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CHAPITRE XÏY

DERNIÈRES ANNÉES DE LA VIE DE LOUIS d'ORLÉANS.

Eloquenre et galanterie du duc Louis. — Le roi lui donne le comté de Périgord. — Il achète le duché de Luxemhourg. — Le comté de Coucy. — Jalousie des seigneurs français. — Misère du peuple. — Dépenses du duc Louis pour le deuil du duc de Milan. — Pour l'hôtel.

— L'écurie. — L'argenterie et le mobilier des châteaux. — Objets d'art et bijoux destinés à les orner. — Croix niellée. — Annel d'or gravé. — Cagette d'or à mettre oiseaux de Chypre. — Cadrans. — Astrolabes. —

— Camayeux. — Salières à ours, etc. — Une dame émaillée. — Echarpe à sonnettes et à tourterelles. — Chambres de tapisseries d'or et de soie à devises de plaisance. — A angels. — Bergers. — Bergères. — Petits enfants dans une rivière. — Dame cueillant des cerises. — Dame pinçant de la harpe. — Des vu vices et des vu vertus.

— Des joutes de Lancelot. — De Régnier de Montauban, etc. — Tableaux d'or représentant des sujets pieux. — Tableaux peints. — Joyaux et images d'or et d'argent. — Sujets religieux. —Perroquet de Louis d'Orléans. — Dépense pour ce perroquet. — Celle du chien favori du prince. — Fous et folles du duc Louis. — Jeunesse de Charles d'Orléans. — Son mariage avec la fille de Charles VL — Testament du duc Louis. — Fondations pieuses. — Son tombeau. — Alliance du prince avec le duc d'Anjou. — Avec le comte de Lancastre. — 11 fortifie ses châteaux. — 11 est assassiné. — Désespoir de la duchesse Valenline. — Sa mort.

Les événements publics des premières années du xv® siècle portèrent au comble le désordre et les malheurs dont la France était affligée. Les rivalités lamentables des princes du sang en furent la source. L'ardeur de la querelle d'Orléans et de

Bourgogne tant de fois apaisée, ou plutôt momentanément dissimulée, ne s'éteignit que dans le sang des deux princes ennemis ; les dernières années de la vie de Louis d'Orléans furent partagées entre les folles dissipations des joies mondaines et quelques soins donnés a combattre l'influence dangereuse et toujours vivace du duc de Bourgogne. Ses inclinations l'amenaient plus souvent auprès des dames, et à leur montrer « les talents recommandables qu'il possédait : bon < accueil, la civilité et la grâce de bien dire (I), » et l'éloignèrent des occupations sérieuses du gouvernement de l'Etat. Il n'avait pas pour cela négligé ses intérêts, il s'était fait donner le Périgord après la condamnation du comte Archambaud accusé du crime de lèse-majesté ; il avait assuré la fuite de ce personnage en lui remettant une giosse somme d'argent ; le prince acheta aussi du roi Wenceslas le duché de Luxembourg.

Le roi, a l'occasion de cet achat, « accorda au duc d'Or- « léans , son frère, plusieurs sommes d'argent, pour lui « aider a supporter les grandes despenses de l'acquisition « de la duchié de Luxembour ; » indépendamment des f parties- de l'aide octroyée a monseigneur le duc d'Or- € léans, par le Roy nostre sire, en ses terres et pays de la « conté de Blois, es tenues exemptes et enclavées en ycelles, « pour convertir tn l'acquisicion de la dicte duchié de

(I) Le Laboureur, Ilisfoirede Charles FI, p. 451,

LOLis d'ouli:ans. 2i5

« Liixembourt et des terres et pays appartenans a icelle ( I ) . » La dépense militaire de cette nouvelle seigneurie occasionna aussi degrands frais a Louis d'Orléans a différentes époques (2) ,

Bientôt après, le prince ajoutait a celte possession nouvelle celle de la comté de Coucy, qui lui fut vendue « par la veufve « de Henry, fils du duc de Bar, au préjudice' de son fils, je « ne sçay par quel esprit, sinon qu'elle se laissa cajoller aux € libéralités du duc d'Orléans (3). »

Ces dépenses énormes et ces augmentations de puissance territoriale suscitèrent de nouveau la jalousie et les craintes des autres seigneurs de la cour : le contraste qu'elles offraient avec la misère générale du peuple leur donna lieu de crier a la dilapidation du trésor du roi, et ces plaintes redoublèrent

(1) Rolle original en parchemin de la dite imposition. — Il est divisé par châtellenie et par paroisse, sçavoir : la châteilenie de Bloys (ville et faubourg) comptant cinq paroisses dont les noms sont contenus au dit rolie. Pays de Beausse, contenant 45 paroisses ; pays de Sauloingne, comptant 40 paroisses; la chastelienie de Romorantin, 21 paroisses; la chastelienie et terres de Saint-Aignen ; celle de Valençay ; Moneto sur Chier ; la Ferté Imbaut; Soasme ; Salebriz : Brisnon, 47 paroisses; la chastelienie de Chasteau-Regnault, 15 paroisses.

(2) Le G septembre 1406, Louis d'Orléans déclare « avoir eu et receu « comptant la somme de deux mille cinq cens livres tournois, pour con- « vertir et employer au payement de certaines gens d'armes et arbales- « triers estant, de par nous , es pays et duchié de Luxembourg, pour la « seureté et d'effence d'icellui et à rencontre des habitants de la ville et « cité de Metz. »

Bientôt après, le 9 du même mois de septembre, le prince reçoit encore de son trésorier la somme de quatre mille deux cent vingt-quatre francs pour le même objet. (Patentes originales de L. d'Orléans).

(3) Le Laboureur, Histoire de Charles FI, p. 499.

2i(> PREMIÈRE PARTIE.

lorsque Ton connut le détail des sommes importantes employées par Louis d'Orléans « au deuil du trespassé mon- « seigneur le duc de Milan ; les robes acheptées pour la du- « chesse d'Orléans et les princes ses filz, a cette occasion ('l); « les grands frais de l'ostel, de l'argenterie (2) et del'escuerie « de madite duchesse » (5), le mobilier « en lis, linges (4) et « draps pour le cliasteau nouveau (Châteauneuf) (5), et les « gaiges des officiers de la maison du prince, j dont le nombre avait encore été nouvellement augmenté.

(1) On apprend tous ces détails par le compte de « Hannequin le « Fixeau, dit Estudiant, et de Jehan Sisteau, tailleurs de robes, demeu- « rant à Paris, de toutes les façons de robes, hoppelandes et autres ha- « biz faiz par lui pour madame la duchesse d'Orléans, et les robes, gar- « nimens et autres choses faictes pour Charles, conte d'AngouIesme, « PhiUppe et Jehan messeigneurs, enfans de monseigneur le duc d'Oi- « léans. (Original en parchemin approuvé par la duchesse d'Orléans.)

(2) Parmi ces objets figurent des fourchettes en grand nombre. C'est surtout du règne de Charles V que. date l'invention de la fourchette. Avant cette époque^ l'écuyer tranchant présentait les morceaux avec un couteau ; on remarque cet usage dans le roman de Partenopex de Blois. Les autres pièces d'argenterie, telles que cuillères, saillières, coupes, hanaps, étaient déjà très ordinaires dans les maisons des princes. (Voy. Legrand d'Aussy, F' ie privée des Français, tome 111, page 148 et suivantes.)

(3) Pour aider la duchesse d'Orléans à payer ces dernières grandes dépenses, le roi lui accorda diiférentes sommes d'argent par dés lettres patentes du 1 1 août 1 iOà. Les originaux existent à la Bibliothèque royale.

(4) On comprenait sous cette dénomination, les nappes, que l'on tranchait devant la personne à qui l'on voulait faire alVront, les serviettes, qui quelquefois étaient brochées d'or, etc. Les manufactures les plus renommées étaient celles de Reims. (Legrand d'Aussy, page 140.)

(5) Achats fait le v et M" jour d'avril, l'an mil ccoc cl deux, à Rheims.»

LOL'is d'orléans. 247

Parmi les dépenses les plus considérables de ce temps, i' faut aussi ranger celle des o' jets < d'orfévrie et d'images < encadrées » que fit le même prince pour orner ses résidences. L'inventaire de ces objets d'orfèvrerie en indique une niasse et pour luie valeur, a juste titre, surprenante. Il nous permet de remarquer parmi les ouvrages dont la description est un peu détaillée , de véritables monuments de cet art, alors fort employé dans les maisons seigneuriales du XIV® siècle, et dont les productions se recommandent h la fois par la perfection du travail et la variété des sujets. On en jugera ainsi sur cet extrait de l'inventaire de l'orfèvrerie de Louis d'Orléans. ^

€ Un annel d'or auquel a une pierre en manière d'œil de chat ; ime croix d'or nèellee, pendant a une chayènne d'or ; un annel d'or gravé a un pannier couronné ; une cagette d'or à mettre oisellés de Chipre ; un cadran d'or rond ; une astralabe d'argent doré; une arbaleste a cheval et un boujon d'or ; un reliquaire d'or ouquel a un camahieu d'une teste de Sarrasin d'un costé, et de l'autre coslé un camahieu garny de x perles et 2 balays ; une salière de deux proismes garnie d'or assise sur 4 ours et ou sietelet a 4 perles et un balay ; un ven d'or ouquelle a une dame esmaillée qui tient un oisellet; une escharpe d'or toute cheveronnée de basions blans et vers, où il pend petictes sonnectes ; et au bout d'embas pend un cornet d'or esmaillé de noir besanté, el sur l'espaule un fermaillet d'or garni de v perles, et ou milieu uu

iiiby, et y pendent deux tourterelles blanches ; un arbre de corail à plusieurs langues de serpents.

« Une chambre de tappicerie d'or et de soye, dont la devise est de plaisance, et est le ciel a angels, en manière d'un ciel ou milieu ; et sont le ciel, dosçier et couverture de ht, d'or et de soye. Six tappiz de mesme d'or et de lainne et la couche de mesme Une chambre verte dont le ciel est a angels et le dossier à bergiers et bergières faisans contenance de mangier noiz et cerises ; et en la couverture du lit a un bergier et une bergière estans en un parc , tous ouvrez d'or et de lainne. Un tapis pour couche et vi tappis pour muraille, senz or. Une chambre d'or, de soye et de lainne, k devise de petitz enfans en une rivière, et le ciel k oiseaulx ; et y a trois tappiz de meismes, et la couverture du lit et, de la couche, dont la couverture du lit est a enfants, desquelz les testes reviennent de tous costez ou milieu. Trois tappiz de cerisiers, où il y a une dame et un escuier qui cueillent cerise en un panier. Une chambre sur champ brun vert, a devise d'une dame qui tient une harpe, senz or. Une autre chambre vert a bergières en un jardin treillie, ouvré d'or et de soie ; un tappiz à cerisiers, ou il y a une dame qui prent des cerises en un bassin et y a une fontaine. Une autre chambre vert h bergières en un jardin Ireillié ; c'est assavoir, ciel, dossier et couverteure a lit ouvrez d'or et de soye, et une couverteure pour la couche, et vi tapis de mesme sans or. Item, vu tapis a ymages dont il y en a un des VII vices et vu vertuz ; un des joustes Lancelot ; un de

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Régner de Montauban ; un de la grant credo ; deux du viez et nouvel Testament, et un de Beuvon de Hantonne. Un tappiz veluz; deux viez, un delogicque, et l'autre de Bourgoingne. Une chambre de tappicerie vermeille à la devise du dieu d'amour, à ciel, dossier, couverture pour le lit, couverture pour le couché, six tapis et trois custodes de camelot de Reims. Une chambre à tapiccerie vert à un chevalier et une dame jouans aux esches en un paveillon. Un tappis vignète aux armes de monseigneur le dauphin. Un grand tapiz ystorié de la destruction de Troye la grant. Deux tapiz de l'istoire Thezeus. Une chambre de tappicerie blanche semé de glay. Une chambre vert de hautelysse à la fontaine de Jouvance, où il y a plusieurs personnages. Une aulre chambre de haultelysse h. tournoyement. Une autre chambre a tappicerie de haultelysse a enfans et une dame qui vest un chien. Une chambre vermeille h branches, a bras et a faucons. Une autre chambre ■vermeille à genestros flories et à grans personnages, dont l'un est monté sur un arbre. Item, une chambre vermeil a une dame qui tient un escurel, et est la dame vestue de blanc. Une autre chambre vert semée de bastherons et de bergiers. Une chambre sur champ brun vert de tappicerie , ouvrée a rosiers et à enfans, tenans les dis enfans chascun un rouleau où est escript son dit. Une chambre vermeille de tappicerie a plusieurs arbriceaux , au milieu de laquelle a un lion et quatre bestes aux quatre coings. Item , une chambre de tapisserie a la devise d'une dame qui regarde en une fontaine ;

ilem, une à devise de cerfs, dains et lieppards et d'autres bestes.

« Un hanap (I) et une aiguière d'or à yniages de liaulte taille, garniz de vingt-troiz Lallaiz, yingt-lroiz saphirs et de quai'anle-liuit perles. Un tableau d'or d'un crucephiement Nostre-Seigneur, à plusieurs ymages et personnaigcs. Un tableau d'or d'un niistère comment Nostre-Seigneur lav^a les piez à ses disciples. Un tableau d'or d'une ymage Nostre-Dame, deux d'une anonciationNostre-Dame, d'enleveure. Un tableau pent où il y a cinq perles et ballay. Un reliquaire d'or d'une ymage de Nostre-Dame, d'enleveure, tenant son enfant. Un autre de Nostre-Dame, d'enleveure, tenant son enfant sur un soleil. Un reliquaire d'or d'un couronnement. Un joyau d'or de la genne Nostre-Dame et des trois roys de Conlomgne, a. plusieurs personnaigcs de cbevaulx et brebis. Une image d'or d'un saint Jehan ; une d'un saint Denis, une d'une Magdelaine, une d'un saint André, une d'un saint George, une d'un saint Pol, une d'un saint Père, une d'un saint Loys, une d'un saint Anthoine, laquelle monseigneur de Berry donna h monseigneur d'Orléans, aux estrennes dernièrement passées. Une ymage d'un saint Estiemie que monseigneur de Bourgogne donna a monseigneur le duc aux estrennes susdites. Unjoyau

(1) Le hanap différait de la coupe, en ce qu'il était monté sur un pied assez élevé. Il y en avait en toutes sortes de matières : les plus précieux étaient en cristal. Ceux de Pontarlier furent aussi en grande réputation. (Voyez Lcgrand d'Aussy, tome 111, page 155)

LOUIS b'OKLÉANS. 251

d'or de la sépulture Nostre-Seigneur et de son crucephiement (4), etc., etc. »

Dans le même inventaire est indiqué le nombre des perles, rubis ou diamants, qui ornaient tous ces objets ; mais la description des sujets historiques et mydiologiques représentés sur ces différents meubles, devait plus vivement intéresser nos lecteurs. L'inventaire fut arrêté de la main de « Loys, filz de roy de France, duc d'Orléans, a Paris le xxv* jour de septembre l'an de grâce mil quatre cens et trois. »

(1) On pourrait encore citer de cet inventaire les objets suivants d'une moindre importance, sçavoir : un loriaut d'or ; une escliarpe de gest où pendent plusieurs clocliettes d'or-, lxv feuilles d'or en façon d'orties (pour couronne ou ornement de robes) ; une clrayenne d'argent, dorée ; une pomme de musqué, d'argent, où il y a une perle; une petite boiste d'or, dedans laquelle sont les armes de la royne Jehanne de Bourbon; une bulleUe de rodes d'or, à fleur de lis, de la royne Jehanne de Bourbon ; un reliquaire garni de deux amatices l'un blanc et l'autre ynde; une dague d'yvoire blanc, semée de i besans d'or ; un portrait d'or, garni de fueilles d'ortie et de pouletes, et ou front, devant, a une poulele esmaillée de blanc ; et au dessus de Telle a un fin rubi ; une escorconère d'or, où il y a nu perles ; vi saphirs venanz d'un hennap et d'une aiguière en façon de fleur de bourreche et de marguerite ; une image d'or d'un empereur ; balaiz, rubis, esmeraydes, saphirs, dyamans, perles et camahieux venus d'une image Notre-Dame; d'une salière d'or; d'une ymage de saint Denis; d'une autre en or, de Notre-Dame tenant son enfant; d'un autre en or, d'un saint Estienne; idem, d'or, de saint Pol ; d'un henap d'or en façon d'éclipsé ; d'une ymage d'or d'un saint Anthoine ; item, d'un saint Louis ; item, d'un saint George ; item, d'une Magdeleine; item, d un camahieu enchâssé en or, venu de la gesine Notre- Dame; item, d'une ymage d'or d'un saint Jehan Evangeliste; item, deux vies plaz dorés, signez sur les hors de m escus des armes de nostre très redoublé seigneur; un viez pot d'argent doré en façon de poire ; item, en argent véié aux armes de nostre dit seigneur sur le couvcscle.

252 l'UEMIÈRE PARTIC.

A ces dépenses déjà si considérables, il faut ajouter les sommes employées a satisfaire les caprices ou les fantaisies du prince, et dans lesquelles on remarquera « cinquante escus « d'or pour aclietter ung papegault en Avignon ; deux escus « d'or pour paier la viande d'icelluy papegault, et pour cou- « vrir la cage en quoy il a esté mis et apporté jusques au « Pont-Saint-Esprit, » où le prince était alors. Puis « deux « escus d'or donnés aux deux hommes que ycellui ont ap- « porté dudit lieu d'Avignon jusques audit lieu Pont-Saint- « Esprit ({). T> Lorsque le prince fut à Lyon, il paya encore pour le même perroquet, « c'estassavoir a deux hommes qui « apportèrent à Lyon ung papegault acheté en Avignon, vi « escus ; item pour drap vert gay pour couvrir la cage dudit « papegault ii escus (2). » Après les oiseaux ce sont les chiens favoris dii prince qui le suivent dans ses voyages et qui sont l'occasion de nouvelles prodigalités ; un lévrier Liane lui est amené a Lyon où le prince fait aussi acheter « des trompetes « de terre cuite. »

Un personnage ne quittait jamais Louis d'Orléans, c'était son fol ; quelquefois il en emmenait trois (3) avec lui. Sa gé-

(1) Actes originaux de Louis d'Orléans, l'un daté du « Pont-Saint-Esprit, le xxiim jour de janvier, l'an de grâce mil cccc et trois », et le second, portant la signature de Le Fiaraeng, et daté d'Avignon, 27 janvier.

(2) Autres cédules « donné au dit lieu de Lyon, sur le Rosne, le u*jour de février, l'an de grâce mil cccc et trois.»

(3) Les documents de la maison d'Orléans ne nous ont conservé que les noms de deux de ses fols, l'un désigné dans un compte des mois de février et mars 1395, sous le nom de Gilot, le fol de monseigneur, et

nérosité était très grande à leur égard : il leur donnait souvent des sommes d'argent comptant, soit qu'il fîît « a Blois ou en son chasteau de Châteauneuf (I). »

II n'y a donc pas lieu de s'étonner si toutes ces prodigalités donnèrent lieu au bruit alors répandu dans le public, que la taille des dix-sept millions levée par les princes avait été dissipée entièrement par le duc d'Orléans.

Ce prince voyait bien aussi dès lors l'orage se grossir autour de lui : il fit son testament (2) dès le mois de novembre i 405. Dans cet acte de ses volontés dernières, le prince déploie une certaine érudition des textes sacrés : et l'on ne peut s'empê-

l'autre, dans un compte d'acquisition de chevaux, dont un pour Coquinet, le fol de monseigneur.

(i; Voici deux patentes originales en parchemin par lesquelles le duc donne de l'argent à ses folz :

n Loys, etc., nous voulons et vous mandons que la somme de qua- « rante livres tournois, que nous avons eue et receue comptant.... et « ycelle avons fait déUvrer à noz folz, vous alouez es comptes. . . Donné « à Chasteauneuf, le xvine jour d'octobre, l'an de grâce mil cccc et « trois. »

a Loys, etc., nous voulons et vous mandons que la somme de qua- « tre escuz d'or, laquelle nous avons receue comptant... et ycelle avons « donnée à nos folx,vous alloez, etc.. Donné à Bloiz, le n' jour de sep- « tembre, l'an de grâce mil cccc et trois. »

Par lettres de l'année <200, le roi d'Angleterre Jean donna à son fol, Guillaume Picolf, et à Geoffroy, son fils, à perpétuité, la terre de Fontaine Ossanne, à la charge du service d'un fol toute l'année, ou d'une redevance en remplacement de ce service. Documents historiques ; Lettres des rois et reines, publiées par M. Champollion-Figeac, page 16, 1839 ;in-4°, tome I.

(2) Il en existe une copie dans la collection Brienne à la Bibliothèque du roi.

cher d'y remarquer son inclination manifeste a Toiibli «3e8 injures, dans la manière dont il y parle de son ennemi le duc de Bourgogne. « Ce testament peut servir de modèle, dit « riiislorien des Célestins de Paris, aux plus grands princes chrétiens. » En effet, après s'être recommandé « a toute la benoiste cour et compagnie de Paradis » et avoir prescrit ce que devront faire ses gens et serviteurs « après qu'il sera enullié » et qu'on aura enterré son corps dans l'autel de la chapelle qu'il a fait faire aux Célestins, en costume « des re- « ligieux de ce nom, la remembrance de son visage et de ses « mains étant faite sur la tombe en guise de mort, etc. ; pré- « voyant même le cas « oii son corps seroit occis et que, pour « bonne diligence qu'on en fist on ne le peust avoir ny recou- « vrer , » ce prince lègue a diverses maisons religieuses plus de vingt mille livres tournois et de nombreux ornements, à condition de dire des messes pour lui à des époques et selon un cérémonial qu'il a déterminés. Parmi les ornements qu'il a légués a des églises, et dont il parle dans son testament, ou remarque « une grande croix d'or et le fust de la vraye croix d'icelle; la verrière du baptême de noslre seigneur Jésus- Christ ; une chapelle peinte du jour de Pentecoste; un calice d'or du pois du calice d'or quotidien de monseigneur le roy, et dont la pâte étoit faite a huit quarrez, et au pommel de chacun soient les quatre évangélistes et les quatre docteurs, et au pied un crucifix ou un Dieu de pitié ; » et tout ceci indépendamment d'un grand nombre de livres de prières.

LOUIS D ORLÉANS. 'ZHO

Louis d'Orléans n'oublie pas de consigner dans cet acte solennel un souvenir à sa digne épouse, « recongnoissant la € bonté qu'il a trouvé en Valentine sa femme et compagne, « fille de Jean Galeas, duc de Milan , comte de Pavie et de « Vertus. » Enfin il partage ses différentes seigneuries entre ses trois enfants, Charles, Philippe et Jean, après les avoir bénis. Le duc Charles eut pour sa part : « la duché d'Orléans, les comtés de Vallois, de Blois, de Dunois et de Beaumont, la seigneurie terre et baronie de Coucy, le chastel et la chastellenie de Chauny-sur-Oise, Faillouel et Coudren, la comté d'Ast et autres terres que j'ay, et puis avoir au pays de Lombardie et d'outre les monts ; la duché de Luxembourg avec les appartenances d'icelle en noblesse et en profit. » Enfin, on trouve, avec des sentiments divers, au nombre des exécuteurs testamentaires choisis par ce prince, Philippe de Maizières , à la sagesse et aux bons conseils duquel il eut souvent recours de son vivant, et Jean le Flameng, dont la femme fut la mère du bâtard du testateur.

Ce testament se termine ainsi • « Je, Louis, fils dn roy de « France, duc d'Orléans dessus dit, ayant la crainte de Dieu < devant raoy, en bonne prospérité de corps, ayant mon en- « tendement tel que Dieu m'a preste, aussi bon qu'oncques « j'ay eu, de ma propre volonté, mouvement et science, ay « fait et fais ce présent testament ou ordonnance de dernière « volonté par la forme et manière dessus dite, et y ay mis et

« escrit de ma propre main mon nom et seing manuel, etc., « le -i9 octobre de l'an de grâce i403 (1). »

Après avoir fait tout ce qui dépendait de lui pour assurer le salut de son âme, le prince songea aussi a la défense de sa personne et de ses mondains intérêts ; des alliances puissantes furent négociées. On le voit d'abord ordonner d'acheter « des armes etbanières, cottes d'acier, etc., pour la garnison « du chasteldeCoucy. » Bientôt après il signe un traité avec Louis, roi de Jérusalem et de Sicile.

Cet acte, négocié depuis longtemps, fut passé pendant celle même année 4403, et en ces termes :

Lettres de certm^ies aliànces fâictes entre le roy Loys

ET monseigneur LE DUC d'OrLÉANS.

« Loys, par la grâce de Dieu, roy de Jhérusalem et de Sicile, duc d'Anjou, conte de Prouvence, de Forcalquier, du Maine, de Pymont et de Coucy. A tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut :

« Savoir faisons que Nous, désiranz le bien, honneur et estât de monseigneur le Roy, de ses enfenz et de tout son royaume, comme raison est, et tenuzy sommes. — Consideranz aussi le bien et union de l'Eglise, que desirons de tout nostre cuer, et pour ce, nous employer de tout nostre povoir. — Et ancores attendeuz la très grant amour et affecion que

(4) Histoire du monastère et couvenl des pères Célestins de Paris, par Pierre-Louis Beurrier; 1634, in-4".

LOUIS d'orléans. 257

feu nostre très redoublé seigneur, monseigneur le roy Charles, que Dieux absoëlle, père de noslre très cher et très amé cousin le duc d'Orleanz, conte de Valoiz, de Bloiz et de Beaumont, seigneur de Coucy : et en son vivant k feu monseigneur et père, k qui Dieu pardoine, qui k mon dit seigneur le roy ataignoit si prez de linage comme de frère germain ;

« Et aussi l'amour que nous avons, comme droiz est, k nostre dit cousin le duc d'Orleanz ;

ï Consideranz mesmement la prouchainelé de linage qui est entre luy et nous ;

« Avons esté et sommes meuz et enclinz de avoir et faire avec noslre dit cousin singulières confédérations, amistiez et aliances, afinque en soyons tousjours plus tenuz et obligez l'un k l'autre.

« Et pour ce, ayanz regart aux choses dessus dites, avons promiz et promettons par ces présentes et par la foy de nostre corps, deloyalment adhérer avec nostre dit cousin et lui donner conseil, confort et aide en tous ses faiz, droiz, seignouries et besoignes licites et raisonnables, et de soustenir, garder et défendre son honneur et proffit de tout nostre povoir et savoir : tant en sa présence comme en son absence, ainsi que bon vray parent , ami et alié puet et doit faire en tel caz.

« En tesmoing de ce, nous avons fait mettre et placquer a CCS présentes noire scel secret.

(c Donné a Bloiz, le xxx^ jour d'aoust, l'an de grâce mil

quatre cens et troiz {\).

a Par le Roy, Le Page. »

Voulant ensuite s'assurer du concours du comte de La Marche, le duc Louis lui accorde six mille livres de pension. Cette grâce donna lieu a la déclaration suivante:

« Nous, Jacques de Bourbon, conte de La Marche, faisons savoir à tous que nous , consideranz la prouchainneté de lignage dont nous atenons a nostre très chier et redoublé seigneur monseigneur le duc d'Orléans , conte de Valois , de Blois et de Beaumont, et seigneur de Coucy; les grans biens, amour et courtoisie que il nous a tousjours fais et monstrez , fait et monstre de jour en jour en plusieurs manières, et que aujourdui il nous a de sa grâce et libérale voulenté ordoimé prenre et avoir des deniers de ses finances la somme de six mil livres tournois, doresnavant chascun an, par les mains de son trésorier général : de nostre certaine science et propre mouvement, avons promis et promettons, par la foy et sérement de nostre corps, et sur les sainctes Evangiles de Dieu par nous corporélment touchées, servir mon dit seigneur de nous et de tous nos biens et de toute nostre puissance, envers et contre tous ceulx qui pucent vivre et mourir ;

a Exceptez nostre très redoublé seigneur monseigneur le

(1) Original en parchennin au Trésor des chartes, ainsi que la déclaration du comte de La Marche.

LOUIS U'OULÉANS. 259

roy de France et monseigneur le daulpliin, son ainsné fils, et monseigneur de Bourbon et monseigneur de Clermont ou cas qu'il seroit trouvé et regardé que nous serions plus tenus au dit monseigneur de Clermont qu'à mon dit seigneur d'Orléans, es choses qui pourroyent touchier et regarder les personnes et héritage de mon dit seigneur de Bourbon et de mon dit seigneur de Clermont, non ayanz regart aux fais et gouvernement de ce royaume ;

« Et que le bien et honneur de mon dit seigneur nous garderons, et son deshonneur et dommage escheverons de tout nostre povoir. Et s'il advient que aucuns se voulsissent efforcier de porter deshonneur et dommage à mon dit seigneur, et que nous le peussions destourner ou empescher, nous le lui signifierons et ferons tantost savoir.

« Et en tesmoing de ce, nous avons fait sceller ces présentes lettres de nostre scel.

« Donné a Paris, le xxij® jour de septembre, l'an de grâce mil cccc et trois.

« Par monseigneur le conte. Valence. »

En même temps, le duc d'Orléans reçoit du roi, « tantost a et sans délai, » d'énormes cadeaux en argent, « à cause des « grandes mises qu'il a faites pour réparacion et fortifica- « lion des forteresses de ses terres, » ou bien , « pour la garde « des forteresses ou chasteaux du pais d'Angoulesme, qui 1 sont es frontière de guerre; c'est assavoir des villes et

« chasteaux d'Angoulesme, La Tour Blanche, Chateauneuf « sur Charente, des ville et chastel de Cugnac, et du chastel < de Mer (4). »

C'est dans ces circonstances que le prince appelle souvent, dans son conseil, « son amé et féal conseiller et chambellan « le seigneur de Montjoye (2), » chevalier issu d'une famille illustre (les Froberg d'Alsace), dont les utiles avis sont habituellement invoqués dans les crises difficiles.

Pendant que tant d'événements déplorables, qui signalent la fin du xiv*^ siècle et les premières années du xv^, s'accomplissent et caractérisent ces temps-fa comme une des époques les plus malheureuses dans les annales de la France, Charles d'Orléans, né en -1594 , comte d'Angoulême, est élevé à l'abri des habitudes dures et corruptrices de la cour d'Isabeau de Bavière. Né d'une princesse italienne, élevé sous les yeux d'une mère dont la supériorité d'esprit avait devancé son siècle, un heureux reflet de la civilisation d'Italie se répandit facilement sur lui, le séduisit et l'inspira dès son enfance; il en garda un doux souvenir, et il le retraça, dans sa jeunesse, en vers gracieux et faciles. Tels sont ceux de l'élégie dans laquelle il rappelle que :

(1) Patentes données à Paris le premier jour de décembre 1403, et deux autres des années 1404 et 1405.

(2) Les Montjoye (Froberg) d'Alsace sont l'une des plus anciennes familles de cette province. Elle compte d'illustres personnages, dès leix^ et le X' siècle, d'église et d'épée.De ce nombre Gluc de Montjoye, guerrier célèbre en l'année 963.

LOUIS d'orléans.' 261

Ou temps passé, quant nature le list En ce monde venir, elle le mist.

Premièrement, tout en la gouvernance De une dame qu'on appeloit Enfance ; En luy faisant estroit coumandement De le nourrir et garder tendrement, Sens point souffrir soing ou mérencolie Aucunement lui tenir compaignie.

Dont elle fist loyaument son devoir :

Remercier l'en doy, pour dire voir.

A l'âge de sept ans, et selon les règles de rédiication de la chevalerie, le prince passa du gouvernement des femmes entre les mains des hommes chargés de développer en lui les qualités propres a faire de ce prince un preux et parfait chevalier. En l'année ^1402, i un chappellain et un maistre d'escole » l'accompagnaient ordinairement (I). Le roi Charles VI n'oublia point son neveu au début de sa carrière ; et, dès l'année ^ 403, il lui constitua une pension de douze mille livres d'or par an.

Tout était donc joie et plaisir pour le jeune prince « à la « sortie de l'enfance, » et c'est aussi ce bonheur qu'il chanta plus tard dans ses premières poésies : mais comme il arrive de tous les bonheurs, celui-ci ne fut pas de longue durée.

Le duc Louis d'Orléans s'était déclaré le défenseur de Richard d'Angleterre (2) ; la reine veuve de ce roi revint en

(1) Compte de dépenses arrêté de la main de Louis, duc d'Orléans, le 7^ jour d'avril avant Pasques, l'an 1402.

(2) Contre Henri de Lancastre, usurpateur de la couronne d'Angleterre, et meurtrier du roi, son parent. Louis d'Orléans le défia même à un combat de cent contre cent.

Ces faits nous sont racontés par Monsfrelet dans son chapitre i x

France sa patrie, et se mit, pour cette circonstance, sous la protection plus particulière du prince qui , bientôt après (^ 404) , conçut le projet de la marier avec son fils, malgré la sensible différence qui existait entre leurs âges. Charles d'Orléans n'avait en effet que treize ans; on l'unissait k une femme qui comptait déjà dix années de mariage (^ ) ; il est vrai, « veuve « et vierge tout ensemble (2). » L'amour-propre de la reine veuve ne fut pas très flatté de cette union : elle épousait un enfant et perdait son titre de reine ; aussi pleura-t-elle beaucoup (5). Le plus grand luxe et une magnificence inouïe fu-

o Comment Louis d'Orléans, frère du roi de France, envoya lettres au « roi d'Angleterre, pour faire armes, et la response qu'il eut. » Ce chroniqueur nous donne en même temps le texte des lettres écrites de part et d'autre à ce sujet. Enfin, il termine ce chapitre ainsi :

« Néanmoins, jaçoit ce que les dessus dits roi d'Angleterre et duc « d'Orléans eussent escriptes et envoyées les lettres dessus dites l'un « envers l'autre, toutefois ne comparurent aucunement, personnelle- « ment l'un contre l'autre j et, par ainsi demeurèrent les besognes tou- « chant la matière en cet estât. »

Voyez aussi Le Laboureur, page i6G. — Dans la collection Brienne, tome 32, on trouve également le texte de la réponse du roi d'Angleterre à Louis d'Orléans.

(1) D'après le compte du notaire, l'expédition du contrat de mariage de ce prince coûta 18 sols, comme on le voit par le document suivant:

« Pour un vidimus d'unes lettres royaulx sellées en laz de soye et cire vert faisant mencion du mariage de la royne d'Angleterre et de monseigneur le conte d'Angoulesme, contenant une pel de parchemin, pour ce xvni solz parisis.

Item, pour deux grans videmus de lettres, contenant n peaulx de parchemin, faisant mencion de cinq cens mil frans pour le dit mariage, faicts en mars cccc et six. » (D'après l'original en parchemin.)

(2) Le Laboureur, Histoire de Charles Vil, p. 548.

(:{) Rarante, Histoire des ducs de Bourgogne, t. V, p. 70.

LOUIS d'orléans. 203

rent déployés a Toccasion de cette noce qui se fit a Compiègne. Louis d'Orléans s'y montra couvert de vêtements d'une richesse éblouissante {\). Cette union fut-elle heureuse pour le jeune comte d'Angoulême? Il ne nous a fait sur cette partie de sa vie aucune confidence en ses poésies, pas une seule allusion, lui qui en fait sur tout ! L'histoire a gardé ses secrets sur cette attention négative du poëte et du mari.

Si l'on rapproche cependant les circonstances de ce mariage, de celles qui décidèrent Louis d'Orléans a épouser la fille et unique héritière des Visconti de Milan, on ne peut s'empêcher d'attribuer peut-être à ce prince des projets d'une lointaine ambition, que des temps aussi extraordinaires que ceux des premières années du xv" siècle pouvaient en quelque sorte justifier, sans toutefois prévoir le moment oii ils pouvaient se réaliser.

Louis duc d'Orléans, comme nous l'avons vu, avait en effet rêvé pour lui une couronne souveraine en Italie lorsqu'il avait épousé Valentine de Milan ; puis une pour son fils en Pologne et Hongrie, en s'engageant avec Wenceslas a marier le comte d'Angoulême h la nièce de cet empereur, la marquise de Moravie. La veuve du roi Richard II, mariée au fils de Louis d'Orléans, ne pouvait-elle pas servir de drapeau h un parti légitimiste en Angleterre ou en Ecosse?

Cette année £404 fut calme a cause des traités d'allinnce

(1) Le document que nous avons publié dans notre Introduclion aux poésies du duc Charles, page m, en donne une idée suffisante.

qui avaient été conclus entre les seigneurs des différents partis alors déclarés dans le royaume de France. Un spirituel écrivain de ce siècle nous parle ainsi de toutes ces alliances ;

Par le moyen de ce traictié,

Furent faiz de grans mariages

Pour entretenir l'amictié

Du sang de France et les lignaiges.

Le filz d'Orléans espousa

Ysabeau, fille aisnée de France,

Qui paravant se maria

Au roi Richart pour aliance (1).

De nombreuses fêtes furent données a l'occasion de tous les mariages qui étaient alors célébrés. On n'épargna rien pour les rendre magnifiques. Les seigneurs envoyèrent "a la monnaie du roi leurs bijoux anciens pour les faire fondre et convertir en or monnayé. Louis d'Orléans, comme les autres princes, eut aussi recours a ce moyen. Un document du temps nous a conservé la description des bijoux et des objets d'art qui périrent dans le creuset du fondeur, et parmi ces derniers les seuls qui nous paraisssent dignes de regret sont les suivants :

« Un tableau d'or d'un miserere comment Nostre Seigneur lava les piez à ses diciples ; un ymage d'or d'un Charlemaine ; lui ymage d'or d'une Nostre Dame tenant son enfant, lequel enfant tenoit ung cèdre en sa main ; un ymage d'or d'un saint George; idem d'un saint Lo3's; idem d'un saint An-

(I) Martial de Paris, Vigiles de Charles VII, manuscrits de la Bibliothèque du roi, folio 3.

tlioiue ; idem d'un saint Jehan Tévangeliste; idem d'un saint Estienne ; un joyau d'or de la gésine Nostre Dame et des trois roys de Coulongne; un y^^[age d'or d'un saint Pol; idem d'une Magdelaine. »

Toutes ces réjouissances avaient réuni et rapproché les grands seigneurs de France, et l'on aurait pu croire 'a un oubli général des griefs que les différents partis se reprochaient mutuellement. Dans le même palais, des princes ennemis assistaient aux mêmes fêtes et partageaient la gaîté générale. Mais le lendemain recommençaient les haines et les rivalités. Au moment où l'on avait dû espérer que le concours sincère de tant de personnages illustres pour le bien de l'État était possible, les calamités de tous genres vinrent de nouveau fondre sur la France, par suite des sanglantes vengeances du plus cruel d'entre eux. Ces mêmes événements, d'une haute gravité, vinrent aussi distraire cruellement Charles d'Orléans des douces habitudes de sa vie domestique. Son père le duc Louis perdit la vie par un assassinat commis sur lui dans une rue de Paris des plus fréquentées. Martial de Paris retrace ainsi les circonstances de ce gnet-apens, dans ses Vigiles du roi Charles VII :

Ce an (1407), la veille saint Clément, Sur la nuyt qu'on ne voyoit goutte.

Le duc d'Orléans chaudement Eut quatre coups mortelz de routte, Auprès de la porte Barbette, Qu'il ne s'en doubtoit nullement ; Si fut sa sépulture faille,

Et mourut bien piteusement.

Le lendemain y eut grand ducil, Et fut à Paris inhumé, En grant service et appareil, Ainsi qu'il est accouslumé.

Il résulte d'un « rolle où sont les noms des menus ofîciers audessoubs des chiefs d'office de l'ostel feu monseigneur le duc d'Orléans, fait le xxix^ jour de janvier l'an mil un*' et sept > que les deux hommes attachés à la fruiterie de l'ostel monseigneur reçurent des gratifications pour avoir été blessés en défendant le prince. Ce rôle annonce ce fait ainsi qu'il suit :

« A Robin Huppe, qui fut mutilé avec monseigneur le duc, X frans.

« A Guillaume Quidoit, qui fut seiublablement mutilé avec mon dit seigneur, xn frans. »

Une implacable jalousie fut le motif que l'on donnait généralement de ce lâche assassinat. On disait que le duc d'Orléans, toujours indiscret dans ses galanteries {\), avait célébré en vers les plus secrets mérites de la duchesse de Bourgogne.

Valentine, duchesse d'Orléans, mourut bientôt après du chagrin que lui causèrent le triomphe du meurli'ier de son mari, et l'impuissance de l'autorité publique et de la protection royale qui laissèrent ce crime impuni, témoignage imposant de l'effroyable anarchie qui ravageait alors la France.

(1) Ch:.rles d'Orléans nous paraît faire une allusion à ce fait dans ses Poésies. (Voyez notre Introduction à leur recueil, et le lexte, page ii.)

LOUIS d'orléans. 267

€ Elle mourut consumée d'amertume et de chagrin. Sa vie n'avait pas été heureuse; sa beauté, sa grâce, le charme de son esprit et de sa personne n'avaient réussi qu'à exciter la jalousie de la reine et de la duchesse de Bourgogne.

t Les tendres soins qu'elle avait pris du roi avaient accrédité encore plus la réputation de magie et de sortilège qu'elle avait parmi le vulgaire. Elle avait aimé son mari, et il lui avait sans cesse et publiquement préféré d'autres femmes. Un horrible assassinat le lui avait enlevé, et toute justice lui était refusée; son bon droit et sa douleur étaient repoussés par

la violence Dans les derniers temps de sa vie elle avait

pris pour divise : « Rien ne m'est plus, plus ne m'est rien. » C'était grande pitié que d'entendre au moment de sa mort ses plaintes et son désespoir. Elle mourut entourée de ses trois fils et de sa fille. Elle fit aussi venir près d'elle Jehan, fils bâtard de son mari et de la dame de Canny {\). Au lit de mort elle avait chargé ses enfants de poursuivre le meurtrier de leur père. »

(1) Barante, Histoire des ducs de Bourgogne, tome VI, page 36 ; Monstrelet, tome II, chap. XLII, page 48.

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