CHASSE. — MEUTES. — FAUCONNERIE. — VÉNERIE
Visite du duc d'Orléans au roi en son rstrail de Villedieu, de Cuincyl'Abbaye. — De Senlis. — Chasse du prince. — Ce droit déclaré de droit divin. — Grandes dépenses du prince pour sa vénerie. — Son maître veneur. — Dix pages des chiens. — Huit valets des chiens. — Quatre-vingt-dix-huit chiens courants. — Huit limiers. — Trentedeux lévriers pour le cerf. — Chiens pour le sanglier. — Lévriers et mâtins de la chambre de monseigneur. — Nourriture des chiens. — Pèlerinage des chiens. — Messes chantées à leur intention. — Éducation des chiens. — Traitement des chiens malades. — Des chiennes. — Aiguilles pour recoudre les blessés. — Meute de l'évéque d'Orléans. — Celle de Hecton de Chartres. — Maître Douart, premier veneur du prince Louis d'Orléans. — Son habileté. — Ses malheurs. — Cors d'Angleterre. — Leurs ornements. — Faucons. — Loines. — Gibecières, etc.
Le roi malade était moins souvent visité, puisque de lui ne dépendaient plus les faveurs royales. Ce n'est donc qu'à des intervalles éloignés que l'on voit Louis d'Orléans aller « à « Ville-Dieu ou retrait du Roy (1), à Cuincy-l'Abbeye (2), » ou encore « a Senlis (5) : » mais alors il faisait de larges pro-
(1) Compte du mois de mars 1393, pour les frais de ce voyage.
(2) Compte du mois d'avril 1398. Dépenses de voyage.
(3) Quittance donnée à Paris, le xvni" jour de may 1396, contenant rénumération des frais occasionnés par ce voyage.
disions i d'argent pour faire son plaisir et voulante » ; et plus souvent encore ces visites de devoir avaient pour objet réel des parties de chasse.
Le droit de chasse, que des écrivains ont voulu classer parmi ceux qu'on dit d'origine divine (i), était l'un des privilèges exclusifs de la noblesse seigneuriale du moyen âge, celui dont elle se montra toujours le plus jalouse et pour lequel les peines les plus sévères étaient réservées. Les gens d'église comme les gentilshommes d'épée et de robe absorbaient une grande partie de leur temps h étudier les mille difficultés d'un plaisir qu'on avait érigé en art en le soumettant à des règles constantes, résultat de l'étude attentive des habitudes ou des ruses des animaux sauvages. Un langage particulier fut inventé pour cet art, des instruments a vent servirent bientôt après a transmettre les signes et les mots de ce langage par les sons aigus et perçants qu'on en tirait. vWec le glossaire à l'usage du chasseur, on composa des airs de musique spécialement adaptés a leur plaisir. La chasse devint une science, et cette science l'objet de la création d'une charge de premier rang dans la maison des princes souverains : elle se perpétua jusqu'au temps où ce droit exclusif disparut avec les autres privilèges seigneuriaux.
Les gens d'église, malgré les défenses des conciles, qui datent de l'année 805, ne se dispensèrent que très tard de pren-
(1) Delaunai, professeur de droit français, a développe celte singulière maxime, dans son Traité du droit de la Chasse,
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dre part à ce plaisir quelquefois d'une barbarie recbercbée et sanguinaire, et toujours ils répétèrent plus qu'ils ne pratiquèrent la fameuse devise Abhorret ecclesia a sanguine.
Un roi de France, le roi Jean, s'ingéra a convertir en un livre de morale pour l'éducation d'un de ses fils, un des premiers traités de l'art de la chasse qui fut écrit sous son règne, faisant un livre de mœurs d'un livre de plaisir. Le roi porta par ce moyen les princes ses fils a se nourrir de sages et utiles conseils, tout en lisant et étudiant les règles d'un art qui avait pour but de dresser le corps aux plus utiles exercices, art dont la connaissance et la pratique importaient au moins autant, en ce temps-la, que tout autre précepte de la discipline du bon et loyal chevalier, comme on le voit par le livre de Gace de la Bigne. Charles VI , cédant a tout l'entraînement de sa passion pour la chasse, promulgua, le 10 janvier (596, étant h Paris, une ordonnance qui la défendait a toute personne non noble (I).
Louis d'Orléans , a l'exemple des autres princes de son époque, avait pourvu a celte partie si importante du service de sa maison. Nous l'apprenons par de nombreux documents où sont indiquées les grandes dépenses du prince pour sa vénerie (2) , indépendamment des sommes qu'il remettait lui-n)ême
(1) Archives du Royaume, Trésor des Charles, k. 54-8.
(2) Voyez, dansl'ouvrage de Legrand d'Aussy, déjà cité, t. l, p. 301. — C'est à tort que cet écrivain a dit que le parc de Viucennes, établi en 1 183, par Philippe-Auguste, fut le seul jusqu'à François P^ Un titre qui
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« a Jehan de Billy, veneur de monseigneur, pour paier cer- « laines dépenses faictes par les chiens de sa vénerie (1). n La chasse au cerf était celle que le prince préférait : aussi arrivaitil souvent que « partant de Paris, il alloit au gist a Ville- « neufve pour chacer aux serfs le lendemain (2). » Son équipage de vénerie (5) se composait d'un maître veneur, ayant
existe dans le carlulaiie de Champagne désigne aussi le parc pour la chasse qu'avaient créé les comtes de Champagne au xui» siècle.
(1) Comptes des mois de septembre à novembre 1399.
(2) On le voit par un compte de dépenses du mois de juin 1396.
(3) Le personnel de l'équipage variait quelquefois, comme on le voit par l'clat de la vénerie du duc d'Orléans, pour l'année 1394, et par les dépenses qu'elle occasionne au prince, montant à la somme de 22 U livres cinq sols tournois, pour un an ; savoir :
« A Gulllomin de Villekicr, clerc de la vénerie, pour ses gaiges de un S- parisis par jour ; pour un an, nnxx xi livres, v s. tournois.
« A Pierre Douart, escuier, maislre veneur, pour ses gaiges de x s. parisis par jour; pour un an, ne xxvui livres, u s. vi deniers tournois.
« A Jehan de Billy, veneur, mesmes gaiges que Pierre Douart.
« A Pierre Aliz, dit frère Pierre ; à Pierre de Uuuvray dit Malacoinla ; à Guillelme de la Motte, veneurs, aux gaiges de vi s. parisis par jour; pour un an, pour chacun : vixx livres, xvn s. vi deniers tournois.
« A Gilet Dupin, aide de la vénerie ; à Louis Levesque, variez des lévriers; à Jehan Mouton, idem; aux gaiges de lui s. parisis par jour; pour un an, à chacun : nnxx xi livres vsoulz tournois.
« A Simon Coquelet, variez des chiens courans; à Guillelme Loticr, variez des lévriers ; à Jehan Legerniat, variez des chiens courans ; à Tlicvenin de la Doiz, idem ; à Jaquet le Moule, idem ; à Jehan Maillart, idem; à Jehan Fourquaut, idem; aux gaiges de n s. parisis par jour ; pour un an, à chascun, xlv livres, xn s., vi deniers tournois.
« A Yvonncl Martin, page des dits chiens courans ; à Penot Corneprise, idem ; à Jehan Lebouchcron, idem ; à Jehan Lcgendre, page des chiens lévriers ; à Perin Uouault, idem ; à Jehan de Guienne, idem ; à Jehan Jorret, page des dits chiens courans ; à Jehan Maillart, idem; à Jaquet Lcmoul, idem; à Mahiet Palart, idem; aux gaiges de xvni deniers pa-
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sous ses ordres deux aides et un chevalier de ladite yénerie, dix pages des chiens dont deux spécialement attachés au ser- \'\ce des lévriers, huit valets des chiens et « deux poures var- « lez qui n'ont nulz gaiges et qui gissoient la nuit avec les « chiens (1). » La meute comptait quatre-vingt-dix-huit courants (2), huit limiers, et trente-deux chiens lévriers pour le cerf, indépendamment des chiens pour le sanglier et des lévriers et matins de la chambre de monseigneur.
On avait le plus grand soin de ces animaux destinés a l'amusement du prince : non seulement leur nourriture était des plus exquises, mais on les recommandait encore aux saints du paradis en les envoyant en pèlerinage et en faisant dire des messes a leur intention. C'est ce que nous apprend le passage
suivant d'un document original. « Argent donné a pour
« avoir fait mener les chiens courans, limiers et lévriers tous « ensemble en pèlerinage au lieu de Saint-Mesmer pour « doubte du mal de rage et illec faire chanter une messe, avec « offrande de cire et d'argent devant ledit saint (5). »
risis par jour; pour un an, pour chacun : xxxiin livres, im s., iiii denierz oboles tournois.
« Despense des chiens courans et lévriers pour le cerf ; xxiin s. parisis par jour j pour un an entier : vc xLvn livres, x s. tom'nois. »
(1) On leur donnait pour toute indemnité, de temps à autre, des souliers et autres parties d'habillement les plus nécessaires.
(2) Les chiens pour le cerf étaient divisés en quatre races : les fauves, les noirs, les gris et les blancs. (Legrand d'Aussy, tome l^"", page 33 i).
(3) Dans tout le midi de la France, les animaux domestiques, chevaux, chiens, porcs, bœufs, moutons, chèvres, etc., sont amenés, le jour de saint Roch, dans un lieu public où ils sont bénis par le curé du
Parmi les autres dépenses de la vénerie , on remarque de nombreuses acquisitions de porcs faites « pour affaitier les « chiens et les maitre a la char » , indépendamment de ceux que Ton donnait aux chiens courants, au lieu du sanglier que lesdits chiens avaient pris a la chasse du prince et que le duc faisait saler ainsi que les cerfs pour sa propre garnison. Une grande quantité de boisseaux de fèves servait à faire le potage pour les chiens en les mêlant avec du saindoux et du sel; d'autrefois le potage était de senès et de sang de porc.
Les chiens malades étaient nourris, lorsqu'ils ne voulaient pas manger de pain, avec des « suiffures de moutons ». Le grand remède que l'on employait se composait de ; « soufre , « vif argent, couprose, dont on fesoit oingneraent avec uille « d'olive , encens (1) , et autres mistions a oendre et nestoier « les dits chiens ». Les chiens étaient alors enfermés dans « des parcs de bois clos pour pouvoir s'esbattre au soleil et « eulx purgier. »
Parmi les autres dépenses on ne doit pas oublier de citer celle des « douzaines d'aiguilles costées dont on recousoit les chiens blessés des sangliers (2) » ; celle des nombreux vo3^ages
lieu, afin d'être préservés des maladies contagieuses. Il y a aussi un jour de l'année où l'on fait de l'eau bénite, dont on asperge les choux pour les garantir des chenilles.
(1) On s'en servait surtout pour les chiens « galeus et enfondus. »
(2) A la suite d'une chasse à la bcsie noire, dans la forêt de Tours, qui dura cinq jours de suite, il y en eut un grand nombre de blessés.
On voit également figurer, avant la dépense pour la chasse, la dépense
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faits pour aller ohcrclier les chiens égarés ou échappés du séjour; enfin la prodigieuse quantité de toises de cordes pour faire couples, usée a chaque chasse et qui suffirait aujourd'hui pour faire plusieurs fois le tour des fortifications de Paris, indépendamment des cordes de poil de vache pour les limiers du prince, et des couplettes de fer.
Les chasses du prince duraient plusieurs jours de suite , et sa nombreuse meute n'y suffisait pas toujours. Il fallait alors avoir recours, comme supplément, h celle de Tévêque d'Orléans, déjkforten réputation, où k celles de Hecton de Chartres, de Campin de Hauteville, enfin à celle de quelques prieurs du voisinage {\).
« Pierre Drouart estoit le maistre veneur de mon dit « seigneur (2).» On citait sa vigueur et son habileté. Elle fut cependant mise en défaut plus d'une fois ; et le document, suivant nous, a conservé le souvenir d'une curieuse erreur qu'il ne put empêcher ses chiens de commettre, malgré sa constante vigilance pendant les chasses. Un compte de dépense du mois d'avril 1 598 nous l'indique ainsi qu'il suit :
« A Jehan de Sainte, deraourant k Arcy Sainte Rethuele, vni escus, les quelz monseigneur le duc lui avoit donnés pour une fois, de sa grâce especiale, k Cuensy l'Abbeye, pour cause
faite « pour chastrer quatre lisses portants, lesquelles on ne vouloit pas que elles portassent. »
(1) Divers comptes de dépenses de l'année 1394 et juin t396.
(2) Dans le compte du mois de septembre 1394, il est porté pour XL livres pour dépense de ses chiens.
de ce que les chiens de mon dit seigneur avoient estranglé xviii
des brebis du dit Jehan ; pour ce paie le semaine pcneuse,
m'' jour d'avril, par commandement d'icellui seigneur, seulement IX livres tournois » .
La véneriedu prince le suivait dans tousses voyages, et lorsqu'il y avait des contr'ordres à donner, le duc envoyait « le 0 nommé Colin de Paris en Valois ou ailleur porter lettres « clauses a ses veneurs (4),» et Billy était chargé d'acheter « les cors d'Angleterre (2) et de les garnir d'or, d'argent avec « un laz de soie pour pendre ledit cor de monseigneur (5). t> La meute « des chiens pour le sanglier (4)» avait été récemment achetée. Le prince profita d'un voyage a Saint-Omer pour les choisir chez un marchand renommé pour posséder l'espèce nécessaire a cette chasse (5). « Monseigneur de Mira- « mont (4), chevalier, messire de Poitiers, chevalier et cham-
(1) Cette dépense ne s'élevait qu'à xxii sols vr deniers tournois (Compte des mois de septembre et décembre 1394).
(2) L'usage des cors pour la chasse est extrêmement ancien ; on les trouve cités dans Grégoire de Tours. Au xiv* siècle, Gaston Phébus, le sire de Montmorency, le duc d'Alençon, etc., étaient renommés pour leur talent à donner du cor. (Legrand d'Aussy, I, 347.) D'après les documents que nous venons de citer, on devrait croire que les cors d'Angleterre étaient en réputation.
■ (3) Tous ces ornements du cor de chasse coûtaient vu francs xv sols tournois. (Idem.)
(4) C'était une espèce de lévrier dit d'attache, qui servait aussi pour le loup; on le lirait d'Irlande.
(6) Ce chambellan du prince, l'un des plus passionnés joueurs de cartes de son temps, n'était pas toujours heureux à ce jeu. On voit, en effet, par un compte de dépenses, qu'au mois de mars 139G, le duc
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« bcllan, et messire Guillaume Le Boutilicr, chevalier cham- « bellan de Monseigneur n, lui aidèrent dans le choix a faire des plus beaux de ces animaux. Son fauconnier y acheta aussi un très « beau faulcon la somme de xiui escus,deux oiseaux de € proie, plusieurs loynes, gibesieres et chaperons a faulcon j> , et tous ces animaux et approvisionnement de chasse furent envoyés « dudit lieu de Saint-Omer ou pais de Valois. »
d'Orléans lui donna une somme d'argent « pour lui aider à racheter un « sien cheval, lequel il avoit engagé à messire de La Salle au jeu des « quartes. »