II— DE QUELQUES OPINIONS PER- SONNELZLES SUR L'ÉDUCATION
Et puisque nous parlons éducation, nous sommes tenté d'ajouter — afin de dire tout haut ce que tant de g' ns pensent tout bas :
Que si tout est susceptible d’être perfectionné, l'éducation l’est encore plus que tout ; qu'il y a donc une réforme constante à y opérer ;
Que si l’enseignement religieux est excellent, il est nécessaire cependant que les religieux se placent à notre point de vue, qu'ils forment les é'èves selon nus responsabilités et non les leurs, pour les fonctions qui sont nôtres et non pour les leurs qu i's doivent donc aümettre la formation sociale et mondaine dans leur système d'éducation ; qu’ils doivent surtout éviter à tout prix d'influencer l'élève dans le choix de sa carrière et de son état de vie: sice qu'ils appellent la vocation est une chose divine, forcer la voix de Divu ne peut être que criminel ; si c’est une chose humaine, c’est un crime de lèse-société que de pousser des sujets à un état extra-social et c'est aux sujets eux mêmes à choisir librement ;
Que le professeur, tout prêtre qu’il est, n’est pas infaillible ; que c’est une inexcusable erreur de mêler son caractère sacré à ses opinions littéraires ou autres, surtout quand l’expérience démontre que nombre de jeunes gens deviennent professeurs beaucoup trop jeunes et qu'ils
n'ont ni talent, ni culture suffisante pour enseigner ;
Que c'est le père de famille exclusivement qui est intéressé dans le problème de l’éducation, puisqu'il s’agit de son fils Or, dans la province de Québhec, nous sommes en présence d’un état de choses incroyab'e: Le contrôle de l'éducation appartient précisément à ceux qui
n'en ont aucun besoin. La liberté du père se limite au choix du collège ; et comme tous les collèges ont à peu près le même programme, on voit que cette liberté se limite à rien du tout Le père de famille n’a aucune influence sur le système d'éducation lui-même ; et pourtant, de par la loi naturelle, le père de famille a le droit indéniable d'élever son enfant comme il l'en. tend. On ne lui refuse pas directement ce droit, mais on lui en rend l'exercice impossible, et cela revient au même. Il nous semble indispensable que, dans la province de Québec, : l'éducation passe sous le contrôle des intéressés,
Pour ce qui touche à l'enseignement du cours classique : £
Il y aurait beaucoup à faire pour perfection: ner l’enseignement du français ; les élèves prononcent mal le français, ils le lisent et l’écrivent mal ; la plupart sont même d’une faiblesse désespérante en orthographe et en syntaxe, (Il y a des forts (!) de collèges qui peuvent écrire ving pages sur je protoxyde d'azote ou l’arsenic, le tout dans un français déplorable,
émaillé de fautes). Rien n'est plus ridicule que de parler latin en classe, d’enseigaer les vers latins quand on ne touche même pas à la versification française, d'exercer la mémoire avoc des textes grecs quand les chefs-d’œuvre français sont là; la philosophie devrait aussi être enseignée en français afin de former l'élève à la discussion dans sa langue maternelle.
L’'anglais est de première nécessité : il faut que l'élève apprenne à le parler couramment.
Quant aux langues mortes, il en faut puisque tout le monde le dit: mais il est grandement temps qu’elles cèdent le pas aux langues vivantes. Le latin, après tout, est une langue scientifique et ecclésiastique ; mais le grec ?
Nous voudrions aussi que certaines conuaissances pratiques, comme le calcul, la comptabilité, et même la sténographie deviennent des habitudes chez l’élève du cours classique ; ces connaissances sont facilement acquises, et sont plus qu'utiles.
Il y a une manière pratique d'enseigner les sciences, ainsi que l’histoire, la géographie et la littérature. Ces trois dernières matières sont déplorablement négligées et fulsifiées, dans nos collèges classiques. En littérature il n’y 'a qu'un siècle ; les romantiques sont des imbéciies, ies philosophes du XVille siècie des
idiots, les créateurs de la langue des inconnus :
les Français n'ont ea du génie que pendant
soixante ans ; avant et après, ils n’ont produit que des œuvres aussi faibles qu’impies
Voilà ce qu’on nous a enseigné, ce jue l’on continue d'enseigner. C'est dégoûtu t' Et le malheur c'est que l'élève n'arrive même pas à apprécier le siècle de Louis XIV {que nous trouvons admirable mais non pas unique), tellement il lui esv. maladroitement présenté. En histoire, même étroitesse : Clovis, dont le baptême n’a été qu'une ruse et la vie qu’une suite de cruautés barbares, passe pour un roi très chrétien ; Lous XI, qui a tant fait pour l’unité de la France en détruisant ia féodalité, n’est connu que par ses crimes ; Louis XIV, cela va sans dire, est le Grand d’un bout à l’autre de son règne ; le corrompu de Louis XV est le roi Bien-Aimé; et que d’autres, sans compter la Révolution Française! De plus, on n’insiste pas assez sur la philosophie de l’histoire, sur les leçons à tirer de l'histoire: que disje, on u’insiste past On n’exige même pas une connaissance suffisante des faits : un pâle résumé, appris à la hâte et fortement truffé de dates, suffit à l'examen. En géographie, c'est pis encore : on abandonne cette étude après la classe de méthode, et nul n’est plus ignorant en géographie qu’un élève du cours classique, s’il ne l’a pas étudiée par lui-même ; le fait à été constaté mille fois. La gévgraphie est pourtant hautement pratique et susceptible de tous les développements: on
peut commencer par la géographie élémentaire, puis le tracé des cartes et l’observation de la nature, pour en arriver à la géologie, à la cosmographie et enfin à la géographie sociale ou l'influence du milieu sur l'individu. Cela existe à l’état débauche dans nos collèges: mais il manque un système logique et effectif. La géographie +ociale, la plus importante à notre avis, y est d’ailleurs absolument inconnue.
Pour les sciences, nous voudrions que la chimie et la physique marchent de pair avec des nvtions de médecine et de génie civil ; que la philosophie morale et les questions légales, qui en découlent, soient enseignées ensemble ; que la géométrie et les mathématiques soient envisagées surtcut comme raisonnement. ..
En un mot, nous voudrions que tous ces magaïfiques ornements deviennent des meub'es utiles et pratiques.
Mis ce qui importe surtout, c'est la forma.
tion du caractère.
Nous ne voulons pas insister sur les mœurs de nos collèges : car la question est délicate. Nous nous élevons fortement cependant contre l'intimité trop grande qui peut exister entre le maître et l'élève, et les abus fréquents auxquelles elle donne lieu. Le pensionnat développe chez l'enfant, surtout quand il est grand, des habitudes plus vicieuses que le vice même c’est un tort qu'ont les professeurs d’insister auprès des parents pour qu’ils envoient leurs
‘ils au pensionnat, Il n’est certes pas bon pour tour.
Mais ce qui manque surtout aux élèves, ce sur quoi nous voulons insister très spéciale ment, c’est: une formation adaptée à notre midiou et à notre vie sociale.
Condorcet disait, et bien d’autres l’ont répété après lui: il faut une éducation « fondée sur la connaissance de notre condition sociale.n Or la vie en Amérique est éminemment cette vie intense dont on a parlé et qui requiert de ceux qui ont à la vivre nne qualité qui en résume une foule: L'INITIATIVE.
Qu'est-ce que l'initiative? Un auteur anglais l'a parfaitement définie : éo do the right thing without being told. Voila ce que nos col lèges olassiques ne nous apprennent pas : faire ce qu'il faut faire sans qu'on soit obligé de nous de dire. Et nous le répétons, l'initiative est une qualité indispensable dans un milieu où l'élément anglo-saxon est en force, parce qu’elle est indispensable pour vaincre dans ce struggle for life qui est le caractéristique des sociétés anglo saxonnes, E
Niera-t-on que nous manquons d'initiative Que fait le jeune homme qui sort du cours classique? S'il n'a pas de revenus personnels, il se cherche une influence qui le pousse et l'aide à réussir dans une profession. Qui de pousse... c'est le mot consacré et il est énergique :
le jeune homme en question ne marche
pas, il ést poussé, Si son oncle est avocat, il sera avocat ; si son père est médecin, il sera médecin ; les exceptions sont rares et dues à la nécessité. Ceux qui n'ont ni influence, ni revenar, végètent : pourquoi ? parce qu'ils n’ont pas appris, aux collèges classiques, à commencer eux-mêmes et par eux-mêmes une œuvre quelconque ; ils ne peuvent que continusr celle d’un autre. Et si l’on vent une comparaison plus : triviale et plus claire, ils peuvent fort bien mâcher ure touchée de viande, pourvu qu'on ls leur mette sous la dent,
Eu somme nous voudrions, dans ‘+ cours classique, tvois réformes principales :
lo. L'enseignement des connaissances pratiques et des langues vivantes ;
20. L'enseignement pratique et loyal des scie”ces et des arts ;