‹ Louis et Charles, ducs d'OrléansChapitre 32 sur 39 · BATAILLE D AZINCOURT · texte numérisé non relu

BATAILLE D AZINCOURT

Charles d'Orléans maître du gouvernement. — Fait condamner Jean Petit. — Les Anglais en France. — Les différents partis se rallient sous la bannière du roi. — Le duc Charles fait payer les dépenses de sa maison avant son départ. — Compte du cordonnier des princesses, du Bâtard d'Orléans, des fous et folles du prince. — De sa livrée. — Le duc Charles ordonne de réparer ses châteaux. — Celui de Pierrefons avait été incendié. — Le prince ne peut racheter les otages. — Bataille d'Azincourt. — Le duc Charles y est blessé. — Relevé parmi les morts, il est emmené prisonnier par les Anglais.

Les forces imposantes qui étaient a la disposition du duc Charles, le rendirent maître du gouvernement du royaume de France. Son premier soin dès lors fut de livrer aux flammes, comme hérétiques, les propositions soutenues par le duc de Bourgogne sur la mort du duc d'Orléans. Dès ce moment aussi la population s'associa a cette réaction commandée par la justice et la raison, et c'était avec une véritable joie qu'on chantait alors « la complaincte lamentable de monseigneur < d'Orléans, tué par horrible assassinat (I). » Arrivés pour soutenir la faction des Armngnacs, les Anglais tournèrent bientôt après leurs armes contre leurs alliés primitifs.

(1) Barante, Histoire des ducs de Bourgogne, page 172, tome VI.

La chronique rimée de Charles VII retrace ainsi ces tristes

événements :

L'an quinze, le roy d'Engleterre, Ayant de tous Angloiz la fleur, Vint descendre et prandre terre Devant la ville de Arrefleur.

Le sciege y misdrent promptement Contre les Françoys qui estoient, Lesquelz se tendrent longuement Et tant que plus ilz n'en povoient ;

Si eut composition, Qui fut telle que les Françoys, Dans certaine assignation, Dévoient combatre les Angloys ;

Et ou cas qui ne le feroient, La ville et les corps prisonniers Au roy d'Engleterre rendroient, Avec grans sommes de deniers.

Et fut conclud par ordonnance Que l'en le feroit assavoir Aux seigneurs est nobles de France, Pour y secourer et pourvoir.

Le cry fait et sceues les nouvelles.

Tout chascun qui aymoit honneur Si se mîst en point à merveilles.

Pour aller servir son seigneur.

La pluspart de la seigneurie Du noble royaume de France, Baronnie et chevalerie, Y fut en armes et puissance ;

Brief, les Françoys en si grant nombre A ceste journée arrivèrent.

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Que les ungs si faisoient encombre En nuysant plus qu'ilz n'y aidèrent.

Plusieurs enfans de grant maison, Nourriz souef com grain en paille Si y laissèrent la toison, Car jamais n'avoient veu bataille.

Ou fait de guerre estoient nouveaulx, El leur sambloit, pour leurs poulaines.

Leurs harnoiz, pompes et joyaulx, Qu'ilz abatroient les gens en haines.

Bientôt tous les princes reconnurent que leurs forces combinées suffiraient a peine pour défendre le royaume contre les Anglais. Tous donc se rallièrent sous les bannières du roi et contre l'ennemi commun.

Avant son départ pour aller combattre les Anglais, Charles d'Orléans s'occupa de régler les différents services de sa maison, et de pourvoir a ses dépenses personnelles et à celles de sa famille. Il se fit présenter l'état et ordonna le payement des fournitures qui avaient été faites : dans cet état se trouve le compte « des solliers que Guillaume Levasson, cordonennier, demourant à Blois, a livrez pour mes damoiselles d'Orlians les seur et fille de monseigneur le duc, pour le Bastard et pour les fols et foie et leurs variés. » On voit par ce compte que « madamoiselle Marguerite usoit par chascun mois iiii paires de solliers sans feutres, à huit blancs la paire, vallant xiii sols un deniers ; madamoiselle Jehanne idem ; le Bastar d'Orlians vi paires de solliers par mois "a un sols deux deniers la paire, vallant xxv sols tournois. Les fols ni paires

de solliers par mois, à iiiisols ii deniers tournois, valant xii sols VI deniers tournois ; et Coquinette (la folle) une paire de solliers a VIII blans la paire, vallant m sols un deniers tournois > ; et c'est ce que certifiait pour cette dernière « Margot Lapidonye, chambrière de la dite Coquinette. »

D'autres documents nous font connaître des dépenses analogues du duc d'Orléans et du comte de Vertus, son frère, et parmi les fournitures de l'un des princes on remarque qu'il usait pendant un mois « xii paires de solliers feultréz, au pris de v sols v deniers la paire ; une paire de houzeaulx apelay d'Allemagne, et une bottez de cuir noir de Cordou, à relever feultrés de drap vermeil. » Ces comptes sont datés d'Orléans et revêtus du sceau en cire rouge du duc lui-même. Vient ensuite le compte du drapier, dans lequel on remarque les désignations suivantes des différentes qualités de draps alors en usage et du pays où on le fabriquait, savoir : « Verlbrun de MonstervUle pour faire le dessus de deux houpellandes et manches closes, les quelles manches seront chargées d'orfavrerie en manière de fleur blanche et chegnelies d'argent pendans à icelles. Item, pour faire le dessus de trois lioppelandcs "a mi jambe et manches closes, que nous feismes faire une livrée pour nous, beau frère de Vertus, et pour nostre très-cher et tres-amé cousin Jehan de Bar, les manches desquels ont este chargés d'orfavrerie en manière d'ondes de grans feuilles, fleurs lactés quarrées et tmjaulx d'argent blanc. Item escarlate vermeille de Brucelles, pour faire

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cliapperons. Item de la fine yraigne et de blanchclj pour , faire des cliosses. Item rouge de Neufcastel, pour chapperon, etc., etc. »

Les réparations et l'entretien des châteaux du duc ne furent pas oubliés, malgré tant de graves préoccupations. On connaît le détail de la restauration a faire a sa résidence de « Pierrefons, après son arsure et embrasement. » Ils sont indiqués dans le document suivant :

« Plusieurs chambres basses et moyennes estoieut demourées saines et entières et aucunes des tours du dit chastel, des quelles tous les combles couvertures et plus haultes chambres ont estéarses, et par ainsi les dites chambres sont demourées découvertes; et semblablement, au corps du donjon du dit chastel soit demourée une chambre entière du premier estage sur les voltes des celiers d'icelui, et tout le liault et couverture ars et embrasés ; lesquelles chambres sont en aventure de tourner en grave ruine par les pluyes de l'ever prochain et autres ensuivans, a nostre très grant domage se pourveu n'y estoit ; et oultre que nostre dit chastel est du tout démontez après ladit arsure, desgarni et despourveu de trait, d'arbalestres, de poudres, de canons et autres habillemens pertinens et convenables à Tamision et deffense d'icellui, sans lesquels habillemens ne pourroit estre bonnement gardés ne deffendus en cas de besoin : nous voulons k ce présentement estre pourveu pour eschever les inconvénniens et dommages qui, en deffault de provision, nous pourroient avenir, attendu

le temps d'hiver qui est si prouchaiu, et autres causes a ce nous mouvens, vous mandons et expressément enjoingnons que, par nostre receveur de Valois, vous, des deniers de sa recepte, faicles emploier et paier la somme de cent livres tournois, c'estassavoir cinqnante livres tournois en l'achat d'arbalestres de trait, de poudres de canon, et aussi de canons s'aucuns n'en estoient demouréz au dit chastel après la dicte arsure ; et les autres cinquante livres tournois, en ouvrages et matières pour couvrir les dictes chambres, tant des dictes tours comme de la dicte chambre du dit donjon, de couverture légiere comme de chaume ou autre semblable, affin de conserver tant les dictes chambres comme la maçonnerie d'icelle tours, par l'ordonnance du maistre de noz ouvrages de nostre dit diichié de Valois, jusques a ce que mieux y soit par nous pourveu. »

Mais il ordonne de plus, « obslans les guerres et divisions qui ont esté, et par aultres lettres, estre employé et convertie par nostre receveur de Valois des deniers de sa recepte, la somme de deux cens quatre vins livres tournois en l'achat de certains vivres et autres provisions, et ycelles mises en nostre chastel de Pierrefons pour la garnison d'icellui, sous la garde de nostre amé et féal chambellan le sire de Boqueux , cappitaine dudit chastel, avec sa compaignie de vint cinq hommes d'armes... A Paris le xxi*" jour du mois de février mil cccc et quatorze. »

Enfin, le duc d'Orléans songea "a « racheter son tiès-cher

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« et très-amé frère, le comte d'Angonlesnie, estant en liostage « en Angleterre, en levant un aide a lui octroyé par monsei- « gneur le roy, pour la délivrance de son dit frère. » Mais il éprouvait de grandes difficultés 'pour la faire percevoir : il reçut de nombreuses « et umbles supplicacions des manans et < habitans de différentes villes, paroisses et chastellenies pour t obtenir remise de tout ou partie de l'aide a yceulx imposée, « qu'ilz ne pouvoient paier, obstant les grans charges, pertes et « dommages qu'il leur a convenu soustenir et supporter en « plusieurs manières, par le fait et occasion de la guerre et gens f d'armes qui ont esté et séjourné sur leur pays longue- « ment, etc. » Ce projet fut donc pour longtemps ajourné, et le prince se rendit a l'armée, ainsi que tous ses partisans.

Bientôt après une bataille décisive fut livrée, la plus désastreuse de toutes pour la France. La journée d'Azincourt fit les Anglais maîtres du royaume de France. Charles d'Orléans y déploya inutilement la plus grande bravoure. Blessé grièvement, il fut relevé parmi les morts, reconnu et emmené prisonnier en Angleterre.

Cette même bataille nous est racontée en ces termes par Martial de Paris :

Et puis, les batailles tenues

En Picardie lez d'Azincourt,

Quand les Françoys les Angloys virent,

Et qu'ilz estoient plus que eulx beaucoup,

De leur armée compte ne firent

Ains cuidoicnt avoir gaigné tout.

Si furent tant presumpcieulx, Qu'ils ne tendrent mesure ni ordre, Pensans qu'on n'oseroit les yeux Contre tant lever ne les mordre ;

Les aucuns alloient pourmener Leurs chevaulx et faire repaistre, Les autres boyre et dejuner, En laissant leur host et leur maître.

Quant les Angloys o leur charroy.

Virent la manière de faire Et les Françoys en desarroy, Se prendrent à frapper et braire.

Si y eut de vaillans faiz d'armes Que les ungs et autres si firent ; Mais les Françoys, par piteulx termes, Toute la bataille perdirent.

Là moururent plus de cinq mille Seigneurs, chevaliers, qu'escuiers, Officiers et gens de ville.

Sans y compter les prisonniers ;

Les ducs d'Orléans et Bourbon, Richement et des chiefz de guerre, Si furent tous mys à rançon Et puis menez en Engleterre.

Par oultrage et présumption

Qui les cueurs des orguilleux ardent.

Vient toute malédiction.

Et plusieurs batailles s'en pardent.

Ce fut encore un seigneur de Montjoie, « Guillaume (I), conseiller de monseigneur le duc d'Orléans, » membre du con-

(1) Par lettres-patentes du 22 août 1415, Charles d'Orléans « avait retenu à son service son très chier et bien amé messire Guillaume de Montjoie, docteur en lois et son conseiller. »

seil de ce prince resté eu permanence à Paris, qui « envoya Hennequin de Werde, clievaulcheur deTescuerie de mon dit seigneur, pour porter présentement, hastivement jour et nuit, de Paris à Orléans, lettres closes du conseil de mon dit seigneur, estant au dit Paris, adreçans a monsieur le chancellier touchant certaines nouvelles survenues au dit Paris, j Ces nouvelles contenaient l'annonce de la fatale bataille livrée le 23 octobre, près du château d'Azincourt, et du sort malheureux du duc Charles d'Orléans.

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