‹ Louis et Charles, ducs d'OrléansChapitre 36 sur 39 · CHARLES D'ORLÉANS AUX ÉTATS-GÉISÉRAUX · texte numérisé non relu

CHARLES D'ORLÉANS AUX ÉTATS-GÉISÉRAUX

Sentiments patriotiques du prince. — Cadeaux aux frères de Jeanne d'Arc. — Procès du duc d'Alençon. — Discours inédit du duc Charles en sa faveur. — Joueurs d'échecs. — De tables. — De Mérèles. — De GUc. — Ebattement à Sanomères. — Voyage à Tours. — Mariage du duc de Laval. — Pèlerinage du prince à Sainte-Catherine de Fierbois. — Sermons de carême. — Cadeaux du roi au prince. — Levrettes. — Coutel turquois. — Joueurs d'instruments écossais qui vont chantant la destruction des Turcs. — Jean Rognolet. — Pierre ou dieu d'amour.

Il est juste de faire remarquer que tous les événements heureux pour la France se trouvent toujours célébrés dans les ouvrages de Charles d'Orléans. Tout ce qui intéressait l'honneur de son pays frappait vivement son imagination; il n'oublie jamais

Qu'il est sailli de la maison de France, Creu au jardin semé de fleurs de lis.

Ce fut donc par l'effet de ce sentiment tout national que Charles d'Orléans renouvela souvent ses « dons au frère f de la feue pucelle pour lui aider à vivres, b Mais comment accorder cet état de misère de la famille de Jeanne d'Arc avec les lettres-patentes qui concèdent des armoiries aux parents

de cette femme illustre? La duchesse d'Orléans partageait ces sentiments de son mari, et les événements heureux pour la France étaient l'occasion de bonnes aubaines pour ceux qui en donnaient les premiers la nouvelle a cette princesse. Elle fit donner à « Guillehue Peel qui, le 28 octobte 4449, estoit « venu a Lyon apporter les premières nouvelles que la ville « de Rouen estoit Françoise la somme de.... » •

Le procès du duc d'Alençon trouva le duc d'Orléans dans ces mêmes dispositions ; il fit tous ses efforts pour le sauver.

Il prononça à cette occasion un discours que l'on peut considérer comme un exemple de l'éloquence judiciaire de cette époque, où les textes des Écritures sont le code suprême, et le guide des consciences , et les motifs des jugements. Voici la copie inédite de cette harangue, où Charles d'Orléans se sert habilement de ces moyens religieux en faveur du duc d'Alençon, accusé du crime de lèze-majesté :

« Monseigneur, selon mon advis, en toutes grans matières esquelles on doit donner conseil, trois choses sont a regarder : la première, qui est cellui qui conseille; la seconde, qui est cellui a qui on donne le conseil ; la tierce, quelle est la chose que on conseille et la manière de la conseiller.

« Quant au premier point, sainct Bernard dit : Mulli multa sciunt et se ipsos nesçiunt, c'est-à-dire plusieurs congnoissent plusieurs choses et ne se cognoissent pas eulx mesmes. Et pour ce, quant je me regarde, et congnois comment je suis tenu de vous conseiller loyaumcnt au bien de

VOUS et de vostre royaume, congiioissant que je ne suis salgc ne bon clerc, je me treuve fort entreprins, après tant de grans et notables oppinions, de parler, car ce n'est que apporter une petite chandelle entre tant de grans lumières de sens et clergie qui ont cy esté en vostre présence. Et por ce, s'aucune chose je diz qui puisse valoir, Dieu m'en doint la grâce, vous suppliant qu'il vous plaise prendre en gré mon bon vouloir, sans prendre garde a mon non savoir.

« Secondement, en ce que j'ay dit, que on doit prendre garde h qui on donne le conseil, je congnois que je le donne h vous en trois manières. Premièrement, comme a mon seigneur et a mon maistre ; et sans en faire la petite bouche, je vueil que on congnoisse a ceste présente notable assemblée que, ainsi comme le chien est trouvé aux piez de son maistre, je demourray tousjours loyaument aux piez de vostre obéissance, prest de faire, en tout ce que je devray, mon loyal devoir. Secondement, je congnois qu'il a pieu a Dieu me faire venir de vostre maison si prouchain, que chaciui scet et congnoist par quoy me doy naturelement acquicter envers vous. Le tiers, je congnois que vouz estes mon souverain. Et quant je pense bien que c'est a dire de ce mot souverain, il fault quelque grant chose, car vous n'estes qu'ung homme cournie moy de char et d'os, subgiets aux dangiers, périlz, adversitez, maladies et tribulacions de ce monde, comme moy et tous autres sommes, et dont avez eu et essayé beaucoup en vostre jeunesse. En quoy Dieu vous raonstroit qu'il

-VOUS aymoit et chasUoit pour le congnoistre et vous guerdonner de grans biens et honneurs en vostre plus grant aige, ainsi qu'il a faits la sienne mercy ; car, passé a long-temps, nulz de vos prédécesseurs n'ont eu le royaume si entier en leurs mains comme vous l'avez. Et quant je prens garde dont vient ce mot souverain, je voy bien qu'il fault qu'il viengne du souverain lieu, c'est assavoir de Dieu qui est sur tous souverain, comme rex regum et dominus dominancium, c'est a dire roy des roys et seigneur des seigneurs ; et estes appelle très crestien roy, qu'il vous a mis pour estre ou royaume de France comme son lieutenant et représentant sa présence, par quoy tous françoys sont tcnuz de vous servir, obéir et conseiller loyaument, ainsi qu'ilz en veullent respondre envers lui et envers vous en conscience.

Quant au tiers point, dont par avant j'ay parlé, de congnoistre quelle est la matière que on conseille et la manière de la conseiller, je congnois que elle touche vous et tous les vostres, en quoy je y ay ma bien grant part entre les autres, et est la chose la plus desplaisant en mon cueur que j'eus oncques ; car quant à la mort de feu monseigneur mon père, que Dieu pardoint, j'estoye lors jeune enffant et n'en savoye avoir la douleur, ainsi que je y estoye tenu de ma prison. Aussi je cognoissoye que j'estoye prins en faisant loyaument mon devoir- En quoy je me confortoye que Dieu m'en sauroit gré et m'en aideroit, et aussi que tous ceulx du royaume de France estoJent par ce obligez a. ne me faillir quant be-

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soing seroit, et après ma x'ia m'en avoir en prières pour recommandé. Mais en cesle chose que je ne povoye croire quelque chose que l'on m'en deist, jusques à tant que moy mesme Taye ouy par la houche de cellui auquel j'estoye naturelment tenu par lignaige, et aussi obligié à feu son père qui fut nourry de feu mondit seigneur mon père et que trouverai !>i parfait parent et amy ; car en la querelle de mondit seigneur mon père, il se habandonna du tout et me servit ung voyage, à ses propres coustz et despens, a huit cens chevaliers et escuiers, pourquoy et pour l'amour que j'avoye à lui je Laillay ma seule fille en mariage a sondit filz qui est a présent. Et combien qu'il ait dit en la présence de tous ceulx qui sont cy présens, qu'il a eu fiance et amour a moy plus que à nul autre, toutesfoiz le me monstroit-il mal quand il vouloit faire perdre Normendie. En quoy m'eust fait perdre de ma terre qui a valu x™ hvres de rente, et par ce eust peu ensuir la destruccion du royaume et de nous tous François, se nous {eussions venuz en la main des Anglois, anciens ennemis de France. Et quant j'ay bien pensé en ceste matière parplusieurs jours en grant desplaisance de cueur, il m'est venu en souvenance ung traittié que je viz une fois eu ung livre qui vient bien a ce propos, lequel je ne vueil tout au long réciter, car il prendroittrop de temps, et aussi je ne le sauroye,caril a longtemps passé que je viz ledit traittié, par quoy ne pourroit du tout m'en souvenir ; mais en brief, ce qui touche cesle matière j'en diray le moins mal que le saura) . 11 est vray que

oudit traittié estoit contenu que Dieu avoil deux cours, Tune de justice, l'autre de miséricorde. Toutesfoiz ou Psaultier que David fist inspiré de la grâce du sainct Esperit, il met nnséricorde devant justice, disant Misericordiam et judicium cantabo tibij domine r si adjunt que ung povre pécheur et malfaicteur fut amené a la court de justice, et lors vint ung advocat appelé Raison, qui plaida la cause pour justice, disant ung ver du psaultier contenant : Deducantur peccatores in infernum omnes génies qui obliviscuntur Deum ; qui vault autant comme : les pescheurs soient menés en enfer toutes gens qui oublient Dieu. Geste parolle est bien horrible et forte à craindre, car tous quanque nous sommes, sommes pécheurs et oublions Dieu nostre seigneur, quelque remambrence qu'il nous face avoir de lui par escriptures, nous ramentevant les grans biens qu'il nous a faiz tant en création que à nous racheter de sa propre mort, et avecque ce nous donnant souvent tribulacions, meschiefz et désaises qui sont en ce monde, affin de nous chastier et faire avoir de lui souvenance, que mettons en oubly plus souvent que besoing ne nous seroit. Lors le povre malfaicteur devant dit, tremblant et pleurant, appela ung autre advocat nommé Pitié et lui requist qu'il voulsist soutenir sa cause et plaidier pour lui, autrement lui et autres estoient en gran dangier et perdicion ; lequel advocat vint en place et commença à dire : Raison, vous avez légièremcnt donné sentence et jccté en mousle, et pour vous rcspondre je prends ung \cr du psaultier duquel

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avez pris et dy : Suavis Domimis universis et miseraciones ejus super omnia opéra ejus; qui est a dire, en francois, nostre Seigneur est doulx à tous et ses miséracions sont pardessus toutes ses euvres. II ne dit pas par-dessus les bons, ne les mauvais par-dessus les saiges et les folz, ne pardessus les grans ou les petiz, mais pardessus tous. Et pour ce que si légièrement avez condempné ce povre pécheur, nous appelions de la court de justice par devant Dieu en sa court de miséricorde. Et bailla ledit avocat Pitié une supplication a Dieu en laquelle estoit escript : Si iniquiiates observaveris Domine, Domine quis sustinebit; qui est en François, sire, si tu prens garde ainiquitez, sire, qui est cellui qui se soustiendra. Après, ledit malfaicteur dista nostre Seigneur parlant de son advocat Pitié, ung ver qui est contenu en une hymne qui commence : Jhesu nostra redemptio, , etc., lequel ver dit : Ipsa te cogat pietas ut mala nostra superes parcendo ; c'est-a-dire telle pitié te contraingne de surmonter noz maulx en nous pardonnant. Quant j'oy ce mot cogat, il ne dit pas : ipsa pietas te inclinet, mais dit : ipsa pietas te cogat, qui est merveilleuse chose qu'il puist avoir rien qui contraingne notre Seigneur. Doncques, puisque Pitié peut contraindre notre Seigneur, aura-l-elle point de puissance de contraindre le très crestien roy de France et des François? Oultre plus, quant ceci fut dit, Pitié dist a nostre Dame les vers qui s'ensuivent : Si pro peccato velus Adam non cecidisset, se pour pechié le vieil Adam ne feust cheu ; mater pro nalo non exaltala

fuisset, la mère pour le fîlz n'eust point esté exaulsée ; sed quia peccaium proprium portare nequibàt, mais pour ce qu'il ne povoit porter son propre piéclié ; Virgo parit natum per quem medicina redibat, la Vierge porta Teuffant par lequel la médecine retournoit; ergo pro miseris interpellare teneriSy doncques pour les meschans tu es tenue de prier ; que mater Christi propter peccata fuisti , qui a esté faicte mère de Christ pour les péchiez. Sitost que la bcnoite dame de paradis ouyt ces porolles, elle se mist a genoulx devant son filz pour ce que, omne judicium paler dédit filiOy c'est que le père a donné tout jugement au filz ; et dit nostre Dame : Mon filz, vous savez le premier tiltre d'honneur qui me fut donné; ce fut quant l'ange Gabriel me vint saluer en disant : Ave gracia plena; et avecques ce quant on parle a moy on m'appelle Maria mater gracie^ mater misericordie, Marie mère de grâce et mère de miséricorde ; pour ce je vous supplie que vous veuillez garder l'onneur de moy vostre mère et que miséricorde et grâce ne soit pas perdue par quoy je doye perdre ma renommée ; et vous tous François qui me tenez pour vostre advocateetmaistresse, se vous ne faites grâce et miséricorde qui est mon tiltre, ne m'appelez point a vosbesoings et nécessitez , comme vous avez fait , en quoy congnoissicz comment je vous ay aidié, car se par vous je perds ce qu'il m'appartient, quant vous m'appelleriez en ce qu'il vous apparlendroit, fiùUir vous y devroye puisque auriez fait contre moy. A doncques, dist nostre Seigneur : je suis nommé summum honum dont

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saint Ysidoire parle en son livre, puisque je suis souverain bien, je doy avoir toute manière de bien parfait en ino}»^; si vueil garder le droit a miséricorde et a justice et dy pour sentence que nolo mor!e7n peccatoris sed ut convertat et vivat. Quant Raison ouyt ce, qui estoit advocat pour justice, elle dist : Si prenez garde a ce que vous dictes, quant vous donnez toute faveiu- a miséricorde et foulez justice ; sur quoy nostre Seigneur respondit : Vous n'avez pas bien entendu ce quej'ay dit, car pour garder le droit de miséricorde, nolo mortem peccatoris, je ne vueil point que le pécheur meure, mais par justice je vueil qu'il soit corrigé, et convertatur et vivat, c'est qu'il se convertisse et vive. Et pour ce je veuil que vous tous retournez a la court de justice, et que prenez une balance en laquelle mecîez d'un costé les malfaiz du pécheur pour estre corrigé, et de l'autre costé les bienfaiz dont il doit estre guerdonné, comme bien a plain est contenu en la requesle baillée par la femme du dessusdict, où sont montrez comment deux de ses prédécesseurs ont esté mors en bataille pour le royaume Et cestui malfaicteur mêmes a monstre la plus grant amour qu'il povoit monstrer ; car il est escript : Majorent dileccionem nemo habet ut animam suam ponat quis pro amicis suis, etjusticia est reddere unicuique ce qui est sien. Or, regardons se cestuy cy mist point son âme en péril et sa vie, et quanque il avoit en la bataille de Vernueil où il fut pris pour le bien du roy et du royaume. Dieu aussi bailla à saint Pierre deux defz, Vune ligandi de lyer, et l'autre

solvendi de deslyer. Celle de lyer qui est exécucion de justice, vous, monseigneur, la povez baillez et la baillez chacun jour a vos officierz Ta où il vous plaist. Mais l'autre de deslyer, demeure en vostre main pour faire miséricorde ou la devez garder ou coffre de vostre conscience ; et puisque estes en la place de nostre Seigneur, vous le devez ensuir ; car il dit : Exemplum dedi vobis ut quemadmodum ego feci, ita et vos faciaiis, je vous ay donné, ce dit-il, l'exemple que ainsi que j'ay fait vous le faciez ; et qua mensura mensi fueritis, et de telle mesure comme aurez mesuré, rcmecietur vobis, il vous' sera rendu.

« Quant "a la forme de conseiller dont par avant j'ay parlé, je viens en conclusion k vous conseiller en cinq choses.

s La première touchant le fait, de sauver sa vie en deux manières. Tune en corps et l'autre en l'âme; et dy ainsi que devez ensuir la sentence de nostre Seigneur que j'ay cy devant dicte, c'est assavoir, nolo mortem peccatoris ; pareillement ne devez vouloir sa mort, car veu ses ouvrages son bon sens lui fault, par quoy s'il est mis a mort sans avoir loisir de se raviser et corriger, son ame seroit en dangier, de quoy vous et nous tous qui vous conseillons aurions à rcspondre envers Dieu quant elle seroit amenée en jugement, et pourroit ainsi dire : se je eusse eu loisir de advis et correccion, j'eusse peu amender à la plaisance de Dieu et faire aucune salisfacion h ma salvacion , et ceulx qui m'en ont gardé en abrégant ma vie, sur ce en ont h rcspondre. Qui

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est bien à y penser, car les confesseurs dicnt que pécliié ne peut eslre pardonné sans faire satisfacion. Qui est ccllui doncques de tous nous qui la pourroit faire si elle estoit dampnée? Oultre plus, pour ce qu'il a esté dit que, veu le crime de lèse majesté en quoy il est encouru, ne pourroit estre devisée pngnicion assez grande, sur ce je respons que à mon sentement se on lui veult garder toute rigueur, plus peine lui sera de endurer longuement douleur et desplaisance en ce monde que le faire mourir tout à ung coup, laquelle mort le délivreroit des paines et ennuiz de ce monde. Car j'ay congnoissance par moy mesmes que, en ma prison en Angleterre, pour les ennuiz, desplaisances et dangicrs en quoy je me ti^ouvoye , j'ay maintes foyz souhaidié que j'eusse esté mort a la bataille où je fuz pris, pour estre hors des paines où j'estoye. Et pour ce donne conseil , et ne feroye pour riens le contraire que sa vie ne soit sauvée.

Secondement, pour la seureté du royaume, conseille qu'il soit tenu bien et seurement qu'il ne puisse mal faire s'il en avoit voulenté, en la manière que vous. Monseigneur, par bon conseil adviserez.

Tiercement, devez prendre en vostre main toutes ses places et païs pour en ordonner ainsi que sera veu qu'il sera de faire.

Quartement, devez pourveoir honnorableraent a sa femme et a ses en fans, et qu'ils ayent de quoy vivre selon leur estât ; et est escript : Munera super innocentem non accepitj c'est

que sur rinnocent on ne doit prendre avanlaige; et veu, Monseigneur, que tousjours avez eu dévocion envers les innocens, vous ne pouvez faire plus grant plaisir aux innocens que pour Tamour d'eulx vous ayez ces povres innocens, qui n'en pevent, pour recommandez. Et les devez marier et pourveoir ; et se vous voiez qu'ilz se gouvernent bien et soient taillez de bien faire, devez faire tellement pour euh, qu'ilz ayent cause de dire : Nostre père qui nous a amenez en ce monde a esté cause pour son mesfait de nous desfaire ; mais nostre bon roy crestien nous a de nouvel engendrez et nous est père, nous ressuscitant en ensuivent les euvres de Dieu qui ressuscite les mors, dont il est lieutenant ; de quoy de plus en plus sommez tenuz a lui de vivre et mourir loyaument et entièrement siens, et de mectre paine, se Dieu nous donne grâce de faire amende des mesfaiz de nostre père, par bien faire se nous povons.

Quintement, il me semble que devez avoir congnoissance de ses serviteurs que n'avez point trouvez en faultc, mais bons et loyaulx , et s'ilz ont offices les y devez tenir. Et ceulx que ad viserez soient pourveuz tellemçnt, que leur loyaulté soit exemple a tous autres de bien faire.

Geste opinion que j'ay cy ditte en si notable audience et que je tiens qui sera enregistrée, comme a esté ordonné, avecques les autres, je la vueil ad vouer en conscience devant Dieu, en loyaulté envers vous, Monseigneur, en mon devoir envers le royaume, et en mon honneur devant tout le monde ; et avec-

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ques ce appelle en tesmoingnaige tous ceulx qui Font ouye, au jour du jugement devant noslre Seigneur qui congnoistra en quel propos, entencion et courage sont dittes touttes oppinions. Et après ce, qu'ilz m'en soient tesmoings partout, quant temps et lieu sera, que je m'en acquicte comme il me semble que je doy faire selon mon peu de savoir et ma puissance. »

Bientôt après le temps de ce procès, les habitudes toutes littéraires du duc d'Orléans le rappelèrent h la vie paisible des châteaux. Jusqu'à la mort du roi Charles VII, en 14GI , il vécut entièrement dans la retraite, partageant son temps entre la littérature et les jeux de hasard, dans lesquels i! excellait. Un joueur renommé qui passait dans le voisinage de la résidence du prince était toujours invité et retenu pour s'essayer contre lui. « Jehan Nègre, du païs de Lombardie, « vint le visiter par son ordre, et le prince, pour savoir « comment le dit Nègre jouoit aus diz eschez » , fut battu , et perdit une assez grosse somme d'argent ; il exigea aussi que ses joueurs habituels prissent une part active a. la lutte : de ce nombre fut Gilles des Ourmes. Parmi les parteners habituels du duc et de la duchesse, aux tables, au glic ou aux eschez, étaient Guiot Pot, Guilleline de Fontenay, et le même Gilles des Ourmes. Vers ce même temps, il faisait de riches cadeaux « aux chambrières de Sanomères, allant souvent s'y esbaltre. »

Un voyage à Tours, pendant lequel le duc d'Orléans signa

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le contrat de mariage du duc de Laval (i), fut aussi pour lui une agréable distraction. Un pèlerinage était le but de ce voyage. Avant de l'exécuter, le prince s'y était préparé en écoutant « un beau père de l'ordre de saint François, qui « vint prescher plusieurs fois h B'ois, au Karesme, devant « monseigneur. « C'est a « Saincte-Katherine de Fierbois » , près de Tours, que le prince se rendit pour faire ses dévotes offrandes. » Chemin faisant « des en fans chantèrent devant monseigneur et madame la duchesse » , et pendant ce temps-là s'étaient assemblés en grand nombre, autour des illustres voyageurs « des ouvriers maçons qui besongnoient au pont Saint- Avertin, près Tours. » Ce fut pour le duc une nouvelle occasion de libéralité envers ces ouvriers « en p^assant « et repassant le dit pont pour aller de Tours a Saincte-Ka- « therine de Fierbois. »

Malgré sa vie retirée et son absence de la cour de Charles VII, le duc d'Orléans n'était ni oublié, ni moins choj^é parle roi et les seigneurs du royaume. Ce monarque, indépendamment d'une pension de 4 8 mille francs qu'il faisait

(1) On voit, par un document original que. « le dimanche, xxvie jour de février mil cccc cinquante sept, monseigneur le duc d'Orléans éloit à Tours, avec monseigneur de Bcaujeu, Jaimes monseigneur, cl le commun illec. Et ce jour, mon dit seigneur disna avecques monseigneur de Bourbon. Ce jour, au soupper pour le duc de Brclaigne, monseigneur d'Angoulesme, monseigneur de Dunois, monseigneur de Vandosme, monseigneur de Laval et ses enlîans, le seigneur de Contresault, leurs gens et plusieurs autres », le duc d'Orléans ne dépensa que la somme de « quarante-six livres unzc solz deux deniers maille tournois. »

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payer à Charles d'Orléans, et d'une autre pension sur le receveur général des finances de Normandie, lui donnait fréquemment des sommes d'argent « pour lui aider à payer « ses debtes pour sa rançon d' Angleterre » ; les seigneurs du royaume lui envoyaient aussi de nombreux présents, et de ce nombre « le connestable qui envoya une levreteà ma- « dame la duchesse ; le comte d'Estampes, un lévrier blanc; « et monseigneur de la Tremoille, deux autres lévriers, en « même temps que le Roi un coustel turquois. »

Enfin, les poètes en très grand nombre et les musiciens qui visitaient la cour du duc d'Orléans, attestent 'a la fois sa munificence et sa bonté envers les favoris des muses anciennes ; et parmi ceux qui attirèrent particulièrement son attention et excitèrent son intérêt, les documents originaux signalent « deux hommes, joueurs de guiternes, du pays d'Escosse, « qui vont par païs portans nouvelles de la destruccion des « Turcs ; et Jehan Rognelet, joueur d'instrumens de musi- « que, qui jouoit et chantoit avec sa femme et ses deux en- « fans, plusieurs cliançons. » Ensuite : « Pierre ou Dieu « d'amour, bastelleux, demourant à Champ, qui vint jouer € de son mestier devant monseigneur. »

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