‹ Louis et Charles, ducs d'OrléansChapitre 31 sur 39 · PRÉPARATIFS DE GUERRE · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS DE GUERRE

Charles d'Orléans se retire dans son château, en Brie. — Dote une Sarrasine. — Mort de la duchesse d'Orléans à la suite de ses couches. — Etat de la maison de l'enfant qu'elle laisse. — Second mariage du duc Charles. — Ornements des châteaux et approvisionnements de guerre. — Canons. — Poudre, etc. — Le comte de Vertus administre l'apanage d'Orléans. — Négociations et alliances politiques. — Cadeaux. — Le duc Charles fait remise à ses sujets de certaines aides.

Charles d'Orléans, ligué dans ce temps-lk avec les seigneurs ennemis de Bourgogne, est entièrement absorbé par les soins de la défense de sa personne et par ceux que rendit nécessaires la conduite de ses partisans. Il passa néanmoins une grande partie de l'année \ 409 a son château de Brie-Comte- Robert. Vers le mois d'août, étant momentanément a Blois, il fit cadeau de « vint escuz d'or a une espousée (daraoiselle Simonette) de la cour de la duchesse d'Orléans, qui avoit esté Sarazine. »

Au mois de septembre de la même année, il perdit la princesse sa femme, qui mourut en couche au château de Blois ( 1 ) ;

(1) Charles d'Orléans avait eu de celte princesse une fille, dont la maison ctaitainsi composée : « Une dame gouverneresse de mademoiselle Jehanne, une berceresse, une femme de chambre, une chambellerme, une damoiselle. une nourrisse. »

CHAULES d'ouléans. 283

mais il s'allia bientôt après (I 410) avec Bonne d' Armagnac. Ce mariage eut encore pour motif la vengeance qu'il voulait tirer du duc de Bourgogne, meurtrier de Louis d'Orléans. Cette union consacra en effet l'alliance des armes de deux illustres chefs, et attira dans le parti d'Orléans un prince rempli de courage, d'action et d'habileté.

Dès ce moment, Charles déploie une plus grande activité; il assemble de nouveau des forces considérables et envoie divers officiers de sa maison pour préparer ou réunir les troupes qui devaient entrer à son service. C'est ce que nous apprend un document signé par Estienne de Villebresme, et qui a pour titre : « Cy après ensuivent les menues parties de la despense payé par moy Estienne de Villebresme, clerc, pour assembler plusieurs cappitaines a Montauban pour le fait de monseigneur le duc d'Orléans, en l'an mil ccccx »

Toujours a la tête des troupes assemblées par lui, Charles d'Orléans « establitson lieutenant général, pour la très grande « et parfaite amour et confiance qu'il a en son frère, le comte « de Vertus, pour recevoir les hommages et remédier à ce i qui est nécessaire pour le bien de lui et de ses sujets, de ses « terres et seigneuries, ne pouvant présentement y vaquer « pour l'occupation de plusieurs grans et grosses besongnes, « qui grandement le touchent (\). » En même temps qu'il donnait ces pleins pouvoirs a son frère, le prince envoyait

(t) « LeUres-patcntes, données à Blois, le dernier jour de mars, l'an de glace mil quatre cent et dix. »

« son secrétaire pour porter liastivement lettres closes adré- « ces a nostre saint-père (1). Et déjà son conseiller, aumos- « nier et procureur faisoit présentement un voyage en court « de Rome par devers nostre sainct-père le pape pour lever « certaines bulles. »

Les instances du prince auprès du saint-père ne le détournaient nullement des préparatifs de guerre, et des alliances nécessaires pour le rendre formidable au duc de Bourgogne. C'est pour cela qu'il fait « radouber, emparer et mestre en « estât, certaine artillerie tant arbalestes, viretons d'ordon- « nance comme autre habillements de trait, qui sont en son « chastel de Chateau-Regnart (2) . '» Il « envoyé un autre de ses « secrétaires aux ducs de Berry et de Bourbon pour les entre- « tenir de ses affaires (5), et Loys de Villars au comte d'Alan- « con (4), ainsi que des lettres aux généraux- conseillers sur le

(1) Elles sont ainsi datées : « Donné à Araboise, le 26'' jour de juillet, « l'an de grâce mil cccc et dix », et scellé sur queue de parchemin d'un sceau équestre en cire rouge, en partie détruit.

(2) Les ordres écrits furent « donnés à Estampes le 1G« jour de septembre l'an de grâce mil quatre cens et dix. »

(3) « Charles, duc d'Orléans, etc. , nous voulons et vous mandons que vous payez à nostre amé et féal conseillier maistre Nicole Le Due, pour estre aie de par nous de Blois à Bourges, et en Bourbonnois, par devers noz trèz chiers et Irez amez oncle et cousin monseigneur de Berry et le duc de Bourbon, pour certains nos besoingnes et affaires, xlv livres tournois. »

« Donné à Blois le xv^ jour de janvier, l'an de grâce mil cccc et dix. »

(4) « A nostre bien amé frère Loys de Villars, prieur de Sainte, pour aler de Blois à Argenton, par devers nostre très cher et très amé cousin le conte d'Alençon, xu livres tournois. » (Idem.)

CHARLES d'OULÉANS. 287

« fait des aides ordonnés pour la guerre et aux autres conseil- « liersdu roy (I). »

Les alliances entre les princes, pour former un parti puissant, étaient donc négociées avec insistance par Charles d'Orléans ; il s'était d'abord assuré du concours de son oncle le duc de Berry, et pour combiner plus mûrement avec lui leurs projets d'opposition armée contre un ennemi aussi redoutable que celui qu'ils avaient a combattre, Charles fut s'établir « l'espace d'un mois ou environ en compaignie de son très- « cher et très-amé oncle a Vixcestre (2) » : et comme le premier janvier approchait, le duc d'Orléans ne laissa poiut passer cette occasion de faire de riches présents aux seigneurs dont il voulait s'assurer l'adhésion efficace. L'officine de l'orfèvre du prince fut donc visitée par lui : un acte authentique nous a conservé la liste des bijoux achetés a cette occa-

(1) « A nostre bien amé escuier d'escuerie Pierre de Saillant, pour porter hastivement lettres closes de par nous, de Blois à Paris, par devers les généraulx conseilliers sur le fait des aides ordonnés pour la guerre, et autres du conseil de monseigneur le Roy. » (Idem.)

(2) En quittant le château de Bicêtre, où il avait passé un mois avec son oncle le duc de Berry, Charles d'Orléans donna « de grâce espéciale, c'est assavoir : aux menuz officiers de l'ostel, pour considéracions des services qu'ils lui ont faiz, l livres tournois; aux ménestrels de son dit oncle, xxH livres x sols tournois ; à un varlet qui nous a présenté un cheval de part nostre dit oncle x livres tournois ; à l'ostel de la Roze de Bourc-la-Royne,enrécompensacion d'une sienne maison qui a esté arse au dit lieu par aucuns de la compaignie de nostre dit oncle et de nous, XXII livres x sols tournois.

« Donné à Estampes, le x* jour de novembre, l'an de grâce mil cccc et dix. «

sion, ainsi que leur destination. Nous ne donnerons de ce long mémoire d'orfèvrerie que l'extrait suivant :

« A nostre très-clieur et très-araé cousin le duc de Bourbon, ung fermail d'or garni de cinq bonnes perles, d'un dj^iment neuf et d'un rubi ou milieu ; a nostre très-cliière ettrès-amée cousine damoiselle Bonne, fille de nostre très-cliier et très-amé cousin le comte d'Armignac, un petit fermeillet d'or, d'un ruby environné de cinq grosses perles ; a nostre très-cher et très-amé frère le conte de Vertus, ung annel d'or d'un rubix à une petite coroune d'une esméraude dessus ; a nostre trèsclier et très-amé frère le conte d'Angolesme, ung annel d'une esméraude eu manière d'une bouteille, ennuis de deux dyamans. »

Parmi les autres personnes qui reçurent encore des présents, on remarque le sire de Mortemart, le sire deMontbazon, ainsi que plusieurs gentilshommes, écuyers et chambellans de, l'hôtel du prince; leurs noms se trouvent dans l'acte original daté de Blois, le ix® jour de janvier, l'an de grâce mil ccccx. Au duc de Bourbonnois « Charles d'Orléans restituoit et « rendoit sa cédule et recongnoissance de la somme de deux t cens livres tournois qu'il lui avoit preste a sa prière pour ses « affaires, a son parlement de Gyen au mois d'avril dernière- « ment passé, pour ce qu'il estime que son dit cousin ne lui « en fasse jamais aucune restitution ne paiement. »

Mais dans ces temps de misère et de calamités publiques, il fallait aussi songer a ménager les populations si malheureuses

et déjà si fortement pressurées. C'est ce qui décida le prince, vers celte même époque, à faire « remise, sur l'umble supplica- « cion des manans et habitans de la ville et paroisse de Brinon « en Sonlongne , qui ont eu a supporter de grans dommages « et pertes pour les gens d'armes qui en ceste présente année « ont esté en leur ville, et si ont esté leurs moulins et plusieurs f de leurs maisons arses, d'une part de l'aide qu'il a voit fait « naguère requérir (I), » tandis que d'un autre côté il « re- « merciait les manans et habitans de la ville et paroisse de f Saint- Aignans en Berry, de aucun don de leur bonne vou- « lente, de la somme de quatre vint livres tournois a une foiz « payée, qu'ils lui ont fait pour lui aider à supporter les grans « frais et mises qu'il lui convient faire a servir monseigneur « le roy en la compaignie de son bien cliier oncle monseigneur t le duc de Berry , et aultres ses parents (2). »

Dès le conunencement de l'année 44^1, le duc d'Orléans avoit écrit au roi une longue lettre (5) , dans laquelle il lui désignait les noms de tous ses ennemis personnels, qui étaient ou dans le conseil du monarque ou autour de sa personne, et dont quelques-uns, auteurs ou fauteurs de la cruelle et in lame mort de son père, s'efforçaient d'éloigner de la grâce du roi et de son affection les loyaux serviteurs ses parents.

(1) Actes originaux donnés à Blois, le xvi® jour de janvier 1410.

(2) D'après une copie du temps « coUationnée à l'original par moi, « Colet, » et datée du 21* jour de janvier, l'an mil cccc et dix.

(3) M. de Barante, dans son Histoire des ducs de Bourgogne, a publié un fragment de cette lettre (deuxième édition, tome VI, page 118.)

Il déclarait aussi au roi qu'il ne serait pas possible que la paix du royaume et le bien commun fussent rétablis tant que ces personnages resteraient au service du roi. Charles d'Orléans continua donc de s'approvisionner des subsides nécessaires pour se tenir sur un pied de guerre qui le fit respecter de ses ennemis. Il demanda (7 mars 44'H) aux sujets de ses seigneuries « ung aide lui estre fait tel que fut octroie au vivant de « feu monseigneur son père, dont Dieu ait l'âme, pour lui ai- « der a supporter les grans fraiz, charges, mises, despens que « h mon dit seigneur a convenu et convient faire. »

Tant de préparatifs, d'armements et de troupes déjà assemblées par ordre des princes, ne suffirent pas toujours pour contenir le duc de Bourgogne, et la malheureuse nécessité de recourir aux armes étrangères se déclara pour eux. Les Anglais furent appelés en France (I). Les frères du duc et plusieurs seigneurs furent livrés comme otages de l'exécution des traités conclus a cette occasion.

(1) Au mois de juillet I4i4, Charles d'Orléans étant àPéronne, « faisait délivrer, « le vu du mois de juillet, la somme de neuf livres tournois « pour le sauf-conduit de Richart d'Octeville, des pays d'Angleterre, lui « xvI^ pour venir du dit pays d'Angleterre en ce pays. »

CHARLES d'oRLÉANS. 291

Page 1