‹ Louis de Potter, membre du gouvernement provisoireChapitre 3 sur 14 · HH · texte numérisé non relu

HH

mim*

furent embarqués sur le Rhin. Arrivés à Mannheim, ils changèrent leur itinéraire ; au lieu de se rendre en Suisse, ils résolurent d'entrer en France et se dirigèrent vers Strasbourg. Ici, la commission municipale les admit au lieu de ses séances et ne fit pas la moindre difficulté de viser leurs passe-ports pour Paris. De Potter partit pour la capitale de la France, le 14, avec Tielemans et Barlels.

Le 24 août, fête anniversaire du roi Guillaume, de Potter fit un dernier appel à ce monarque. « Je lui adressai ce jour-là même, dit il, une lettre dans laquelle, comprenant mieux les circonstances de la révolution des trois journées, je lui prouvai en les retraçant, que partout où l'on s'entêterait dans le système maladroit et perfide, que peuvent seuls soutenir un ministère exécré et une cour inepte, ministère, cour et dynastie disparaîtraient devant la colère du peuple, et l'arbre de la liberté reverdirait sur les ruines d'un trône vermoulu. Puis je comparai le ministre Van Maanen au ministre Polignac, le message du ld décembre aux funestes ordonnances du 25 juillet, l'exploitation batave à la prépondérance des émigrés et des jésuites français. Enfin, j'exhortai le roi à provoquer lui-même le rappel de l'union avec la Hollande,

pour autant qu'elle confondait les deux peuples sous le malheur commun, les Belges d'être opprimés aujourd'hui par les Hollandais, les Hollandais de devoir être plus tard dominés par les Belges : je lui signifiai qu'à ce prix il pouvait continuer à régner sur le royaume entier, mais qu'il ne le pouvait qu'à ce prix. »

Le lendemain, 2o août, les premiers trouhles éclataient à Bruxelles.

Quand ces événements eurent été connus à Paris, de Potter se rendit avec Tielemans chez La Fayette à qui ils avaient déjà été présentés. La conversation fut intéressante. De Potter l'a retracée en ces termes :

« La Fayette ne paraissait pas attacher au mouvement helge toute l'importance qu'il avait déjà ou qu'il ne pouvait manquer d'acquérir. Je lui dis qu'à moins que le roi des Pays-Bas ne cédât, ce qui ne me semblait pas être possible, l'insurrection bruxelloise était une révolution comme celle qui venait de changer le gouvernement français. La Belgique se réunirait-elle à la France ? me demanda le général. Je répondis : Non. — Les Belges seront donc hostiles aux Français ! — Pas davantage. Ils veulent ce que vous avez voulu ; ayant un sentiment aussi profond que les Français de leur droit à l'indépendance, ce

HÈêKtè

qu'ils veulent, ils le veulent pour eux-mêmes. Prêts à verser leur sang avec vous et pour vous, parce que vous êtes à l'avant-garde de l'armée des peuples contre celle des despotes, ils vous accueilleront toujours en frères si vous ne vous présentez pas en maîtres. — Je m'étendis après cela sur l'attitude que, me paraissait-il, le gouvernement de juillet devait prendre pour favoriser, sans cependant y pousser ouvertement, le développement du mouvement révolutionnaire des provinces belges, contre un roi ennemi naturel, par caractère, par position, par devoir envers la Sainte-Alliance qui l'avait couronné, des principes créateurs de la France nouvelle.

— Diriez-vous tout cela au roi ? — Sans hésiter.

— Rédigeriez-vous dans ce sens une note que je lui ferais parvenir plus facilement et plus promptement que je ne pourrais vous procurer une audience ? — Oui. — 11 ne serait pas nécessaire que la note fût signée par vous, ni même qu'elle fût écrite de votre main. — Général, tout ce que je pense, je le dis, je l'écris et je le signe : avant deux heures vous recevrez la note que vous désirez. — Je ne fis en effet qu'écrire notre conversation, et je la remis à un des aides de camp de La Fayette. Je n'en ai plus jamais entendu parler, et, pour dire la vérité, je n'en

ai plus demandé des nouvelles. J'avais clairement vu, et cela me suffisait, que le gouvernement français était plutôt contraire que favorable à l'insurrection de Belgique, parce qu'elle le troublait dans son dessein de tout immoler à la consolidation de la nouvelle dynastie, qui, pour cela, devait exclusivement plaire aux autres puissances, c'est-à-dire rassurer les puissances.... Quoi qu'il en soit, quelque temps après mon entretien avec le général La Fayette (c'est ce que j'ai su depuis), Louis-Philippe lit consulter sur les affaires de Belgique un ami de M. Tielemans qu'alors je ne connaissais pas même de nom. Ce Belge eut, je tiens la chose de lui-même, une conférence chez M. Vatout ('), d'abord avec M. Vatout lui-même, puis avec le roi. Louis-Philippe ne voulait pas, disait-il, de république à une journée de marche de Paris ; cependant il n'y avait que cela de possible, car il n'osait ni réunir la Belgique à la France, ni envoyer un de ses fils y régner pour lui. — Pourquoi les Belges ne reprendraient-ils pas le roi Guillaume ? — Pourquoi, Sire, répliqua mon concitoven, ne vous entremettriez-vous

(') Ancien secrétaire et bibliothécaire du duc d'Orléans.

pas entre Guillaume et les Belges? — Mais il n'osait pas davantage..... ('). »

De Potter continuait de correspondre avec ses amis de Bruxelles regardés dès lors comme les chefs de la révolution qui paraissait imminente. Le 31 août, il leur écrivait :

« Pourquoi ne voulez-vous pas la séparation parlementaire et administrativ e d'avec la Hollande, dans laquelle se trouve nécessairement tout ce que vous demandez et que le roi trouvera moyen de nous promettre ou de nous faire refuser par sa majorité dans la seconde chambre?

« Pourquoi demandez-vous quand vous pouvez accorder?

« Pourquoi traitez-vous quand vous pouvez dicter souverainement les conditions auxquelles vous consentiriez à reconnaître la dynastie d'Orange ?

« Tout cela et bien d'autres choses encore nous sont et nous demeurent inexplicables. Veuillez nous dire là-dessus quelques mots pour notre instruction et notre gouverne. Nous ne recevons de vous ni de personne aucune lettre. . . »

Le 9 septembre, il s'adressait à Gendebien, qui lui avait fait écrire de ne pas revenir encore aux Pays-Bas :

«... Rassurez-vous... nous n'y retournerons pas de sitôt, et moi je n'y retournerai jamais, si ce n'est pour y reprendre possession de mon droit de citoyen que je ne veux point perdre, aussitôt que ce droit m'aura été rendu. Ne croyez-pas, mon ami, d'après ce que je viens de dire,

(') Souvenirs personnels, I, pp. 105 et suivantes.

que je ne veuille plus demeurer parmi vous ; mais, et je crois vous l'avoir prouvé, je ne puis pas y retourner demeurer. Et, en définitive, quïrais-je y faire? Chassé de la Belgique par les Hollandais, je dois avant tout être rappelé par les Belges. Dès que les Belges pourront me rappeler, ce sera bien la preuve la plus évidente que votre heureuse révolution aura atteint son but et son terme. Tout sera donc fini, hormis le partage du gâteau, auquel vous pouvez en toute sûreté de conscience procéder sans moi. 11 me restera seulement à aller vous voir, et je le ferai sans délai, je le ferai avec joie, avec ivresse ; je jouirai plus qu'aucun autre de votre nouveau bonheur auquel j'ai eu les meilleures intentions de contribuer en quelque petite chose pour ma part: et si jamais la patrie a besoin d'un détenu aux Petits-Carmes, d'un bouc émissaire pour les péchés de ses faiseurs, je vous prierais bien sincèrement de resonger à moi. Mais voilà tout.

« Vous voulez bien maintenant vous séparer de la Hollande; je vous en fais mon compliment. Mais laisserez-vous discuter votre droit d'être vous-mêmes par les Hollandais qui jusqu'à présent vous ont si scandaleusement enlevé ce premier dej droits ? Non, mon cher Gendebien ; la séparation n'est pas un projet de loi ; c'est un fait que votre révolution a posé et que vous devez maintenir à tout prix. Vous imposerez ce fait-là à votre chef futur, comme condition préalable de sa royauté, avec le sinon non. Ensuite à vous autres tous seuls, vous vous donnerez une constitution belge, que vous ferez jurer au roi des Pays-Bas, s'il veut être roi des Belges. Et s'il ne ratifie pas, s'il ne jure pas, déclarez franchement et hardiment votre indépendance absolue, et érigez-vous en république fédérativ^e. Gare alors

à qui vous touchera, puisque la France, qui ne nous touchera pas elle-même, défendra bien que d'autres ne vous touchent! Et, après tout, votre indépendance absolue sera aussi d accord avec l'esprit du traité de Londres que l'est notre semi-indépendance sous le sceptre des Nassau. . .

Le H, il mandait à M. Van de Weyer :

« ... Vous m'avez fait, dites-vous, des communications importantes qui exigeaient une prompte réponse. Hélas! j'y consens de tout mon cœur, mais je ne m'en doutais pas le moins du monde. Et moi aussi je vous ai communiqué des idées qui nie paraissaient valoir la peine d'être examinées. Par exemple, je vous ai rabâché vingt fois que vos catalogues de demandes à Sa Majesté ne vous mèneraient à rien ; que tout cela, et plus, se trouvait dans la séparation d'avec la Hollande, et que, sans cette séparation, vous n'avanceriez jamais d'une ligne. Mais une pareille proposition était encore un crime alors. Depuis, il est vrai, vous avez réussi à l'inspirer à vos hoogmogende, qui l'ont reçue comme venant de l'Esprit Saint ; et il n'y a plus eu d'obstacles. Je dirai comme le roi des Pays-Bas : Dieu en soit loué! — Dans plusieurs autres lettres, je vous parlais des secours que ne cessait de m'offrir Paris. D'abord, huit mille hommes et tous Belges, dont la plupart avaient fait leurs preuves dans les journées des 87, 28 et 29 juillet, et étaient prêts à marcher sur Bruxelles au premier signal. Puis, le faubourg Saint-Antoine désirait prendre part aux prochains combats. Enfin, des Allemands, des Anglais, des Polonais, des Italiens, des Espagnols, de tous les rangs, m'écrivaient lettres sur lettres pour mettre à ma disposition leurs moyens

Page 1