CHAPITRE III
Importance des richesses métallurgiques en Suède. — Rôle des mines dans les luttes nationales. — La famille De Besche. — Louis de Geer fait procéder à une enquête sur la situation des fonderies. — HJpropose à Gustave- Adolphe d'établir des usines pour le travail du fer. — Sa proposition est acceptée. — Finspong. — Il est naturalisé Suédois. — Difficultés qu'il éprouve à assurer la vente de ses produits. — Il fait venir en Suède de nombreux ouvriers Wallons. — Mort de Gustave -Adolphe. — Le chancelier Oxenstjern. — Louis de Geer perd sa femme.
Il n'est pas de pays qui, plus que la Suède, soit riche en métaux de tout genre. L'argent, le fer, le cuivre, s'y trouvent en quantité considérable, et forment une pari importante des revenus du royaume. Ce n'est pas à la surface d'un sol maigre et improductif, mais dans l'intérieur même de la terre, que les anciens Suédois allaient chercher un gain difficile, mais
assuré.
Le poète Tegner a dit de sa patrie :
« Voisine du pôle, resserrée par les montagnes, les forêts et les glaciers, elle emprunte ses trésors aux noires cavernes des rochers. »
Un auteur hollandais, Bilderdijck, a été non moins vrai en écrivant :
« Assaillie par les neiges et les glaces, la fière Suède fournit elle-même à ses guerriers le bleu métal de Mars. »
Faut-ii donc s'étonner du rôle capital, que les mines ont toujours joué, dans les luttes de Tindépendance suédoise? Les malheureux montagnards, qui gémissaient sous le joug cruel de L'étranger, savaient que dans les grottes et les autres souterrains se tenaient cachés lès derniers champions de la liberté nationale. Si les Gaulois, vaincus par les farces supérieures de Rome, attendaient toujours leur salut des forêts, où les druides fugitifs maintenaient la tradition d'un passé glorieux; si plus tard les Hollandais, accablés par la puissance de l'Espagne, avaient les yeux sans cesse fixés sur la mer, où les
gueux sauvages bravaient en se riant toute la colère du roi Philippe.; c'est des entrailles de . la terre que les Suédois, opprimés sous la tyrannie danoise, espéraient voir sortir leurs dé- ' fenseurs, et les héros qui devaient les venger., «n détruisant leurs ennemis.
C'est des mines, que le Guillaume Tell suédois^ Engelbrecht, adressait à ses compatriotes un appel suprême à la révolte; c'est dans les cavernes de Fahlun, que le poète Jarta lui fait tenir ce fier langage : « Le Nord est la patrie de la force. Nous sommes nés libres sur cette vieille terre, nous devons laisser après nous des descendants qui soient libres. »
C'est des mines aussi, que Gustave Wasa se levait cent ans plus tard pour conquérir, après imô lutte héroïque, un trône que lui méritait sa valeur.
Les cuivres de Fahlun et Fargent de Sala étaient bien connusdèsle moyen âge. Charles IX disait des premiers qu'ils faisaient « la prospérité » de la Suède. Sous Gustave Wasa., c'était
du second, que le trésor lirait ses meilleurs profits. Ce prince fut le premier, qui s'efforça de réglementer l'administration des mines.
Charles IX eut recours aux industriels étrangers, pour développer le commerce des métaux, et fut aidé dans celte tâche par un protestant français, Pascal-Denys Chéron, qui fît venir à deux reprises des ouvriers de France et des Pays-Bas. Mais c'est, sous Gustave-Adolphe et sous Christine, que l'exploitation des cuivres suédois prit la plus considérable extension. Le grand roi, qui devait tomber à Lutzen, après un règne glorieux, ne dédaignait pas de s'occuper en personne des mines de Norkoping, et d'y faire exécuter des travaux très importants ; sous la direction d'un allemand, Hans Steffens, il fit modifier tout le matériel des fonderies, et installer des marteaux et des soufflets d'un nouveau modèle.
Mais les Suédois, très habiles à utiliser le cuivre ou l'argent, n'avaient que fort peu l'habitude de travailler le fer. Ils l'envoyaient, sous
forme brute, à Lubeck et dans les villes hanséatiques; ce qui fait dire à l'un de leurs historiens : « Ce rude métal enlevé par les marchands étrangers nous revenait mieux travaillé, acheté à des prix considérables par nos compatriotes, qui, ô douleur! ne connaissaient pas les biens dont ils pouvaient jouir. » En 1604, une ordonnance royale vint interdire l'exportation des fers bruts; mais ce n'est pas seulement, par des mesures prohibitives, que Ton parvient à relever le commerce d'une nation. Gustave- Adolphe était trop intelligent pour ne pas comprendre l'inutilité de telles mesures; si l'on n'arrivait pas à employer, dans le pays même, les minéraux jadis envoyés au loin. Il avait été frappé de l'intelligence de deux frères, qu'il avait à son service comme architectes. Guillaume et Gérard de Besche étaient les fils d'un noble liégeois, qui avait fui sa ville natale, pour échapper à la persécution religieuse. Gérard de Besche avait été, en 1608, chargé de la construction des deux célèbres tours de la ca-
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thédrale d'Upsal, qu'il acheva en 1613, et qui furent en 1702 détruites par un incendie. A 1» suite d'un voyage aux Pays-Bas, il se décida à. se consacrer à l'exploitation des mines. 11 obtint, avec son frère, la location des fonderiez de fer de Forsmark, qu'il devait acheter dansla suite, et dont le roi lui confia la complète réorganisation. C'est à Guillaume de Besche, que Louis de Geer résolut de s'adresser, pour obtenir sur l'industrie des métaux en Suède,. des renseignement exacts et sérieux. Il lui demanda de procéder à une enquête suivie; luï promettant une forte récompense, en échangede l'étude attentive qu'il désirait. Ne pouvaiton pas trouver encore des mines ou des usines à louer ou à acheter? Le commerce du fer, encore à l'état primitif, n'était-il pas susceptible d'un grand développement? Telles furent les questions posées..
La réponse de Guillaume de Besche fut entièrement affirmative. Il fit savoir à son correspondant que, dans la province d'Ostrogothie r
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se trouvait, au milieu des forêts, une fonderie qui répondait à tous ses désirs. Le domaine de Finspong est situé dans Tune des parties les plus pittoresques de la Suède. D'immenses bois de pins l'entourent de tous côtés; une .rivière importante le traverse, avant d'aller se jeter dans la mer près de Norkoping. Si tout s'y trouve réuni pour la beauté du paysage, il n'est pas de région qui soit plus propre à l'industrie. Les montagnes renferment dans leurs flancs des trésors de fer; le combustible est tout prêt pour fondre le minerai que Ton vient de retirer des puits; les chutes d'eau considérables mettent en mouvement des machines nombreuses destinées à travailler le métal; et le cours d'eau devenu plus calme transporte, presque sans frais, jusqu'au port voisin, les marchandises de toute sorte préparées par d'habiles ouvriers. Louis de Geer fut séduit par tant d'avantages- Les fonderies étaient, disaiton, susceptibles de grandes améliorations. Il se décida à entreprendre l'affaire, mais sans
vouloir d'abord que son nom fut prononcé, et demanda à Guillaume de Besche de suivre les négociations nécessaires, pour la prise à bail de Finspong. C'est au nom de ce dernier que furent faites les propositions ; c'est à lui que, par lettres patentes du 12 octobre 1619, fut accordée la location du domaine et de toutes ses dépendances au prix de 5,675 rixdales 4 , soit plus de 25,000 livres françaises par an; somme importante à une époque, où la valeur de l'argent dépassait de beaucoup celle qu'il a aujourd'hui. « Cette location, » dit l'historien Franzen, « ouvrit par ses suites une ère nouvelle, dans l'industrie des mines en Suède. » Louis de Geer écrivit, peu après, à Gustave-Adolphe pour lui offrir de venir s'établir dans son royaume, avec sa famille et sa fortune. Il se faisait fort d'améliorer et de développer la métallurgie. En échange de ce service, il ne demandait que l'autorisation d'acheter les terrains nécessaires