‹ Louis et Charles, ducs d'OrléansChapitre 33 sur 39 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

CAPTIVITÉ DE CHARLES d'ORLÉANS EN ANGLETERRE.

Pendant sa captivité le duc Charles écrit son histoire en vers. — Il pense à se racheter ainsi que son frère donné en otage. — 11 prescrit des économies dans ce but. — Mort de Bonne d'Armagnac, sa femme- — 11 fournit au bâtard son frère tout ce qui lui est nécessaire. — 11 veut racheter les otages. — Meurtre de Jean-sans-Peur. — Mort du comte de Vertus. — Mariage du bâtard Jean. — Négociations pour la délivrance du duc. — Traité d'Avras. — Le duc Charles est mis en liberté.

Aux malheurs de toutes sortes qui avaient affligé la jeunesse de Charles d'Orléans venait se joindre une peine bien plus grande, celle de sa captivité loin de son pays et entre les mains de ses plus cruels ennemis. Dans son infortune, ce prince ne trouve quelque adoucissement que dans les heureux fruits de l'éducation parfaite qu'il avait reçue par les soins de Valentine, sa mère. Son instruction était en effet très variée ; son goût pour les lettres s'était déjà manifesté en France, et la poésie lui vint en aide dans la dure position que le sort des armes venait de lui faire, et qui devait être plus affligeante pour un prince français prisonnier de l'étranger. « Cette « captivité cependant nous a valu le volume de poésies le f plus original du xv*^ siècle ; le premier ouvrage où Timagi-

CHARLES n'ORLÉANS. 301

« nation soit correcte et naïve, où le style offre une élégance € prématurée , où le poète enfin , par l'émotion dont il « était rempli, trouve de ces expressions qui n'ont point de « dates et qui étant toujours vraies ne passent pas de la lan- « gue et de la mémoire d'un peuple (I).

Dès les premiers temps de son séjour a Londres, le prince s'occupa des moyens de pourvoir a sa rançon et a celle des otages qu'il avait donnés autrefois aux Anglais. Dans ce double but, il prescrivit la plus grande économie dans l'administration de son apanage, par les lettres-patentes dont suit la teneur :

« Charles, duc d'Oiléans et de Valois, conte de Blois et de Beaumont et seigneur de Coucy, a tous ceulx qui ces présentes lettres verront salut. Comme il ail pieu à Dieu que nous soyons de présent détenu prisonnier es mains du roy d'Angleterre, pour la guerre et service de monseigneur le roy, pour laquelle chose nous est besoing d'avoir et assembler la plus grant finance que nous pourrons, tant de nos rentes et revenues comme autrement, pour la délivrance de nostre personne, quant il plaira a. Dieu ; laquelle chose nous ne povons faire sans grans resductions tant de la despense de nostre hostel, comme des gaiges, pensions et autres choses que noz genz, officiers et serviteurs ont accoustummé de prendre et avoir de nous; savoir faisons que, Nous, considérans ce que

(1) Cours de littérature du moyen âge, par M. Villemain, p. 233.

dit est, et nous voulans aidier du nostre propre premièrement, comme raison est, en tant qu'il se pourra estendre ; de nostre certaine science et propre mouvement avons fait et ordonné, et par ces présentes faisons et ordonnons les choses qui s'ensuivent :

« Premièrement, que la dépense de nostre hostel cesse du tout quant à présent et jusques à ce que autrement en ayons ordomié, tant au regart de la despense de bouche, comme des hostelages de noz serviteurs, excepté au regart de nos très chières et très amées suer et fille, desquelles nous voulons l'ostel et la despense estre continuez en la manière acoustumée, au moindre ferais, toutes voyes, que faire se pourra bonnement.

« Jtem, voulons et ordonnons que pour ceste présente année, commençant à la feste saint Remy dernière passée, tous les gaiges et pensions tant ordinaires comme extraordinaires de tous noz gens, serviteurs et officiers, de quelque estât qu'ilz soient, cessent du tout, sans ce qu'ilz courent aucunement sur nous pour la dicte année, et deffendons à nos amez et féaulx trésorrier général et receveurs que , desdiz gaiges et pensions, il ne face aucun paiement a quelque personne que ce soit pour ceste dicte présente année , sur peine de le recouvrer sur lui. Toutevoyes, n'est pas nostre entencion que ce tourne a aucun préjudice h nos dictes gens, serviteurs et officiers au regart de leurs diz gaiges et pensions, pour le temps subséquent.

CHARLES d'ORLÉANS. 305

« Item, et se pour les années passées aucuns arrérages ou restes estoient deuz a cause desdiz gaiges, hostelages ou pensions, nous ne voulons pas que riens en soit paie durant ceste dicte présente année.

« Item, et se desja estoient levées par nostre dict trésorier aucunes descharges pour et sur lesdiz arrérages, ou autres assignacions par nous fêtes pour quelconques cause que ce soit, nous voulons pareillement le paiement du contenu esdictes descharges, ou de ce qui en resterait encores a paier, estre retardé pour ceste présente année, sans ce que durant icelle aucun paiement en soit fait par nostre dict trésorier ; excepté tOMtevoyes au regart des descharges levées pour le fait et provisions ordinaires de nos très chers et très amés frères, les contes de Vertuz et d'Angoulesme, lequel fait et despense ordinaire nous voulons estre paiez en la manière que par nous a esté autreffoiz ordonné.

« Item, voulons et ordonnons que, se, par inadvertence ou par importunité de requerens, nous avions fait ou taisions aucuns dons ou autres choses en diminucion de nostre finance, et au contraire de ceste présente ordonnance, que aucune chose n'en soit paiée durant la dicte année, et deffendons expressément a nostre amé et féal chancellier que sur ce il ne scelle aucunes lettres ou mandemens, ne souffre aucune expédicion estre fête diceulx dons.

« Ilem, et pour ce que ou temps passé nos subgiez ont eslé moult travailliez, tant par pilleries et roberies de gens

d'armes, comme pour les exaccions qui ont esté faictes sur eulx soubz umbre de guetz et de gardes, et que pareillement à nostre grant charge ont esté créuz, par importunité de requérens ou autrement, les gaiges d'aucuns des capitainnes de noz chasteaulx et forteresses, nous voulons et ordonnons, premièrement, que les gaiges de tous les capitainnes de noz chasteaulx et forteresses soient réduiz et ramenez aux gaiges ordinaires et anciens ; et par ces présentes ordonnances les y réduisons et ramenons, en cassant et adnullant toutes les dictes créues et augmentacions.

« Ilenij deffendons expressément a tous les capitainnes de nos chasteaulx et forteresses, et a leurs lieutenans, que des subjiez de leurs chastelenies ilz ne preignent ou exigent, soubz umbre de guet ne autrement, aucun prouffit en quelque maniera que ce soit, ne en argent, ne autrement, fors seulement les prouffis ou amendes ordinaires des deffaulx des guetz, ainsi comme il a esté acouslumé d'ancienneté.

« Item, voulons et ordonnons que tous les capitainnes de nos diz chasteaulx et forteresses facent résidence sur les lieux de leurs capitainneries. Et se pour cause nécessaire les convenait absenter pour aucun temps, que ilz laissent et commettent en leurs lieux gentilz hommes notables et souffisans quant k ce.

« Item, voulons et ordonnons que les diz capitainnes et leurs lieutenans soient tenuz de garder chascun en droit soy les subjiez de sa chastellenie de charges de gens d'armes ; et

CHARLES d'OULÉANS. 305

leur commandons et enjoingnons que ainsi le fâchent, et que si tost quilz y en auront aucuns, que ilz voisent devers eulx et facent tout loyal povoir de les faire cesser de pillier ou rober nozsubjiez, et se aucune chose avoient sur eulx prins, de le leur faire rendre et restituer et de deslogier et vuider de nostre terre.

« Item, et se quant a ce faire ils ont besoing de noz vassaulx, officiers ou autres nos sulijiez, nous mandons et commandons par ces mesmes présentes a tous nos diz vassaulx, officiers et subjiez, que en ce ilz donnent aide et confort ausdiz capitainnes, ou a leurs lieutenans.

« Item, et afin que les choses dessus dictes touchant le faict des diz capitainnes soient mieulx gardées et acomplics, nous voulons et ordonnons que tous noz capitainnes jurent et promettent, es mains de nostre amé et féal chancellier, pour nous, de tenir, garder et acomplir les choses dessus dictes, de tout leur povoir.

« Item, voulons et ordonnons que de tous les habillemens de guerre estans en nos diz chasteaulx et forteresses, soient arbalestres, trait, canons, pouldres ou autres harnois, soient faiz inventoires par noz receveurs, procureurs ou autres officiers des lieux , et les dictes choses baillées en garde par invenloire aux capitainnes des diz lieux, duquel inventoire nous voulons le double estre mis en la chambre de noz comptes, atfin de savoir quelle provision de desfense il aura en chascune de nos dictes forteresses, et de quoy les capitainnes

d'icelles son lenuz de rendre compte.

« Ilenij voulons et ordonnons que tout ce que nous avons preslé de noz Liens meubles, ou temps passé, a quelconques personnes que ce soit, tant livres, chambres, tapisserie, comme autres clioses quelconques, soient recouvrées par nostre cliancellier et les gens de nostre conseil sur ce par nous ordonnez, de tous ceulx qui auront par devers eulx nos diz biens meubles ; desquelles choses recouvrées et de tous noz autres biens meubles nous voulons bon et loyal inventoire estre fait, et icelui estre mis en nostre dicte chambre des comptes, a la conservacion de nos diz biens, et h ce que riens n'en soit perdu ne aliéné.

« Item, et combien que nous ayons cassé, pour ceste présente année, tous gaiges et pensions de noz gens et serviteurs, comme dit est, néantmoins est nostre entencion et voulenté que se aucuns des gens de nostre conseil ou autres estoient envoyez dehors pour noz affaires et besongnes, que leurs voyages leur soient tauxés tant par nostre chancellier et les gens de nostre conseil, que par noz autres trésoriers que nous avons chargiez principaument de noz besongnes et affaires, et que par leur ordonnance ilz en soient paiez par nostre trésorier. Mais ce n'est pas nostre entencion que pour résider et vacquer en noz besongnes et affaires en la ville de Paris, ne en noz villes d'Orléans et de Blois, nostre dit chancellier maistre Nicole le Duc, maistre Robert de Cuillères, ne autres quelxconques, ayent nepreignentsur nous aucun paiement de voyages pour le temps qii'ilz résideront es dictes villes de

CHARLES d'ORLÉANS. 307

Paris, d'Orléans et de Blois ; mais pour les clieveauchées qu'ilz feront de lieu h autre, tant en alant et séjournant comme en retournant, soit en ce royaume ou en dehors, nous voulons qu'ilz aient et soient paiez de leurs voyages, ainsi qu'ilz ont acoustumé ou temps passé.

« Lesquelles ordonnances et chascune d'icelles nous voulons estre observées, entérinées et acomplies, et donnons en mandement, par ces dictes présentes, a nostre amé et féal chancellier maistre Guillaume Cousinot, a noz amez et féaulx conseillers maistres Nicole le Duc et Robert de Cuillières, aux gens de noz comptes, aux maistres de nostre hostel, a nostre trésorier général Pierre Renier, à maistre Bertau de la Borde, maistre de nostre chambre aux deniers, et a chascun d'eulx si comme à lui apprendra, que noz présentes ordonnances ilz entérinent et acomplissent et facent entériner et acomplir de point en point, et tout selon leur forme et teneur. Mandons aussi à tous noz officiers et serviteurs que a nos dictes présentes ordonnances ilz obtempèrent et obéissent sans aucunement venir ne faire venir a l'encontre, sur peine de encourir nostre indignacion : car ainsi le voulons et nous plaist estre fait, pour le l'egart et causes dessus dictes. En tesmoing de ce nous avons fait mettre nostre scel à ces présentes.

« Donné au palais de Londres, le xxix'' jour de novembre, l'an de grâce mil quatre cens et quinze. »

Pendant l'année ^416, le château de Windsor (I) servait de lieu de détention a Charles d'Orléans. Dès lors, il songea a écrire en vers l'histoire de sa vie, a célébrer la beauté de la dame de ses pensées, et a raconter les malheurs qui l'accablaient : l'allégorie lui prêta son double langage.

Charles d'Orléans fut longtemps réduit, pour toute consolation, a exprimer dans des vers toujours gracieux et spirituels la dure destinée que lui faisait endurer dame Fortune, qui, après lui avoir fait passer sa jeunesse en sy doloreux party, tient son cœur hermite, logié en mérancolie. Mais la perte de sa liberté ne fut point le plus cuisant des chagrins réservés a ce cœur généreux. II apprit d'abord la maladie et bientôt après la mort prématurée de la princesse, sa femme, enlevée au milieu de toutes les grâces du jeune âge. En nous retraçant son affliction, Charles d'Orléans se montre surtout poète du cœur.

La première époque des poésies de Charles d'Orléans comprend l'histoire de l'enfance du prince , sa jeunesse , ses amours et sa prison, jusqu'à la mort de sa princesse chérie, Bonne d'Armagnac, décédée vers la fin de l'année \A\^.

Ces poésies peuvent encore se diviser en deux autres époques caractérisées aussi par la différence des sentiments que

(1) C'est ce que nous indique un compte des « façons de lubes, chappeions, pourpoins et autres abis », à la lin duquel se trouve un ordre de payement de Charles duc d'Orléans : « Donné à Wyndesorc, le second jour de may, l'an de grâce mil cccc et seize, «

CHARLES d'ORLÉANS. 309

le prince éprouva, selon son âge et les circonstances particulières de sa \ie. Nous reviendrons successivement sur ces deux époques des ouvrages du prince.

Les économies prescrites par Charles d'Orléans, dans ladministration de son apanage, n'empêchaient point ce prince de fournir au bâtard d'Orléans, son frère, tout ce qui lui était nécessaire. Le reçu suivant en témoignera suffisamment :

« Nous Jehan Bastard d'Orléans certiffie a tous à qui il appartiendra, avoir eu et reçeu de Pierre Reniés, trésorier général de monseigneur le duc d'Orléans, dès le mois de décembre dernier passé, les parties et choses qui cy après s'ensuivent, c'est assavoir : une hoppelande de gris brun à manches closes, a. mi jambe, fourrée de fins aigneaulx noir de Lombardie, et découppée par dessoubs a grans lambeaulx. Item, un grant chapperon de vert brun doublé , sans deccouppeure. Item, deux paires de chausses d'autre vert brun toutes garnies. Item, un pourpoint de fustaine blanche h grant assiete fourée de penne blanche, tout pour moy et pour mon user. Desquelles parties dessus dictes je me tiens pour content ; tesmoing mon seing manuel cy mis le xxv^ jour de juing l'an rail cccc et dix-sept.

« Le bastard d'Orliens (i). >

(I) L'année suivante, 1418, le bâtard d'Orléans fut fait prisonnier par le parli du duc de Bourgogne, comme nous l'apprend une cédule du duc Charles, qui ordonne de payer une certaine somme « à Jehan le Bastard d'Orléans, nostre frère, estant prisonnier à Saint-Germain-en-Laye, es mains d'aucuns tenans le parti du duc de Bourgogne. » Il fut échangé

Mais les otages donnés aux Anglais en ^1442, par le duc Charles, et dont un était son frère, n'avaient jamais cessé d'être l'objet de toute sa sollicitude (I) ; ses économies servaient a payer leur rançon ; trente mille florins sont destinés au duc de Clarence, si il consent a reconduire les otages sur les côtes de France.

« Charles, duc d'Orléans, etc., a nostre amé et féal trésorier général Pierre Reniez, salut et dilection. Nous voulons et vous mandons que des deniers de noz finances vous baillez et délivrez à noz chiers et bien amez Regnault Pizdoé, changeur et bourgeois de Paris, et a Jaques Raponde, marchant de Luques et bourgeois de Paris, la some de trente mil livres tournois, en xxx™ moutons d'or ayans cours pour vint solz tournois pièce, cest a ssavoir : au dit Regnault Pizdoé xviu™ li-

l'année suivante contre un Bourguignon. » (Collection de Couicelles, catalogue, p. 44.)

(1) Le comte d'Angoulême, frère du duc Charles, nous l'apprend luimême par l'acte suivant :

« Nous Jehan, comte d'Angoulesme, confessons avoir eu et reccu... trésorier de nostre très chicr et bien amé monseigneur et frère le duc d'Orléans, la somme de quatorze cens vint sept livres dix solz tournois comptant, à Londres, en Angleterre, par Barthélémy du Ruf, marchand de Florence, demourant à Paris, par la main de Jehan Victor, marchant, demeurant en ladite ville de Londres, lequel Barthélémy avoit receu dudit Pierre Rénier ladite somme à Paris, et icelle promis nous faire délivrer par ledit Victor en la dite ville de Londres, pour icelle somme convertir et emploier par nous et autres aux frais de nous et de plusieurs autres estans de par nostre dit seigneur et frère en ostaige ou pays d'Angleterre... Donné à Londres, en tcsmoing de ce, soubz nostre signet manuel, le premier jour de février, l'an mil cccc et seize. » Jehan.

CHARLES d'ORLÉANS. 3H

vres loiirnois esdiz moulons, et au dit Jaques Raponde xii™ livres tournois esdiz moutons. Lesquelles deux somes, Nous, par l'advis et délibération de nostre très cliier et très amé frère Plielippe conte de Vertus, et de noz amez et féaulx les gens de nostre conseil, avons ordonné et voulons leur estre présentement par vous baillées et délivrées, pour en respondre par lesdiz Regnault et Jaques et en faire leur propre fait et deble envers Jehan-Victor, marchant de Florence, demourant a Londres, en Angleterre, ou a son facteur et procureur de par lui, ayant povoir et puissance de lui souffîsant a ses voulenté et commandement, pour icelle some délivrer au duc de Clarence, touteffoiz et quanteffoiz que nostre très chier et très amé frère Jehan conte d'Angoulesme, et les autres hostages de sa compaignie seront admenez, renduz et délivrez de par le dit duc de Clarence et autres a qui ce peut touchier, par de ça la mer, en lieu et place seures, es parties de Normandie ou de Guienne, hors le povoir et puissance du roy d'Angleterre, de ceulx de son party et de tous autres qui sont ou seront ennemis ou malveillans de monseigneur le Roy et de nous. Et de ce lesdiz Regnault Pizdoé et Jaques Raponde feront et passeront lettres obligatoires au dit Jehan Victor, ou h son dit facteur et procureur de par lui, comme dit est ; lesquelles ilz vous bailleront pour bailler et délivrer présentement a Jehannot Victor nepveu et facteur du dit Jehannot Victor son oncle; lequel Jehannot Victor, par vertu desdictes lettres obligatoires desdiz Regnault et Jaques,

prouietra faire respondre par le dit Jehan Victor son oncle, de la dicte somme de xxx™ livres tournois envers le dit duc de Clarence et autres du pays d'Engleterre "a qui ce peut appartenir, et nous en acquitter au cas que la dicte délivrance de nostre dit frère et desdiz hostages sortiroit son effect. Et de ce fera et passera le dit Jehannot Victor lettres, par lesquelles il nous prometra aussi que ou cas qu'il apperra deuement par le dit Jehan Victor, son oncle, par nostre amé et féal secrétaire maistre Oudart du Soullay, Aubertin de Voillefeves, orfèvre, et Jehan Le Mercier noz variez de chambre, que la dicte délivrance ne se fest, par quoy le dit Jehan Victor n'eust cause de paier la dicte some (que Dieu ne veuUe); ycelui Jehannot Victor prometra ou dit cas nous rendre et restituer, ou a vous pour nous, lesdictes obligacions desdiz Regnault Pizdoé et Jaques Raponde, en lui rendant les dictes lettres. Et avecques ce, pour grcigneur seurté pour nous desdictes deux somes de xvni'" moutons d'or d'une part et xii"' moutons d'or d'autre, lesdiz Regnault Pizdoé et Jaques Raponde nous feront et passeront autres lettres narratives des premières, par lesquelles ilz nous prometront rendre et restituer icelles somes ou cas que la dicte délivrance ne sortiroit son effect, comme dit est, en leur rendant leurs dictes lettres obligatoires par eulx ainsi faictcs, tant audit Jehan Victor comme a nous, et par raportant ces présentes vidimus, ou coppies des lettres obligatoires ainsi faictes et passées par lesdiz Regngult Pizdoé, Jaques Raponde et Jehannot Victor,

CHARLES d'ORLÉANS. 313

tant seulement icelles coppies collationnées aux originaulx en la chambre de noz comptes, pour ce que nous voulons iceulx originaulx demeurer en icelle nostre chambre pour nostre seurié : Nous voulons et mandons la dicte some de xxx"' li* vres tournois estre allouée en voz comptes et rabatue de vostre recepte par noz amez et féaulx gens de noz comptes, sans aucun contredit ou difficulté, nonobstant que ces présentes ne soient expédiées du signet de nostre amé et féal conseiller maistre Merle le Duc, pour cause de son absence, et quelconques autres ordonnances, restrainctions, mandemens, ou delfenses "a ce contraires.

« Donné a Orléans le derrenier jour de mars. Tan de grâce mil cccc et dix huit, après Pasques.

« Par monsieur le duc a la relacion de monsieur le conte de Vertus, de vous et de maistre Piobert de Cuillières ad ce commis par mon dit sieur le duc. Chomery. »

Un tel acte, qui indique une grande complication de formalités alors nécessaire pour faire payer de Paris a Londres une somme d'argent, serait aujourd'hui avantageusement remplacé par une simple lettre de change. Remarquons que ce sont toujours des Lombards qui opèrent h Paris comme à Londres.

De cette même année ^418 datent les premières tentatives faites par le duc d'Orléans pour un rapprochement avec le duc Jean-Sans-Peur, a roccasit)n des négociations commencées pour un traité de paix h Montereau, au mois de mai,

31 4 DEUXIEME l'AUTIE.

eiilre les différents partis qui divisaient la France. Le duc Charles, qui voulait obtenir sa délivrance, se fit représenter a cette assemblée par « François de LTIospital, Guille Cousinot, Loys de Villiers, et Quicret. » Ils étaient chargés « de traiclier de la paix et union de ce royaume avecques les gens et officiers de la reine et du duc de Bourgogne fi). » Toutefois, l'opposition du comte d'Armagnac rendit inutiles les instructions données par le duc Charles. Jean-Sans-Peur, maître alisolu du gouvernement de l'Etat, y régnait en maître, et vint bientôt après h Paris, auprès du roi, qui lui fit un accueil favorable. Ce fut alors aussi que ce monarque cassa par lettres patentes tout ce qui avait été fait contre le docteur Petit, apologiste effronté du duc de Bourgogne et du meurtre du duc Louis d'Orléans; désavoua les ambassadeurs envoyés en son nom au concile de Constance, et tout ce qu'avaient fait le cardinal d'Ailli et le chancelier Gerson, Mais ce fut la le dernier triosnphe de Jean-Sans-Peur : la hache d'arme de Tannegui Du Chàtel vengea par un crime un forfait glorifie longtemps par la bouche impure d'un prêtre.

Malgré les procurations que le prince avait laissées en Fi-ance pour l'administration de ses domaines, il eut toujours soin de se faire rendre un compte exact de la manière dont son apanage était administré : c'est ce que prouve un document de l'année 4 417 (1448) (2), conservé aujourd'hui au Trésor des

(1) Collectionde Coiircelles, catalogue public en 1834, p. 46.

(2) Un autre document original, conservé à la Bibliothèque du roi,

CHARLES d'orléans. 515

Chartes du royaume. La plus scrupuleuse économie présidait donc aux dépenses du prince : et cette précaution prenait sa source dans la générosité habituelle du duc. Il réservait en effet, comme on \ientde le voir, toutes les économies qu'il pouvait réaliser pour payer la rançon de son frère le comte d'Angoulême, retenu aussi en Angleterre, mais comme otage seulement.

Le bâtard d'Orléans, après la mort de son frère le comte de Vertus, arrivée en 1420, gérait et défendait l'apanage et les biens d'Orléans. Le bâtard Jean était marié depuis 4422 a Marie Louvet, fille d'un président a la chambre des comptes

en renferme encore une preuve. Il a pour titre : « Les requcstes faictos à nous Charles duc d'Orléans et à nous apportées par Jehan Hardoin, nostre serviteur, en la ville de Londres, au mois d'avril l'an mil cccc trente sept après Pasques. »

On lit à la fln de cet acte : « Soit fait par l'avis de nostre conseil. Escript de nostre main. Charles. »

D'après un autre litre moins ancien, on voit avec quels soins les intérêts du prince étaient surveillés. C'est un « inventaire faist par le commandement du prévost d'Orléans, des biens escheuz et advenuz à mon dit seigneur le duc, par la mort et trespas de frère mestre Robert de Vauvendrin, prestre, doyen du Pont-au-de-Mer et chanoine de Bayeux ; lesquels ont esté trouvés en l'ostel Pierre Le Royer, à Orléans, à l'enseigne du Chaperon Roige, l'an mil cccc dix huit, le dimanche second jour d'octobre. »

Dans cet inventaire on remarque surtout les objets suivants : « Un bréviaire à l'usage d'Avranche, garni de fermoirs d'argent, vendu Lxvn sols parisis. Un petit mémoire de mors, abrégié, vendu viii deniers. Un petit livret appelé Journal à dire ses heures, vendu xlii sols parisis. Un petit. . . de drap violet ; n'a pas esté vendu parce que personne n'en vouloit. Un papier en latin touchant plusieurs choses, vendu vui deniers parisis. »

et aides de Provence, mais favori de Charles VIL Les enfants du duc d'Orléans, malgré les économies prescrites par leur père, n'en firent pas moins a. leur frère illégitime de très riches présents h cette occasion. L'acte suivant ne nous retrace que

l'un d'entre eux « Perinet Guibert, changeur et bourgeois

de Bourges, confesse avoir eu et reçu... la somme de dix escus d'or à la couronne, du coing de France, pour la vente et délivrance d'ung anel d'or garni d'un dyamant, prins et achepté de lui, ou mois d'avril derrenier passé, pour raadamoiselle Jehanne d'Orléans, fille de monseigneur le duc, pour donner en présant aux noces de monseigneur le Bastard d'Orléans, frère de mon dit seigneur le duc... le 28" jour de juing, l'an mil cccc vint et deux, d

Nous avons donné le texte de cet acte parce qu'il sert a déterminer exactement l'année du premier mariage de Jean, bâtard d'Orléans, que les historiens et les généalogistes ignoraient tous en leplaçant a l'année -1423. Un acte, quelquefois insignifiant pour le fond de son sujet, peut nous révéler des renseignements utiles a l'histoire, ou expliquer des faits d'un intérêt général. Ici ce fait nouveau n'est point d'une majeure importance, mais il indique avec certitude la date du mariage d'un homme illustre dans les annales du xv^ siècle.

Pendant l'année 4 422, Charles fut enfermé au château de Bolingbrok ; la garde de sa personne coûtait alors « vynt souldz le jour. » Ce fait nous est annoncé par des lettres-patentes du roi d'Angleterre, en date du 27 mai \ 422.

CHARLES D'oRLÉANS. 517

Le prince continua de faire venir de France toutes les provisions de corps et de bouche qui lui étaient nécessaires pour vivre selon son rang, et chaque fois un sauf-conduit devait être préalablement obtenu du roi d'Angleterre.

Des sommes considérables lui étaient aussi envoyées : mais on retardait par toutes sortes de difficultés les affaires du prince. Des conditions dures et humiliantes étaient imposées a ses ofBciers, et cependant leurs voyages avaient pour objet le rachat des otages, et quelque adoucissement à apporter à la cruelle détresse de leur maître.

Les ordres du prince prisonnier firent renouveler, pendant Tannée suivante (1425), les négociations relatives a la délivrance de ces otages. L'Angleterre leur imposait pour première condition de grands sacrifices pécuniaires. Le duc Charles n'hésita point a y souscrire, mais il en ordonna vainement la réalisation par les lettres-patentes dont voici le texte :

« Charles, duc d'Orliens, etc. A tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. Corne dès l'an mil quatre cens dix et sept, ou environ, nous eussions fait bailler en garde à Jacques Raponde, marchant de Luques et bourgeois de Paris, par noz chiers et bien amez variez de chambre Albertin de Voillefèves, orfèvre, et Jehan Le Mercier, certaine grant quantité de joyaulx d'or et de pierrerie, et par autres noz serviteurs lui eussions fait bailler paravant la some de douze mile moutons d'or, qui lors avoient cours ou royaume de France, desquelz douze mile moutons le dit Jacques nous ait depuis

rendu quatre mile moutons, et de présent n'en reète plus que huit mile ; lesquels joyaulx d'or et de pierrerie, et aussi les douze mile moutons , nous avions ordonné estre emploiez par les diz Albertin et Jehan Le Mercier ou fait de la délivrance denostre chier et très amé frère Jehan, conte d'Engolesme, et de messir Macé le Borgne, chevalier, Archambautde Villars, Guillaume le Coutellier, Jehan deSaveuses, et Jehan Dany, escuiers, noz serviteurs, qui dès Tan mil quatre cens et douze furent bailliez en hostage es mains de feu très hault et puissant prince, nostre très chier sire et cousin le duc de Clarence, que Dieupardoine, et d'autres seigneurs du païs d'Engleterre, pour certaine grantsome d'argent, corne puet apparoir par certain traictté lors fait en la ville de Busançois, entre feu nostre dit cousin le duc de Glarence et les diz autres seigneurs d'Engleterre d'une part, et feu nostre très chier seigneur et oncle monseigneur le duc du Berry, que Dieux absoille, nostre très chier et très amé cousin le duc de Bourbonnois, et nous d'autre part ; sur laquelle some et pour greigneur seurté du paiement d'icelle, furent adoncques baillez en gage, tant a nostre dit cousin de Glarence corne aus diz autres seigneurs d'Engleterre, certains joyaulx d'or et de pierrerie par feu nostre dit seigneur et oncle de Berry; et depuis aient esté faiz certains paiemenssur la dite some contenue ou dit traictté, par icelui nostre oncle et par nous, tant h nostre dit cousin de, Glarence, corne ausdiz autres seigneurs d'Engleterre, bi conic il puct apparoir par leurs letlirs cl rjuiltances

CHARLES d'oRLÉANS. 319

sur ce faictes ; et il soit ainsi que le dit Albertitiqui, par nostre ordonnance estoit aie ou dit paiz d'Engîeterre pour entendre au paiement de la dite some, soit aie de vie a trespassement, dès l'an mil quatre cens dix et huit ; pour le trespas duquel, et aussi pour les grans guerres qui ont esté ou dit royaume de France et autres affaires que nous avons euz, on n'a point procédé depuis ou fait de la dite délivrance de nostre dit frère, ne desdiz autres hostages : Savoir faisons que, Nous, désirans icelle délivrance de nostre dit frère et desdiz hostages estre faicte, avons présentement comis et ordonné, comettons et ordonnons par ces présentes, noz amez etféaulx secrétaire et varlet de chambre maistre Hugues Perrier et le dit Jehan le Mercier, etavecques eulx, Guillaume de Ler, orfèvre du païz d'Almaingne, k eulx entremettre et emplacer ou fait d'icelle délivrance, et leur avons donné et donnons par ces dites présentes, et aus deux d'iceulx, povoir, auctorité et mandement spécial de demander et recevoir, pour nous et en nostre nom, du dit Jacques Raponde ou de ses facteurs, tous lesdiz noz joyaulx d'or et de pierrerie qui par lesdiz Albertin et Jehan le Mercier lui furent pour nous bailliez en garde, come dit est, en les recevant par et selon l'inventoire qui pour lors en fut fait. Et aussi de recevoir les huit mile moutons restansa paier delà dite some de douze mile, qui, comme dessus est dit, lui fut bailliée en garde ; et de tout ce qu'ilz recevront lui baillier, ou a ses facteurs, ou commis, lettres de quittance bonnes et suffisans, soubzséel autentique, ou autrement, les-

quelles nous promettons ratifier et confermer toutes foiz que requis en serons. En oultre, leur avons donné et donnons, et aux deux diceulx , povoir et mandement spécial de convertir les diz joyaulx et moutonneaux en l'acquit et paiement du traiclté dessusdit, envers très haulte et puissante princesse nostre tréschière et très amée cousine la duchesse de Clarence, veuve de nostre dit cousin, et envers les autres seigneurs, marclians, et autres du païz d'Engleterre a qui ce puet toucliier, compéter et appartenir, et en la délivrance de nostre dit frère et desdiz autres hostagez noz serviteurs; pourveu, toutevoies, que nostre dit frère, lesdiz hostageset leurs serviteurs soient, en ce faisant, rèalment et défait délivrez et renduz ou royaume de France, en lieu sehur, hors du povoir du roy d'Engleterre et d'autres tenans son parti, et tout sanz aucune fraude, ou mal engin.

Avecques ce, leur avons donné et donnons, par ces mesmes présentes, et aus d'eux d'iceulx, povoir et auctorité de vendre et adenèrer, eschangier et engagier, se bon leur semble, les diz joyaulx ou aucuns d'iceulx, à une personne ou plusieurs, telz et ainsi que mieulx et plus profitablement pour nous ils verront estre a faire ; et pour lesquelles choses faire, les avons constituez et constituons noz procureurs et messages espéciaulx ; et généralement leiu- avons donné et donnons, et aus deux d'iceulx, povoir de faire et besoigner pour nous es choses dessus dites et chascune d'icelles, come nous mesmes ferions se présens y estions en nostre personne. Promeltans

CHARLES d'oRLÉANS. 521

en bonne foy, et soulz Tobligacion de tous noz biens, avoir ferme, estable et agréable tout ce que par les diz inaistres Hugues Perrier, Jehan le Mercier et Guillaume de Ler, ou par les deux d'iceulx, sera fait et besoigué es choses dessus dictes et chascune d'icelles, et en leurs dépeudences, toute fraude et mal engin escluz et mis hors.

« En tesmoing de ce nous avons fait mettre nostre séel à ces présentes. Donné au chastel de Boulimbrok, en Engleterre, le derrenier jour de may, l'an de grâce mil quatre cens vint et trois. »

Dès l'année \ 427, le bâtard J. d'Orléans avait traité avec les seigneurs anglais (I) pour obtenir que les terres de l'apanage du prince prisonnier fussent exemptes de la guerre. Le bâtard Jehan contribua aussi de tout son pouvoir, dans le mois d'octobre de cette même année, a faire lever le siège de Montargis, mis devant cette ville par les Anglais (2).

Le traité conclu pour l'apanage d'Orléans ne fut pas ratifié par le duc de Bedfort. Dès ce moment, Jehan ordonna tous les préparatifs nécessaires « pour chasser les Anglais em- « bastilles à Orléans (3) et entretint certain nombre de cheva- « liers, par ordre du duc d'Orléans, pour deffendre sa conté « de Blois et sa duchié d'Orléans. »

(1) Le traité est du 17 juillet 1427. Il en existe une copie dans la collection Gaignières.

(2) A ceUe occasion le bâtard d'Orléans reçut du roi 200 livres. Patentes du 22 octobre 1427.

(3J Acte du 24 mars 1428. {Idem.)

5i2^ DEUXIÈME PARTIE.

Ramené a Londres en l'année 1430, le duc Charles fut confié a la garde du chevalier Jean de Cornwaille, qui en fit l'entreprise au prix de trois cents marcs par an. Mais cette somme parut bientôt exorbitante au conseil d'Angleterre. On mit donc au rabais, par adjudication publique, la garde du prince français. Le comte de Suffolk offrit de s'en charger au plus bas prix, et elle lui fut adjugée moyennant « quatorze « sols et quatre deniers par jour. »

Mais le prince était alors en proie au plus profond chagrin ; le refus du gouvernement anglais d'entrer en négociation pour sa rançon avait plus particulièrement contribué a. abattre son courage. La poésie ne lui donnait plus de consolations ; son langage était enroellé ; sa santé s'altéra, et le bruit de sa mort se répandit en France. Bientôt une lueur d'espérance lui apparut ; sa délivrance devenait possible et prochaine.

La duchesse de Bourgogne, voulant réaliser une prédiction de Jeanne d'Arc, s'employait déjk activement pour obtenir, en l'année ^452, la liberté du prince français. L'espoir de la paix, auquel se rattachait la fin de sa captivité, inspira à ce prince une des plus jolies ballades de son recueil.

Toutefois les préliminaires de paix soulevèrent de grandes difficultés : la position des prisonniers était l' une des principales, et Charles, craignant de voir se rompre ces premières négociations, souscrivit h toutes les conditions qu'on lui imposa sans ménagement, pour obtenir ta permission d'aller travailler "a la paix de l'autre côté de la mer.

CHARLES d'ORLÉANS. 523

Un autre rapprochement très important s'opérait entre le roi de Fi-ance et le duc de Bourgogne, le redoutable adversaire des d'Orléans; il se réalisait dans le traité d'Arras, conclu en 1435. La chronique de Martial de Paris l'indique ainsi qu'il suit (fol. 86) :

En ce temps (1435) fut faitte assemblée En la ville et cité d'Arras, Où de gens avoit grant meslée Et des seigneurs de tous estaz.

Là fut fait, en ceste besongne.

Le traictié de paix et l'accord Du Roy et du duc de Bourgongne, Dont le peuple s'esjouyt fort.

Ou dit Arras, les Angloys furent Pour traictier, ad ce jour la prins; Mais accorder point ne voulurent, Ne ou dit traictié estre comprins.

Le feu Roy, pour la paix acquerre Et son peuple ung peu restorer.

Qui estoit tant oppressé de guerre, Que plus n'en povoit endurer,

Offrit aux Angloys Normendie, En perpétuel héritaige, Et de Guienne une partie.

Réservé seuUement l'ommaige.

Et leur requist qu'ilz délaissassent Paris et les autres fortresses.

Et que en leur pays vivre allassent Sans plus faire tant de rudesses.

L'offre ne vouldrent accepter, Ains de fier cueur la refusèrent Eulx venans de tout conquester, Et très malcontens s'en allèrent.

Mais par ung proverbe qu'on pose :

« Qui fuit raison, raison luy fuit, »

« L'iiorame propose, Dieu dispose. • « Tel chiet bien bas qui a eu grant bruit. »

Hélas ! pensons ycy au bien

Et à la débonnaireté

Du feu Roy, qui offroit du scien

Pour nous mettre en paix et seurté.

Cela n'est point à oublier, Ains procédoit de bon couraige j Par quoy chascun doit prier Dieu pour luy et pour son lignaige.

Ung peu après, par entreprise Que flst lors Charles des Marestz, La ville de Dieppe fut prise Où moult gaignèrent les Françoys.

Mains Angloys y avoient retraict Une partie de leur chevance ; Mais tout cela fut prins d'un traict Et en fist l'en chère à puissance.

Au moment du traité d'Arras, Charles était a Calais. C'est de ce moment aussi que date sa réconciliation avec le duc de Bourgogne. Tous ces faits historiques sont consignés dans les poésies du prince français. Mais les négociations n'eurent aucun résultat, et le prince rentra dans sa prison au mois de mars -1456. Le château de Wingfeld lui fut assigné pour sa résidence. De la garde des comtes de Suffolk, il passa dans celle du chevalier de Cobham (i).

Le mauvais état du trésor public d'Angleterre eut aussi sur

(l) Requête du chevalier Cobham ; Poésies de Charles d'Orléans, Introduction, page vin de notre édition.

CHARLES d'oRLÉANS. 325

le sort de Charles d'Orléans une influence favorable. Il rendit le conseil plus facile pour le traité de rançon , et inutile la sévère persistance de quelques-uns de ses membres. Charles, provisoirement libre de sa personne, mais non de sa parole, s'obligea à travailler a la paix générale et définitive. On a dit aussi que l'Angleterre espérait ainsi ranimer la querelle d'Orléans et de Bourgogne et rendre tout traité impossible. Il en fut autrement ; Charles d'Orléans nous en révèle toutes les circonstances dans ses poésies.

Le 2 avril 1437, il autorisa, par lettres expresses, le bâtard d'Orléans, son frère, à aliéner une partie de ses domaines jusqu'à la somme de quarante-deux mille écus.

Ces lettres sont datées de Londres, leur texte sera en même temps un curieux modèle des actes de vente et des garanties stipulées en faveur des acquéreurs de domaines seigneuriaux au XV® siècle.

Œ Charles, duc d'Orléans, etc. A tous ceulx qui ces présentes lettres verront salut. Comme pour le fait de prouchaine alée ou royaulme de France, pour besoigner et nous employer au fait de la paix des deux royaulmes de France et d'Engleterre, comme aussi pour le fait de nostre délivrance nous soit besoing et nécessité recouvrer et assembler présentement grans finances, laquelle chose si présentement ne pouvons faire sans de noz seigneuries, contez, baronnies, villes, chasteaulx et chastellenies les aucunes vendre tout oullrement, et les aultres engaiger, et soubz titre de gaige a rachat a cer-

tain temps bailler ei délivrer : car le bien de la paix, pour la resçource du peuple chrestien et pour eschever l'effusion du sang humain , et aussi la délivrance et retour en liberté de nostre personne, nous sont a préférer a tous biens, terres et seigneuries temporelles; ne en ce monde n'a point de plus grant bien que sont paix et liberté; pour lesquelles choses obtenir ne voulons rien espargner ; savoir faisons, que, Nous, désirans sur touts riens l'accomplissement et perpétration des choses dessus dictes en honneur et révérance de nostre seigneur, pour le bien et utilité de la chose publique ; considérans le fruit et grant bien que par le moyen de paix puet venir à tout le peuple, et aussi pour trouver manière de nous délivrer de la captivité où nous sommes ; nous, bien délibérez et conseillez, et de nostre certaine science, avons délibéré, conclud et ordonné, délibérons, concluons et ordonnons, par ces présentes, vendre oultrement et k tousjours, ou engaiger à temps et termes, à unes personnes ou plusieurs, nos terres, seigneuries, villes, chasteaulx et forteresses, et autres rentes et revenues quelconques, où qu'elles soient assises et situées, (exceptées seulement nostre cité et chastellenie d'Orléans, et nostre conté, ville, chastellenie de Blois), jusques k la somme de quarante-deux mil escuz ou saluz d'or. Et pour ce que ne pouvons lesdictes vendicions ou engaigements faire en personne, et que par procureur nous convient faire faire, nous, confianz a plain des sens, loyautez et prodomyes de nostre amé et féal frère, messire Jehan Bastard d'Orléans, conte de Ver-

CHARLES 1) ORLÉANS. 0"! l

tuz et grant chambellan de France, et aussi de nos amez et féaulx conseillers Hue de Saint-Mars, messire Jehan de Reffuge, docteur en lois, maistre Jehan Le Fuseiller et maistre Hugues Perrier, iceulx avons aujourd'hui commis, ordonnez et establiz, et par la teneur de ces présentes, commettons, ordonnons et estabUssons, les trois ou les deux d'iceulx avec nostre dit frère, nos procureurs généraulx et certains messagiers espéciaulx. Ausquelz ensemblement, ou aux trois, ou les deux d'eulx avec nostre dit frère, comme dit est, nous avons donné et donnons par ces présentes, plain povoir, auclorité et mandement espécial de nosdictes terres, seigneuries, villes, chasteaulx , forteresses et autres rentes et revenues, les dessus dictes exceptées, vendre oultrement et a tousjours, ou engaiger à certain temps et termes, pour et jusques a la dicte somme de quarante deux mil escus ou saluz d'or et audessoubz, a telle personne comme bon leur semblera, tout ensemble ou par parties, et chascune partie pour tel prix qu'ilz verront estre à faire, pour en jouir par les acheteurs des choses vendues oultrement et k toujours, comme de leur propre chose, et des deniers qui en ysteront recevoir, en donner et passer lettres de quictance, une ou plusieurs; de nous dessaisir et desvestir desdictes terres ainsi par eulx vendues, et en vestir et saisir les acheteurs ; et aussi de la foy et hommaige en quoy nous sommes, par foy, respit, souffrance ou autrement , envers les seigneurs de qui lesdicles choses ainsi vendues sont et pevent estre tenues au regard des choses qui

seront vendues oultrement et à toiisjours, et requérir a iceulx seigneurs qu'ils en veuillent recevoir en foy iceulx acheteurs ; de promettre ou nom de nous et pour nous k garantir les choses dessus dictes ainsi vendues ou engaigées, comme dit est, envers tous, contre tous et en tous lieux, aux us et aux cousturaes du païs, et selon droit en jugement, et de promettre paier tous cousis et dommaiges que lesdiz acheteurs auroient ou pourroient avoir par deffaut de loyal garantie, et ad ce obligier nous, noz hoirs, noz biens meubles et immeubles, présens et advenirs. Et généralment de autant faire en tout ce que dessus, comme nous-mesmes ferions et faire pourrions se présent y estions en personne ; jasoit ce que la chose requerit mandement plus espécial promettans en bonne foy et soubz l'obligation de tous noz biens quelqonques, présens et avenir, avoir ferme, aggréable, rattilîer, garentir et aprouver lesdictes ventes ou engaigement par la manière que dit est, et la réception de la finance qui en sera receue par les dessusdiz, tout ainsi comme se nous mesmes l'avions fait ; et iceulx acheteurs, laisser jouir et user de fruiz, droiz et revenues d'icelles noz dictes terres, et y mettre gens de par eulx pour la garde des places et pour en recevoir les revenues, tant et si lonquement qu'ilz les tiendront en leur main. Lesquelles places, terres et seigneuries, par noz diz procureurs engaigées, ils seront tenuz de nous rendre et restituer en leur rendant la somme, ou sommes, qu'ilz en auront baillées, selon l'appointement et temps qui sera prins avec eulx par noz diz procu-

CHARLES d'oRLÉANS. 329

reiirs ; et de ce faire nous baillerons leurs lettres ; promettons, en oultre, en bonne foy et soubz l'obligacion de nozdiz biens, de bailler nos lettres-patentes de ratifficacion des choses dessus dictes quand requis en serons, toute fraude, mal engin et décepcion exclus et mis liors.

« En tesmoing de ce nous avons fait mettre nostre séel h ces présentes. Donné a Londres, en Engleterre, le second jour d'avril , l'an de grâce mil cccc trente et sept, après Pasques. »

C'est sans doute par allusion a cet espoir d'une prochaine liberté que le prince data du 4^'" novembre 1457 une des pièces de ses poésies, qui a pour titre : Quittance du Dieu d'Jmour, qui lui rend son cœur « pour en faire ce qu'il voudra. »

Au mois de juillet i 458, le duc d'Orléans était de nouveau à Calais. Il s'y était rendu pour essayer encore une fois d'obtenir la paix. Le duc de Bretagne, le duc de Bourgogne et le Bâtard d'Orléans y vinrent aussi et signèrent avec les ambassadeurs anglais les premières bases d'un traité.

Charles d'Orléans entrevit enfin le moment de sa délivrance : dès lors il s'occupa d'assembler la somme qu'il prévoyait être nécessaire k sa rançon ('l). Pour y parvenir plus

(1) L'acte qui suit nous a conservé la forme employée dans les lettrespatentes rendues au nom de Cliarles d'Orléans par son conseil, et datées de France, pendant qu'il était encore prisonnier en Angleterre; il nous montre aussi que plus d'une fois le prince avait engagé ses diamants

facilement, il écrivit aux gens d'église de son duché de l'aider par des subsides en argent, et il retint aussi, a litre de prêt, un an de gages k toutes les personnes qui en recevaient sur ses domaines. Voici ces deux documents :

CÉDULE TOUCHANT LES GENS d'ÉGLISE,

<r De par le duc d'Orléans, « Noslre amé et féal chancellier, oué vous noslre amé et féal conseillier et garde de nos seaulx, maistre Pierre Sau-

pour pourvoir à ses affaires ; enfin, il constate encore le peu de sûreté qu'il y avait à voyager, en 1436, sur la roule de Blois.

«Charles, ducd'OrléanSj etc., comme naguères, après le recouvrement fait par nostre amé et féal conseillier et chambellan, Hue de Saint-Marcs, de certains joyaulx de pierreries qui estoient de piéça de par nous en gaige, ou gardé es mains de certains Lomhars, en Avignon, nostre dit conseillier en faisant iceulx apporter en nostre ville de Blois, les eust laissier à Vaton, pour double d'estre destroussé et prins par certains gens de guerre estans lors sur le chemin et environ la dite ville de Blois, pour lesquelz retraire et faire seurement venir et apporter, nostre amé et féal maistre Jehan le Fuzelier, général conseillier par nous ordonné sur le fait et gouvernement de toutes nos finances, eust envoyé au dit lieu de Vaton certains archiers de la compaignie de noslre amé et féal frère messire Jehan, Bastard d'Orléans, qui yceulx ont apportez et délivrez au dit lieu de Blois, es mains des gens de nostre conseil, auxquelz archiers leurs peines, despenses et salères nostre dit général conseiller a paie et délivré du sien la somme de sept saluz d'or. Nous voulons et nous mandons que la dite somme vous payez, etc. Donné au dit lieu de Blois, le penultiesme jour d'octobre, l'an de grâce mil cccc trente et six.

0 Par monseigneur le duc à la relacion du conseil auquel mon dit seigneur le Bastard d'Orléans pour garde des sceaux, messire Jehan de Refuge, Hue de Saint-Mars, Jehan de Saveuses, le dit maistre Jehan Je Fuzelier, maistre Hugues Perrier et Jehan Lemercier et autres estoient.

« POUURET. »

CHARLES d'oRLÉANS. 331

vage, nous voulons et vous mandons que, par l'un de nos secrétaires fêtes faire, en bonne et convenable forme et substance , et signer lettres-patentes de par nous aux gens d'église de nos duchés d'Orléans et conté de Blois et de Dunoys, du contenu que cy après sensuit, et que, en l'acomplissement de ce que par nos dictes lettres requérons présentement, soit fait par vous tous de nostre conseil, et chascun de vous, si grant et bonne diligence, par bonnes et doulces manières, que il s'en sortisse plaiu et bon effect, ainsy que féablement nous y attendons, et ce que issy en sera nous fêtes savoir le plus brief que pourrez :

« Charles, duc d'Orléans, etc. A nos très chiers et bien amez les gens d'église de nostre duché d'Orléans, salut et dilcction : come nos amez et féaulx gens de nostre conseil et autres noz officiers et serviteurs nous aiant plusieurs foiz fait savoir le bon vouloir que vous tous et chascun de vous portez a nous et à tout nostre fait et seigneurie, et come avez esté tousjours prompts k nous aider et faire prest du vostre, quand d'aucunement de nostre part en avez esté requis, ce que jamais ne devons ne voulons oblier ; nous de tout ce vous remercions de bon cueur, et de toute la bonne voulenié que avez à nous, par laquelle vous devons par raison, et voulons touz avoir plus en faveur et espécial recommandacion. Et pour ce, très chiers et bien amez, que sommes en disposicion come pensons que avez peu sentir, et en bon espoir d'estre brief en France, en entencion de nous emhe-

soigner et travailler au bien de la paix des deux royaumes, du gré et plaisir des deux roys, laquelle paix desirons sur toutes riens, pour le bien et ressource de sainte Eglise et de toute chrestienté, union et bon accord desditz seigneurs et de leurs dilz royaumes, et en faveur de toute la chose publique, par laquelle bonne paix faisant se pourra enfin, come espérons en Dieu, nostre total délivrance : auquel voyage, nous sera nécessité moult grandement frayer et despendre, et ne voulans pour si grant bien riens espargner, personne, ne chevance , ne mesmement de requérir a ceste cause nos bienveillans et amis de leur bon aide et concort en ce qu'il leur sera possible ; vous prions et requérons que, pour considéracion de la dite paix et en affeccion de nostre dite totalle délivrance, vous et chascun de vous nous vueillez présentement secourir et aider en prest de tout ce qu'il vous pourra estre deu, à cause de vos bénéfices, sur les receveurs de nostre domaine, pour Tannée prochain venant et comançant à la Saint Jehan Baptiste, tant de ce que prenez en grains comme en argent; et que dudit bon service et plaisir, quelque souffreté ou mésaise que en ayez, ne nous vueillez faillir : et Dieu douant, nous recongnoistrons tout le plaisir et amour que nous avez fait et ferez , et de ce que chascun de vous nous aura preste, tant du temps passé come présentement, vous ferons faire bonne restitution et entier paiement. Laquelle chose vous certiffions , par ces présentes, au vidimusdes quelles, fiiitsoubz scel autentique, nous

CHARLES d'oRLÉANS. 533

voulons plaine foy eslre adjousté corne a ce présent original.

« Donné à Londres, en Angleterre, soiibz nostre seing

manuel et signet de noz armes, lexvj^jour de juillet, l'an

mil cccc trente et huit.

« Charles. »

« Charles, duc d'Orléans, etc. A nos amez et féaulx chancellier , conseillers, officiers, serviteurs et tous autres quelsconques prenans gaiges ou pensions de nous, en quelques noz terres et pays que soient salut et dilection. Vous avez peu sentir la disposicion de nostre allée en France pour nous embesoigner au bien de la paix des deux royaumes, par le moien de laquelle pourra en suir, au plaisir de Dieu, nostre totalle délivrance, ce que souverainement devez désirer et vouloir corne tenons que faciez. Si povez et devez savoir, que, à ceste cause et pour nostre venue et demeure par delà, nous conviendra faire de moult grans frais et despenses, sur lesquelles nous est besoing pourveoir, sans plus délayer, par toutes manières possibles. Pour laquelle chose, nous vous requérons instament que des gaiges et pensions que chascun de vous prant sur nous, à cause de voz services, vous départiez de lever une année entière, et celle nous laissiez en prest, comançant au jour de Saint Jehan Baptiste procheine venant et finissant au dit jour l'an révolu. Et combien que par aventure ce faire présentement vous pourra estre aucunement grief, nous pour tant avons espérance en Dieu que tout vous tournera à granljoys, consolacion et prouflit. Et est nostre

vouloir et intencion que du dit prest, et de ce que autreffoiz

a esté levé et pris de vos ditz gaiges ou pensions pour nous

et noz affaires, chascun de vous soit entièrement restitué, et

de vous en bien récompenser en manière que vous n'aurez

cause de vous en douloir.

« Donné a Londres, en Angleterre, soubz nostre sceing

manuel et signet de noz armes, le xvj* jour de juillet, l'an

mil cccc trente et huit.

« Charles. »

Le prince attendit encore deux années, et l'espoir inspirait sa muse qui chantait d'avance le beau soleil de France. Enfin, les pleins pouvoirs des ambassadeurs d'Angleterre, afin de traiter avec ceux du roi de France, furent signés a Londres le 21 mai ^459. Des instructions générales très détaillées furent remises au sujet du duc Charles.

Dès le mois de juin Charles d'Orléans était k Calais, disposant par toutes sortes d'efforts les seigneurs français a la paix. Il acheta de nombreux bijoux, des vins réputés pour les offrir en présent aux négociateurs.

Un document du temps donne l'énumération de quelquesunes des dépenses que fit le duc Charles au moment de son départ de Londres, ou dès qu'il fut arrivé en France. Quelques passages suffiront ici a notre but ; ils indiquent en même temps les lieux habités par le prince pendant les négociations de sa délivrance.

« A Monseigneur la somme de xl escuz d'or, la quelle son

CHARLES d'oRLEANS. 335

trésorier Iiiy a baillée content a Calaiz pour faire son plaisir, es nioys de juing mil ccccxxxix.

« A luy, la somme de xiiii'' x saluz d'or, la quelle ledit trésorier lui a délivrée en la ville de Calaiz, en moys de juillet mil ccccxxxix, pour convertir en ses affaires.

« A luy, la somme de ii"* escuz d'or, h lui délivrée au royaume d'Angleterre, des deniers à lui octroiéz par les habitans et villes de ses pais, en moys de may mil ccccxl.

a A luy la somme de xliiii escuz d'or, à luy envoie par Jehan Hardoyn, son secrétaire, à luy baillée en moys d'aoust mil ccccxxxix, en la ville de Saint-Omer, pour porter devers monseigneur (I).

« A luy, la somme de n*' escuz d'or, k lui délivrée en

royaume d'Angleterre, pour convertir en ses affaires et en son eslargissement, en moys d'octobre mil ccccxl.

« A luy, la somme de nn'^viii saluz convertiz en l'achat de viii queues de vin, farines et avoine, pour la venue de monseigneur, à la descendue d'Angleterre (2). >

(1) Extrait d'un document conservé aux Archives du royaume (Trésor des chartes), et dont suit le titre : « S'ensuivent les deniers délivrez et envoyez à monseigneur le duc d'Orléans, au pays de Angleterre, durant le temps qu'il a esté prisonnier au dit pays jusques à sa délivrance, comme appert par les comptes de ses trésoriers et prins en despence sur iceulx. »

(2) Au mois de juillet de l'année 1439, le duc Charles avait rédigé un projet de traité de paix ; il était trop favorable à sa patrie pour qu'il pût être accepté par l'Angleterre ; il n'en fut pas moins soumis aux délibérations des ambassadeurs des deux couronnes. Ce projet de traité, dont la rédaction décèle tout à fait la plume habile de Charles d'Orléans, a été

Enfin, la rançon fut fixée k la somme énorme de cent vingt raille écus d'or. Le dauphin, un grand nombre de seigneurs du royaume de France, et parmi eux les plus qualifiés se portèrent garants du payement de celte somme.

Rien n'égala la joie que ressentit le prince français en touchant le sol de sa patrie, qu'il n'avait pas foulé librement depuis vingt-cinq ans. La duchesse de Bourgogne était venue le recevoir h Gravelines : peu après le duc y arriva avec toute sa cour. Les deux princes s'embrassèrent a plusieurs reprises. De Gravelines on se rendit a Saint-Oraer. La ville célébra par des fptes le retour du duc d'Orléans, et lui offrit des présents. De tous les pays d'alentour les seigneurs venaient le voir, c'était une véritable fête publique dans le roj-aume.

Les fiançailles du duc d'Orléans, en troisièmes noces, avec Marie de Clèves, nièce du duc de Bourgogne, furent célébrées le 6 novembre 4440, et consacrèrent toutes les amitiés nouvelles. Une pompe inaccoutumée fut déployée. Le duc de Bourgogne tint, le 1 7 novembre, un chapitre extraordinaire de son ordre de la Toison-d'Or pour y recevoir le duc d'Orléans. Le prince français demanda alors a son beau-cousin de Bourgogne de vouloir bien porter aussi le collier de sou ordre du Porc-Epic.

Après dix jours passés dans de très grands divertissements,

publié dans le tome 11^ des Mélanges de documents historiques, p. 38, publiés par M. Champollion-Figeac. (Collection du ministère de l'insUuction publique.)

CHARLES d'oRLÉANS. Ô37

« le duc de Bourgogne s'en alla h Gand. Ce fut là qu'il se sépara du duc et de la duchesse d'Orléans. Il arriva a Paris le M janvier, et n'y fut pas moins bien reçu que dans les autres \illes. »

« Mais les grandes acclamations et le grand appareil de maison déployé par le duc d'Orléans ne plut point au roi. Il lui fit dire alors qu'il le recevrait volontiers, seul ou avec peu de serviteurs, mais non point en si nombreux cortège. Leduc d'Orléans, mal satisfait de cette réponse, se retira immédiatement dans sa seigneurie d'Ojléans. De la il fut habiter son château de Blois. »

C'est de ce château que le prince-poëte data la première pièce de vers qu'il composa après sa déhvrance(l).

(1) Ballade CIV. (Voyez noire édition de ces poésies, page 191 et le rondeau de la page 192. Nous donnerons aussi dans la 3« partie de cet ouvrage, a\ec l'explicalion des planches, le texte des instructions rédigées par le duc Charles d'Orléans, pendant sa captivité, au sujet de son comté d'Asti.

Page 1