‹ Louis de Potter, membre du gouvernement provisoireChapitre 5 sur 14 · POTTER · texte numérisé non relu

POTTER

son allocution dont on

ne put guère saisir que ces mots : Je viens me dévouer pour ma patrie, mais à condition qu'il n'y ait plus de vengeances, plus de réactions.... Un tonnerre d'applaudissements couvrit sa voix (').... »

Le gouvernement provisoire, apprenant que de Potter était en route pour Bruxelles, l'avait rappelé par un arrêté ainsi conçu : « Le gouvernement invite M. Louis de Potter à rentrer dans sa patrie. Le gouvernement adressera la même invitation à tous les Belges qui sont en France. » De Potter reçut cet arrêté avant son arrivée à Bruxelles.

Le lendemain la proclamation suivante annonça l'adjonction de l'ancien banni au gouvernement provisoire de la Belgique :

« Un de nos meilleurs citoyens. M. de Potter, que le vœu national rappelait à grands cris depuis le commencement de notre glorieuse révolution, est entré dans nos murs. Le gouvernement provisoire s'est empressé de se l'adjoindre. En conséquence, à partir du 28 sep-

(') Esquisses historiques de la révolution de la Belgique en 1830. pp. 479-48!, et le Courrier des Pays-Bas, daté du 29 septembre, mais publié le 28.

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tembre 1830, M. de Potter fait partie du gouvernement provisoire. — Bruxelles, 28 septembre 1830. Ch. Rogier, F. de iMêrode, S. Van de Weyer, Jolly, F. de Coppin, J. Vanderlinden, J. Nigolaï, baron E. Vanderlinden d'Hoogvorst, A. Gendebien. »

« Je ne vis là, » dit de Potter, « qu'une tâche honorable que mes amis m'imposaient, celle de les aider à remplir, pour le plus grand bien de la Belgique, la mission dont le concours des circonstances les avait chargés. »

Il devait regretter un jour sa détermination. Il emporterait au tombeau, disait-il, le regret mortel d'avoir compris trop tard que sa véritable place n'était point dans le gouvernement. Resté en dehors, ajoutait-il, il aurait été son auxdiaire tant que ce gouvernement aurait fait le bien, et auxiliaire puissant, car il aurait continué à représenter la volonté et la force du peuple; il l'aurait maintenu jusqu'au bout dans le devoir, ou il l'aurait renversé dès qu'il en serait sorti (').

De Potter s'était empressé de publier une adresse pour remercier ses concitoyens de l'ovation dont il avait été l'objet. Après avoir

(') Souvenirs, I, p. 135.

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glorifié la victoire remportée sur les troupes royales, il poursuivait en ces termes : «.... Que « tous les citoyens se groupent autour du gou- « vernement populaire qui est votre ouvrage... » Il faut vivre libres ou nous ensevelir sous des « monceaux de cendres... Soyons unis, mes « chers concitoyens, et nous serons invincibles. « Conservons l'ordre parmi nous; il nous est « indispensable pour conserver notre indépen- « dance. Liberté pour tous ! Egalité de tous « devant le pouvoir suprême : la nation ; devant « sa volonté : la loi. Vous avez écrasé le despote tisme; par votre confiance dans le pouvoir « que vous avez créé vous saurez vous tenir en « garde contre l'anarchie et ses funestes suites. « Les Belges ne doivent faire trembler que « leurs ennemis. — Peuple, ce que nous som- « mes, nous le sommes par vous. Ce que nous « ferons, nous le ferons pour vous. »

Ce fut de Potter qui institua le pouvoir exécutif de la révolution, en faisant nommer un comité central choisi dans le gouvernement provisoire et chargé de l'exécution des mesures prises sur le rapport des comités spéciaux. 11 en fut membre avec MM. Rogier, Van de Weyer et F. de Mérode. M. Gendebien y fut également adjoint le 10 octobre, au retour de sa première

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mission à Paris. De Potter avoue que, dans les commencements, le plus grand accord régnait au comité. M. de Mérode seul combattait parfois ses théories. L'adjonction de M. Gendebien changea la position de celui qui était regardé comme le président du gouvernement. De Potier trouva en son nouveau collègue non-seulement un contradicteur mais un adversaire. « J 'étais à ses yeux, dit-il, un ambitieux qui ne tendait qu'à dominer : en combattant mon ambition prétendue, il eut, je n'en doute aucunement, les meilleures intentions du monde ; mais il ne s'en trompa pas moins d'une manière funeste pour moi, pour lui-même et, j'ose le dire, pour la Belgique, dont notre accord eût fondé l'indépendance réelle, assuré la liberté et consolidé le bonheur ('). .» En résumé, de Potter aurait voulu trouver en Gendebien un auxiliaire pour faire prédominer la forme républicaine, et Gendebien, qui s'était déclaré monarchique, ne voulait point contribuer à faire de son rival le président d'une république belge.

Pendant quelque temps de Potter aurait pu aspirer au premier rang. La popularité, que ' avait acquise sa lutte contre le gouverna

(') Souvenirs, I, p. 148.

des Pays-Bas , est alors à son apogée ; aux yeux du peuple , il personnifie en quelque sorte la révolution; c'est à lui que s'adressent les solliciteurs et les donneurs d'avis ; c'est lui encore qu'encouragent et qu'exaltent les radicaux anglais et les républicains français (').

Mais de Potter ne possédait point les qualités que doivent avoir les organisateurs d'un État. Il n'était pas homme d'action, il était même

(') Nous avons déjà publié la très-curieuse correspondance de John Bowring avec de Potter. (Voir Notes historiques et biographiques, pp. 4 et suiv.) De son côté, Audry de Puyraveau lui écrivait : « Paris, 28 octobre 1830. — Monsieur, sans avoir l'honneur d'être connu de vous, comme ami de la liberté, je viens vous remercier de tout ce que vous avez fait pour elle. Il reste encore beaucoup à faire. La Belgique est le temple où repose ce feu sacré ; vous en êtes le grand-prêtre. C'est de là que la lumière doit jaillir et se répandre sur le monde entier ; elle doit aussi réagir sur les contrées qui l'ont laissée s'éteindre. Achevez donc votre ouvrage, Monsieur Potter, les peuples vous contemplent, ils attendent tout de votre courage et de votre persévérance; ne souffrez pas qu'un si grand intérêt soit encore sacrifié à un seul homme. Une reconnaissance éternelle vous attend et sera votre récompense.

« Monsieur J. G..., citoyen de l'ancienne république polonaise, a bien voulu se charger de remettre mon hommage à un grand citoyen. »

dépourvu de ces connaissances qu'on appelle positives. Un de ses biographes rapporte que, dans les derniers temps de sa vie, il disait à ses amis : « Combien j'ai regretté souvent de n'avoir pas reçu dans ma jeunesse l'éducation des affaires. Je n'avais aucune idée des sciences qu'on appelle législation, administration, économie politique... Que voulez-vous que fît un simple homme de lettres, un savant, si vous voulez, mais un pur savant, au milieu de la confusion des rouages d'une machine qu'il n'avait jamais vue auparavant, la machine gouvernementale? »

A la vérité, de Potter suppléait par une vigoureuse initiative aux connaissances qui lui manquaient; aussi, malgré son inexpérience gouvernementale et administrative, prit-il la plus grande part aux décrets qui servirent de bases à la constitution du futur royaume de Belgique.

« Le 4 octobre, j'exigeai, dit-il, que la Belgique, violemment détachée de la Hollande, fût déclarée Étal indépendant ; un congrès, disait l'arrêté, sera convoqué de toutes les provinces pour déterminer, sur le projet que lui en soumettra le comité central, la constitution qui doit régir le nouvel État ('). »

(') Souvenirs personnels, I, p. 144. — Le lendemain un

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Élevé au pouvoir suprême, de Potter eut hâte de redresser les anciens griefs des Belges, de

ami de de Potter, un homme qui a laissé un nom honorable dans les annales parlementaires de la Belgique, M. de Langhe, lui écrivait d'Ypres ■. « . . . Permettez-moi de vous donner quelques conseils. Je les adresse à vous seul. Vous en ferez l'usage que vous jugerez convenable. Croyez-moi, dans l'intérêt du pays, comme dans celui de l'autorité, bouleversez le moins possible. Ne changez en hommes et en institutions que ce qui est absolument indispensable pour le maintien de l'ordre public et de votre administration provisoire. Rentrez dans la légalité aussitôt que vous le pourrez. Qu'un projet de constitution rédigé d'après les vrais principes et adapté à nos mœurs soit présenté à une assemblée nommée ad hoc par les états provinciaux. C'est le seul corps électoral compétent qui existe et, quelque vicieuse que soit sa composition, je pense que sous l'empire des lois actuelles les choix qu'il ferait seraient bons et conformes à l'opinion publique.

« Telles sont, mon cher ami, les vues d'un citoyen ami de sa patrie. Je n'ai fait que les indiquer. Si vous les adoptez il ne vous sera pas difficile de les développer. Pour moi j'attends avec confiance le résultat de vos efforts pour le triomphe de la bonne cause et je m'empresserai de me rendre à Bruxelles dès que je croirai que ma présence pourra réellement y être utile.

« On parle du prince d'Orange comme vice-roi. Il n'a pas trempé dans toutes les atrocités qui ont été commises. Il s'y est même opposé, sinon avec force, du moins avec

revendiquer et de décréter les libertés qu'il avait réclamées avant et pendant sa détention aux Petits-Carmes.

« Je n'eus point de repos, poursuit-il, que mes collègues n'eussent arrêté et signé avec moi : — la suppression de la direction de la police, considérée comme une usurpation sur les pouvoirs municipaux (11 octobre) ; la liberté d'enseignement en tout et pour tous, sans entrave aucune, ni autorisation, ni certificat (12 octobre) ; la liberté de s'associer dans un but politique, religieux, philosophique, littéraire, industriel ou commercial (16 octobre); la liberté des opinions et de leur application, pour chaque citoyen ou chaque association de citoyens, par la voie de la parole et de la presse, et l'abrogation de toute loi générale ou particulière, entravant le libre exercice d'un culte quelconque, et assujettisant ceux qui le professent à des formalités qui froissent leur conscience, avec suppression de toute magistrature créée pour soumettre les associations philosophiques ou

franchise. Peut-être la politique conseillerait-elle de l'accepter : mais je crains que les coups de canon tirés sur Bruxelles ne soient encore trop récents pour qu'on puisse se résoudre à prendre ce parti. »

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90 LOUIS DE POTTEE.

religieuses et les cultes à l'action ou à l'influence de l'autorité; l'abolition du serment immoral à prêter en garantie de la sincérité des déclarations de succession et de mutation par décès (17 octobre); la liberté entière des théâtres (21 octobre) ; l'abolition de la haute police et de toute surveillance exercée par elle (22 octobre) ; la publicité des budgets des communes (26 octobre) ; la publicité de l'instruction et des débats aux conseils de guerre, ainsi que le droit des prévenus de s'y faire assister d'un conseil librement choisi (9 novembre), etc. Ceux de ces arrêtés qui le comportaient par leur objet étaient explicitement basés sur les considérants les plus remarquables, savoir : la haine du despotisme, l'horreur de tout monopole ou privilège, le respect le plus religieux pour la liberté de tous, la reconnaissance sincère de l'égalité civile et politique de tous les Belges, eniin la déclaration de la liberté absolue de la conscience humaine et de ses manifestations, sur lesquelles la loi n'aurait plus d'action possible.... »

Le prince d'Orange avait envoyé au comité central un agent officieux, le prince Kosloff'ski. De Polter, sollicité directement par cet ambassadeur, lui répondit en son propre et privé

nom : « Si le peuple m'eût seulement soupçonné de vouloir présenter le prince d'Orange comme le seul chef digne de lui commander, il serait monté au lieu des séances du gouvernement pour me jeter par la fenêtre, et je n'aurais eu là que ce que j'aurais mérité, pour avoir méconnu

et avoir voulu violer le vœu national

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(') Le prince Kosloffski adressa à de Potter la lettre suivante :

« Monsieur le Président,

« Hier au soir, dans une séance que je crains n'avoir que trop prolongée, j'ai développé les grandes considérations politiques qui militent en faveur du principe do placer l'indépendance de votre religion, de vos institutions sociales et de votre gloire sous l'égide protectrice du prince d'Orange, qui se fait un honneur d être votre compatriote, et que sa naissance place en même temps au nombre de ceux qui ne sont pas étonnés d'être roi. Je 1 ai fait sinon avec éloquence et avec talent, au moins bien certainement avec un zèle sincère de vous servir.

« J'apprends aujourd'hui un fait qui me serre le cœur. On m'a dit que quelques personnes ont brûlé la proclamation du prince d'Orange. Cet auto-da-fé de papier est cette fois-ci d'autant moins à sa place que cette proclamation ne respire que la bienveillance , et que la bienveillance est respectable par sa nature, de quelque part qu'elle vienne.

« Mais je vais plus loin, Monsieur le Président, et je

Potter ne se borna pas à s'associer à la protestation par laquelle le gouvernement, provisoire

pense que lorsque le premier moment d'effervescence sera passé, ces calamités mêmes, dont cette ville se plaint, seront un titre à l'attendrissement en faveur du prince d'Orange.

« Car il ne peut entrer dans la tête de personne qu'un prince qui a combattu et vaincu avec vous à Quatre-Bras, ait eu peur de se présenter avec une armée devant une ville ouverte, dont 1 étonnante défense a trompé tous les calculs européens. S'il n'y est pas venu, c'est qu'il n'a pas voulu y venir, et qu'il lui répugnait, même pour s'assurer d'une couronne, de faire le moindre mal à une ville qu'il affectionne si particulièrement.

« Mais je me trompe, il y est venu, malgré les avis de tant de personnes, seul, désarmé, dans la seule intention de vous montrera vous tous, et à la garde nationale en particulier, son entière confiance.

« Je dis donc que si la Providence le destine à parcourir avec vous la glorieuse carrière d'un État indépendant, elle le récompensera de ce qu'il a fait et de ce qu'il n'a pas fait, et la nation belge donnera à l'Europe l'exemple de cette haute civilisation, dont le premier signe est de ne jamais confondre soit en amour, soit en haine, les choses et les individus.

« Veuillez, Monsieur le Président, donner communication de cette lettre à tous vos collègues, pour leur dire combien j'apprécie leur indulgence et la vôtre de m'avoir hier si longtemps écouté, et leur exprimer en même temps mes sincères regrets que mes offres respectueuses de bons

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repoussait les propositions clu prince d'Orange, il fit connaître sans détour ses opinions dans une lettre adressée le 19 octobre au Courrier des Pays-Bas. La voici :

« Des bruits aussi absurdes que calomnieux, auxquels n'ont pas peu contribué les faux jugements portés par les journaux sur nos affaires, se répandent sur mon compte : je crois devoir les démentir publiquement.

« Comme simple citoyen, je n'eus pas traité, je ne traite pas, et je ne traiterai pas avec le prince d'Orange.

« Comme membre du gouvernement provisoire, j'ai été, avec mes collègues, dans le cas de recevoir de lui des communications non officielles, que le comité central a constamment repoussées, en déclarant même qu'il ne voulait plus se prêter à de pareilles négociations, entièrement inutiles et nécessairement sans résultat.

« Comme membre du gouvernement provisoire, je ne manifeste pas mes opinions politiques, laissant au Congrès national, avec la liberté la plus absolue, tout le soin de déterminer l'organisation sociale la plus convenable aux provinces de Belgique.

« Mais comme simple citoyen mes principes sont connus : ils sont démocratiques ; mes opinions, je ne les ai jamais cachées : je suis républicain.

offices auprès de S. A. R. le prince d'Orange n'aient pas pu être accueillies.

« Agréez , Monsieur le Président , l'hommage de ma haute considération.

« Le prince Kosloffski. »

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« Je ne crois plus nécessaire, après cela, de dire que je ne suis ni ne saurais être orangiste.

« Je ne me soumets pas moins d'avance à ce que décidera le Congrès national, la volonté du peuple étant ma loi suprême.

« Si le mode de gouvernement adopté ne me convient pas, ou si le chef choisi pour exécuter le pacte social n'est pas celui que j'aurais désiré moi-même, je ferai comme j'ai toujours fait, de l'opposition, au risque, si je déplais, de me faire bannir une seconde fois. »

Cette déclaration républicaine porta une première atteinte à la popularité de de Potter ; elle lui aliéna la bourgeoisie fort attachée aux traditions monarchiques.

Agissant encore autrement que ses collègues, de Potter ne brigua point un siège au Congrès national. Le terrain fut néanmoins sondé. Dixneuf ecclésiastiques du Hainaut répandirent la circulaire suivante :

« La popularité de M. de Potter étant un moyen de concilier tous les suffrages aux noms qui lui sont joints, nous vous prions de vouloir bien lui accorder les vôtres, afin d'éviter qu'une liste toute contraire à nos intérêts religieux ne l'emporte sur la nôtre.

« M. de Potier ne peut d'ailleurs vous inspirer aucun ombrage, il veut la liberté franchement: c'est tout ce que les catholiques peuvent réclamer ; rien ne leur est plus avantageux, et il n'est presque pas de pays où ils jouissent réellement de la liberté. Travaillons donc de concert à assurer

celle du nôtre. Mous comptons pour cela , sur votre coopération, elle nous promet pour votre canton le succès si désiré. »

De Potter était trop lier pour faire une démarche personnelle ; il pouvait d'ailleurs s'attendre à un choix spontané sinon dans le Hainaut, du moins dans le Brabant ou dans la Flandre. Il faudrait voir ici un acte de grande ingratitude à l'égard du principal promoteur de la révolution, si celui-ci n'avait fini par refuser formellement toute candidature. Le 31 octobre de Potter publie sa Profession de foi politique où il refuse de siéger au Congrès et appelle de ses vœux la création d'une république befae.

Profession de foi politique.

« Mes collègues du comité central, éligibles comme moi au Congrès, sont décidés à accepter la mission que la nation, sans aucun doute, leur confiera ; en le déclarant, ils saisissent l'occasion, qui s'offre si naturellement à eux, de faire leur profession de foi politique.

« Et, quand même ils ne la feraient pas, membres du Congrès, ils pourront à chaque heure manifester leurs opinions et leurs principes.

■< Je ne partage pas (ils me le pardonneront) leur manière de voir à cet égard.

« Je me crois obligé à n'accepter aucun poste, et à demeurer jusqu'au bout à celui où les circonstances m'ont placé : jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à ce que les circonstances m'y remplacent. Je me bornerai donc à cette seule mission.

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« Mais, privé par-là de m'expliquer sur les intérêts les plus graves, les plus vitaux de ma patrie, soit comme candidat au Congrès, soit comme membre de celte assemblée, je dois cependant à mes concitoyens, je me dois à moimême, de dévoiler le fond de ma pensée, sans ménagement comme sans restriction, franchement et entièrement.

« Je le dois d'autant plus, que le projet de constitution, tel que l'a arrêté la commission (<), a été publié, et que celui du comité central, s'il juge convenable d'en présenter un autre au Congrès, sera soumis à la discussion, sans que je

(') « Le gouvernement provisoire chargea une commission de rédiger un projet de constitution qu'il publia sans l'adopter lui-même, sans le faire sien. Cette commission se composait de MM. de Gerlache, président ; Van Meenen, vice-président; Nothomb, secrétaire; Lebeau, secrétaire-adjoint; Ch. de Brouckere, Devaux, Balliu, Thorn, Zoude (de Namur), Tielemans, DubusetBlargnies... — Le 12 octobre, la commission décida, à la majorité de huit voix contre une, que la forme de gouvernement serait monarchique; elle arrêta dans les séances suivantes les bases de la Constitution; et le 16, elle s'ajourna, après avoir chargé son secrétaire et M. Devaux de préparer un projet d'après ces bases. Elle se réunit de nouveau le 25, prit lecture du projet, et l'adopta après y avoir fait quelques changements partiels. Le projet fut publié le 28 ; la veille, le secrétaire-rapporteur en avait donné lecture au gouvernement provisoire ; M. de Potter ne put s'empêcher de lui dire : Ce n'était pas la peine de verser tant de sang pour si peu de chose. « (Essai historique et politique sur la révolution belge, par Nothomb, 3 e édition, p. 77.)

puisse, d'aucune manière, émettre mon opinion sur un acte d'où dépendent la liberté et la prospérité futures de ma patrie.

« C'est là ce que j'ai entendu par l'opposition dont j'ai parlé dans ma lettre du 4 9 octobre, par laquelle je répudiais toute possibilité de contact entre moi et le prince d'Orange, avant même que l'incendie d'Anvers lui eût ôté le peu de chances qu'il croyait conserver encore de se faire proclamer chef des Belges. C'est là ce que j'ai entendu par un gouvernement ou un pouvoir qui me déplairait, en d'autres termes, qui serait honteux et désastreux pour la Belgique. Je me suis cru des droits à être compris dans ce sens.

« Les Nassau , que j'ai alors repoussés, comme citoyen, de tous mes vœux, je m'engage maintenant à les repousser de tous mes efforts. Je repousserai de même tout prince étranger, tout étranger que l'on voudrait placer à la tête de l'État.

" J'ai la conviction intime que les Belges peuvent rester Belges, et qu'ils n'ont pour cela besoin de qui que eu soit. Et, s'ils le peuvent, ils le doivent.

« La république, sous une dénomination quelconque, celle d'Union belge, par exemple, est à mes yeux la forme de gouvernement qui leur convient le mieux. Simples, laborieux, économes, ils se passent volontiers du faste des cours; et leurs propriétés, divisées à l'infini, ont depuis longtemps rendu national chez eux le principe démocratique.

« J'ai dit que la révolution faite par le peuple devait tourner tout entière au profit du peuple: cela n'aura lieu, et ne peut avoir lieu que lorsque, après lui avoir rendu la nomination de ses magistrats, on aura fixé l'assiette vraiment populaire

des impôts, et ;uo leur diminution réelle sera devenue une conséquence directe de celle des dépenses publiques. « Or, point d'économie possible sous la royauté. « Donc, point de royauté.

« C'est-à-dire point d'hérédité.

• Le chef de l'État, si on le veut absolument, sera nommé à vie. Mais, il faut pour cela qu'on le veuille absolument, et qu il soit impossible d'obtenir, des préjugés encore dominants aujourd'hui, un président à terme, savoir pour trois ou cinq ans.

.. A ceux que cette forme de gouvernement effraie, et qui voient déjà arriver en Belgique, pour y substituer la monarchie constitutionnelle, les armées des anciens membres de la sainte-alliance, je répondrai sans hésiter : Vous avez déjà fait assez, vous n'en avez même que trop fait, pour vous attirer toute leur colère et toute leur vengeance. Avoir chassé le roi de Hollande, qu ils vous avaient imposé; avoir séparé la Hollande et la Belgique, qu'ils avaient réunies, ce sont là des crimes qu'ils ne vous pardonneront jamais : et s'ils ne les punissent pas, c'est que leur politique et la situation intérieure de leurs Etats le leur défendent. Que vous y ajoutiez maintenant celui de fonder une république, forte de liberté, de prospérité et d'esprit national, ce sera un crime de plus, qui ne vous rendra pas plus coupables aux yeux des rois, et qui vous mettra à la tète des peuples.

.. Ou érigez-vous en république; ou, si, par crainte des rois, vous vous donnez un simulacre de chef inviolable et héréditaire, soumettez-vous aussi à rétablir, par la même crainte, la domination hollandaise et la dynastie souillée de sang, que vous pouvez, que vous devez aujourd'hui déclarer déchue, dans sa postérité la plus reculée.

« Et soumettez-vous à être de nouveau exploités au profit d'une seule famille, qui ne pourra jamais être puissante que de votre faiblesse, riche que de votre misère, fière que de votre servilité.

« Mais non ; nous pouvons, nous devons, par conséquent, donner un exemple sublime à l'Europe. Elle nous doit déjà celui de l'entière émancipation de l'intelligence, et de l'union patriotique de toutes les opinions et de toutes les doctrines, dans l'intérêt de la liberté : qu'elle nous doive encore celui du triomphe d'une liberté civile, sage et durable, fondée sur les bases de l'égalité et de l'économie.

« Un gouvernement à très-bon marché est le lot que les plus heureuses circonstances nous ont préparé ; ne le répudions pas. Seul, il peut fixer a jamais la liberté dans notre belle patrie. Seul, il peut nous délivrer à jamais de la bassesse et de la vileté des cours, de la prodigalité des rois et de la corruption du peuple, c'est-à-dire de tous les vices et de tous les maux.

« Belges, nos voisins ont les yeux sur nous .- la France et l'Angleterre saluent déjà la république qui va s'élever sous leurs auspices. Ne nous rendons pas la risée de l'Europe et de la postérité, en ne répondant à cette noble attente que par une copie froide et décolorée de ces chartes modernes, de ces constitutions illusoires au moyen desquelles on n'a jusqu'aujourd'hui réussi qu'à amortir temporairement les généreuses révolutions des peuples, et à nécessiter peu après des révolutions nouvelles.

« Peuple, soyez attentif! L'attitude que vous allez prendre, pendant que vos mandataires délibéreront sur le pacte qui doit vous régir, en déterminera la nature. Montrez-vous calme et fort. Que les intrigants de salon ne puissent arguer

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ni de votre indifférence, pour prouver qu'il est facile de vous réduire, ni do votre violence, pour prouver qu'il est nécessaire de vous enchaîner. Ne voulant que ce qui est de droit, vous serez sûr de l'obtenir ; car la juste volonté du peuple est toujours la loi suprême : sous les rois, ce sont les révolutions qui l'exécutent; sous la république, elle comble l'abîme des révolutions.

« Union , constance , nationalité , voilà notre devise ; liberté, économie, égalité, notre but; justice, force, ordre public, les moyens pour l'atteindre. »

De Potter ne cessait d'insister pour que le gouvernement provisoire proclamât les Nassau « privés légalement de tout espoir de dominer en Belgique. » Le 31 octobre encore, il demanda au comité central de prendre à cet égard une résolution irrévocable. « Ma proposition (lisonsnous dans ses Souvenirs) fut rejetée par tous mes collègues, par respect, dirent-ils, pour le Congrès national à qui seul il appartenait de fixer le sort futur des Belges ('). »

(') De Potter ne dissimula point son dépit dans la lettre suivante, adressée, le même jour, à M. Rogier, alors en mission à Anvers :

« Mon cher ami, vivent le prince d'Orange, et les Hollandais, et leur digne chef Chassé ! Ils se sont perdus à jamais.

« Nous avons traité , c'est-à-dire discuté aujourd'hui la question de la déchéance absolue des Nassau, passés,

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La discorde finit par monter au plus haut point dans le comité central. Gendebien accusait ouvertement de Potter de ne pousser à la république que pour s'en faire déclarer président. « Le fait est, objecte de Potter, que je n'ambitionnais pas la présidence, mais uniquement l'honneur de remettre à un président de la république que j'aurais contribué à établir le pouvoir dont le peuple m'avait investi... A tort ou à raison et sans prétendre que mes scrupules fissent loi pour personne, j'étais irrévocablement décidé à accepter sous la république tous les mandats dont mes concitoyens jugeraient à propos de me charger, tous, le mandat de chef de l'État seul excepté. »

La rupture entre de Potter et Gendebien devint enfin flagrante. Le 3 novembre, le pre-

présents et futurs. J'ai été le seul à vouloir la déclarer hic et nunc, et positivement, et clairement. J'étais seul, entendezvous, tout à fait seul. Quand vous serez ici, mon ami, nous serons deux : je n'en doute pas un instant. Mais le bon moment sera passé. Ce ne sera d'ailleurs qu'une gaucherie de plus, et, dans le nombre, ça n'y paraîtra pas.

« Adieu : je ne vous dis pas courage; vous avez donné trop de preuves de force et de constance d'âme pour que je vous adresse un pareil conseil. Je vous dirai seulement persévérez, et revenez vite ; nous avons besoin de vous. »

mier la constata dans la lettre suivante adressée à son contradicteur permanent :

« 3 Novembre 1830.

« Mon cher ami,

•• Il s'agissait ce matin d'une mesure à prendre, qui n'était pas une des plus importantes de notre gouvernement, je veux dire du renvoi en Hollande des soldats, nos prisonniers.

« Nous étions trois à la vouloir, MM. Rogier, de Mérode et moi, d'accord en cela avec deux de nos administrateurs généraux, MM. Goblet, de la guerre, et Plaisant, de la sûreté publique.

« Vous seul y étiez contraire.

« Vous déclarâtes que, si nous passions outre, vous protesteriez contre la décision du comité central.

« Vous me reconnaissez donc le droit de protester de mon côté contre ce qui s'est fait dans ce comité, malgré mon opposition, et nommément contre le silence du gouvernement sur la question de la déchéance des Nassau, que je demandais instamment, appuyé par M. Tielemans, chef du comité de l'intérieur, et contre le refus de différer les élections nationales et le Congrès, où vous et M. de Mérode étiez opposés à M. Van de Weyer et moi.

« Jusqu'ici tout ce que j'ai proposé a été repoussé par le comité central ; bien des propositions de mes collègues sont passées contre mon avis. Je me trouve donc avoir décrété ce que je ne voulais réellement pas, et n'avoir pas réussi à manifester ma véritable volonté.

« Je serai fâché d'entraver la marche du gouvernement;

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LOUIS DE POTTEU.

mais aussi je ne prétends pas sacrifier entièrement et toujours mon opinion à celle du comité.

>■ Le moment de se prononcer nettement sur les questions vitales de notre régénération politique me paraît venu pour tout le monde. Je suis pour ma part décidé à le saisir. Voyez s'il convient à vos vues que je me dessine comme simple citoyen plutôt que comme votre collègue, et veuillez me le dire franchement. Je trouverai, j'espère, occasion de servir la Belgique dans quelque position que je sois placé. »

Pour éviter un éclat fâcheux, M. Rogier intervint et répondit à de Potter :

« 5 Novembre 1830.

u Mon cher de Potter,

« Je viens de lire une lettre que vous adressez à notre collègue Gendebien. Vous l'avez écrite dans un moment de mauvaise humeur qui, je l'espère, pour vous et pour nous, ne durera pas. Au nom du pays et de votre popularité, vivons en bonne inlelligence encore une semaine. Une fois le Congrès assemblé, redevenons nous-mêmes , reprenons notre individualité, rien de mieux. Mais, à présent, que gagnerons-nous à nous diviser ? La protestation de Gendebien sur un acte au fond peu important ne justifierait pas, à ce qu'il me semble, une protestation de votre part sur des questions vitales, ni surtout une protestation officielle. Votre protestation en appellera une autre, qui à son tour pourra en appeler une troisième, et, de protestation en protestation, nous arriverons finalement à réduire au néant notre gouvernement provisoire, juste au moment où il pourrait se démettre honorablement entre les mains du pouvoir établi par le Congrès. Voilà mon idée que je vous

donne tout uniment, vous suppliant d'y avoir égard. J'ai eu le bonheur de vivre en bonne intelligence avec vous et mes collègues, jusqu'à ce jour ; et rien ne me serait pénible comme de voir le public... déjà trop défiant de nos querelles domestiques. «

De Potter consentit à attendre l'ouverture du Congrès, c'est-à-dire à prendre patience jusqu'au dO novembre. 11 s'était chargé de la rédaction du discours d'ouverture de l'assemblée constituante belge et il s'acquitta de cette tâche, comme il le dit lui-même, avec une simplicité et une franchise républicaines. Ce fut lui aussi qui donna lecture à l'assemblée de ce discours, véritable programme de la Belgique indépendante.

Le Congrès installé, de Potter, selon ses expressions, se retira tout à la fois de la salle et de la carrière politique. Le jour où le Congrès fut constitué, le 13 novembre, il envoya à ses collègues une lettre ainsi conçue :

« Depuis plusieurs jours, nous discutions la question de la démission à donner au Congrès national par le gouvernement provisoire.

" Sûrs, disiez-vous, d'être confirmés, vous vouliez, en offrant de vous retirer, prouver au Congrès et au pays votre désintéressement.

« Outre les autres accusations graves, vous m'accusiez

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d'ambition, parce que je paraissais, prétendiez-vous, vouloir rester au pouvoir, même malgré les représentants de la nation.

« Vous vous trompiez, messieurs, et je le prouve aujourd'hui à ma manière, c'est-à-dire en me retirant réellement, sans espoir aucun de confirmation.

'• Mes motifs, à moi, sont que je crois le Congrès national un corps purement constituant, exclusivement appelé par le gouvernement provisoire pour fonder notre nouvel ordre social et pour instituer le pouvoir définitif qui présidera aux destinées de la Belgique. Le gouvernement provisoire était, à mes yeux, un pouvoir antérieur au Congrès, en dehors du Congrès, et nécessairement neutre entre le peuple et la représentation nationale ; un pouvoir qui, en cette qualité, avait convoqué le Congrès lui-même, d'après un mode qu'il avait déterminé et dont l'existence du Congrès était le résultat; un pouvoir enfin dont la tâche était d'exécuter les décisions de la majorité de cette assemblée, tout en se conservant néanmoins et avant tout entièrement indépendant d'elle. Il fallait que ce pouvoir demeurât entier, jusqu'à ce que le pouvoir définitif le remplaçât ; car alors, et alors seulement, ses fonctions venaient à cesser; mais aussi elles cessaient de plein droit.

11 Chaque fois qu'une assemblée souveraine se trouveseule en présence de la minorité, rien n'est plus facile à celle-ci, pour peu qu'elle veuille chercher un appui au dehors et dans les masses, que de renverser cette majorité, et avec elle l'assemblée elle-même : dès ce moment, une révolution commence et une révolution terrible ; elle parcourt toutes les phases de l'anarchie ; elle traîne à sa suite le despotisme, et, ce qui est bien pis encore, la contre-révolution.

LOUIS DE POTIER

<■ C'est l'histoire de la convention nationale de France, de l'empire français et de la restauration des Bourbons.

« Je désirais que ce ne fût pas celle de la Belgique.

« Comme membre du comité central, je me sentais la mission d'exercer un pouvoir modérateur du Congrès, de défendre le Congrès contre le Congrès lui-même.

« Ce sont là, messieurs, vous le savez, les principaux arguments que j'ai fait valoir auprès de vous pour vous empêcher de commettre une faute qui me semblait irréparable, et que la patrie peut-être, et l'histoire, sans nul doute, nous reprocheraient un jour.

« Vous avez cru devoir passer outre. Je ne m'en plains pas et je vous laisse la responsabilité de votre décision. Voici la mienne : elle est irrévocable.

<■ Je ne tenais pas mon mandat du Congrès national. Je ne devais donc ni ne pouvais le résigner entre ses mains. Ce mandat est devenu nul selon moi, dès l'instant que vous avez investi le Congrès, comme vous venez de le faire par votre démission, de tous les pouvoirs réunis et confondus.

« Agréez, je vous prie, la mienne ainsi que l'assurance de ma considération très-distinguée. »

Le même jour de Potter notifia au Congrès la lettre qu'il avait écrite aux membres du gouvernement provisoire. - Mes deux lettres, dit-il encore, furent lues au Congrès ('), prises pour

(') Dans la séance du 15 novembre 1830. Discussions du Congrès national, t. 1", p. 141.

LOUIS DE POTTEK.

notification et bientôt complètement oubliées.... — Je rentrais enfin dans la position d'où je n'aurais jamais dû sortir : j étais redevenu moimême. »

La retraite de l'ancien chef de l'opposition belge fut regrettable. Elle affaiblit le gouvernement provisoire. De Potter était le seul dont le nom fût connu hors de Belgique, et, par sa popularité, il avait contribué à donner un véritable éclat au pouvoir populaire qui venait d'accomplir de si grandes choses

La scission accomplie par de Polter acheva, il l'avoue lui-même, la ruine de sa popularité. Il voulut alors justifier de nouveau la conduite qu'il avait tenue depuis le mois d'août 183 0, démontrer que, dès le commencement de la révolution, dès l'abord, comme il le dit, il avait rêvé la république des provinces belges. Le 23 novembre 1830, il publia donc l'apologie de sa conduite politique, sous le titre de : Lettre à mes concitoyens.

11 a lui-même résumé ce long plaidoyer : « J'y passai très-rapidement en revue, dit-il, ma conduite depuis l'insurrection du 25 août jusqu'à

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mon arrivée à Bruxelles, et avec un peu plus de détail celle que j'avais tenue au gouvernement provisoire, où il m'avait été impossible, vu les hommes et les circonstances, de ne pas hésiter d'abord sur la marche qu'il y avait à tenir, et où, quand je cherchai ensuite à vaincre cette timidité et cette incertitude, je rencontrai une opposition irritable et puissante qui retint forcément le gouvernement dans sa première nullité. J'exposai tout ce que j'avais voulu faire et toujours inutilement, parce que j'avais toujours été le seul à le vouloir ; j'ajoutai que, soupçonné dans le public d'approuver le système adopté et de m'accommoder d'avance, par conséquent, des suites qu'il devait nécessairement avoir, je m'étais vu obligé de me disculper dans les journaux, et que je m'étais avoué républicain. — De nouveau alors j'expliquai ma république, et je développai pourquoi c'était là le seul gouvernement sous lequel la Belgique révolutionnée pût conserver son indépendance et consolider sa liberté, accroître sans cesse sa force au dehors, sa prospérité au dedans, et rendre ses habitants heureux. Enfin, je mis dans tout leur jour les motifs politiques qui, m'empèchant de résigner le pouvoir exécutif au sein du Congrès, m'avaient réduit à accepter la

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