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LOUIS DE P0TTEK.
et leurs bras. En réponse à tout cela vous me fîtes écrire en quatre lignes et sur 1 un chiffon de papier par l'ex-rédacteur de la Gazette officielle de la rue de Berlaimont : que je devais me tenir tranquille ; — et dès lors je ne m'occupai plus exclusivement que de l'achat de mes meubles et de l'arrangement de mon petit ménage futur, choses que j'avais un peu négligées dans les premiers temps de mon séjour ici. — Maintenant, mon bon et cher défenseur, que tout cela est fait et parfait, et que dans deux jours j'aurai pris possession de mon nouvel appartement, et que dans dix j'y aurai ma pauvre vieille mère auprès de moi, je serai encore une fois, comme à la place Saint-Michel, tout entier à la théologie et à l'amitié. Je sais bien que je ne pourrai pas tout de suite reprendre possession de vous, car de plus hauts soins, et pour longtemps encore, vous retiendront tout entier ; mais enfin j'attendrai votre loisir, et jusqu'à ce que vous aussi vous puissiez un peu vous occuper de moi, je ne m'occuperai moi que de vous. — Adieu, mon digne et excellent ami. Je vous aime, je vous estime et je vous admire. »
Le lendemain, il s'adressait de nouveau à ses chers amis, MM. Gendebien et Van de Weyer.
« Je vous le confesse, je suis vivement affligé de voir que personne de vous n'a songé à utiliser mes bonnes intentions et mon séjour à Paris : vous pouviez cependant, me paraît-il, me charger de bien des choses, et de bien des choses fort délicates, dont, j'ose le croire, sans grand renfort de zèle et de patriotisme, je me serais acquitté aussi proprement qu'un autre. Par exemple, je vous ai à plu-
LOUIS DE POTTEE.
sieurs reprises annoncé que j'avais huit à dix mille braves volontaires à votre disposition, et je vous ai demandé si vous aviez armes et nourriture à leur fournir : point de réponse.
« Je vous ai dit que j'avais sollicité auprès du gouvernement français la déclaration positive, franche et officielle du principe de non-intervention, avec celle d'une promesse précise qu'on interviendrait pour empêcher les autres d'intervenir. J'ai ajouté que j'avais obtenu des réponses franches, précises, positives; mais officielles, non. Car, enfin, je n'avais pas mission pour en demander, et on craignait encore alors d'en donner même aux personnages à mission.
« Je vous renouvelle maintenant mes offres : donnez-moi une mission populaire quelconque auprès de ce gouvernement-ci, mission signée par vos principaux chefs révolutionnaires provisoires, et j'agirai, je vous le promets.
« Dites-moi ensuite ce qu'il faut que je fasse de mon armée d'auxiliaires. Un mot d'annonce dans les principaux journaux de la capitale, ou deux lignes d'affiche aux coins des rues, et de toutes parts on accourra au rendez-vous que j'aurai fixé, et, sur ma parole, tous partiront avec confiance pleine et entière. Mais m'autorisez-vous à demander de l'argent pour cette expédition? Mais où trouvera-t-on, sur la frontière, des armes, des munitions et des vivres? Mais...? Mais...? «
Les promoteurs du mouvement national décidèrent enfin que le moment était venu de faire apparaître de Potter dont le nom exerçait tant de prestige sur le peuple. En conséquence, Gendebien se rendit à Lille, où de Potter le
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rejoignit le 20. Ce dernier, qui comptait repartir avec sa mère pour Paris dès le lendemain, consentit à suivre Gendebien à Valencienues afin de s'aboucher avec les patriotes attendus dans cette ville. On croyait alors Bruxelles au pouvoir des troupes royales, et il s'agissait d'organiser la résistance en province. De Potter, ne s étant point entendu avec les autres chefs des patriotes, retourna à Lille, le 22. Après l'entrevue, il avait, dit-il, instamment prié Gendebien et Van de Weyer de l'avertir s'ils l'estimaient propre à rendre quelque service à leur commune patrie.
HOB
En apprenant le départ de MM. Gendebien et Van de Weyer pour la Belgique, de Potter voulut les suivre. Il passa donc la frontière le 27 septembre ; il était déjà près d'Enghien lorsqu'il se ravisa et écrivit à ses deux amis : «... J e suis aux portes de Bruxelles. La victoire est à nous: il n'y a plus qu'à en profiter. Mes amis, si je ne vous suis pas absolument indispensable, permettez-moi de retourner tout de suite à ma mère, à ma femme, à mes enfants, à mes occupations. J'aurais voulu vous être utile : vous n'avez plus besoin de personne. Laissez-moi ma liberté. »
M. de Potter délibérait encore, dit-il lui-
LOUIS DE POTIER
même, s'il irait attendre à Lille la réponse à sa lettre ou s'il s'arrêterait quelques heures sur la route de Bruxelles, lorsque, coup sur coup, arrivèrent de cette ville des personnes qu'il ne connaissait point, mais qui toutes le pressaient d'avancer et de se rendre aux vœux du peuple. « Je me vis finalement, poursuit-il, comme enlevé et transporté, pour ainsi dire, malgré moi, là où la fortune me préparait tant de traverses et de si poignants chagrins ('). »
Depuis Enghien jusqu'à Bruxelles, la marche de l'ex-prisonnier des Petits-Carmes fut vraiment triomphale. « Il aurait, disent les relations contemporaines, pu faire ces vingt lieues porté ou plutôt traîné à bras ; de toutes parts, on accourait sur son passage, pour le toucher, pour le voir; les bourgmestres, les autorités, les sociétés d'harmonie l'attendaient et l'escortaient ; on se disputait l'honneur de le recevoir et de l'accueillir ; à Tournai, à Leuze, à Ath, à Enghien, à Hal, et enfin à Bruxelles, on détela sa voiture, et des hommes la traînèrent malgré toutes ses instances réelles ou simulées. On criait partout : vive la liberté ! vive de Potier ! vive le La Fayette belge ! vive notre défenseur !
(') Souvenirs, I, p. 1î
LOUIS DE POTTEK.
Des dames, des demoiselles briguaient l'honneur d'aller l'embrasser ; on lui présentait des fleurs, des lauriers. Il pleurait de joie et d'attendrissement.
« A six heures du soir, M. de Potter arriva à la porte d'Anderlecht suivi d'une foule innombrable et de plusieurs contingents de volontaires armés qui l'avaien t rejoint en route. Il y trouva un détachement nombreux de la garde bourgeoise, et plus de vingt mille de nos concitoyens, parmi lesquels on remarquait plusieurs de nos blessés. 11 fît à pied le trajet jusqu'à l'hôtel de ville, accompagné de tout ce cortège qui grossissait à chaque instant. On porta sa voiture au-dessus des barricades.
« La foule était si grande qu'il eut peine à pénétrer à l'hôtel de ville ; il y fut reçu par tous les membres du gouvernement provisoire qui se précipitèreut sur lui et faillirent l'étouffer dans leurs embrassements, en le nommant le principal auteur de la révolution.
« Vers sept heures il parut au balcon du côté de YAmigo; M. l'agent général Engelspach le présenta au peuple à qui M. de Potter adressa quelques mots qui ne furent que peu ou point compris; quelques instants après, M. d'Hoogvorst le présenta également à la foule du côté
du Marché.
LOVIS DE
Il y répéta