VIE LITTÉRAIRE DE CHARLES D'ORLÊANS
Nouveaux préparatifs de guerre contre le Milanais. — Le prince reçoit l'ordre du roi de les suspendre. — ■ Il se retire dans son apanage. —» Poésies qu'il y compose. — Cours d'amour. — Ballades qui leur étaient destinées. — Ménestrels. — Joueurs d'instruments. — Enlumineurs aux gages du prince. — Poètes. — Folles. — Naines. — Voyage à Lyon. — Jeux et divertissements. — Dépenses. — Achats considérables de vin.
Ce qui se passait en Italie préoccupait non moins vivement le duc d'Orléans. Philippe-Marie Visconti était fort malade; il ne laissait qu'une fille illégitime mariée à un habile conducteur de gens d'armes, François Sforce, et le duc d'Orléans était fils de Valentine de Milan, sœur du duc malade, qui mourut en 4447. Charles se préparait donc à défendre ses droits en Italie contre de puissants compétiteurs de ce riche héritage, et il obtint de son cousin de Bourgogne aide et assistance pour l'exécution de ce dessein. L'armée française d'Italie se rassembla dans la Bourgogne. Le duc d'Orléans se rendit auprès du duc, son cousin, avec Marie de Clèves, sa femme, nièce de Bourgogne. Le roi des Romains promit aussi son concours, par lettres données le 42 juin de la neuvième année de son règne.
Pendant le cours de \ 448, le duc d'Orléans alla de nouveau à Amiens, auprès du duc de Bourgogne, afin de hâter les préparatifs de son expédition ; mais il reçut Tordre du roi de la suspendre:
Néanmoins, Charles d'Orléans se rendit pendant cette même année a Asti. Cette ville et tout le comté avaient été conservés en l'obéissance du prince par son fidèle gouverneur Louis de Moiujoye, issu d'une maison illustre d'Alsace.
Confiant dans sa fidéUté, le prince revint en France au mois d'avril 4449, et se retira dans son château de Blois. Sa vie fut dès ce moment toute poétique et toute joyeuse. Les ménestrels, les jongleurs, les poètes, les libraires et les livres absorbèrent son existence.
JXous avons indiqué plus haut les sujets et les idées qui dominent dans la première époque des poésies du duc d'Orléans, comprenant son enfance, sa jeunesse et les premiers temps de sa captivité. Ajoutons que dans les ouvrages qui appartiennent à la seconde époque, laquelle s'étend jusqu'au moment de la délivrance du prince, une idée unique et chagrine prédomine et semble colorer toutes les autres : le poète s'est départi d'avec le diert d'amour; les infirmités l'atteignent, la maladie l'afflige. Il invoque la paix a grands cris. Elle lui rend la liberté, et le so' de la patrie semble donner à sa muse une vie nouvelle, rendre à son imagination sa grâce première et son naturel enjouement.
A celte époque de sa vie, touchant à sa cinquantième
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année, Charles d'Orléans avait a jamais renoncé h ses entreprises politiques pour se vouer entièrement h la poésie, aux arts, à tous les charmes d'une vie paisible, embelli par l'étude. Il avait attiré d'Italie plusieurs personnes de savoir et d'érudition, qu'il avait distinguées parmi ses sujets du comté d'Asti. Le plus éminent fut Antoine Astesan, Lombard d'origine, homme savant dans la littérature ancienne, et que le prince s'attacha en qualité de secrétaire. Tranquille et heureux dans son apanage, le duc d'Orléans rapprocha de sa personne ses officiers les plus recommandables par leur esprit, leur instruction, et qui, a son exemple, se livraient a la poésie. Ony vit figurer honorablement Boucicaut, Gilles des Ourmes, Guyot Pot, Philippe de Boulainvilliers, Jean et Simon Caillau, Guillaume et JeanCadier, Benoît d'Amiens, Tignonville, Vaillant, Villebresme, Frédet, Garencières et plusieurs autres trouvères. La cour de Charles, à Blois, fut ainsi composée de beaux esprits qui se livraient, sous la direction éclairée de leur maître, aux délassements de la poésie. Ce goût était partagé même par la compagne de Charles d'Orléans , Marie de Clèves, nièce des ducs de Bourgogne. Le prince appelait les poètes, les ménestrels renommés, et il leur faisait fête. Des luttes d'esprit et de beau langage étaient les seules permises : le domaine de la poésie en était le champ clos. C'était un tournoi de civilisation et de bon goût, où l'on joutait a bien dire, et a gracieusement raconter les peines de l'âme, les plaisirs de la vie, les charmes et les bonnes grâces des dames. Le
roi de Sicile (I), le duc de Nevers, les comtes d^Alençon et d'Élampes, vinrent s'exercer aussi dans ces combats tout littéraires.
La paix publique favorisait les penchants naturels du duc Charles, a Blois. Ses familiers étaient ses seuls adversaires poétiques, et combien ne dut pas ajouter de charme a ces rivalités intestines, mais pacifiques, la part que la duchesse d'Orléans venait prendre, non sans quelques avantages, à ces combats? Dans les écrits de cette princesse, on voit poindre de toute part cette douce mélancolie et cette tristesse résignée qui distinguent les compositions du prince, et qui nous révèlent dans le goût et l'esprit des deux époux une conformité
(1) Le mot Sicile, en parlant de son roi, est quelquefois écrit dans les manuscrits par un G. Le savant abbé de la Rue (Essais historiques, etc., tome III, p. 329), ayant remarqué ce nom dans un recueil des poésies de Charles d'Orléans (manuscrits de Londres), a cru y reconnaître celui d'une dame Cécile, qui, à l'imitation de Clotilde de Surville, non moins apocryphe peut-être, aurait eu des rapports littéraires avec le duc Charles d'Orléans.
Nous devons dire aussi qu'on voit par ces mêmes Essais sur les Bardes (tome 111, p. 33G) , que l'abbé de la Rue, avant tout autre critique, a connu et désigné le Livre des Cent Ballades de Boucicaut, et indiqué même le manuscrit de la Bibliothèque du roi, n° 7999, comme contenant cet ouvrage composé par le maréchal et par Jean de Saint-Pierre, dit Jean d'O, Philippe d'Artois et Creseques.
Ce que nous avons dit du Livre des Cent Ballades (ci-dessus, p. 131 , 132, 133, et p. qq), doit être rectiflé par le contenu de la présente note ; ajoutons que le sentiment de l'abbé de la Rue sur la nature du Livre des Cent Ballades confirme les motifs qui nous l'ont fait qualifier de Jeu-Parti. Il y a encore de commun entre l'abbé de la Rue et moi, l'erreur qui nous a fait attribuer à Charles d'Orléans la ballade en réponse au maréchal, laquelle a réellement pour auteur Louis d'Orléans.
d'humeur bien propre a resserrer les nœuds qui les unissaient.
Ici s'ouvre la troisième époque des poésies de Charles d'Orléans. Les cours d'amours, institution chevaleresque , galante et littéraire tout a la fois , étaient alors fort en honneur, et leurs décisions partout respectées. Le duc d'Orléans ne paraît pas avoir composé de ballades destinées a cette sorte de concours, si ce n'est pour ceux qu'il présidait dans son château ; quelques endroits de ses poésies font cependant allusion aux grades conférés aux officiers de ces brillantes corporations : aux baillis d'amoureux Espoir, aux foju'riers d'Amour, aux poursuivants d'Amour, aux hérauts pour juger des amoureux tours, même aux derniers des gradués en ces cours joyeuses, les amoureux de l'observance. C'est aussi à cette institution des cours d'amour que se rattache la célébration annuelle du jour Saint-Valentin, où chacun devait choisir son pair. Charles d'Orléans consacre presque tous les ans a cette pieuse commémoration une ballade, une chanson ou un rondeau; le souvenir de Valentine, sa mère, bien plus que l'usage déjà consacré, explique l'attention du prince a faire de ce même jour celui d'une fête pour les amoureux.
Dans cette troisième époque de ses poésies, Charles d'Orléans ne fait plus d'allusion qu'k sa retraite du service des dames, déclarant très haut qu'il sera désormais insensible a toutes les séductions ; et après avoir raconté toutes les cotelles jolies mises en usage par mesdames Beaulté, pour arriver a le soumettre, il les défie par ce hardi manifeste ;
« Encore ne m'avez-vous mie, « Encore ne m'avez-vous pas. »
Il ajoutait :
Car trop ay congneu main et soir Les fauix tours dont estes garnie.
Vous savez bien que me suis csloingnié, Dès longtemps a, d'amoureuse vaillance Ou j'estoye moult fort embesoigné Quant m'aviez en vostre gouvernance.
Or, en suis hors, Dieu me doint la puissance De me garder que n'y rentre jamais !
Car quant congneu j'ay les amoureux fais, Retrait me suis de vie si péneuse Comme lassé de la guerre amoureuse (1).
Depuis le moment où Louis d'Orléans et Eustache Des Champs composèrent des ballades, jusqu'aux années contemporaines de cette troisième époque des œuvres du duc Charles, les règles de la poésie légère n'avaient pas été changées ; les principes de l'art étaient les mêmes. Pour cette raison, les moyens de critique propres a déterminer les caractères distinctifs des compositions de Charles d'Orléans et de les discerner dans les manuscrits où elles sont mêlées et privées du nom de leur auteur, conservent ici leur valeur réelle ; et comme durant le xiv*^ siècle, Venvoy des ballades au milieu du xv*^ nous paraît être aussi une véritable dédicace, lui hommage de l'auteur a un personnage de son choix. Si donc cet envoy adressé h un prince qu'on invoque se trouvait au bas de qnel-
(1) Ballade CX do notre édition, page i99.
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cjiies pièces de poésies insérées dans les manuscrits qui contiennent celles de Charles d'Orléans, nous ne croyons pas que ces pièces avec cet envoy et l'invocation de prince soient l'ouvrage de Charles d'Orléans. Nous avons exposé cette opinion dans notre édition du recueil de ses poésies, et nous avons tâché de la justifier par divers exemples très significatifs. Elle a trouvé néanmoins des contradicteurs qui ont vu dans celte définition nouvelle d'un procédé littéraire généralement en usage dans le xiv" et le xv" siècle, la source d'un trouble universel jeté dans l'histoire de la poésie de ce dernier siècle. On a argumenté contre cette définition, de quelques citations prises dans deux auteurs de la même époque : d'abord de Henry de Croye, dont l'ouvrage a été imprimé k Paris en 4495, sous ce titre : « L'art et science de rétorique pour faire rignies et ballades, » et dans lequel il est dit que « ballade doit avoir refrain, trois couplets et renvoy de prince ; » or, il nous semble que le précepte^de Henri de Croye est en opposition formelle avec les exemples, avec le texte même des poésies de Charles d'Orléans, car sur 424 ballades qui appartiennent incontestablement à ce poëte, il ne s'en trouve pas une seule parmi celles qui ont des envoys, qui porte l'invocation de prince. On la retrouve au contraire avec quelques ballades, au nombre de JO'a 42 au plus, que l'on peut croire ne pas avoir été composées par le prince, mais plutôt lui avoir été simplement adressées.
La seconde objection contre notre sentiment est tirée des
œuvres de François Villon, élève dégénéré de l'école du duc Charles. Mais, dans les œuvres de ce poète on trouve encore une infinité d'exemples et d'éléments contraires a cette objection même, qui veut que Venvoy des ballades au prince ne soit qu'une fiction de poêle ou une formule de convention : par exemple, dans la ballade que Villon adressa a Isabelle, duchesse de Bourgogne, sa protectrice , a l'occasion de la naissance d'une fille qu'elle venait de mettre au monde , Venvoy est bien une dédicace, comme nous l'avons dit, car l'invocation consiste dans le mot princesse, et le poète rappelle dans cet envoy la protection que la duchesse de Bourgogne a bien voulu lui accorder : « Sans vous, dit-il, je ne feusse rien. » (Edit. Prompsault, p. 477). 2" Dans une autre ballade du même poète qui est une requête au duc de Bourgogne, Venvoy est bien encore une dédicace a ce duc lui-même, et l'auteur l'a exprimée de la manière la plus positive en ce qu'il s'adressait au « prince du lys ; » (Edit. Prompsault, p. 521). 3** Si Venvoy n'était pas une dédicace, pourquoi Villon n'aurait-il pas aussi employé la formule de convention lorsqu'il adresse une ballade aux filles de joie, et Venvoy porte en effet : Filles veuilles, etc. (Edit. Prompsault, p. -145.) Il en est de même de la ballade des problèmes dans laquelle dame Fortune moralise Villon, et l'on trouve alors un envoy à Villon luimême en ces termes : a Povre Françoys, escoutef etc. » (Edit. Prompsault, p. 540.). Deux autres ballades encore, celle Des Seigneurs du temps jadis (Edit. Prompsault ,
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p. 155), OÙ Villon dit : Princes à mort sont destinez — comme les plus pauvres vivans, et celle Des Dames du temps jadis (Edit. Prompsaull, p. ^28), sont encore le même cas. Ajou- , tons maintenant que les ballades (même édition), p. loi, 170, 221, 228, 248, 518, 534, ne portent pas dans leur cnvoy la prétendue formule de ccïnvention, et qu'ici encore l'objection est en défaut.
Les poésies de François Villon sont donc elles-mêmes favorables h notre opinion sur la définition de Venvoy des ballades et autres pièces du même genre composées dans les xiv" et xv^ siècles, et ne secondent en aucune manière les objections qu'on a tenté d'élever contre elle. Ajoutons que Villon, comme son devancier Eustache Des Champs, dans Venvoy des ballades destinées h des cours d'amour, n'invoquait que le prince d'amour {\).
Nous pensons, d'après ces faits, devoir attendre de plus
(1) Rappelons par occasion qu'une date qu'on a fixée sans hési talion à l'année 1417 ou 1418, comme si elle n'était pas une simple déduction par conjecture tirée de la ballade de Charles d'Orléans qui porte le n° Lvni dans notre édition (p. 112), est opposée à une autre de nos opinions relative au personnage qui inspira au prince les pièces que nous avons dit appartenir à la première époque de ses ouvrages. Mais on n'a pas fait attention que dans Venvoy de cette même ballade lvui, Guillaume Cadier est foi'mellement nommé, et que le prince lui recommande ses commissions pour la France : or, le sauf-conduit qui fut délivré par le roi d'Angleterre à ce même Guillaume Cadier, et qui est imprimé dans le Recueil de Rjraer, est formellement daté de l'année 1416. Ceci est un peu plus sûr que la date conjecturale de 1417 ou 1418, et il est évident qu'on ne peut rien conclure de ces dates supposées.
solides objections avant de renoncer a notre définition de Venvoy qui termine les pièces de vers français composées dans le XIV® et le xv" siècle.
Nous persistons de même a attribuer à Charles d'Orléans «les pièces dont on a voulu faire honneur a sa maîtresse (d'ailleurs parfaitement inconnue), et parce qu'mie de ces pièces commence par ce vers :
Au besoin congnoit-on l'amy.
Un homme, auteur de cette pièce, dit-on, ne pouvait se dispenser de dire Vamie ; mais un proverbe, un adage est h l'usage des deux sexes, et celui qui est exprimé en ce vers est de toute antiquité. Avec un semblable moyen de critique, il faudrait ravir a Christine de Pisan, qui fait parler une amie et non pas un ami,\a. majeure partie des Cent Ballades dont elle se déclare positivement l'auteur. Les règles générales de critique ne souffrent point d'amendement de circonstances. Nous leur avons montré notre entière soumission dans notre examen des poésies de Charles d'Orléans.
Retiré enfin dans ses splendides châteaux, la jouissance d'une vie si paisible, fruit précieux d'une éducation parfaite, n'était plus interrompue que par quelques voyages du duc dans les diverses résidences de son apanage. Sur sa route, il recherchait les objets d'art et les reliques; si l'on nommait devant lui un ménestrel réputé, le duc ne manquait jamais de le faire appeler pour jouer et composer en sa présence.
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C'est ainsi que Charles d'Orléans avait entendu « a Amiens « deux ménestriers aveugles qui jouoient du luz et de la « guilerne > , puis ceux « de monseigneur le duc de Bourï goingne qui jouèrent au dit lieu, ainsi que ceux de monsei- « gneur de Nevers. Le tabourin d'Adolphe monseigneur de « Clèves ; Robin Courant et Anthoine le Bidon , ménes- « triers de monseigneur d'Argueil » et enfin « un joueur < d'espartire , un guiterneulx , trois haulz ménestriez an- « glois, et quatre autres Lombards. A Bourges, les clers de la « Sainte-Chapelle avoient monstre a monseigneur les orneci mens de la dicte église (4 ) . r»
Mais pour suffire a la dépense de sa petite cour littéraire, a ses voyages et surtout a la somme énorme de sa rançon, le duc d'Orléans fut obligé de vendre au roi son comté de Périgord.
Avec une partie du produit il acheta aussi des livres et en fit enluminer. Jehan Hannelin , enlumineur, demeurant a Paris, en absorba une part considérable. Les libéralités du prince n'avaient pas de bornes, lorsque « Baudet Harenc de « Chalon, faisoit des ballades devant mon dit seingneur » ; il n'oubliait pas non plus , dans sa générosité la personne chargée « de tendre les tapisseries de monseigneur ou les ou-
(1) «Parties extraordinaires paiées par l'ordonnance et commandement de monseigneur le duc d'Orléaiis, pour les dons que mondit seigneur a fait depuis le cinquiesme jour de novembre mil cccc quarante-huit jusqu'en 1449. ■»
« vriers qui besognoient en ses chasleaulx de Coucy et de « Vendosvne. >
Le duc d'Orléans put aussi fixer les gages des gens de sa maison dont le personnel variait assez souvent. Vers l'année ■i4S0, elle était fort nombreuse, et dans les états qui furent alors dressés, nous trouvons les noms mêmes des personnages qui figurent au premier rang dans la maison littéraire du prince ; il avait choisi de préférence les officiers attachés à sa personne parmi ses émules et ses rivaux en poésie. Dans les états des « gaiges payés par le maître de la chambre aux deniers de monseigneur a Blois » , sont nommées comme parties prenantes des personnes qui sont déjà inscrites parmi les poètes de notre histoire littéraire du xv^ siècle , tels sont :
Gilles des Ourmes, Guyot Pot, maistre d'ostel ; François Faret, maistre Jehan Cailleau, médecin ; Guillaume de Villebresme, Nicolas Astezan, Tignonville, Anthoine Cailleau, Philippe de BouUinvilliers, officier de monseigneur de Beaujeu ; Guillaume de Viliebresme ; Benoist d'Amyan {{).
(I) Ces noms sont tirés des états des « gaiges des gens et offîcici-s ordinaires de monseigneur le duc d'Orléans, paies à lîiois par Jehan Doulcet, maistre de la chambre aux deniers de mon dit seigneur par l'ordonnance d'icelluy, pour un moys entier commençant le premier jour de mars mil cccc xlix et finissant le dernier d'icellui », ainsi que des rôles payés pour les mois suivants « ù Lyon sur le Rosne pour le mois de juillet, aoust (ù Blois), octobre (à Lyon), décembre (à Lyon), janvier mil cccc L (à Lyon) , et février mil cccc l. La « sonnne toute des dis gaiges pour le moys de mars csloil de six cens cinquanle une livre
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On ne trouve cependant point dans ces listes l'un des personnages les plus a. la mode h celte époque, ornement indispensable de la maison d\xn prince ; mais ce n'était peut-être pas Ta leur place dans la hiérarchie des services : il faut croire aussi que dans l'esprit du duc d'Orléans les fols et les folles passaient indubitablement après les poètes et les beaux livres (I).
Toutefois, Charles d'Orléans ne fut pas a l'abri de cette singulière manie. De son temps, son fol se nommait « maistre Colas, et Belon estoit sa folle. » Pour la duchesse d'Orléans, il fallait aussi un de ces monstres humains, mais toutefois d'une espèce différente; la pièce suivante le désigne : « En la présence de moy Guillaume de Villebresme le jeune, secrétaire de madame la duchesse d'Orléans, de Milan, etc., Marie Naviquière, de Cambray, a confessé avoir eu et receu de maistre Loys Ruzé, trésorier et receveur général des finances de ma dicte dame la somme de quarante une livres unze solz tournois, la quelle ma dicte dame lui a ordonnée cslre baillée, tant pour la despense qu'elle a faicte a amener
quinze solz tournois d'une part, et deux cens unze livres dix sols tournois ; pour le mois de juillet, neuf vins douze livres quinze sols tournois, et sept cens quatre livres dix solz tournois; pour le mois d'aoust, 202 livres 2 sols G deniers tournois et 774 1. 10 s. tournois ; mois d'octobre, 211 1. lO s. tournois et G27 livres tournois, décembre, 211 1. 10 s. tournois, et 736 1. 6 s. tournois ; janvier, 211 1. 10 s. tournois, et 724 1. 5 s. tournois ; février, 21 ) 1. 10 s. tournois, et G46 1. 10 sols tournois.
(2) On n'y trouve pas non plus « le tabourin de monseigneur, Pierre Fleury. »
du dit lieu de Cambray jusques en cesle ville de Blois , la petite nayne, sa fille, que la dicte dame a envoyée quérir au dit lieu, comme pour s'en retourner. En ce compris la somme de 47 sols tournois, que la dicte dame lui a donnée pour avoir une robe ; de la quelle somme de xli livres tournois la dicte Marie a quicté et quicte le dict trésorier et tous aultres : tesmoing mon seing manuel cy mis le v® jour de mars, l'an mil cccc soixante dix huit. Villebresme. »
Pendant l'année 1450, le duc d'Orléans avait fait un voyage a Lyon. En s'y rendant par eau, l'un des divertissements du prince était de « jeter de l'argent aux petis enfans « qui estoient au long de Bourbon, pour les faire nonner en a l'eaue et aller querre l'argent au fond,» ou bien de « jouer « aux escliez, aux merèles ou aux tables, contre Jehannet de « Saveuzes, au bateau sur la rivière de Sône entre Mascon « et Lyon. » On peut se' faire une idée des dépenses que le prince faisait chaque jour dans cette dernière ville, par l'état suivant, qui est daté du
fi Lundi xx™" jour d'avril mil cccc cinquante, inonseigneur le duc d'Orléans et de Milan a Lyon, madame la duchesse, monseigneur d'Estampes et leur compaignie illec :
« Pour dix X II"*'* pains a xvii deniers la xn..., argent y.un solz x deniers oboles.
« E. de panneterie xv solz m deniers oboles.
0 Eschanconnerie. — Quatre sextiers vin de Beaune au pris de n solz un deniers le sexticr, argent xni solz u deniers.
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Ung sexder m quartes vin blan au pris de xx deniers le sexlier, argent n solz xi deniers. Quatre sextiers deux quartes vin vermeil au pris de xi deniers le sextier, argent ini solz i denier obole.
• « Cuisine. — Deux pièces de beuf, trois moutons, demi veau, vni livres lart, deux chevreaux, vint poussins et pigeons, une fraize et piez de veau, argent nu livres v solz VI deniers. — Verjus et vinaigre, poirée et persil, pois, au saulsier x deniers ; argent v. s. x d. — Fruits, ni livres cire , m livres chandelles de suif, argent xvi solz un deniers oboles.
« Escurerie. — Pour la journée de xxmi chevaux de monseigneur délivrés en hostellerie, au pris de xxu deniers oboles par cheval et pour surcrois, argent l sols x deniers. Pour la journée de xini chevaulxde madame, délivrés de foing et d'avoine au pris de xyi deniers par cheval et pour surcrois, argent xxu solz V deniers. Pour paille pour les dits chevaulx de madame, argent m solz ix deniers, etc., etc.
« Somme écrite du jour, douze livres trois solz deux deniers maille tournois (I). »
A son retour dans sa duchié d'Orléans le prince fit faire, étant a Blois, par « Jehan Chardon, son trésorier et receveur-
(1) L'état de la dépense faite le « dimanche, xix« jour d'avril, l'an mil cccc cinquante, monseigneur le duc d'Orléans et de Milan à Lion, madame la duchesse, monseigneur d'Estampes et leur compaignie », existe aussi en un original sur parchemin, mais il est à peu de chose près semblable, pour le détail, à celui que nous venons de donner, et la somme totale est de « onze livres dix solz deux deniers tournois. »
366 DEUXIÈME PAUTIE.
général de toutes ses finances, im achat de vins cléret pour iceulx "vins estre donnés et distribués aux gens du grand conseil du Roy nostre sire. » Serait-ce pour se les rendre favorables et n'être point troublé dans sa paisible retraite? Le même document contient les noms des personnes et la quantité de vins attribuée a chacune , savoir : « Le chancelier de France vi poinçons ; l'évesque d'Agde, iiii ; Jacques Cuer, argentier du roy, un ; Jehan de Jambes, chevalier, un ; Jehan Leboursier, iiii ; messire Jehan de Bar, maistre Jehan Picart , maistre Estienne chevalier, maistre Mathieu Beauvarlet, maistre Anthoine Raguier , trésorier des guerres , chascun un. » Les dépenses occasionnées pour l'aménagement de ces vins sont ainsi détaillées : « Pour tirer les diz vins hors des caves et celiers de Blois, xvn solz vi deniers tournois; pour les mener en charète jusque au port de Blois, xvn s. vi d. t. ; pour les conduire et mener par eaue, depuis le port de Blois jusque à Tours , a n s. XI d. t. pour chascun poinçon, vi hvres II solz VI deniers tournois; et pour les despenses de Jehan Petit, clerc du dit trésorier, lequel a esté présent à mener les dits vins par eaue et a les présenter, xx solz tournois. Somme toute que les ditz quarante deux poinçons de vins ont cousté renduz a Tours, ii'^ xxix livres xvn solz vi deniers tournois. «
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