclore le printemps. Clermont- Tonnerre eut-il une minute pour jouir une fois encore de ces harmonies qui accordent la mystique au rythme des saisons et qui font que tout en ce jour est prélude, promesse, aurore ? C'était le matin du 30 mars, qui se trouve être pour ceux de sa
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maison une fôle de famille, la fôte de ce saint Amédée de Hauterivo, évoque de Lausanne, pour lequel il professait une dévotion si tendre, et qui, jeune encore, avee son fds, se relira du monde. « Combien, songeait ce pieux ancêlre et ce doux précurseur de saint François de Sales, combien n'ai-je |)as connu de jeunes compagnons bien iails, adroits, hardis, courageux, généreux, aimables? Aucun n'a évité la mort. L'un a élt' percé d'un coup de lance dans un tournoi. [ n autre, se liant à la vigueur de son cheval, a voulu passer un torrent et s'est englouti sous les eaux, un autre a eu la tète cassée d'un éclat de pierre lancé par une machine de guerre'. » Ainsi méditait Amédée sur la vanité de la vie, au bord du lac où vint rêver plus tard l'amant d'Klvire, et il fonda dans cette solitude l'abbaye de la Haute-Combe. Tout s'unissait pour sanctifier cette matinée suprême, la marquait de significations et déjà comme d'une invitation surnaturelle.
1 . Histoire de plusieurs saints des Maisons des Comtes de Clennont et de Tonnerre, par le Président Louis Cousin, Taris, 1698, in-12\
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Quelques minutes après sept heures, les vagues allemandes épaisses et massives débouchèrent de Conchy, précédées de cette gi'êle de balles de mitrailleuses, de ce barrage de feux qui rendait si redoutable leur nouvelle méthode oflcnsive. La lutte fut terrible. Les nôtres disputèrent le terrain pied h pied, se retirant de bois en bois ou s'y enfermant comme dans des redoutes plutôt que de se rendre, faisant de chacun d'eux un coupegorge pour l'ennemi. Cependant il fallut plier. Vers huit heures, de la tranchée où se trouvait le colonel, à la lisière du bois de TEpinette, on aperçut brusquement des groupes d'uniformes gris qui se glissaient sur la gauche. Le P. C. était découvert et menacé d'être tourné. Les officiers bondissent, revolver au poing, et chargent, colonel en t(Me, avec leurs hommes de liaison.
« Tenez, mes amis ! Tenez bon I » s'écrie le commandant de Clermont-Tonnerre. Et il se jette comme un sergent au-devant de l'assaillant, entraînant sa poignée d'hommes, si terrible à voir que l'ennemi interdit se dissipe, recule et disparaît peu à peu dans les bois.