‹ Louis De Geer: étude biographiqueChapitre 4 sur 12 · Je me permets de recommander les extraits qui · texte numérisé non relu

Je me permets de recommander les extraits qui

« Au nom de Dieu, je me suis marié avec Adrien ne Gérard, mon espouse, le 27 de may 1612. Le Seigneur nous veuille bénir par son saint Esprit, nous maintenant en amour et concorde, par ensemble à sa gloire et à nostre salut. Amen. »

Vingt-deux ans plus tard, dans une lettre adressée à ses enfants, pour les exhorter à la concorde, Louis de Geer, frappé au cœur par la mort de celle qu'il avait tant aimée, rappelait, en termes énergiques et touchants, ce qu'avait été pour lui cette douce et intime union.

« Nos deux cœurs n'étaient qu'un cœur, nos volontés qu'une volonté ; nos affections, pensées, désirs, actions, distributions, comme si elles fussent sorties d'un seul cœur. Un seul regard en nos afflictions nous rassurait; nul mal ne nous arrivait, que ne l'ayant communiqué l'un

vont suivre à M. de Ribbe. Ils sont dignes de prendre place dans une nouvelle édition de son volume si intéressant sur les « Livres de famille. »

à l'autre, nous nous trouvions allégés; chacun faisant son office par prière à Dieu, en particulier, passant des nuits presque entières en icelles, gémissant et soupirant secrètement en nos lits; afin que l'un n'affligeât l'autre et n'interrompit son repos. Nous n'avions rien sur le cœur, que nous ne nous découvrions; cœurs vraiment unis ensemble, qui ont vécu vingtdeux ans et demi conjoints en cet heureux lien de mariage, sans discorde ; vingt et deux années et demie qui, en cette demeure, après avoir eu passé les orages, nous ont semble si courtes, que si ce n'eût été qu'un commencement.

» Et advenant, que parfois nous parlions de la mort, chacun voulait aller devant et devancer son compagnon; elle alléguant pour raison la grande amour qu'elle me portait, et la pesanteur au règlement de nos affaires; moi jaloux et ne voulant rien céder au point d'amour; chacun apportant ses preuves et arguments pour soutenir la sienne. Quant au fait des moyens et des biens que Dieu nous avait donnés, cha-

cun s'en fiait en son compagnon plus qu'en soi-même ; car nos consciences ne nous étaient aucunement soupçonneuses. Après donc si doux combats, maintes fois tenus par ensemble, nous entrions en un doux accord de prier Dieu, s'il nous était salutaire, de nous maintenir encore quelques années ensemble; à ce que conjointement nous puissions élever nos enfants en aa crainte. Mais elle, appréhendant que quelques jours je la devancerais à la mort, s'y est plus tôt disposée et préparée que moi, ayant eu un cœur plus juste que moi.

» Dieu lui a donc fait grâce et exaucé ses requêtes. Il Ta relevée à une fin plus glorieuse que celle de ce monde. Elle jouit des biens et félicités éternels qui n'ont aucun souci. »

Que pourrait-on ajouter à un tel éloge rendu par un tel témoin?

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