‹ Louis De Geer: étude biographiqueChapitre 10 sur 12 · Louis de Geer, de Finspong, vers · texte numérisé non relu

Louis de Geer, de Finspong, vers

optimiste, malgré ses rapports avec la cour de Suède, et ne se crut pas tenu de douter de la reconnaissance, parce que la reine Christine ne lui en témoignait guère. Sa fortune se trouver diminuée par cette aventure, mais sa réputation ne fit que croître. Ce « marchand hommede guerre, » comme il s'appelait lui-même,, avait frappé l'imagination publique; les mesures rigoureuses prises contre lui par la cour de Danemarck avaient étonné; on s'entretenait de cette flotte considérable prêtée à un royaume par un simple particulier. Huit ans plus tard', Daniel Huët^le futur évêque d'Àvranches, le savant collaborateur de Bossuet, se trouvant à; Hilseneur, entendait raconter ces faits : « Von disait, » écrit-il, « qu'un très riche marchand, habitant la Hollande, ayant quelques années auparavant, acheté les mines suédoises, faisait un commerce des plus importants, d'où tirait grand profit le roi de Danemarck. Mais les avides agents du fisc danois ayant voulu imposer des charges plus lourdes sur les mar-

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cbandises, les navires de de Geer se refusera te à les payer ei furent pris par violence. Il repoussa alors la force par la force, arma vingt vaisseaux de guerre, se présenta à l'entrée des détroits, et se vengea de l'injure et des dommages qu'il avait soufferts. » Le récit n'est pas tout à fait exact, mais il prouve l'effet produit alors par la conduite de Louis de Geer 1 ; et l'historien Mallet n'a pas tort de dire : « Exemple frappant de la supériorité, que le commerce donne aujourd'hui aux nations qui s'y vouent. Un simplecitoyen d'une république marchande devenait redoutable à un royaume que la nature a destiné à être puissant sur mer. »

Louis de Geer avait toujours désiré se retirer en Hollande, pour y terminer sa vie. Quels que fussent ses intérêts en Suède, quelques honneurs qu'il eut reçus dans ce pays, il se considérait comme attaché aux Provinces Unies, par

1. Voir le vojage de Huèt dans le Nord : Commeatatio de rébus ad eu m pertinentibus, 93. Voir aussi Mallet : Histoire du Danemarck. Genève, 1788, VFII, 93.

des liens plus solides et plus durables. Les difficultés qu'il éprouva de la part du gouvernement suédois dans le règlement de ses fafaires, ne contribuèrent pas à modifier celte impression. Il passa, de suite, plusieurs années à Amsterdam, sans même se rendre à Norkoping; laissant à ses fils le soin de diriger les nombreuses entreprises qu'il avait fondées.

En 1648, il se décida pourtant, à faire en Suède un voyage, qui devait être le dernier; et se rendit à Stockholm, pour annoncer à la reine ses intentions. Il voulait renoncer, en faveur de ses enfants, à toutes les charges qu'il pouvait posséder; leur confier l'administration définitive de ses manufactures; diviser entre eux toutes les propriétés qui lui appartenaient en Suède. Déjà, quelques années auparavant, il avait procédé à un premier partage de sa fortune, pour donner aux siens l'habitude de se conduire par eux-mêmes, et d'agir sous leur propre responsabilité. La reine consentit à ses demandes; elle confirma tous les privilèges accordés à de Geer, en les transmettant à ses en-

fanls; et par le don de quelques terres, situées à Norkoping, reconnut le nouveau service rendu à celte ville, par rétablissement d'une corderie. Ce ne fu t pas la seule marque d'estime que Christine voulut donner au fidèle serviteur de son père. Elle fit peindre son portrait par David Beck, l'un des meilleurs élèves de Van Dyck, qu'elle avait appelé en Suède, pour former la galerie de ses sujets les plus illustres. Ce portrait, dont il existe plusieurs copies, a été placé dans la galerie royale de Gripsholm. Jérémie Falck en a donné, en 1649, une fort belle gravure. « Louis de Geer était d'une taille médiocre, et enclin à prendre i3n embonpoint modéré. Son air est grave, sans être sévère. Ses yeux ne sont pas grands, mais ils indiquent de la sagacité, et son regard paraît vif et pénétrant. On voit de la barbe au menton et sous les narines, ainsi qu'il était d'usage d'en porter alors 4 . »

1. Louis de Geer de Finspong. Outre la gravure infolio de Falck, il en existe une in-8° publiée à Stockholm

Cette description, tracée par un des descendants de Louis de Geer, n'est point contredite par l'écrivain suédois Buren, qui parle « du profond sentiment de vénération, » que lui a fait éprouver ce portrait. * La figure raâle et grave, sous un habillement modeste mais distingué, annonce un esprit plein d'activité et de profondeur. »

Louis de Geer revint à Amsterdam; il n'avait pas renoncé à toute activité; mais bien qu'il ne fût pas fort âgé, ses forces commençaient à décroître. Depuis plus de quarante ans, il avait travaillé sans relâche; le repos lui devenait nécessaire. Il ne cessait pourtant pas de suivre, avec intérêt, les affaires qu'il avait fondées^ La Compagnie du sud de l'Afrique, où, comme le chancelier Oxenstjern, il avait mis beaucoup d'argent, l'occupait toujours ; son nom avait été donné à un cap situé sur la côte occidentale,

par Akrel, en 1790. La revue « de Gids » a donné, en 1837, une lithographie de ce portrait.

entre le 30 mc et le 31 mo degré de latitude nord \ C'est à cette compagnie, que se rapporte l'incident suivant, raconté par Chanut, ministre -de France à Stockholm, et l'un des correspondants attitrés de la reine Christine, après son abdication.

« On eut avis à la cour de Suède, que les Anglais avaient pris quatre vaisseaux suédois, qui venaient de Guinée richement chargés. On ne doutait pas alors en Suède, que les Anglais ne relâchassent, à la première réquisition qu'on leur en ferait, les vaisseaux suédois qu'ils avaient arrêtés; et on ne se mettait plus en peine de les redemander, quoique cela fâchât fort le chancelier Oxenstjern; et soit que la reine fût poussée par ce ministre à faire redemander ses vaisseaux, ou qu'elle crût qu'il y allait de sa propre réputation, elle pressa fort le départ du sieur Bommcl, afin d'en obtenir

1. Voir : Jackson 1 s account of Timbuctoo, London, 1830, p. 55 et 58; et Arrowsmilh : General atlas, Édinfcurgh, 1817, in-4o.

mainlevée. Le chancelier avait grand intérêt en cette prise, car il était comme le principal associé dans une compagnie de commerce pour les côtes d'Afrique, qui s'était faite à Stockholm r à laquelle quatre de ses vaisseaux appartenaient. Ils avaient été pris à l'entrée de la Manche, et ceux qui étaient dedans et qui les conduisaient, croyant bien faire de ne pas se déclarer Suédois, dirent qu'ils étaient Hollandais, chargés pour le compte du sieur Louis de Geer et qu'ils allaient à Hambourg; cela avait quelque apparence, d'autant que toute la société était faite en son nom, et qu'il était demeurant et annoblr en Suède. Sous ce nom de Hollandais, les Anglais s'en saisirent; ils y trouvèrent quantité d'or en poudre qu'ils rapportaient au lieu de fer qu'ils avaient porté en Guinée, et on en fît aussitôt de la monnaie à Londres. »

Fut-ce à l'occasion de ces difficultés que Louis de Geer fit encore un voyage en Suède?

Fut-ce surtout pour y voir ceux de ses enfants qui y étaient fixés? En 1651, nous le voyons

traverser la mer; en 1652, il se rendit de nouveau à Stockholm où il tomba malade. Il repartit pour Amsterdam mécontent et triste, tant de l'accueil qu'il avait reçu, que de l'état des affaires publiques dans le royaume, où l'influence d'Oxenstjern décroissait chaque jour* Il se sentait gravement atteint et voulait retourner mourir en Hollande.

J'ai dit quelle avait été la vie publique de Louis de Geer ; quelle influence commerciale et politique il avait eue de son temps. Il me reste à montrer, avant de raconter ses derniers moments, ce qu'il fut dans la vie privée, pour ses enfants, pour ses amis, pour les pauvres et les. opprimés qu'il ne cessa de soutenir.

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