VI. Les professeurs n’insistent pas assez sur
la tenue des élèves ; les bousculades sont de
mise ; le langage le plus bas et ‘e moins correct est toléré ; tout cela influe sur le caractère, et
a d’ailleurs son importance en soi. À table, les
professeurs mangent mal le plus souvent. Il
faut éviter eurtout de leur servir au nez des
élèves mai nourris, une nourriture spéciale et plus appétissante, comme cela se fait ; c'est une école d'envie et d’égoïsme.
VII L'hygiène est négligée à un haut point, surtout en ce qui regarde la propreté. On n’exi. ge pas que les élèves se lavent les dents (D) et les règlements sont relâchés pour ce qui regarde la tête et les pieds. (Ces détails sont répugnants ; mais ce qui répugne encore plus, c’est qu'i.s soient vrais), Quant aux bains, et c’est l'exception quand il y en », non-seulement on ne force pas l'élève à s'y plonger régulièrement, mais encore on lui demande une contribution péc"niaire chaque fois qu’il a la bonne volonté de le faire. (Toutes ces remarques ne s’appliquent pas également à tous les collèges ; mais elles sont généralement vraies, et cela suffit).
M. Fréchette suggérait les réformes suivan tes :
Diminuer le nombre des collèges classiques, afin d’en avoir de bons ; créer, à la place des autres, des collèges qui soient l'intermédiaire entre les collèges classiques et les collèges commerciaux ;
Enseigner mieux les langues vivantes, l’anglais, afin que chacun le parle couramment ; le français, au point de vue de l'orthographe, de la syntaxe, du langage, de la prononciation et du style ;
Limiter l’enseignement des langues mortes Aux racines, au génie de la langue et à la connaissance succincte des auteurs 3 il faut cependant plus de latin que de grec ;
Enseigner l’histoire, la géographie, le caté-
chisme d'après le sens et non d'après le mot-à. mot ; enseigner la littérature en donnant à chaque siècle l'attention qu’il mérite F
Enseigner la philosophie et l'histoire de la Philosophie en français;
En mathématiques, accorder plus aux règles pratiques et moins aux trinômes et autres calculs que le spécialiste peut étudier à part soi : Donner à l'élève des notions de comptabilité ;
Créer au collège une chaire d'art, qui soit une récréation utile pour l'élève ;
À table, donner une nourriture saine et ne jamais exiger le silence, afin que le repas soit gai et l'appétit meilleur ;
Panir rarement et d’une façun sensée ; de même ne pas donner raison au"professeur quand il a tort, sous prétexte d'autorité : tout cela est un mauvais exemple ;
Enfin, veiller à la propreté ; avoir des bains et forcer les élèves à s'en servir (les professeurs aussi !)
Voilà la substance des Zettres de M. Fréchette: voilà ce qu’il faut lire sous le ton badin du style et la fantaisie apparente de l'expression. Il y en a que ces lettres n’ont dû qu'amuser, car elles sont spirituelles ; mais il importe que nous les considérions surtout à leur vrai point de vue. : Et c'est pour cela que nous les avons résumées aussi sèchement.