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démission que mes collègues avaient donnée pour moi. Ces motifs pouvaient tous se résumer en un seul; savoir, dans le devoir imposé au gouvernement provisoire de maintenir la révolution, c'est-à-dire de ne pas permettre qu'elle fût remise en question par le Congrès, appelé, non pour refaire ce qui déjà était f;iit, encore moins pour le défaire, mais seulement pour le constituer et le confirmer en le régularisant ; non pour rappeler peut-être la famille déchue que le peuple avait renvoyée, ni même pour relever le Irône que le peuple avait brisé, mais seulement pour formuler le gouvernement nouveau, celui du peuple par et pour le peuple, et pour engrener les différents rouages et le faire fonctionner ('). »
Avec une remarquable ardeur et une rare ténacité, de Potter continua de défendre ses idées et ses principes par des communications adressées au journal le Belge, qui lui ouvrait encore ses colonnes. Plus tard , lorsque le Congrès national eut été informé que le roi Louis-Philippe n'acceptait pas la couronne de
(') Souvenirs personnels, I, pp. 205 et suiv. — La Lettre à mes concitoyens a été insérée dans les Discussions du Congrès national, t. V, pp. 283 et suiv.
Belgique pour le duc de Nemours, de Potter s'adressant de nouveau, le 13 février 1831, à l'assemblée constituante, l'adjura de décréter la république.
«... Croyant, disait-il, voir la fin des maux qui pesaient sur nous,dans l'appui de la France selon quelques-uns, selon d'autres dans une réunion indirecte à la France, vous avez, messieurs, voté la couronne au duc de Nemours ; mais le gouvernement français ne veut de la Belgique ni directement ni indirectement (') : il veut avant tout la paix ; et, de même que tous les gouvernements de l'Europe, il ne veut que la paix :
mais il la veut à tout prix. Le refus qui en est résulté pour nous du prince, notre élu, a amené le moment de crise qui va décider de l'avenir de notre patrie. Vous pouvez choisir entre le démembrement, le prince d'Orange.... et la république.... »
Le Congrès ne vota point la république définitive demandée par de Potier.
Celui-ci était le membre principal d'une association politique qui se réunissait à l'esta-
(') De Potter était mal informé, comme le prouve surabondamment la correspondance de lord Palmerston, publiée par sir Henri Bulwer.
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minet portant pour enseigne : la Bergère, rue de la Bergère.
On prétend que le chef de la police avait ameuté à plusieurs reprises des gens pour troubler ces réunions ; le 22 février, de Potter allait même tomber dans un véritable guetapens s'il n'avait été prévenu par ses amis. 11 s'abstint donc de se rendre à la séance où le complot tramé contre lui devait être exécuté. Des individus en blouse et armés de masses plombées semblaient diriger le mouvement, et des imprécations, des menaces étaient sans cesse dirigées contre l'homme qui était naguère encore l'idole du peuple. Les uns prétendaient qu'il était un prêtre juif lequel, sous le prétexte d'établir la république, voulait détrôner le pape et protestantiser les Belges ; d'autres, non moins absurdes, soutenaient qu'il était un saint-simonien et qu'il prêchait la pluralité des femmes ; d'autres encore le signalaient comme un êgulitaire qui forçait les ouvriers de travailler et dispensait les maîtres de les payer ; les plus malins disaient tout bonnement qu'il était un orangiste. Quoique de Potter fût absent, les assommeurs finirent par se ruer sur l'assemblée et la dispersèrent (').
(') Souvenirs personnels, I, p. 233. Cf. Louis de Potier, par Jottrand, p. 88.
LOUIS DE POTTEU.
Quelques jours après, de Potter partait pour Paris, après avoir dénoncé l'incurie ou la connivence de l'autorité alors régnante.
Le 7 mars, il expliqua son exil volontaire dans la réponse qu'il fit à une adresse qui lui avait été envoyée par les détenus politiques à Sainte- Pélagie. Il s'y exprimait avec une irritation mal contenue.
u Messieurs,
.. J'ai été profondément ému en recevant l'adresse que vous m'avez envoyée.
.. Les louanges que vous me donnez, messieurs, je ne les mérite point; j'aurais voulu les mériter.
.: Le pouvoir toujours le même dans tous les pays, comme dans tous les temps, ne m'a pas permis d'atteindre le but que je me proposais.
., C'était cependant un pouvoir provisoire, et qui par conséquent aurait dû être juste ; un pouvoir né de la révolution, et qui par conséquent paraissait ne pouvoir être que populaire.
« Mais les hommes qui le composaient s'étaient laissé entraîner par les petites vues de l'ambition personnelle et de l'intérêt privé, égarer par les illusions vaines de la diplomatie.
.. Une seule chose m'afflige pour moi dans cette lutte où l'indépendance et la liberté des Belges reçurent une si mortelle atteinte, ce fut d'être abandonné, trahi, et pour ainsi dire chassé par mes propres amis, qui jusque-là avaient
prouvé qu'ils étaient réellement mes amis, comme ils l'avaient été de la patrie et de la liberté.
« Quant au peuple belge, il est, comme tous les peuples, essentiellement bon ; mais il est malheureux, parce qu'il est peu éclairé, et peu éclairé parce qu'ilest malheureux : c'est le cercle vicieux d'où les hommes du pouvoir sentent bien qu'il est de leur intérêt de ne jamais le laisser sortir.
« Je voulais, moi, l'en arracher; je voulais lui faire connaître ses droits afin qu'il pût les reconquérir et les conserver : le pouvoir comprit qu'il était urgent de me perdre.
« Le peuple fut indignement trompé sur mes intentions, et il se chargea d'exécuter lui-même l'arrêt que le pouvoir avait prononcé contre moi. C'était le seul moyen de me rendre la sentence douloureuse.
« A la première occasion, je me vengerai, en cherchant à préciser plus positivement que jamais les devoirs des gouvernements envers les gouvernés, des fonctionnaires publics envers le peuple.
« Si je réussis à me faire comprendre, ce sera comme vous le dites, messieurs, la victoire de la justice et du bon droit sur la force, ou plutôt ce sera le véritable triomphe de la force devenue inséparable de la justice et du bon droit.
« Agréez, Messieurs, ma vive sympathie pour les souffrances auxquelles vous êtes en butte, et l'assurance cordiale de mon respect. »
Deux mois après, le 14 mai, il écrivait à un membre de la société patriotique de Gand :
«... Vous me dites que mon séjour à Paris afflige les amis de l'indépendance nationale et que la multitude
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l'interprète comme un aveu de ma part que je désire l'incorporation de la Belgique à la France.
« Mon départ de la Belgique fut forcé : personne, je pense, ne l'ignore. Et si la multitude, qui ne lit point, l'interprète mal, c'est aux amis de l'indépendance, au courant de tout ce qui se publie, à redresser l'opinion à cet égard, supposé, bien entendu, qu'il leur importe que cette opinion sur mon compte soit vraie. Je prie donc ces amis-là de se rappeler que, depuis mon arrivée à Paris, j'ai dit clairement dans les journaux la Tribune (19 mars, 11 et 22 avril et 8 mai), V Avenir (19 avril), etc., que je ne voulais pas plus de la réunion à la France que de la réunion à l'Angleterre, à la Prusse, à la Hollande ; j'ajoute ici que je regarde l'incorporation de la Belgique à la France comme la plus fatale de toutes les combinaisons entrecelles qui priveraient les Belges de l'indépendance, parce que ce serait sans esprit de retour.
•< J'ai dit enfin, et je le répète, vous priant, monsieur, de faire de ma lettre tel usage qui vous semblerait utile, jusques et inclusivement sa publication dans vos journaux, j'ai dit que je ne concevais de liberté pour nous qu'avec la nationalité, et de la nationalité qu'avec un gouvernement purement belge, et de gouvernement belge que sous la forme républicaine.
« Persistant dans ces opinions, il est évident que je dois être fermement décidé à ne me mêler désormais des affaires de la Belgique que lorsqu'on y sera d'accord sur le principe populaire et seul légitime du gouvernement futur de nos provinces, à baser sur le suffrage universel pour l'élection des autorités, toutes également responsables et temporaires ('). »
(') M. de Potter écrivait en 1 839 : « J'ai beaucoup modifié
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LOUIS DE FOTTER.
Enfin, au moment où le Congrès achevait sa mission, de Potter adressait à un de ses rares coreligionnaires politiques la lettre suivante qui sera lue aussi avec intérêt :
Paris, 9 juillet 1851.
« Monsieur,
« Je suis très-flatté du souvenir honorable que vous avez conservé de moi et du désir que vous témoignez de mon retour en Belgique.
« Hors un ou deux amis qui me sont restés, vous êtes probablement le seul qui pensiez ainsi sur mon compte.
« Beaucoup d'autres encore attachent quelque importance à ma personne, mais c'est pour me repousser de tous leurs vœux et de tous leurs efforts.
« Et je ne parle pas ici de mes ennemis déclarés, des habiles qui ne voulaient pas de moi parce que je ne suis que franc ■ je parle du peuple, qui s'est clairement expliqué à mon égard, en me forçant de quitter la partie, et qui depuis lors n'a pas révoqué sa sentence de proscription.
« Ce peuple, direz-vous, était égaré, trompé par quelques brouillons : je veux bien le croire. Mais je dois respecter son erreur qui dure encore. D'ailleurs, les brouillons sont toujours là.
« Ce serait, selon moi, mal comprendre le principe de la souveraineté du peuple belge, très-légitime du moins Iors-
mes idées sur le suffrage universel. Réalisé dans l'état actuel des intelligences, il n'engendrerait que l'anarchie Or, je hais l'anarchie de toute ma haine pour le despotisme, . . »
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LOUIS DE POWER
qu'il s'agit de ses hommes, que de chercher moi-même à m'imposer à lui de force, avec mes idées et ma manière de les réaliser, dont il a suffisamment montré ne pas plus vouloir qu'il ne voulait de moi.
« Je ne dois, ni ne puis, ni ne veux le faire,
« Quoi ! j'irai, par mon apparition sur l'un ou l'autre point de la Belgique, prêter mon nom à des actes qui, quoique nés des intentions les plus pures, peuvent avoir cependant, s'il n'y a pas unanimité parmi les Belges, les plus terribles conséquences pour ma patrie ! J'irais y devenir le prétexte, peut-être même l'occasion d'une terrible guerre civile ! Jamais, monsieur.
« Et quels moyens avez-vous pour amener cette unanimité? Les associations nationales! Elles seront, j'espère, très-efficaces pour parvenir à ce but patriotique, mais en toute autre chose qu'en ce qui me concerne. Je n'ai pas perdu de vue que le comité directeur a dans son sein plus d'un de mes plus ardents persécuteurs.
« J'ai servi le peuple de mon mieux, toujours avec dévouement, désintéressement et loyauté, tant que j'ai pu raisonnablement croire que mes services lui étaient agréables. Je suis prêt à le servir de nouveau et de la même manière, dès qu'il aura repris en moi son ancienne confiance et qu'il me l'aura ouvertement manifestée.
« Un ami sincère et sur, qu'il est inutile de nommer, m'a promis de m'avertir si, contre toute attente, contre la mienne surtout, les choses en venaient jamais là : jouissant d'une grande popularité, quoique constamment au pouvoir, il est mieux que personne à même de m'instruire avec connaissance de cause. Or, il ne cesse de me répéter que l'on m'est, aujourd'hui, moins favorable que jamais.