‹ Louis de Potter, membre du gouvernement provisoireChapitre 2 sur 14 · HH · texte numérisé non relu

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jusqu'à avoir voulu suggérer au gouvernement de me faire sortir de prison un jour avant l'écoulement de ma peine, pour éviter les démonstrations de sympathie que le peuple me préparait; et que, faisant toujours la plus sincère abnégation de moi-même, mon ambition se bornait à pouvoir me rendre utile aux hommes. Le plaidoyer de M. Van de Weyer fut le développement de ces paroles de M. Van Meenen : « J'en appelle à vous tous qui m'entendez : en est-il un de vous qui, s'il avait à subir la même épreuve, et dans tous les détails de sa vie privée et publique, et dans toute sa correspondance de cinq à six années, non-seulement n'eût rien à craindre de leurs révélations, mais pût la présenter comme un titre de gloire? Je le dis franchement; je le dis de conviction ; je le dis dans l'effusion de mon cœur : j'estimais, j'aimais MM. de Potter et Tielemans; maintenant je les respecte, je les vénère, je les admire. » « J'avais alors quarante -quatre ans : ma vie entière venait de se dérouler aux yeux du public, c'est-à-dire des hommes de toutes les opinions et de tous les partis, et de se dérouler jusque dans ses replis les plus secrets ; cette vie avait été fouillée avec haine par le ministère public, tronquée, dénaturée, calomniée de toutes les manières; et cependant, flétrie par le gouvernement, elle fut absoute par mes concitoyens, qui stigmatisèrent mes ennemis par un arrêt contre lequel il n'y a point d'appel... Mon intention avait été d'abord de me renfermer personnellement dans le silence le plus absolu : c'était à mes yeux le meilleur et le seul moyen de prouver contre le gouvernement qu'après avoir posé les bases de mon renom populaire, fidèle à mes principes, je m'effaçais complètement moi-même ; mais mes amis m'exhortèrent à profiter de la dernière occasion peut-

être qui s'offrait à moi aussi solennelle pour proclamer quelques vérités utiles au peuple qui les écouterait et en profiterait, et aux directeurs de l'opinion publique dont plus que jamais le courage semblait avoir besoin d'être soutenu. Je cédai à leurs instances et prononçai un discours non pour me défendre, défendre mes opinions, mes principes, mes actes, mes pensées, car ma correspondance avec M. Tielemans c'était mes plus secrètes pensées; tout cela avait été fait par qui voulait le faire, moi je ne le pouvais ni ne le voulais : mais uniquement pour mettre sous un nouveau jour le progrès qu'avait fait faire à l'opposition belge l'idée réalisée de l'union entre les amis de la liberté sans distinction de croyances. Je le fis en montrant comment moi-même j'avais été converti à cette idée, si éloignée avant cela de ma manière d'envisager les choses, et je prouvai qu'elle convertirait ainsi tout homme de bonnes intentions et de bonne foi, parce qu'elle est juste et vraie, et que toute idée juste et vraie doit finir par triompher de tous les obstacles et régner sur le monde... »

Lorsque les condamnés furent reconduits à leurs voitures, on entendit encore une fois des cris de : Vive de Potter ! Celui-ci s'étonnait pourtant un peu plus tard de l'indifférence apparente, de l'apathie, de l'ingratitude même de ses concitoyens ; il ne se doutait pas que la seconde condamnation dont il était frappé pour services rendus à la patrie avait, comme on l'a dit justement, fait descendre sa popularité jusque dans les dernières couches du peuple.

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De Potter et ses compagnons d'infortune auraient désiré passer en France les années de leur exil. Le premier écrivit à M. de Polignac pour demander leur admission dans le royaume, promettant sur l'honneur qu'ils ne se mêleraient en rien des affaires de France.

M. de Mérode, qui s'était chargé de la lettre, leur apprit bientôt que des ordres étaient donnés pour les repousser aux frontières. A défaut de la France, ils avaient désiré fixer leur séjour à Aix-la-Chapelle ; le gouvernement prussien refusant également de les accueillir, ils choisirent la Suisse et obtinrent des passe-ports qui portaient par la Prusse, avec le seul visa du consul des cantons helvétiques.

Le 7 juin d830, au matin, escortés d'un gendarme, ils se mirent en route. Trois ou quatre personnes suivirent leur voiture de la prison jusqu'aux portes de la ville. Dans l'après-dînée du 8, ils arrivaient à Vaels, dernière commune belge, et, après que les cérémonies de leur exécution comme bannis eurent été accomplies, ils entrèrent à Aix-la-Chapelle. Mais la police les contraignit de retourner immédiatement à Vaels, sous prétexte qu'il leur aurait fallu le visa de la légation de Prusse aux Pays-Bas ; en réalité, des instructions ministérielles enjoignaient de repousser les quatre bannis s'ils se présentaient aux frontières. Leur séjour forcé à Vaels se prolongea pendant près de deux mois. M mes de Potter et Tielemans, qui étaient venues joindre leurs maris pour les accompagner sur la terre d'exil, furent également repousséés d'Aix-la-Chapelle et reconduites à la frontière par la gendarmerie prussienne (').

De Potter, cependant, conservait toute sa sérénité. 11 écrivait à Geudebien :

« Aix-la-Chapelle, 23 juin 1830.

« Enfin nous voilà libres, et, au moins paraît-il, pour

(') Souvenirs personnels, I, pp. 81 et suiv.

tout de bon. Nous sommes en Prusse depuis quelques heures; nous en partons après-demain, si on ne nous force pas d'en déguerpir plus tôt, et vers la fin du mois nous roulerons entre Francfort et la Suisse.

« Je vous remercie, mon bon ami, de votre aimable et je dirais presque tendre lettre, car, selon moi, la véritable amitié, pour qui sait la sentir, a aussi sa tendresse. Soyez tranquille sur mon compte ; je suis d'une trempe de caractère à faire l'impossible pour qu'une chose aille à mon gré, mais à me consoler très-facilement de ma non-réussite, aussitôt qu'elle est irrévocable. Je ne négligerai rien pour obtenir mon admission en France, puisque de cela dépend ma réunion avec ma mère : mais, en attendant que je l'obtienne, je vivrai fort bien et fort agréablement en Suisse. Je n'aurai pas, il est vrai, ma pauvre mère auprès de moi ; mais j'aurai la certitude qu'elle est bien où elle est ; et moimême je serai entouré de ma femme et de mes enfants, de mon meilleur ami et de sa famille. J'aurai là de quoi composer le bonheur de dix hommes ; quoique j'en sois essentiellement convaincu, j'aurai soin encore de me le répéter sans cesse : et, ne craignez rien, mon ami, je serai heureux aussi complètement que notre sotte et faible nature le comporte

« P. S. Mon ami, j'avais écrit cette lettre hier au soir à Vaels pour être mise à la poste à Aix-la-Chapelle aujourd'hui : le sort en avait décidé autrement. Nos femmes qui avaient dîné avec nous ont été arrêtées à Aix à leur retour , tenues aux arrêts à leur hôtel et reconduites par la gendarmerie prussienne à Vaels. Nous écrivons maintenant à M. de Stoop, à M. Van Maanen, au roi et au ministre de

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la police prussienne à Berlin, pour qu'ils nous facilitent la faveur d'être exécutés selon notre arrêt, et cela le plus tôt possible. Ces dames se sont comportées en Romaines, les enfants en Gracques futures. Faites part de cette nouvelle aventure aux amis et fidèles : nous ne tenons aucunement à ce qu'elle demeure secrète. En attendant de nouvelles dispositions, nous sommes du moins réunis à nos familles, ce qui n'est pas une petite consolation. . . ■

Le 30 juin, il écrivait encore de Vaels au même:

* ... Nous sommes ici très-désagréablement et bien mal campés, mais cependant exploitant notre situation le plus gaiement possible. Le pis c'est, tout en habitant un fort petit village, de devoir encore demeurer à une assez grande dislance les uns des autres. Du reste, du matin au soir, nous vivons réunis dans la méchante auberge où la gendarmerie répond de nous Ce sont les femmes qui souffrent le plus de ce sot arrangement; mais elles souffrent en riant, et dès lors il serait honteux pour nous de ne pas rire aussi. Nous rions donc... »

Le 1 er août il ajoutait :

«... Patience et espoir ! Des temps meilleurs' viendront, il n'en faut plus douter. Et s'ils ne venaient pas, qu'aurionsnous à nous reprocher? En définitive, c'est là le bonheur. Je vous serre sur mon cœur. . , »

De Potter et ses compagnons avaient alors reçu du landamman du canton de Vaud la per-

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mission de résider à Lausanne, ainsi que les autorisations du grand-duc de Bade, du grandduc de Hesse, du bourgmestre de Francfort sur le Mein, et des autorités de la Confédération germanique à Mayence, pour traverser le pays sous leur dépendance, condition à laquelle la Prusse avait subordonné le passage par les provinces rhénanes.

Ils partirent dans la soirée. Depuis la veille, ils connaissaient la révolution de Paris. Le 2 août, escortés par des gendarmes prussiens, ils se dirigeaient vers Cologne. Avant de quitter Aix, de Potter avait fait jeter à la poste une lettre qu'il adressait au roi des Pays-Bas, et qui, envoyée en même temps aux journaux français et publiée par eux, devait produire une grande impression en Belgique.

On lit à ce sujet dans les Souvenirs personnels : « L'insurrection récente des Parisiens contre la tyrannie des Bourbons et les conséquences qu'elle devait inévitablement avoir pour la Belgique, en étaient le texte : « Sauvez la Belgique, disais-jeà Guillaume, sauvez la Belgique, il en est temps encore ; mais hâtez-vous de la sauver : car il pourrait bientôt n'en être plus temps. »

A Cologne, de Potter et ses compagnons d'exil

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