RONDEAU DU DON DE MONSEIGNEUR D'ORLIENS
Supplie votre serf Eustace, Qu'il ait vostre don de cent frans, A Poulain (1) dicte qu'il le face, SuppUe vostre serf Eustace.
(I; Trésorier du prince.
LOUIS d'orléans. I3i
Monstrez en ce A'ostre grâce :
Car pour le bcsoing qui est grans, Supplie vostrc serf Eustace Qu'il ait vostre don de cent frans.
Louis d'Orléans, avant l'époque où il composa cette ticrnière ballade, était déjk connu par d'autres compositions littéraires, qui toutes ne sont pas arrivées jusqu'à nous. Parmi celles que les manuscrits nous ont conservées, se trouve la Lallade écrite en réponse au livre du mavéclial de Boucicaut ayant pour titre les Cent Ballades. Cette ballade de Louis d'Orléans, nous l'avons par erreur attribuée au duc Charles d'Orléans son fils.
M. P. Paris a bien voulu nous faire remarquer cette méprise {les Manuscrits français, tome VI, qui est sous presse). Nous y avons été conduit, toutefois, par Félat de très mauvaise conservation du manuscrit que nous avons eu dans nos mains. Lorsque nous avons publié notre édition des Poésies de Charles duc d'Orléans, on ne cotmaissait alors aucun manuscrit contenant le Livre des Cent Ballades. Depuis cette époque, un volume complet de ce texte a été communiqué a M. P. Paris par madame Tastu. Cet élément nouveau de critique, éclairé par les propres recherches du savant académicien ,^ l'a mis complètement en mesure de restituer a la littérature du xiv® siècle cette œuvre du maréchal, restée inconnue jusqu'à présent. Le manuscrit que nous avions entre les mains, au contraire, ne porte aucun titre, il est défectueux a la fin; une autre lacune existe dans le milieu du volume, et précisément
i32 PREMIÈRE PARTIE.
imiiiédiatement devant le feuillet qui contient la ballade du duc Louis. Nous avons ainsi attribué a la jeunesse du duc Charles d'Orléans, une ballade qui nous paraissait appartenir à un jeu parli de ce duc , composé en compagnie de personnages dont les noms figurent, a toutes les époques, parmi les serviteurs de la maison d'Orléans* Valois. Le volume complet de madame Tastu et les recherches de M. P. Paris m'ont averti d'une erreur que je n'aurais peut-être point faite si j'avais eu a ma disposition un manuscrit complet, et surtout le volume n" 8047-^ , qui ne permet aucun doute, puisqu'il donne comme nom d'auteur de cette ballade monseigneur de Touraine. C'était le titre seigneurial que portait le duc Louis avant 1391. Mais ces manuscrits étaient alors inconnus.
Il arrive fréquemment dans des travaux d'histoire littéraire qu'un manusciil plus complet éclaire inopinément des doutes ou révèle des faits ignorés jusque-là. Le hasard est alors \\n excellent auxiliaire de la science. C'est ainsi que nous avons reconnu, dans un manuscrit de la Bibliothèque de Grenoble, le véritable texte de la traduction de la Bible en français, faite au xiv^ siècle par Raoul de Presles et que l'on croyait perdu.
M. Paris n'adhère pas a la qualification de jeux-partis que nous avons donnée au Livre des Cent Ballades et aux réponses qui les accompagnent, alors que nous ignorions que parmi les fragments informes d'un manuscrit se trouvait toutefois le texte complet d'un ouvrage en vers. Il
LOUIS d'ouléans. ioZ
nous paraît encore aujourd'hui que ce titre de Jeux-partis ne s'éloigne pas de la vérité , puisque par ces mots on entend parler de questions de jurisprudence amoureuse, débattues enti'e plusieurs personnages. Or c'est ce qui arrive dans cet ouvrage envers : le Livre des Cent Ballades expose en effet des doctrines amoureuses que les ducs de Touraine et de Berry, messire Regnault de Trie, Cbambrillac, Lyonet de Coismes, Jaquet d'Orliens, Jean de Mally, etc., défendent ou critiquent selon leur opinion. Nous ne nous sommes donc pas éloignés de la vérité en désignant ainsi cette composition littéraire rimée du maréchal Boucicaut. Du reste ce titre de Livre des Cent Ballades était fort ordinaire au xiv" siècle et le nombre cent jouissait de quelque prédilection : Christine de Pisan a aussi composé son Livre des Cent Ballades.
Nous tirons de celui qui porte le nom de Boucicaut, ce fragment en vers qui a été composé par le duc Louis :