Le rixdale-argenl valait en Suède plus de 5 francs
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à l'accomplissement de ses projets, ou de les louer; tant que les fabriques qu'il voulait entreprendre ne seraient pas achevées. Que si le soin de ses affaires devaient le retenir en Hollande, il promettait de confier à de Besche la construction de tous ces bâtiments. Gustave- Adolphe n'eut garde de refuser une telle offre, il répondit à Louis de Geer qu'il acceptait ses propositions, et qu'il lui promettait sa protection et ses faveurs.
Cependant, Guillaume de Besche soutenu par les capitaux du grani négociant hollandais, entreprenait, avec une remarquable activité, la transformation complète de Finspong. En place d'un petit fourneau, où le minerai imparfaitement préparé ne pouvait livrer toutes ses richesses, il fil construire tous les établissements nécessaires, non seulement pour fondre ou pour forger les métaux, mais même pour fabriquer des pièces d'artillerie. I)ouze forges nouvelles, avec six marteaux et un double fourneau, vinrent témoigner de son intelligente habileté. De
nombreux ouvriers, attirés des villes allemandes, accoururent bientôt dans les usines réorganisées, et mirent les Suédois au courant des procédés nouveaux qu'ils ignoraient encore. En peu d'années, Finspong acquit une telle importance, que ses fabriques purent fournir, avec celles établies plus anciennement près de Stockholm, tous les canons et tous les boulets nécessaires à l'armée suédoise. Le royaume tout entier ne fut pas longtemps sans retirer de grands avantages de ce mouvement commercial. Gustave-Adolphe lui-même, qui ne cessait de se préoccuper des progrès de Fartillerie, vit, avec beaucoup de joie, le développement d'une industrie qu'il tenait à encourager,, et qu'il connaissait dans tous ses détails. L'armée française s'est servie, pendant longtemps, sous le nom de « pièces suédoises, » de canons que le grand guerrier avait inventés, en personne. Le transport de l'artillerie et des munitions avait été exempté de tous droits. De Besche obtint un privilège exclusif, pour la
fonte des pièces de fer; les ouvriers étrangers qui vinrent s'établir en Suède furent déclarés, pendant six ans, francs de tout impôt établi par le royaume, ou par les villes.
Louis de Geer, confiant daus l'honnêteté et la sagesse de son fondé de pouvoirs, ne parvenait pas à prendre la décision de quitter la Hollande, où le retenaient des affaires, dont l'importance augmentait sans cesse. Il avait attiré dans ses ateliers de nombreux ouvriers étrangers; et, grâce 5 lui, Amsterdam était devenu l'un des principaux marchés, pour les fers et les armes venant de Suède. Il ne cessait pourtant pas de s'intéresser à ses entreprises de Norkoping ; et suivait, avec un soin tout particulier, le développement de la science métallurgique. Bien plus, en 1626, par suite d'un accord avec le gouvernement royal, il fut appelé à la tête de la compagnie fondée , quatre ans auparavant, par Gustave-Adolphe, pour l'exploitation des usines de son royaume, et plaça plus de cinq cent mille francs dans cette grande affaire.
Les historiens suédois s'accordent, pour reconnaître que de cette époque datent des améliorations considérables, apportées dans les procédés d'exploitation; tout spécialement en ce qui concerne l'usage des chutes d'eau, et leur emploi dans l'industrie, pour économiser la main d'œuvre.
Gustave-Adolphe ne se contentait pas de ces services; il voulait attacher Louis de Geer à la Suède par des liens plus durables; et désirait le voir fixer son établissement définitif, dans le royaume. Déjà, dans une lettre ouverte du 25 juin 1625, adressée à de Besche et concernantFinspong, il avait soin d'indiquer, qu'il était fort disposé à accorder à Louis de Geer, dès son arrivée dans le pays, le droit de bourgeoisie, <\vec tous les privilèges qui en dépendent. Deux ans plus tard, par des lettres de naturalisation, en date du 27 avril, il reconnaissait toute l'importance du rôle joué par celui qui allait devenir son sujet : « Comme il est de l'intérêt du royaume, d'être habité par ceux-là surtout, qui
se sont voués à l'étude de l'économie ; nous avons considéré et observé, tant l'honnêteté de vie et de mœurs, que l'habileté remarquable pour le commerce et l'extraordinaire expérience de Louis de Geer; nous nous sommes surtout rappelé, de combien et de quels services, il s'est acquitté, depuis beaucoup d'années, et promet de s'acquitter dans l'avenir, pour nous et pour notre État; c'est pourquoi nous avons résolu de recevoir le noble Louis de Geer au nombre de nos sujets. » A de tels éloges, Louis de Geer ne pouvait répondre que par l'obéissance. Il partit pour la Suède, dans le cours de l'année 1628, et alla s'installer à Norkoping, où il fit un séjour de plus de trois ans.
Il ne quittait pas la Hollande, sans esprit de retour; à ses yeux, il restait Hollandais; et conservait un fidèle attachement nu pays oit s'était écoulée sa jeunesse; mais la Suède et la Hollande étaient alliées, et Gustave-Adolphe était en. Europe le chef de la cause protestante. Louis de Geer avait dans son royaume de tels
intérêts, une part si considérable de sa fortune était engagée dans les mines, qu*il se décida à surveiller, par lui-même, la marche de ses entreprises.
Il ajoutait, chaque année, quelques concessions à celles qu'il avait obtenues. Il avait acheté de la couronne une île entière, située au milieu de la ville de Norkoping, et connue sous le nom de Holm; c'est là, qu'il fit établir, en 1625, une très remarquable fabrique de laiton; près de laquelle, il ordonna de construire une jolie maison. En 1627, il prit avec de Besche, pour un bail de six années, la ferme des usines d'Osterby, Leufsta et Gimo, qui se trouvent dans la province d'Upland, et qu'il devait relouer seul, en 1633.
Il employait un nombre très considérable d'ouvriers, et se montrait pour eux plein de bonté et d'obligeance ; désireux de faciliter leur vie, et de développer le goût de l'instruction, ehez leurs enfants. Très persuadé de la supériorité des forgerons liégeois sur leurs confrères
suédois, il avait fait venir, du pays de ses ancêtres, un grand nombre de familles protestantes réformées, pour lesquelles il avait obtenu de Gustave-Adolphe, malgré l'intolérance du clergé luthérien, le libre exercice de leur culte. La reine Christine confirma cette autorisation; mais ses successeurs refusèrent d'observer le contrat formé. Beaucoup de familles, depuis longtemps établies en Suède, préférèrent quitter ce pays et se réfugier en Hollande, plutôt que d'abandonner la religion de leurs pères. D'autres moins courageux consentirent à abjurer; mais ne cessèrent pas de parler Wallon, ne se mariant qu'entre eux, et conservant publiquement tous les usages du pays de Liège. Aujourd'hui, que plus de trois siècles ont passé, Ton remarque encore quelques noms étrangers, parmi les habitants de Leufsta, mais la langue suédoise a pris le dessus; et l'on étonnerait beaucoup sans doute les fidèles sujets du roi Charles XV, en leur disant que leurs ancêtres étaient des émigrés des Pays-Bas.
Mais Louis de Geer n'avait pas prévu ces événements. Il aimait à s'entourer de ceux qu'il avait appelés auprès de lui, et recevait souvent à sa table un forgeron renommé, particulièrement habile en son art et très fier de son adresse, qui savait le moyen de construire, en bois, les soufflets de forge que les Suédois ne savaient faire qu'en cuir. Son fils seul, était au courant d'un procédé, dont il gardait le secret avec une passion jalouse.
Est-il besoin d'insister, sur l'activité nécessaire au directeur de tant d'affaires? Ce n'était pas tout, que de réorganiser d'anciennes usines et d'en bâtir de nouvelles; il fallait encore assurer l'écoulement facile de tant de produits. Déjà, Louis de Geer avait dû surmonter des difficultés considérables, pour établir sa maison d'Amsterdam sur des bases solides. Les négociants des Flandres lui faisaient une concurrence redoutable ; les armuriers de Lubeck ne se résignaient, qu'avec peine, à se voir privés de la supériorité, que pendant longtemps, ils avaient
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5ii conserver dans leur commerce. Ce fut bien pis, quand il chercha à répandre, clans le monde entier, les objets de toute sorte fabriqués dans ses manufactures de Suède. Il n'est pas de moyens que ses adversaires n'inventèrent, pour le décourager et faire échouer ses projets; pas de ruses dont ils ne se servirent, pour ébranler son crédit. Ils connaissaient mal le caractère de Louis de Geer, d'autant plus obstiné à vaincre qu'on lui rendait le triomphe plus difficile. Il redoubla d'efforts et d'énergie; entretenant, avec tous les pays d'Europe, une correspondance considérable, ayant partout des agents, s'occupant, sans cesse, d'assurer en tous lieux le transport facile et le placement favorable de ses marchandises. Il rencontra, dans cette tâche difficile,deux puissants auxiliaires : Leurs Hautes Puissances M rs les États généraux des Provinces-Unies; Sa très sereine Majesté, Gustave- Adolphe, par la grâce de Dieu, roi des Suédois, des Goths et des Vandales. Les États généraux, désireux « d'assurer le
commerce des armes dans leur pays, » et de reconnaître les services que leur avait, mainte* fois, rendus Louis de Geer, prirent, dans plus d'une circonstance, des mesures qui devaient lui être favorables. C'est ainsi qu'ils avaient diminué de moitié, sur sa demande, le droit de 8 sous, par livre d'argent flamand, que les armes devaient, payer, pour leur transport dans la république; ainsi encore, qu'ils prenaient, le 7 février 1632, la délibération suivante : « Àprè& lecture d'une requête de Louis de Geer, négociante Amsterdam, et pourvu d'un privilège exclusifdu roi de Suède, pourfondre et faire fondre dans son royaume; le requérant exposant qu'il *ne peut écouler, dans les provinces, toute Partillerie qu'il y a réunie, et qu*il doit y faire venir de Suède, et demandant l'autorisation de la faire transporter, en France, à Hambourg, à Brème et autres places neutres, après acquittement des droits; leurs Hautes Puissances ayant considéré et délibéré, qu'il ne peut en résulter aucun inconvénient, mais au contraire des avan-
tages, pour la navigation, le commerce et le& revenus du pays, lui ont accordé et permis ce qu'il demande. » Gustave-Adolphe ne négligeait, de son côté, aucune occasion de témoigner son bon vouloir à Louis de Geer, qu'il avait reçu en audience, après son arrivée en Suède. Plein de confiance dans son jugement, il désirait le voir prendre part à toutes les entreprises commerciales qu'il organisait; en imitation des compagnies hollandaises des Indes Orientales et Occidentales. Le roi trouvait deux avantages considérables à fonder ces compagnies. Il espérait développer, par leur initiative, le mouvement de la marine marchande en Suède, et croyait travailler ainsi à augmenter la prospérité nationale. Il n'était pas, sans trouver commode, d'avoir toujours sous la main des associations jouissant de capitaux considérables, et disposées à lui prêter, sans trop de difficultés, l'argent dont il avait besoin, pour exécuter ses projets belliqueux. De Besche et de Geer lui avaient fourni en 1028 plus de deux cent cin-
quante mille francs ; ce dernier souscrivit encore pour deux cent mille francs à un important emprunt, que le roi fit, un peu plus tard, à la Compagnie générale de commerce.
Les marques de confiance et de sympathie, que recevait le nouveau sujet du roi de Suède, étaient trop fréquentes et trop signalées, pour ne pas susciter la jalousie de ses ennemis.
Beaucoup de Suédois, irrités de ses succès, affectaient de trouver mauvais que ce Hollandais prît une part si grande à toutes les affaires. N'y avait-il pas là un vrai danger national?
Louis de Geer ne sacrifiait-il pas les intérêts du royaume à de misérables calculs, et ne conscillait-il pas souvent des mesures qui n'avaient pour but, que sa fortune personnelle? Ces calomnies, d'abord discrètes, plutôt murmurées que proférées, ne furent pas sans rencontrer quelque écho. Une dénonciation formelle fut bientôt rédigée et adressée au gouvernement.
Ce ne fut pas la seule fois, dans le cours de sa longue vie, que Louis de Geer se vit en butte
aux menaces de ses adversaires; mais il avait pour principe de dédaigner ces attaques. Quand on vint l'accuser en Hollande, d'avoir, en fraude da fisc, fait des transports d'artillerie, il ne crut pas devoir se défendre, et les Etats généraux prirent sur eux-mêmes de proclamer son innocence; en déclarant, qu'il « n'avait point commis de contravention », et qu'il n'était pas coupable des faits qu'on lui reprochait. Mais les esprits étaient moins favorablement disposés pour lui, en Suède qu'aux Pays-Bas; il était nouveau venu dans un Etat, où sa qualité d'étranger et de calviniste lui nuisait, auprès d'une noblesse soupçonneuse, et d'un clergé passionné pour les doctrines luthériennes; il crut devoir faire une protestation solennelle, contre les insinuations dont il avait été l'objet; et sous le nom d' « Apologie de Louis de Geer, » écrivit un mémoire justificatif où, après avoir rappelé les services rendus par lui à la Suède, il prouvait, par des arguments irréfragables, la droiture de son caractère et son désintéressement.
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Gustave-Adolphe n'avait pas besoin d'être convaincu; il connaissait trop bien Louis de Geer pour s'arrêter à de tels reproches ; il avait fait trop souvent appel à son dévouement et à sa générosité, pour douter de ses sentiments. Il lui donna, peu avant sa mort, une dernière marque de l'estime profonde qu'il avait conçue pour lui.
Qui ne se rappelle la campagne célèbre entreprise par le roi de Suède, au printemps de 1630, sa marche rapide et victorieuse à travers l'Allemagne. Il était parti le 25 mai, non sans avoir réuni à Stockholm, dans une des salles du palais, les Etats du royaume. Il se présenta devant eux, accompagné de sa fille Christine, qui venait d'avoir quatre ans, et la confia à leur fidélité. Il allait, quant à lui, combattre l'Empereur et défendre la liberté des protestants menacés. « J'ai l'espoir d'arriver à faire triompher la cause des opprimés 7 d dit-il, « mais comme il arrive, qu'à force de porter la cruche à l'eau, elle ne s'y brise, je crains que telle ne
soil ma destinée... Je dois, à la fin, faire le sacrifice de ma personne; c'est pourquoi je vous fais mes adieux, espérant vous revoir dans un monde meilleur. »
Je ne veux pas raconter ici la lutte glorieuse livrée par ce grand héros. Soutenu par les subsides de la France, doot il refusait « la protection, » mais dont il acceptait le concours; il avança rapidement, menant à sa suite des troupes courageuses et disciplinées, dont l'entrain et la bonne tenue étonnaient les peuples. « Ce roi de neige fondra au soleil, » avait dit l'empereur d'Autriche.
Gustave- Adolphe continuait sa route, refusant d'interrompre la guerre pendant la mauvaise saison : « Mes soldats ne connaissent pas l'hiver, » répondit-il aux offres de trêve. Il donnait lui-même l'exemple à ceux qu'il conduisait au combat, « Un roi n'est pas digne de sa couronne, qui fait difficulté de la porter partout où un simple soldat peut aller, » déclaraitil. Un boulet de canon enleva un jour la croupe
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de son cheval; le roi tomba dans la boue et dans le sang. Il n'était pas blessé. « La pomme n'est pas mûre, » s'écria-l-il gaiement. Ses soldats répétaient ces bons mots et s'enthousiasmaient pour leur général.
Gustave-Adolphe ne cessait pourtant pas de s'intéresser au sort de son royaume. Il avait appelé, auprès de lui, Oxenstjern, son fidèle sujet et son habile ministre, qui lui reprochait de ne pas marcher assez vile : « Sire, j'aurais voulu vous féliciter de vos victoires, non à Mayence, mais à Vienne. » Le roi voulut avoir l'avis de Louis de Geer sur des questions commerciales, et lui donna l'ordre de venir le trouver. Il le reçut dans son quartier général à Kitzingen, près de Wutzbourg; et s'entretint longuement avec lui. Quelle ne serait pas l'intérêt d'une telle conversation, si elle était parvenue jusqu'à nous? Nous savons seulement, parle livret de Louis de Geer, qu'en quittant le roi, il manqua périr avant d'avoir regagné la Suède. Il écrivait en 1633 : « Lorsque, l'an
dernier en automne, je descendais le Rhin depuis Fort-Louis, je fus en grand danger de perdre la vie entre Andernach et Cologne.
J'invoquai Dieu, et fit vœu, s'il me ramenait sain et sauf près des miens, de donner cinq cents rixdales aux pauvres du Palatinat. »
Quand Louis de Geer constatait l'accomplissement de son vœu, le grand guerrier, qui lui avait demandé conseil, n'existait plus. Le l6novembre 1632, Gustave- Adolphe était tombé dans les plaines sanglantes de Lutzen. « Dieu* est ma cuirasse, » avait-il dit le matin même; quand on demanda le mot d'ordre, il répondit : « Dieu avec nous. »
La mort de Gustave-Adolphe était un coupterrible pour la Suède et pour la cause protestante en Europe. Il laissait une fille, qui n'était Agée que de six ans; un parti sans chef, qui fût capable de le diriger. Non pas, qu'Axel- Oxens- Ijern manquât d'habileté ou de courage. Il eut la gloire de ne pas céder à l'abattement, dans clés circonstances si critiques, et accepta avec
tristesse, mais sans trouble, le sain de gouverner son pays, pendant la minorité de la princesse. Oxenstjern avait une confiance profonde en Louis de Geer; une amitié sérieuse unissait ces deux hommes, dignes de se comprendre et de s'estimer l'un l'autre. De Geer n'eut donc pas à souffrir du changement politique, amené en Suède par l'établissement d'une régence ; il ne fut pas menacé dans la libre direction de ses affaires. Mais, depuis un an, il avait cédé au désir de revoir la Hollande, où l'appelaient des intérêts nombreux. Ce fut à Amsterdam , qu'il revint se fixer après son voyage en Allemagne ; ce fut à Amsterdam également, qu'il éprouva le plus profond chagrin que Dieu lui ait envoyé pendant sa vie. J'ai déjà dit l'amour tendre et profond qui unissait Louis de Geer à sa femme. Le 22décembre 1634, ces liens si intimes devaient se briser. Adrienne Gérard avait vaillamment supporté la naissance 4e quinze enfants; recevant avec joie ce qui lui semblait une bénédiction. Elle attendait la naissance du seizième, pleine de confiance en
Dieu, mais sentant ses forces décroître chaque jour. Elle préparait son mari à une séparation cruelle, et s'inquiétait de lui éviter toute peine et tout ennui, après sa mort. « Je vous laisserai tout en ordre, » disait-elle, « et acquitterai où je dois, afin que n'ayez aucun souci. » Elle s'entretenait avec lui de ses enfants, de leurs caractères , des soins à leur prodiguer, « et lui donnait instruction touchant leurs humeurs, pour en corriger les imperfections. » Elle sentait que son Benjamin devait lui coûter la vie. Elle ne se trompait pas.
Elle put le voir encore et le bénir ; mais sa faiblesse toujours croissante ne lui laissait pas d'espoir. Elle était fatiguée, et aspirait au repos, « rejetant tous les soucis de ce monde. »
Son mari lui demandait de vivre, « remontrant, que, pour l'amour de ses enfants, que Dieu leur avait si bénignement donnés ensemble , elle devait désirer plus longue vie , à cette fin de les élever et dresser en la crainte de Dieu. »
« J'en suis bien à repos, » répondit-elle, « je
les ai déjà consacrés à Dieu. Il en aura le soin. Et quant au temporel soin, j'en suis bien à repos de vous, que vous en aurez le soin, et leur serez père et mère. »
« Le vendredi, devant la Noël, à 10 heures, du matin, » écrivait Louis de Geer, « il a plu à Dieu, de retirer de cette vallée de misères ma très chère épouse, avec une constance et courage vraiment chrétiens; aspirant depuis le lundi avec ahanissement à sa patrie céleste, et nous incitant tous de prier Dieu, qu'il lui plût de la retirer bientôt à soi, en sa gloire éternelle ; sans que trois jours de long, elle souhaitât autre chose que la mort; toutefois se soumettant toujours à la volonté de Dieu.
» Dieu, qui m'a ôté ma plus chère partie et ce que j'aimais le plus en ce monde, me fasse la grâce, que cet amour se renforce et se convertisse en amour divin; à ce que quittant les vanités de ce monde, je lui dédie dorénavant tout mon cœur et le reste de mes jours; et fasse la grâce à mes enfants de vivre tous en sa
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crainte; à ce qu'ils le puissent servir et honorer tout le coure de leur vie, et emporter ci-après la couronne de gloire, et entrer avec nous au tabernacle éternel. »
« Mes enfants », ajoutait Louis de Geer, « mes enfants, je prie Dieu de tout mon cœur, et lui répands mes larmes et mes soupirs, à ce qu'il vous en fasse à tous la grâce; et que, dès co jour, je lui dis : « Me voici, moi et les enfants que tu m'as donnés; pour faire, ô Dieu, ta volonté! »