‹ Louis et Charles, ducs d'OrléansChapitre 12 sur 39 · CHAPITRE YL · texte numérisé non relu

CHAPITRE YL

JEUX. — DÉBAUCHES. — LES PETITS HOTELS. — JOUEURS DE PER- SONNAGES. — D'INSTRUMENTS DIVERS — MÉNESTRELS ET POÈTES. ~ CHANTEURS.

Jeu de Paume. — Louis d'Orléans chez le Flamenc. — Epices de chambre. — Notre-Dame-des-Amants. — Joueurs de personnages. — Ménestrels du prince. — Joueurs de vielles, de luth. — Jeu d'échecs. — Petit hôtel de Louis d'Orléans, rue Saint-Antoine. — Son grand hôtel de Brehaingne. — Hérauts et chanteuses du prince. — Ménestrels du comte de Genièvre. — Château de Boissy au prince. — Débauches qui s'y passent. — Eustache Des Champs y assiste et les raconte.

C'est vers ce temps aussi que s'éleva entre les divers princes du sang de France une vive rivalité d'influence sur le gouvernement de l'Etat. Les brigues, dès lors, paraissent devoir absorber tous leurs moments, comme elles excitent leurs passions haineuses et vindicatives. Le royaume livré aux émotions populaires, suscitées parles grands seigneurs en différents lieux, offre le triste spectacle d'un vaste pays exploité par le plus habile ou par le plus fort. Et la moralité des actions était, il faut le dire, en rapport inverse avec le rang occupé par ces personnages. Dans ce même temps cependant, si l'on suit les princes dans leur vie intime, on les voit occupés déplaisirs, de fêtes et de folles réjouissances que condamne la gravité des

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événements au milieu desquels ils vivaient. Il est vrai, toutefois, qu'une même fête réunissait sous une même impression de franche gaieté, du moins en apparence, des princes qui s'étaient juré une haine implacable et qui, le lendemain, se guerroyaient cruellement.

Les jeux de paume, de dames et des échecs, les cartes et les dés étaient déjà les plus en usage et occupaient une partie notable du loisir de ces seigneurs. Puis commençaient les représentations des Mystères, moitié pieux, moitié burlesques, des confrères de la Passion, où le peuple était admis. La Basoche avait ses jeux particuliers, et ils se jouaient sur la royale table de marbre, au Palais de Justice. Enfin les princes et les grands seigneurs, retirés dans leurs petits hôtels, plus spécialement destinés a ces'plaisirs occultes, faisaient eux-mêmes aussi venir les joueurs depersonnages, les ménestrels de leur maison, ceux des seigneurs qui étaient invités aux fêtes, et dont les talents étaient réputés ; enfin des troupes de chanteurs, de joueurs de vielle, de luth, etc.

Mais, loin de Paris, dans la Brie, étaient encore de belles et riches maisons de plaisance. C'était Ta surtout que se retiraient, aux jours de grande débauche, les seigneurs avec leurs plus intimes familiers. On s'instruit de ces particularités en suivant Louis d'Orléans dans l'emploi de son temps, ou en examinant les comptes de dépenses de son trésorier.

On voit donc alors le duc d'Orléans entouré de « monsei gneur le mareschal de Bouciquaut et de Symon de Dapmar-

lin » , se livrant avec passion au jeu de paume, « en Thostel Montagne ou ailleurs , » et y perdant des sommes importantes (i ) lorsqu'il n'est pas « en Thostel du Flamenc » (2) où d'autres plaisirs l'appellent.

Et si le roi Henri IV comptait les péchés d'un des seigneurs de sa cour, par le nombre de messes qu'il tntenlait le matin, on pourrait peut-être aussi deviner quel emploi faisait de son temps le duc Louis d'Orléans par « les parties des espices de « chambre livrées h monseigneur par Godefroy-Lefèvre , « espicier et varlet de chambre (5) » , et surtout par les

(1) Par un compte de dépense du mois de septembre 1393, on voit que le prince devait au premier de ces personnages ii m. francs qu'il avait perdus contre lui au jeu de paume, et sur lesquels il lui fait payer un acompte de ii c livres tournois.

(2) C'est de la femme d'Âubert Le Flamenc, seigneur de Cany (Yolande ou Mariette d'Enghien), qu'est issu Jean, bâtard d'Orléans, comte de Dunois, fils naturel de Louis duc d'Orléans.

Dans un compte de dépenses aTrété de la main de « Loys fils de roy de France duc d'Orliens, à Paris le xvi« jour de mars mil ccc iirxx et treise, » on trouve, sous la date du « xv janvier, à monseigneur comptant la somme de ne escus, valant n cxxv livres tournois, pour faire son plaisir et volonté, en l'ostel du Flamenc, et dont autre déclaration ne veult cy estre faite. »

(3) Original en parchemin revêtu du sceau du duc d'Orléans. Parmi les épices on remarque :

« Les anis confits à 10 sols la livre ; les nois confiltes à 7 sols la livre ; sucre rosat à 10 sols la livre; manucristi, idem.; madrien à xn sols; paste de Roy, idem. ; pignoUat à vin sols la livre ; dragées à x sols la livre; citron à xn sols la livre; sucre rosat vermeil, idem. ; osties do- . rees à xvi sols la livre ; poudre de duc à xvn la livre ; quatre barilles (c'est assaz voir deux d'or et deuxd'argent) et une fiole d'or garnie de pierreries contenant eau rose de Damas. Demi cent d'ozelés de Chippre. »

Ces épices étaient offertes dans des drageoirs de poche en or, en argent

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soîiiincs d'argent que le trésorier remellait a « monseigneur, « la veille Noslre-Danie-des-Amans, pour faire son plai- « sir (I). »

A ces divertissements étaient appelés « les joucux de pcr- « sonnages Jehan Lefevre , Gillet Villain et leurs compai- < gnons (2) » puis « Colinet Bourgeois, Arhelin , Georgelin et Henry Plansof, les qualres menestrelz (5) » attachés a la maison du prince. A ceux-ci succédaient les « menestrelz du roi (4) ^ puis « Groulet de Coulongne ménestrel et Henri de 4 Ganière joueur de viesle et de lus (5) ». Cela se passait dans

ou de vermeil. Elles différaient de celles que l'on offrait à table pour favoriser la digestion et qui consistaient plus particulièrement en fruits cuits, confits dans des aromates. (Voyez Lcgrand d'Aussy, t. II, p. 270 et suiv.)

(1) Compte approuvé par « Loys filz de roy de France, à Paris le xvmi («9*) jour de may 1396. »

(2) Le duc d'Orléans leur donne xxx francs, le 1 2 février 1 393. (Compte de dépenses, mars 1393.)

(3) On voit, par un compte de dépenses du mois d'avril 1396, que ces quatre ménestrels coûtaient cent francs par mois. Louis d'Orléans, qui était flatté de leur réputation, leur donnait permission et aide « pour les mectre en estât d'aller à la feste, en Engleterre. » Ils y furent à la suite du comte de Saint-Pol à qui le prince « prestoit un cheval de jouste pour mener en Engleterre. » (Compte du mois de septembre 1390.)

(4) Un compte de dépense déjà cité nous a conservé le souvenir des libéralités du prince pour les ménestrels du roi ; mais cet acte ne nous donne pas leurs noms.

(5) Le prince leur donna, à cette occasion, un escus, valant mi livres X sols tournois. (Compte arrêté au mois d'avril 1396.)

On voit encore, par un document du mois de décembre 1398, que le prince avait des heraulx et des chanteresses; du nombre de ces dernières était Jchannete Lcpaigne. Il leur fait à tous (ses ménestrels compris) le

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les moments où Louis d'Orléans se livrait paisiLlement au « jeu d'eschez avec son chambellan messire de Colombière, « dans le petit lioslel de monseigneur le duc {\ ) , séant devant « la fontaine de Saint Pol , en la grant rue Saint Anthoine (2) > , ou dans « son hostel de Brehaingne. » Lh aussi étaient appelés « les menestriers de son cousin le conte de « Genièvre (5). »

Dans ses grandes débauches en son château de Boissy, le prince avait avec lui ses plus intimes famiUers. Eustache Des Champs , l'un d'eux, nous en a conservé la relation poétique dans une de ses ballades. Elle est inédite et porte ce titre :

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