LA VOIX D'UN EXILE
C'est !e recueil qui suit immédiatement Mes Loisirs. . Mais comme il dénote une préoccupation différente chez l’auteur! On sent que quelque chose est changé dans :« vie, que son âme à subi l'influence des évènements et des imprévus de l'existence, que le poète sent en lui-même un appel nouveau, instinctif, auquel il va obéir, — aveuglément. Disons de suite, pour ceux que le titre de ce recueil eftraie — car il doit yen avoir encore quelques-uns — que de cette obéissance aveugle à l'inspiration naîtront simultanément une grande puissance pathétique et une force violente et emportée.
Je ne veux ni faire de l’histoire politique, ni racunter la vie privée des auteurs que j'étudie.
C'est pour moi une règle invariable de juger l’auteur à son œuvre seulement et de négliger l'actualité qui passe pour m'attacher à la pen. sée générale et à la forme. Aussi en lisant la Voix d'un Exilé, j'oublie à qui ces vers étaient adressés, et je suis ravi d'y voir si largement exprimés des sentiments de patriotisme, d'y sentir frémir un courroux ardent, une superbe colère. Qu'il me suffise de rappeler — pour
68) it Mes CCUpait que ue son et des ent en auquel suite, raie — uns — ration
ssance tée.
que, ni tudie.
juger gliger
mettre le lecteur un peu au courant — qu'après avoir subi un échec dans la division électorale de Lévis, M. Fréchette se retira à Chicago ; c'est là qu'il composa les trois années de son recueil. Il y exprime toute l'indignation qu'il ressent contre le gouvernement de Sir G.-E Cartier : il est p- rinis de différer d'opinion avec lui. Mais, encore un fois, nous ne nous occupons que du poète et non pas de ses opinions poliriques.
La Voix d'un Exilé est un recueil quasi légendaire. 11 suscita, lors de sa publication, et même longtemps après, les critiques les plus haineuses, les plus absolus démentis. Cités partout, les vers de ce petit livre ont été donnés comme des exemples de la violence la moins excusable et comme des critériums de mauvais goût et de fausseté ; car on faisait aller de pair les deux accusations. Non seulement on niait, mais on critiquait
Si l’on veut avoir une idée de ce que pensaient de ce livre les écrivains d’alors, on peut rulire quelques pages des Guépes Canadiennes, où un patient compilateur a réuni les piquantes critiques que nos littérateurs des dernières générations se sont si généreusement servies les uns aux autres. C'était, avouons-le, un plaisant moyen de critique que de trouver tout ridicule ou mauvais chez l’auteur étudié. Dans les spécimens que nous présentent les Guépes Canadiennes, chaque mot est
passé à la loupe, chaque adjectif est obligé
de montrer son passeport ; on fouille les verbes comme s'ils étaient des contrebandiers, et mal heur à qui n'est pas en règle! Sil fallait étudier l’œuvre des classiques avec cette étroitesse méticuleuse, comme on pourrait les abîmer, ces pauvres génies ! Car avec cette méthode “’analyser un ouvrage tous les moyens sont bons ; nous sommes en pleine Terreur littéraire et tout soupçon est une accusation prouvée. u iiren son mouchoir," comme le dit plaisamment un des garçons de Cyrano, 1 c’est tirer son linceul.s
Les Guêpes C'anadiennes sont cependant un curieux monument littéraire qui prouver à nos arrière-petits-neveux que nos écrivains ont pu dépenser beaucoup d’esprit et de talent pour se prouver les uns aux autres quils en manquaient. Avouons, d’ailleurs, qu’ils ont un peu manqué d’esprit de tant en avoir à leurs dépens et qu’on peut regretter qu'ils ne l’aient pas mieux employé. La critique littéraire ne consiste pas à guetter un auteur et à s’efforcer
de le prendre en faute le plus souvent possible ; mais bien à dégager la partie générale d’une œuvre, à en faire voir les beautés ou l'utilité, car il y a des œuvres qui sont belles et il y en a qui sont utiles ; ne méprisons ni les unes ni les au. tres. Il est des heures dans la vie où nous sa
vons gré à nos lectures de n'être que belles, et
st obligé es verbes , tt mal lait étuétroitesse mer, ces de *’anant bons ; éraire et ée. ui:
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LOUIS FRÉCHETTE de nous enlever au-dessus du terre-à-terre éminemment utile de l'existence.
Toutefois, si l’on se reporte au temps où ces critiques étaient de mise,-—car il y a aussi la mode littéraire, —et si l’on tient compte âe cette excessive sévérité en face d'œuvres parfaitement innocentes, on comprendra comment l’Honorable Juge Kouthier—ans une polémique fameuse dont nous aurons plus tard l'occa. sion de parler-—a pu dire de La Voix d'un Erilé : ‘* Mépris des institutions monarchiques, mépris de ros h:mmes publics, inépris de notre clergé, excitation à la révolte, appel à la révo. lution, justification de l'assassinat politique, voilà les funestes enseignements qu'on y trouve.” (Nouveau Monde, le 13 décembre, 1871).
Cela fait sourire aujourd’hui ; les institutions movarchiques nous deviennent de plus en plus indifférentes ; les hommes publics qui étaient alors en cause sont oubliés ou jugés ; quant aux accusations de mépris du clergé, d'appel à la révolution...., il suffit de lireLa Voix d'un Exvlé pour se convaincre qu’elles sont bien exagérées. Un poète fiuit toujours par avoir raison : quand les causes politiques ou sociales qui ont un instant empêché le plein succès de son œuvre, disparaissent dans la nuit du passé, la beauté triomphante de son vers demeure encore, plus forte que le temp: et les injures.
Il est devenu dificile de se procurer Lu voir d'un Exvlé : l'édition est épuisée depuis long
temps, et on m'a même assuré que l’auteur lui. même a redemandé tout ce qui en restait, parce qu'il y regrettait certains écarts de langag. J'’ignoré absolument ce qui <n est Je ne sache pas cependant que M. Fréchette ait désavoué publiquement les opinions violentes qu’il émettait dans ces quelques poèmes. En 1871, M.
Fréchette en parlant de la Voix d'un Exilé, di. sait y avoir “stigmatisé la conduite de nos hommes d’Etat infidèles à leur mission” ; il disait ailleurs que le livre “tait dirigé ‘contre nos mi. nistres et contre quelques-uns des hommes fiétris dont ils s’entouraient *’ ; enfin, il employait à sa défense cet argument décisif : “Notre gouvernement est-1l responsable, oui ou non ? s’il est responsable, j'ai donc le droit de le désap
prouver et de le dénoncer au peuple”. Enfin, il niait énergiquement d’avoir eu “l'intention d’accuser le clergé en général” ; il en voulait simplement à l’école “ politico-religieuse ” qui mêlait sans hésiter les questions religieuses et les questions politiques. L'avenir a prouvé
éioquemment combien le poète avait raison d’en
vouloir à cette école.
M. Fréchette défendait également la forme de ses vers ; il rappelait les traits emportés et violents du grand polémiste dont s’inspiraient ses adversaires (Louis Veuillot), et avec raison il trouvait que ses vers étaient des modèles de “mansuétude et de bon ton” comparés aux œuvres ‘du grand défenseur de l'arche d'alliance”.
eur luiait, parlangag-.
ne sache lésavoué lil émet- 871, M.
jxilé, di- 108 homl disait nos mi:
mes flénployait tre gouon ? s’il ” désap Enfiv, itention voulait e”” qui uses et prouvé on d’en
forme rtés et iraient raison èles de ux œu-
iance”.
Et ailleurs : ‘ T1 y a de rudes choses dans la Voix dun Exilé.... La phrase n'y est pas toujours musquée ; le vers ne s’y présente pas toujurs en gants blancs. Enfin, ce n’est pas de la poésie de salon et, — je ne le contesterai
* pas.—c'est peut-être mauvais genre. ...” Mais pa: pe 8
il s’en excusait aussitôt, mettant le tout à la charge de son ‘“indignation ”, et trouvait ailleurs des analogies qui le justifiaient. Cependant, dans ce recueil des Guépes Canadi-nnes (Deuxième Série, 1883), ous trouvons à propos de la Voix d'un Erxilé, la note suivante :
“J'ai le regret d'annoncer à mes souscripteurs que l’auteur, M. Fréchette, m'ayant exprimé le désir de ne pas dunner suite, du moins pour le présent, à ma promesse de publier dans ce volume, cette ‘‘guêpe politique”, j’ai dû céder à son dé“ir par simple délicatesse. —Euc. LAPERRIÈRE.”
Il semble donc évident que si M. Fréchette ne désavouait pas les opinions exprimées dans la Voix d'un Exilé, cependant il n’en désirait pas la publication, ‘au moins pour le moment”.
J'ai retrouvé les trois poèmes que comprend le recueil dans une vieille brochure à la Bibliothèque du Parlement, à Ottawa. Il peut se faire que je sois d'une nature différente de celle des auteurs qui ont si ardemment critiqué la Voix d'un Exilé; mais j'ai cru me convaincre une fois de plus de la profonde influence des années, et aussi de l'influence d’une nouvelle
LOUIS FRÉCHETTE génération, —sur les opinions littéraires. Tout le côté politique des poèmes m'échappe ; je n’y attache plus aucune importance. La violence des attaques ne m'apparaît plus qu’à travers le voile d’une colère magnifique, d’une poésie éclatante Que m'importe que le poète ait mécon nu la confédération ? Toutes les réformes ont trouvé des mécontents, Est.ce à moi de chercher si le poète poursuivait une vengeance per scnnelle, ou encore si l'exil de M. Fréchette aux Etats-Unis était une fuite ? Tout cela est loin ; et il est bien vrai de dire que les faits 2omptent peu dans l4 vie d’un auteur, quand on l'examine à distance ! Ce sont des influences qui agissent sur son talent, at dirigent son ima gination : voilà tout ! Pour moi, égoïste lecteur qui ai trouvé en la Voix d'un Erilé, de si solides et si éclatantes beautés, que la violer.ce même de certaines attaques a presque charmé en raison du sentiment poétique toujours plus fort, je me félicite de l'échec de M. Fréchette dans la bienveillante division de Jévis ; je suis heureux qu’il ait cru bon de fuir — si l’on y tient—aux Etats-Unis, puisque cet échec et cette fuite nous ont valu de si beaux vers.
La pensée ! voilà tout ce qui demeure des luttes et des conflits du passé ; exprimez cette pensée en strophes superbes, plongez-la dans le métal bouillant de la poésie, elle en ressortira, étinvelante et lumineuse ; elle brillera dans l’histoire littéraire, comme ces belles statues
Tout ; je n'y violence avers le ie éclamécon nes ont le cherce per tte aux st loin ; compand on luences on ima te lec- , de si ioler. ce charmé rs plus échette je suis l'on y hec et
re des , cette jans le ortira, , dans tatues
d’or, qui s’épanouissent au faîte des antiques cathédrales.
On a été injuste pour la Voix d'un Exilé ; on n’y a vu que le côté politique, le côté mesquin et étroit, surtout lorsqu'il s’agit d’un poëte. Et c'est parce que je le pense, que j'aurai le courage de le dire.
Je regrette que ce recueil soit devenu quasi: introuvable ; il occupe dans l'œuvre de M.
Fréchette, pour le moins autant de place que les Châtiments dans l’œuvre de V. Hugo — ces Châtiments où le terme possible de la violence semble être dépasré et que cependant Alexan.
dre Dumas fils, en pleine Académie Françnise qualifiait d'u admirables ; car la colère est une des formes du génie. Si l’on n’a pas lu lu Voix d'un Exilé, un ne saurait porter sur l’œuvre du poète un jugement complet ; ce recueil marque un momer:t décisif de sa vie, il nous découvre un des coins ubscurs de son âme ; dépouillons uus préjugés — je m'adresse à ceux qui en ont, — oublions tout ce qui & été dit de la Voix d'un Exilé par des gens qui se pâmaient d’admiration devant un auteur nui n’a pas hésité à écrire les C'ouleuvres, ce lexique de l'injure et de l’outrance. Je regrette — et je pèse ici toutes mes paroles — que ce livre soit devenu si rare : il contient peut-être quelquesuns des plus beaux vers que nous ayons écrits au Canarña, et ceux qui peuvent juger un poème à un autre point de vue qu’au point de vue
étroit du pamphlet politique, me l’accorderont sans peine. Je ne veux rien suggérer de précis, mais je crois que la Voix d'un Exilé devrait être lu par tous ceux qui lisent nos poètes canadiens, et je crois qu’on devrait s'occuper de remettre le volume en circulation. Le temps des luttes est passé, les vieilles rancunes sont éteintes ; le poème ne s’en lirait que mieux. E+sayons au moins d’en donner une idée.
M. Fréchette a placé en tête de la première Partie, ces paroles de Papineau: » Ceux qui aujourd’hui s’exilent en si grand nombre, parce que le dégoût pour les hommes et les mesures actuelles les pousse à aller respirer un air plus pur, disent à l'étranger quels sont les stigmates que le colon porte au front..." Ces paroles contiennent en substance la Voix d'un Exilé:
la notion de l’exile, le dégoût d’une œuvre politique, le désir d’an air plus pur, et la satisfaction de le trouver, compliqué du regret douloureux qu’inspire une patrie dont on plaint le sort.
La Première Année du recueil est dédiée aux libéraux du Canada.
L'auteur à quitté sa patrie; il voudrait l’exalter, la chanter en son cœur, mais elle est entre des mains impures qui la sovillent :
Toi, ma patrie, aux mains d'une bande sordide
Haletante d'effroi — vierge pure et candide Qu'on traine dans un mauvais lieu.
orderont de pré- Erilé deos poètes s'occuper on. Le rancunes le mieux.
idée.
première jeux qui re, parce mesures air plus tigmates | paroles à Exilé:
ivre posatisfacdouloulaint le
diée aux roudrait
elle est t:
ide
Et si cette image, à la fois si tendre et si violente a pu être inspirée par le fameux vers de Hugo, sur la nuit : ; Qui se rhabille après s'être prostituée.
(Châtiments)
M. Fréchette a su relever l'image et la transformer, en y introduisant ce sentiment de tendre regret, ‘vierge pure et candide”. Cependant ce tableau de lu patrie outragée se continue avec une indignation splendide : c’est le vieux drapeau qui sert de tapis vert à des bandits ; ils troquent leur patrie et leur conscience “contre un ignoble parchemin n, et tendent « des pièges aux croyances du peuple n ;
Ils baillonnent la loi pour la mieux violer.
et:le poète continue en des vers a’ure violence— outrée si l’on veut — mais d’une merveilleuse colère poétique ; on sent que son cœur déborde de fureur ; c’est un sauvage élan qui a sa grandeur. Il jette tout à-coup, en un dernier cri, la suprême accusation :
Ils ont éclaboussé tous vos frants immortels.
Puis au comble de l’indignation, épuisé par l'effort même de cette aveugle passion, il cherche ailleurs un spectacle qui le consolera des horreurs qu'il vient d’entrevoir, et le passé se lève devant lui. Ici tout le monde peut lire, même les plus scrupuleusement délicats ; et dites-moi si les vers qui suivent ne sont pas admirables :
O Papineau, Viger, patriotes sublimes !
Lorimier, Cardinal, Chenier, nobles victimes !
Qu'êtes-vous devenus, héros cent fois bénis ?
Vous qui, sur l'échafaud, portiez vos fronts sans t [ch
Vous qui teigniez de sang les murs de Saint-Eust Vous qui mourr'ez à Saint-Denis ? 33
Comme on sent que tout cela a jailli de l’ me, et quelle émotion ! quelle force ! quell megoifique tendresse ! Ah! celui qui à écri cette etrophe est vraiment un poète, et J/.
Loisirs ne nous avaient Pas trompés, Aprè cet appel suprême aux ombres du Pusvé, apré l'illusion de leur consolante présence, la réalit surgit de nouveau aux yeux du puète, et il l'ex prime en un cri sublime :
Lis ne se vendaient ras, ; 4 x-là !
Ce vers peut sembler froid à l'analyse ; lisez 1 Voix d'un Exilé, je défie le plus calme d’entr vous de demeurer insensible. Le cœur du poèt. exhale une dernière plainte :
Maintenant du passé Ja grande ombre qui pleure Jette un regar * amer vers le sombre avenir.
et son ardeur se tourne vers des hor:zons nou veaux. Il salue la terre qui le reçoit, en vers plus calmes, mais d’une précision remarquable. L'âme américaine f’est-elle pas résumée dans la strophe suivante:
Là, Washington jeta la semence féconde Qui, principe puissant, fera du nouveau monde Le vrai berceau du genre humain Là, point de rois ventrus ! point de noblesses nées, Par ie mérile seul lés tètes couronnees Vers le progrès divin marchent à pas géants.
times !
énis ?
onis sans ta- [che!
Saint-Eusta- [che!
ailli de l’â.
rce ! quelle qui a écrit te, et Mes Dés. Après ussé, après e, la réalité Le, et il l’ex-
se ; lisez lu me d’entre ur du poète
ai pleure nir.….
:ZODS Nouit, en vers marquable, amée dans
monde sses nées,
als.
Relisez et pesez les mots : j'avoue que rois ventrus est une façon cavalière de qualifier les rois que l'oisiveté engraisse, et que les #étes qui marchent... ont dû amener un sourire sur les lèvres de nos bons amis des Guépes Canadiennes. Mais la strophe n’en est pas moins riche et substantielle,
La Première année se termine par un cri de courageux espoir: Vous êtes peu nombreux, libéraux de mon pays, mais qu'importe ?
Songez que Jesus-Christ n'avait que douze apôtres, El qu'ils ont conquis l'univers.
Nous verrons le jour du réveil, le jour de la vengeance bénie :
La voix des opprimés s'éleve grandissante.
Demain les nations, Ô lib rte puissante !
En pliant le genou, salueront ton soil.
Il est inutile de rien ajouter à ces vers pour ceux qui n’en sentent point toute la beauté ; il y a certaines sensations qu'on ne saurait commenter, et ce n’est pas l'analyse, si subtile qu’elle soit, ci y ajoutera rien. J'ai lu la Voix d'un Exilé avec une émotion réelle ; et je me contente d'en raconter la suite, simplement, telle que je l’ai comprise.
Dans la Seconde Année, au début, nous retrouvons le pnète de la nature que nous avons connu dans es Loisirs.
J'interroge l'immensité…
dit le poète, et nous savons quelles réponses il
y sait trouver. Mais son cœur brisé — car i y à de la souffrance dans ces vers — se reports toujours vers sa patrie, et je voudrais citer Je: accents admirables qu’elle lui inspire : la pa trie, n dont le souvenir est mieux gravé dans l’âme que dans le bronze et le granit», la pa trie qui fait les héros,
Toi qui fis Jeanne d’Arc d’une humble jeune fille. Toi qui peuples le Pantheon.…
et toi aussi n qui fais pleurer l’exilé n : sentez. vous toute l’exquise beauté, toute l'émotion de cette note pertonnelle quise glisse au milieu d’élans si nobles... Vous toue, qui voulez con. naître les œuvres canadieunes, lisez la Voix d'un Exilé: c'est là que vous trouverez de la poésie, —et de l’âme. Ily a sans doute un excès de violence, qui surprend même les indifférents ; mais n'oublions pas que toute cette poésie tombait des lèvres d’un poète malheureux, perdu dans un pays incornu sans autre abri que sa douloureuse solitude, et qu’il n’est pas étonnant qu'il se soit trouvé des larmes amères parmi celles que versaient les yeux de l’exilé. La souffrance toujours enfante des œuvres violentes, maiy quelquefois elle leur donne un suprême cachet de beauté.
Le poète, cependant, s’arrache au spectacle lointain de sa patrie : ;
Le clairon du devoir a sonné dns mon rêve...
Et il répond à cet appel avec emportement,
sé — car ii -se reporte is citer Jes ire: la pagravé dans it ÜA la pa-
eune fille.
“: sentezmotion de au milieu voulez conz la Voix erez de la doute un me les intoute cette e malheuans autre qu’il n’est es larmes y yeux de fante des elle leur
spectacle
ve...
Jortement,
mais aussi ac une ample ar toute tragiqu® :
Je viens pour commencé: l'eeuvre du lendemain !
Vengeur, j'ai sous les Yeux un immortel exemple: J'ai vu l'Homme de Paix sur les dalles du Temple Terrible et le fouet à la main.
Qui donc osera dire que cela n’est point beau ?... Tl accable ensuit: le gouvernement qu’il attuque, et avec une aveugle fureur — on voit que j’emploie souvent ce qualificatif — il expose tous ses griefs ; c’est la partie la plus sanglante du poème, mais il y passe un souffle de poésie qui a une étrangs et furieuse beauté. Oa y trouve ce vers si pénétrant, qui est un bel appel au repentir :
Si le regret de l’âme est un soulier qui blesse.
Enfin le poème se termine par une nouvelle vision de l’avenir, qui lui montre les coupables coufondus, et sur la muraille prophétique
Un doigt sombre écrivant: Mane-Thécel Pharès !
La troisième et d: rnière pièce du recueil est consacrée à l'assassinat de d'Arcy McGee, que le poète appelle ï« le premier coup de foudre n. Cette pièce est imprudente, je l'avoue, et, bien que M. Fréchette n’y, approuve pas directement le crime du coupable, il lui accorde une signifisation dangereuse. Il y fait cependant l'éloge de celni qui est mort:
Cet homme était choisi pour planer sur ja fouie…
mais il a cédé à la séduction des honneurs et de l'argent.
Le crime fait glisser sur la pente du crime...
Voilà comment l’auteur excuse (?) l’ussassi ou mieux explique ce que d’ailleurs il appel son crime ; et il ajoute, en s'adressant aux co lègues de la victime, avec une splendeur digr de tout le recueil :
Hâtez-vous! conjurez l'orage populaire !.
Un surt terrible attend des courtisans des rois, Quand le peuple n’a plus dans sa juste colère, Qu'ur poignard pour venger ses droits !
Telle est la Voix d'un Exilé. Quoiqu'on « puisse dire, elle est d’une incontestable beauts le sentiment — patriotisme, amour, haine — atteint souvent la plénitude de son ex pressior les vers sont marqués du sceau sublime d'u:
inspiration palpitante, en proie à une tortu: morale, qu’il est impossible de ne pas plaind du fond du cœur ; enfin, le poète s'y révè tout entier avec son magoifique orgueil, sa do leur pénétrante, son patriotisme exalté, sc âme fortement éprouvée.
Après la Voix d'un Exilé, on peut dire to:
ce qu'on voudra de M. Fréchette: mais on 1 peut plus nier qu’il soit poète, Uar son vers pénétré plus loin que la nature et la sensatic intime de toutes les heures : il a éclairé un d
abîmes de l'âme d’un rayon fulgurant et ter:
ime..
) l'assassin, rs il appelle
ant aux coladeur digne
rois, colère, !
juoïqu'on en able beauté ; , haine — y expression ; blime d'une une torture as plaindre > s'y révèle ueil, sa Jouexalté, son
it dire tout mais on ne r son vers à la sensation lairé un des nt et terri-
Pé'e-Méle (1877) ; Les Fleurs Boréales (1381) ; Les Oiseaux de Neige (1881).
Ces trois recusils vont ensemble. Les Æ/eurs Boréales et les Oiseaux de Neige ont paru en un seul volume, que couronna l’Académie Française, au grand dépit de quelques rivaux moins heureux ; et le vo'ume contient toutes les pie: ces que M. Fréchette avait publiées sous le titre de Péle Méle.
Au reste, ils accusent même tendance et mêmes moyens de l'assurer ; les Oiseaux de Neige sont des Fleurs Boréales, mises en sonnets, et c’est cette seule difference du rythme qui les distingue ; il convient d'ajouter cependant que le sonnet exig-ant nne condensation rigoureuse de la pensée, une sobriété rég'ée dans l’expression, nous pouvons chercher quelle influence cette nécessité poétique à produite sur le poète ; et, pour en arriver là, il vaut mieux étudi r chaque partie du recueil séparément.
Ce que nous fai-ons en commençant par les Fleurs Boréales.
Que savons-nous jusqu'a présent de M. Fréchotte ?
Nous savons que M. Fréchette a une âme di poète, âme capable des plus vislents sentiments quand elle vient en contact avec les circonstan ces douloureuses de la vie ; et nous savons qu le poète, doué d’une sensibilité développée, com prend la nature à sa façon et le muet langagi des sensativns intimes.
Disons de suite que dans le recueii don nous nous occupons, nous retrouvons tout cela mais à l’état de fusion : ainsi la violence di sentiment et la faculté de la perception in térieure des sensations multiples de l'être s’u nissent ensemble pour furmer cette belle fleut de la poésie : la mélancolie :
De même, l'amant de la nature y trouve une nouvelle forme de son talent, qui est ce que j'appellerai, faute de trouver mieux, la descrip tion locale ;
Encore, la sensibilité du poète trouve, à l'en tour d'elle-même, des points où se poser ; elle \ devient amitié ou affection et rous observon: chez l’auteur le début de cette source d’inspira tion, qu'est l'intimité ;
Enfin, de la mélancolie qui éveille et stimule l'imagination, de la description qui lui donne des décors idéals, de la sensibilité épurée qui 1s dirige vers les sentiments les plus élevés, nait cette forme splendide de la poésie que l’on ob. serve déjà dans les Âeirs Boréaies, dans deux ou trois pièces : la forme épique.
une âme de
J'ai dit mélancolie.
sentiments, Lisez la pièce dédiée à Lusignan (Reminiscirconstan- cor), où le poète évoque la jeunesse et la joie savons que des jours envolés de leur auasi-bohême : oppée, com- Je pense au passé, beaux Jours de jeunesse, et langage Des illusions âge décevant,
Songe passager, t-mps de folle ivress®, Flot de poudre d'or qu'emporte le vent
ecueii dont
Lu pièce est une des plus délicieusement érnues qu’ait écrites M Fréchette: elle y éveille des souvenirs qui nous rappellent le livre de Mur-
s tout cela,
iolence du ception inl'être s’ubelle fleur
gr, ce poème étrange de tristesse et de bon-
heur, de jeunesse ensoleillée et de sombre re-
gret. Avec quel sentiment le poète évoque les
belles soirées où tous les jeunes amis, déjà au-
trouve une teurs, se lisaient leurs premières œuvres, tan
est ce que dis que mai venait n dorer leur chambre n ; où
la descrip- les jours, pleins de soleil, où ils allaient n aux
champs, surprendre les fleurs n et n guetter l’a-
uve, à l'en louette au bord des ruisseaux n; ce temps où
ils étaient nivres de désirs n, et comme il le dit si bien:
ser ; elle y
observons e d’inspira-
Où le seul bonheur de se sentir vivre Remplissait d'émoi nos cœurs jusqu'au bord.
Dans Seul, la mélancolie se fait plus amère ; c'est une impression de solitude, de " désert sans borne n, et le paysage est aride, n brûlé n par le soleil : 4 nulle herbe, nul gazon n. Tout cela engendre « un sombre dé espoir n, qui est de courte durée, Fieille Ifistoire est une jolie pièce ; elle a le ton des regrets presque joyeux,
et stimule lui donne urée qui la levés, nait 1e l’on obdans deux
où nous retrouvons encore un peu de la joie des bonheurs enfuis : souvenirs d ‘amour, # blondes années ! comme dit Je poète, tout cela évoque, comme en un rêve,
Le doux fantôme b'anc qui fut notre jeunesse !
Ce vere n'est-il pas pénétrant, et plein de choses délicieuses, Voyez encore Renouveau : tou te la première partie est empreinte d’une tendre mélancolie — cette fois, mélancolie vague et indécise, trouble de l'être au milieu de la mystérieuse nature, pleine de griseries qui enchantent et éuervent tout à la fois; quand la jeunesse a fui, que reste-til du rêve tant caressé ?
Quelques plumes, hélas! qui frissonnent encore Aux branches où le cœur avait bâti son nid.
On voit que le poète ressent bien ce qu’il dit ; que sa mélancolie n’est ni de la » rhétorique n, comme M. Jules Lemaître ponrrait être tenté de le dire — lui qui n°’ cru à la sinérité tragique de Maupassant, qu'après son irrémédiable folie, — ni non plus ce que Verlaine appelait, en des vers célèbre:, ‘de la littérature n. Chez M. Fréchette, ne l’oublions pas, les vers viennent toujours de l’âme.
J'ai dit description locale.
Et d’abord il est bon de voir comment l’auteur continue d'aimer et de peindre la nature. C'est Printemps, où dans ce rythme plein de vie qui lui est familier, il nous initie à tous les
menus détails du réveil de la nature; ce sont Les Pins, qui rappellent au poète un souvenir
de la joie ur, » blon-
tout celn personnel (voir dans Mes Loisirs); ce sont Nuit d'Eté, où encore une fois le poète se met a lui méme dans ses descriptions, mêle son âme “aux baisers du ventu, écoute à la fois le n de cho- chant des oiseaux et « les chœurs harmonieux eau: tou qu'ils éveillent en lui. Cs# n’est pas là, d'aill’une ten- leurs, ce que nous entendons par description lie vague locale : rien n’est au contraire plus fantasque ieu de la et plus irréel que le décor où se jouent nos rês qui en- ves. Îl importait seulement de noter que la quand la pature continuait toujours d’inspirer le poète. tant ca- Quelquefois, — nous y arrrivons enfin, — il s'impose ia description d’un paysage connu, et encore l'exactitude heureuse devient alors la nécessité id, du poème : il s'essaie à ce genre avec Forét caqu'il dit; nadienne, où se mêlent à la fantaisie quelques torique n, traits réels ; il y décrit tre tenté Tout ce qui dort, chante ou palpite... rité tra- ;
Suivons-le, afin de nous rendre compte de son
rrémédia- : £ observation, et d'y retrouver nos propres sens&
ine appe- é : k ; ture tions ; c'est 1 le profond silence des bois dorn.
u les vers nd.
Des flaques de lumière douce
Tombant des feuillages touffus, ent l’au- ou “la mare sombre aux reflets clairst, 1 les : nature. fauves parfums”, “les fraîches retraites : et plein de les 1 sombres allées «
\ tous les Sous les grands ormes chevelus,
les 1 profondeurs des taillis , les n vieux h tres u, les u pins centenaires nu... jusqu'a qu’enfin r-tentisse
Un sifflet de locomotive
On a l’impression, malgré quelqnes traits q sont là pour y être, d’une chose vue et sent: Lire également Wille Fleurs où A bord du Qu bec. Sur le Mississipi peut fort bien être u antre exemple de ce que j'ai appelé l’exactituc heureuse, qui consiste À décrire tel quel, et e même temps à dégager le charme propre d l'endroit décrit, afin de le peindre avec véit et avec grâce ; pour ceux qui ne connaissent | Mississipi que par la géographie, ce qui n’e: pas poétique à l’excè*, la pièce offre encore u certain plaisir : elle nous rappelle l’Ata/a d Chateaubriand, et elle ne s'en cache pas, ca elle évoque les ombres du vieux Chactas et d René.
J'ai dit intimités.
Et j'ai même subiivisé : amitié, affection. I y a des degrés à l'amitié, qui est faite d'estime de sympathie où l'admiration. C’est cette der nière qui nous à valu la pièce adressée au poèt. américain (Zongfellow), le « doux chantre d'E vangeline 4 qui va de l’autre côté des mers faire d’abondantes # moissons
De poemes ailes, de sublimes chansons Et de légendes parfumées.
(On voit toutefois que le poète s’oublie enco
“ vieux hé- . jusqu'à ce
8 traits qui "ue et sentie.
ord du Qué:
bien être un lexactitude quel, et en : propré de avec vérité nnaissent le ce qui n’est encore un l’Atala de he pas, car \actas et de
fisction. It e d'estime, ÿ cette der ée au poète huntre d'E mers faire
ons
ablie enco
re à unir deux ugures disparates : Jeisons, ailés, maix cela est plus rare que dans Hes Loi sirs).—C'e: v encure l'amitié, amitié d« +ympn. thie admirative, qui dicte les vers dédiés à 4. Pamphile Lemay : cette fois, l’auteur utilise un souvenir de ses lectures et reprend l’idée si ma gnifiquement développée par V. Hugo dans l'Ode à Lamartine (Feuilles d'automne) ; l'imitation n’y est pas servile, mais elle est, nécessairement, inférieure. Dans une autre pièce (A M. l'Abbé Tanguay), M. Fréchette trouve de beaux vers à l’airesse de celui qui a tiré de l'oubli les noms des hunsbles et des petits, et réparé L'ingratitude de l'Histoire !
Observons d’ailleurs que c’est une manière bien poétique d'envisager les choses, et le Dictionnaire Généaluyique a bien autre chose à faire que de réparer ies ingratitudes de l'Histoire ; les poètes ont le don de tout élever, et nos leur en savons gré. Il y a enfin la vraie amitié, celle qui existe pour la meilleure raison du morde, qui est de n’en pas avoir : ÆReminiscor que j’ai déjà cité nous donne une charmante i lée de la vie de deux amis et de leurs amusants déboires, que viennent consoler des rêves merveilleux
Les sentiments de la famille commencent aussi à se faire jour dans les vers du poète : mais ce n’est encore qu’une ébauche. L'imagi nation ne cherche que de temps à autre le re-
pos et le calme de la vie intime du u chez 80 On peut lire cependant les vers dédiés à 1 Filleul, quelques strouhes de Renouveau, fidèles souvenirs du Premier janvier, les st phes touchantes, quoique non exemptes d’, certaine banalité, de Sur sa Tombe. … ete clure qu'après les premiers jours de la vie, c’ dans ces joies douces et assurées qu'il faut ch cher le bonheur, et c’est souvent avec elles Que le cœur se refait un nid plus parfumé
J'ai dit forme épique.
Voilà un graud mot : mais puisqu'il y est, le laisse. Je trouve d’abord cette légende, : sez quelconque, intitulée L'Iroquoise, et que poète a écrite en 1861, quoiqu'il lait reto chée pour la publier dans le présent recuei elle me laisse bien froid, et c’est peut être a faute. On y trouve cependant une strophe d licieuse dont l’idée est empruntée à une d plus agréable pages de Châteaubriand. Evo tez chanter l’Indienne :
Te souv:ent-il encor de la brune Indienne
Dont la voix se mêlait, sonore, aérienne Aux mille murmures du soir,
Quand elle suspendait à la frèle liane,
Et balançait au vent sa mouvante nâgane,
Berceau d'un guerr'er à l'œil noir ?
Le reste du poème se ressent de l'inexpérienc des premières années ; l'auteur en a corrigé le parties les plus saillantes, mais n’a pu fair complètement disparaître le ton un peu gauch du récit. J'aime mieux lire les deux belles piè
u “ chez soi n, lédiés à Mon nouveau, de der, les stroemptes d’ane Æ.... et conle la vie, c'est u’il faut chervec elles
parfumé
qu'il y est, je légende, asse, et que le l'ait retouent recueil ; eut être ma > strophe dé à une des and. Evou-
dienne enne
ne, igane, oir ?
nexpérience , corrigé les a pu faire peu gauche « belles piè-
ces qu'il a con«acrées à La Découverte du Mis. sissipi et à Papineau ; ce sont les deux pièces les plus importantes du recueil, et c'est en elles que l’on sent en germe cette faculté que j'ai appelée la faculté épique.
La Découverte du Mississipi débute par une description majestueuse et qui est d’un grand effet :
Le grand fleuve dormait couché dans la savane, Dans les lointains brumeux passaient en caravane De farouches troupeaux d'elans et de bisons.…
et plus loin, une ingénieuse comparaison :
Comme un reptile immense au soleil engourdi,
le vieux fleuve, “ vierge encore de servage n (ce not n’est pas heureux, mais il est nécessaire pour la rime d’abord et ensuite pour nous aver tir que le Mississipi nous est décrit avant sa découverte) Déployait ses anneaux de rivage en rivage Jusques aux golfes du Midi.
La description se poursuit ainsi; tout-à-coup, par une belle et soudaine inspiration, le poète jette un cri de joie et d’admiration :
dolliet! Jolliet ! quel spectacle féerique (?) but frapper ton regard...
C'est d’un bel «ffet, malgré l'épithète ; et le découvreur nous asparaît avec toute la myatérieuse puissance de l'imprévu C'est ainsi, c’est lui qui nous l’apprend, que le poète a revu la scène lointaine où Jolliet entrevit pour
la première fois le grand fleuve : qne de cho depuis ! que d'évènements ! l’âme du poète,
mués par ce beau spectacle, mêle à l’histo des temps la timide histoire de son extase : « voit, sur les rives du flsuve, fintter de n du fantômes n... puis, le souvenir du sol ca:
dien s’éveille plus fort... Là aussi parur d'intrépides décuuvreurs qni ont accompli n
grands travaux n de l’humamté : et, —- qu que l’union des deux pensées ne soit pas d ne logique parfaite — l’auteur conclut a:
force, en parlant du Canada :
Quand je pèse la part que le ciel t'a donnée,
Les yeux sur l'avenir, terre pr'destinée,
J'ai foi dans tes destins nouveaux.
La pièce dans son ensemble, est belle ; ot remarquera, surtout au début, un certain 80 fle inaccoutumé, un vers plus sonore et p ample, marquant une vision qui agrandit lot considéré, qui en exagère magnifiquement proportions : c'est par là, croyons nous, que pièce a des tendances épiques.
Papineau x de plus, pour nous, le mér d’exalter un de nos grands hommes et de ch:
ter l’histoire de notre pays. Le souffle épi y passe quelquefois, c’est à-dire cette évocati puissante et quasi surhumaine d’un fait hist que,—ou d’une légende, —ou de l’un et de l’:
tre confondus. On sait que Papineau est u des figures de notre histoire qui a le plus exc l’admiration de M. Fréchette : la pièce qu'il
qne de choses du poète, re- > à l’histoire n extase : elle r de n doux lu sol canaissi parurent wcompli n les ; et, —- quoisoit pas d’uconclut avec
donnée,
inee,
iux.
t belle; on y certain soufnore et plus grandit l’objet fiquement les nous, que la
as, le mérite s et de chanouffle épique tte évocation n fait historian et de l’aueau est ure le plus excité pièce qu'il lui
LOUIS FRÉCHETTE consacre, dans les Fleurs Boréales, s'en ressent. Papineau y est un héros plus grand que nature, et par cela même, épique. Le poète nous le mon tre, seul resté debout, de tous ceux
Qui défendaient jadis notre droit menace,
et ‘calmen quoique “fatigué” par son imwense labeur. il laisse son regard « plonger dans l'avenir “. Il n’écoute pas les 1 bruits de notre époque ‘!, et sa vieillesse se cuntente de u cultiver des fleurs : ; par une antithèse plusieurs fois réptée, et d’un effet peut-être trop voulu, l’auteur oppose à la vie calme de ces derniers jours, ‘les éclats triomphants et … les sublimes co'ères ‘ de ses luttes. Le héros attend la mort, comme le vieillard de Victor Hugo, dans les Quatre Vents de l'Esprit, en regardant le soleil couchant.
Tout un monle endormi s'éveillait dans un rêve... Les n mystérieux échos du passé n lui rappel lent le temps où
Il avait entendu claquer dans la tempète Le drapeau de la liberté !
Ensuite ce sont 1 les longs jours d’exil ", les “ chagrins du vaincu «, tous les lambeaux de sa vie.... puis il meurt, mais aussitôt l’immorta lité commence pour lui
Ce n'était pas la mort, c'était l'apotheose !..
et voyez quelle épitaphe émue et souveraine le poète a gravée sur sa tombe :
C'est presque un siècle entier qui dort là; car cel Qui mit sur Papinean la dalle mortuaire, Avait envelopjé dans le même suaire
Tout un passé mort avec lui, Ii fut toute une époque, et longtemps notre race N'eut que sa voix pour glaive, et son corps pour cu
[rass Courbons-nous d'ne devant ce preux des jours an-
ciens
S'il ne partagea point nos croyances augustes,
N'oublions pas qu'il fut juste parmi les justes Et le plus grand parmi les siens !
Cependant, s1 nous pouvons diviser ainsi que nous l’avons fait les sources d'inspiration aux quelles nous duvon: les Fleurs Boréales, il es urgent de remarquer qu’elles n'apparaissent pas parfaitement distinctes à la lecture. La mélancolie qui s'exprime avec abondance dans quelques pièces, a glissé sa plainte un peu par tout ; on sent qu'il s’est passé quelque chose depuis Mes Loisirs, et ce quelque chose, c'est La Voix d'un Exilé. On ne füit pas abstraction d’une œuvre aussi entière 3 mais si la souf france laisse dans l'âme une trace toujours sensible, elle la purifie et l'élève. Plus triste, la poésie de M. Fréchette devenait en même temps plus ample, plus puissante ; si nous ne retraous que dans quelques vers le souffle épique dont nous avons parlé, nous en sentons souvent la possibilité. Enfin, le poète de la nature se retrouve partout, avec cette préoccupation nou. velle, dans quelques pièces, de localiser la vision qui les lui inspire.
là ; car celui
otre race rps pour cui- . [rasse.
‘s jours an- [ciens.
gustes, justes
Tr ainsi que ation aux.
ales, il ext aissent pas La méance dans a peu par que chose hose, c’est s abstracsi la souf jours sentriste, la ème temps ne retra- He épique 18 souvent nature se ation nou.
er la vi-
LOUIS FRÉCHETTE 47 En somme, si l’on retrace, ici et là, ces nou veaux motifs de poésie, on en sent partont l'ia fluence ; il en est comme d’un bouquet, compo: sé de fleurs diftérentes, dont nous admirons les éclatantes couleurs une à une, mais dont le parfam multiple nous enivre, sans que nous puissions vraiment isolcr les senteurs propres à chaque fleur. &
On a pu voir, en outre, par les citations que nous avons données, tout ce que la forme du vers, à gagné en grâce, en facilité, en solidité même, sur Mes Loisirs. On pourrait attribuer au poète le vers d’Aifred de Vigny :
La note était plus juste et le souffle assuré (La Flüle)
L'auteur des Fleurs Boréales sait exprimer en un vers tout un petit poème ; il trouve d'heureuses comparaisons qui peignent, contrairement à celles de Mes Loisirs qui souvent ne taisaient que retarder le récit ; l'inutile abondance a presque disparu, et même quard le joè te nv dit rien, il dit avec beaucoup de charme.
Il y a, dans toute poésie, des vers qui sont substantiels, et nous y trouvons ce que les classiques appellent le pain de l'intelligence ; mais il y en à aussi, beaux et pleins 1’harmonie, qui ont tout juste autant de sigmfication qu’une mélodie ou qu’une berceuse. Ils n'éveillent qu'une sensation confuse, dites vous ; ile ne m'apportent que la jouissance superficielle de part: Alors pourquoi la musiqre ? pourquoi
LOUIS FRÉCHETTE certaines peintures? Il est des heures où je veux qu'être bercé ; ces juurs-là, je susper sous un arbre tout en fleurs, le hamac de s de mes beaux rêves ; je demande à Ja brise me souffler une haleine parfumée, et je lis, & ravi, quelques-uns de ces vers délicieux où n’y a rien. ù
On a reproché à M. Fréchette de manq de n profondeur n (sic) ; il y a des extrêmes tout, je ne l’ignore pas, mais je ne crois ] qu'il soit essentiel pour un poète d’être profur On a dit qu’il n’y a rien ou à peu près dans Fleurs Boréales : mais ce rien, c’est déjà be: coup pour un poète. Et d’ailleurs, est ce vr ment ne rien dire, que d'éveiller un monde sensations avec quelques mots ; de dire d’u cloche :
La cloche a jeté sus sanglots d’airain… d'entendre Le murmure du vent dans les grands pins sonore: ou de voir Les vols d'oiseaux marins s'élever des roseaux.
Est ce si facile, si ordinaire, de trouver des ve comme les suivants :
L'époque des feuilles jaunies Où le ciel brode un reflet d'or.
Nous respirions l'air tout parfumé d’ambre Qui venait des prés tout pleins desoleil.… Peut on mieux exprimer, que par le. vers vant, la fuyante perspective d’un rivage ?
ures où je ne je suspend, imac de soie à la brise de et je lis, tout cieux où il
de manquer s extrêmes en ne crois pas ‘être profond.
près dans les ic déjà beau- 8, est ce vrai.
n monde de e dire d’une
ain.
pins sonores.
roseaux,
u ver des vers
d’ambre soleil.
le. vers suiivage ?
La rive déroulant +es mobiles splendeurs…
et mieux embaumer son vers d'un souffle frais, qu’en le jetant
Dans les airs tout remplis d'armes printaniers. Cherchons-nous des comparaisons qui disent quelque chose ? Dites mui si vous ne voyez pas ce qui est exprimé dans les vers suivants :
Et comme un moissonneur, appuyé sur sa gerbe, R egarde, fatigué, l'ombre du soir venir...
Cela nous reporte à Virgile, qui jadis voyait lui aussi l'ombre du soir descendre sur la campagne romaine. Ou, si vous cherchez la note émue, voyez comme le poète s’adresse à ses sou. venirs :
Je pleure à chaque pas, car vous m'apparaissez Çomme un parquet de bal jonche de fleurs fanees
Il dira, après Bossuet, que l’homme
Traine derrière lui comme uue immense chaine Dont les anneaux sont des douleurs.
ou encore :
Les durs sentiers où doit marcher l'humanité. .
Ea voilà assez, je crois, pour faire sentir au lecteur le genre de plaisir qu'il peut éprouver à lire les Fleurs Boréales ; et pour l'avertir du travail de division qu'on peut opérer sur la composition de ce volume.
Nous ne parlerons que peu des Oiseaux de Niige. La forme du sonnet exige uu talent spécial ; une facilité de condensation, que n’a
pas M. Fréchette. Dans les Oiseaux de n dous retrouvons le poète des intimité-, et c de*cription locale, Le recueil en est fait :
compo:e d’une douzaine de sonnets sur l'A: canadienne, d’une série de descriptions de I connus (MWille-Iles, Niogara, Le Cap Eters Montmorency, Le Saguenay) ; et J'ua bon n bre de sonnets, adressés à des parents et à amis.
On fera bien de lire ces sonnets, où le t pérament du poète se livre plus complètem On y retrouvera d’ailleurs cette émotion co tante et, dans les descriptions, ce don de :
qui semblent jusqu’à présent les deux cara res inaliénables du poète. Mais ces caracti s'affirment mieux quand le poète n'est pas g Par une mesure rigoureuse ; et le sonnet n pas une forme qui parsît convenir pleinem à son talent.
N'oublions pas, en terminant, que les Æ/e:
Boréales et même les Oiseaux de Neige nc ont appris que le poëte—en tenant compte ce que nous savions déjà — :
était doué d’une éme extrêmement sensible, ca] ble à la tois de violence outrée, d'affection :
dente et d'admiration exaltée .
Et qu'il joignait au sens de la natu:e une pu sance intérieure qui agrandissait les obje qu'il s'était d’abord contenté de reproduire.
C'est de tous ces éléments, chauffés au f
ardent du patriotisme, que va jaillir La légen d'un Peuple. .
seaus: de neige mité-, et de la est fait : il se ets sur l’Année tions de lieux Cap Etermité, d’un bon nomrents et à des
4, où le tem- :omplètement.
émotion conse don de voir deux caractè ces caractères n’est pas gêné sonnet n’est r pleinement
que les Fleurs > Neige nous t compte de
sensible, capaaffection ar-
'e une puis- ; les objets, oroduire.
uffés au feu r La légende
La Légende d'un Peuple (1887)
La Légende d'un Peuple est l'œnvre capitale
de M. Fréchette et, peut être, avec l’Hi-toire
du Canada de Garneau, l'oeuvre capitale de toute notre littérature. Crémazie écrivait un jour à l'abbé Casgrain : “O1 se pâmerait de-
vant un roman on un poème traduit de l'iraquois, tandis qu'on ne prend pas la peine de lire un livre écrit en français par un colon de Québec ou de Montréal ”.
est un peu vrai; si la Légende d'un Peuple était écrite en une langue qui nous fû* propre, nous la lirions tous d’abord, ce que mulheureu-
Je crois que cela
sement nous ne faisons pas ; puis la traduction
en ferait une oeuvre originale et forte, les deux
qualités essentielles de la popularité solide.
Ecrit en français, ce beau livre rencontre le su.
prême obstacle qui arrête l'élan de toute notre
littérature : la comparaison des oeuvres fran-
çaises. Et encore qu’il puisse la soutenir avec
beaucoup de poèmes venus de la bas, surtout
si l’on considèce l'inspiration première, la puis-
sance de vision, l'inaltérab'e grandeur du sentiment, il s« heurte à une double indiftérence : celle C: :°.seur français qui préfère s’en tenir
LOUIS FRÉCHETTE aux productions nationales, ce qui est d’aille assez sensé, ec celle du lecteur canadien « lui, n’aime que ve qui lui vient de France, cette fois, ce l’est beaucoup moins.
La Légende d'un Peuple, dit M. Jules ( retie dans sa Préface, c'est 1 l'histoire de nos res morts, la richesse morale de nos frères vants “. Et nous croyons qu'on ne saur mieux résumer. L'histoire de notre passé, ( fut ardemment français, l'histoire de notre p sent qui veut l’être passionnément : le souve des aïeux tombés dans la gloire, et la riche véritable de nos coeurs encore tout enflaron de leurs généreuses passions : voilà ce que Fréchette a voulu chanter ; voilà, disons mie ce qu’il a chanté. C’est encore M. Claretie ç parle : “ Tous ceux qui aiment les hauts ser ments, les accents fiers, les beaux vers et grands souvenirs lui diront : Merci !”
Voyons donc de quoi nous devons, selon
gracieuse expression du critique, " remercie: M. Fréchette,
L'oeuvre rappelle, au début, l'époque de découverte du Nouveau-Monde et nous excite admirer la grandeur de cette entreprise
L'univers terrestre était ‘mal équilibré”, les esprits géométriques, comme aurait dit Ps cal, le sentaient ; il manquait un monde à
i est d’ailleurs canadien qui, le France, et
M. Jules Cla.
ire de nos pènos frères vin ne saurait tre passé, qui de notre pré- ; le souvenir t la richesse it enflammés à ce que M.
disons mieux, . Claretie qui ; hauts sentiax vers et les
ns, selon la “ remercier 4
poque de la nous excite à prise quilibré”, et rait dit Pas:
monde à un
LOUIS FRÉCHETTE des plateaux de la balance. Colomb rêva de l'y jeter et il partit vers l'inconnu :
C'est tout un passé qui s’en va, Tout uu avenir qui commence !
Les rivages de l'Amérique vont bientôt apparaître au sublime découvreur ; le poète les salue, et l’on croit entendre le divin chantre de Rolla rappeler la naissance de Vénus. Ecoutez M. Fréchette :
Quand, le front couronné de tes arbres géants,
Tu sortis, vierge encore, du sein des océans,
Fraiche, et le sein baigné de lueurs éc atantes ;
Quand, secouant leurs flots de lianes flottantes,
Tes grands bois ténébreux, lout pleins d'oiseaux [chanteurs
Imprégnèrent les vents de leurs âcres senteurs ;.… … Amérique ! au contact de ta jeune beauté, On sentit reverdir la vieille humanité !
Sur l’céan, plein de tempêtes et de frayeurs imprévues, les blanches caravelles vont toujours vers le but grandiose et divin. C'est Dieu qui les conduit :
La grande main dans l'ombre orientait la voile!
Et Colomb touche enfin cette terre Jeune et vivante d'Amérique où 1 s'élabore l’âpre genèse de l’avenir n.
Ouvrons Notre Histoire : c'est en elle que nous trouverons les spectacles d’héroïsme et de grandeur, les drames palpitants et les 1 récits chevaleresques ‘ des premiers ans de ‘notre pays. Le poète en a d’abord une vision collective : Depuis Cartier jusqu’à Papineau, se déroule le « poème éblouissant «.... Ce sont les
LOUIS FRÉCHETTE premiers jours de la colonie, les luttes avec sauvages, l'arrivée des anglais, l'abandon de France :
Et notre vieux drapeau, trempé de pleurs amers, Ferma son aile blanche et repassa les mers !
Puis c'est la révolte de 1837 et les grands poirs des âmes -cCanadiennes, tournées du cé de l'avenir ! M. Fréchatte y a esquissé tout s poème, qui peut se diviser en trois parties ( ces divisions existent) : la lutte avec les sauv ges, la lutte avec l'Angleterre et la dominatic de l’Angleterre.
La première épouue mprend nécessair:
ment l'arrivée des Français au Cauada, let étonnement et leur admiration, leurs premie:
efforts, l'enthousiasme de leurs succès. Suivor le poète pas à pas. Voici d'abord pay ante lucem, 1 avant la lumière u qu'y apport rent les premiers colons, l'évocation des con trées
Où Dieu seul a posé son doigt mystérieux.
Là-bas, de l’autre côté des mers, ‘le monarqu français s'est ému (Renaissance) et pressentan "une grande chose : à accomplir, s'est écrié “ À la France, sa part d'Amérique ! “ Nou voici à Saint-Malo ; les marins sont à l’église et c’est un ‘ spectacle sublime u. . Le prêtre # homme de la prière «, leur dit avec âme “ Allez sous la garde de Dieu ! u Et le poète ajoute, avec quel sentiment pénétrant :
uttes avec les bandon de la
irs amers, mers !
8 grands esiées du côté issé tout son s parties (et ec les sauva. , domination
nécessaire - Jauadx, leur rs premiers ès. Suivons rd le pays Vÿ apporté.
n des con-
érieux,
> monarque pressentant s'est écrié :
16! 1 Nous à l’église, Le prêtre, avec Âme :
t le poète it :
O mon pays, ce fut dans cette anbe de gloire Que s'ouvrit le premier feuillet de ton histoire !
Puis le rude voyage commence ; après deux long mois, on atteint le nouveau continent, er le Saint Laurent déroule aux yeux des expiorateurs ses magiques splendeurs. Comme le poëte sait le dire avec un charme puissant :
C'était le Canada mystérieux et sombre, Sol plein d horreur tragique et de secrets sans nom [bre, Avec ses bois épais et ses rochers géants, Emergeant tout-à-coup du lit des océans!
Eu avant ! dit Cartier ; et sa voix est entendue. Le poète, toujours épris de cette grande nature, l’évoque à nos yeux avec ses montagnes et ses forêts
Ses grands caps désolés s'avançant dans les-flets… F :
et plus loin :
Cartier est là debout, glorieux, souriant,
Tandis que ses Bretons, penchés sur les bordages, Groupés sur les tllacs, suspendus aux cordages, Par un long cri de joie, immense spontané, Eveillent les échos du vieux Stadaconé !
Quelle émotion et quel art! Voyez-vous les marins — et le poète en à mis partout, augmentant ainsi l'illusion du nombre — dont tcutes jes voix s’unissent en un cri sublime d’enthousiasms {
Le labeur de chaque jour commence ; c’est ia Première messe que la légende place en cet en-
droit majestueux et sauvage qui est aujourd’hui Tadousac :
’'était l'exprit chrétien, l'esprit de liberté, Ouvrant, sur cette terre entre toute choisie, L'aile de la priere et de la poésie.
la Première Moisson en ces champs "pl d’un calme serein," où le travail » fait ond ua flot mouvant d'épis 1 ; le poète dit avec finiment de bonheur la première fauchée :
Et, sous l'effort commun, le sol transfiguré Laisse choir tout un pan de son manteau doré c'est la fondation de Montréal (Première n l’héroïsme de maïémoiselle de Verchères, premiers pas des missionnaires martyr*,
Ces immortels semeurs de la moisson sacre,
devant qui tous, ‘ sceptiques ou croyants, vent se courber.
Puis le récit se précise ; on lira avec un t blant intérêt le Pionnier ou le massacre d famille par les Iroquois ; on saluera avec thousiasme cette grande figure, Cavelier « Salle, et on remarquera la splendeur épiqu:
poème qui fait du héros, non pas un ho:
mais une pensée surhumaine, acharnée conquête da Progrès ; on retrouvera l’hist d’Tberville et de l'expédition à la Baie d'1 son ; on verra, sous le Frêne d’un vieux vent, ! passer l'ombre sereine 1
Des saintes femmes d'autrefois,
Cependant les Iroquois redoublent leur:
ques et, par un suprême effort, veulent an tir toute la colonie ; celle-ci leur oppose un
le liberté,
ute choisie,
de
æmps 1 pleins “ fait ondoyer
te dit avec i4fauchée :
sfiguré
teau doré
Première nuit), Verchères, les
artyrs,
1 sacre,
croyants,n doi-
à avec un trounassacre d’une uera avec en:
Cavelier de la deur épique du as un homme acharnée à la vera l’histoire à Baie d'Hudnn vieux cou-
blent leurs ateulent anéan-
oppose un hé-
ro, Daulac des Ormeaux, qui, avec size compagaons, soutient l'assaut de sept cents 1roquois, « dans un méchant fort de pieux." (Voir Garneau, Histoire du C'anada). M. Fréchette décrit cette lutte avec une grande puissance d'évocation ; la fia du poème rappel!e les meilleurs vers de Déroulàde, cet autre chautre des batailles, qui a maïheurensement plux de patriotisme que de souffle et d'inspiration :
Le lendemain matin, les monstrueux bourrealiX, Redoütant un pays peuplé de tels héros,
Décimés et détruits à moins d’une c-ntaine, Reprenaient le chemin «le leur forèt lointaine !
Un dernier souvenir des luttes contre les Iroquois, l'épopée légendaire de Cadieux, cet humble sauveteur et ce : doux martyr," et le poète nous jette tout d’un coup en plein dans la deuxième époque de notre histoire. ;
Les Anglais font leur apparition: 1 Phips bombardait Québec. Voici la scène changée par ces trois ‘nots qui pourraient bien être ure trouvaille, tant ils disent tout et tant on les attend peu. À la nage ! est une des plus belles pièces du recueil: elle est conduite comme l'Aymerillot d'Hugo, et nous présente une action invraisemblable qui s’accomplit simplement, avec la suprême grandeur de la modestie. Un jeune homme s’élance dans les flots et, sous les canons de l'innemi, y va reprendre le drapeau de la flotte anglaise : tout cela est simple et grand, je l'ai déjà dit.
Catte deuxième partie est pleine de ré émouvants et d'enthousia-mes grandioses ; légende et l’histoire, ces der. x sœurs du sou nir, unissent leurs voix pour chanter la gle da peuple vaincu. C'est ce pilote inconnu C forcé de conduire les vaisseaux ennemis les rige sur des écueilsoù ils vont tous se briseret, sa mort, anéantit une flotte considérable (4p rition) ; ce sont les Plaines d'Abraham et &loricux combat pour le drapeau blanc et France ; et l'espoir déchirant qui agite tous esprits, et les regards tournés vers Je gra fleuve qui apportera le salut ou la ruine (2 nier coup de dé. ire Garneau : “ De Part d'autre la croyance générale était que la vi resterait au premier drapeau. qui paraîtr dans le port... Le 9 mai 1760... -) C'est € coré le combat incroyasle que soutient l'A lante et la réponse admirab'e de Vaaquelain — Amenér pavillon ! cria-t-il : Par ia foudre, Amiral, vous avez du plomb et de la poudre, Vous, n’est-ce pas? Eh bien! tüez-moi sans mer Car, avant d'amener le drapeau que voici, de subirai cent fois la mort la plus vulga're ! Mais les Anglais sont vainqueurs et il fa tout livrer, jusqu'aux drapeaux ; avec le poi
Arrètons-nous devant cette page d'histoire !
Tout le monde la connaît: nous y voyo Lévis brûler les drapeaux plutôt que de les vrer ; mais il faut lire le poème de M. Fréch te pour en sentir toute la beauté. Comme les décrit ces drapeaux
ine de récits randioses ; Ja rs du souveater la gloire inconnu qui, nemis les die briseret, par érable (Apparaham et le blanc et la agite tous les ers Je grand à: ruine (Der.
“ De part et que la ville ui paraîtrait -) C'est enutient l’Ata- ‘auquelain :
foudre, oudre,
i sans merci ; ici,
gare !
s et il faut vec le poète
d'histoire !
Is y voyons ue de les l-
M. Fréchet- . Comme il
dont 1e pli fier et libre Durant un siècle avait soutenu l'equilibre
Contre le monde entier, sur tout un continent!
Ces drapeaux dont le vol encor tout frissonnant
Du choc prodigieux des grands tournois epiques, Cent ans avait jeté, des poles aux tropiques,
son ombre glorieuse au front des bataillons !
Ces drapeaux dont chacun des sublimes haillons, Noir de poudr:, rougi de sang, couvert de gloire, Cachait dans ses lambeaux quelque nom de victoire
Tout cela est grand ; et l’on +ent bien que c'est l’âme qui parle.
Après lu grande lutte, les luttes de chacun, les surprises du bois et du coin de rue ; après l'héroïsme glorieux, l’héroisme inconnu. Et c'est Jean Sauriol, refusant jusqu’au bout de se soumettre et tuant les Anglais à l’embuscade comme le tragique fermier de Daudet ; c’est le sergent Chdot gardant +on vieux fort malgré le traité, y soutenant un siège invraisemblable, afin que le drapeau y flutte toujours ; et cela jusqu’a la mort (Le Drapeau fantôme). La pièc> est d’une émotion intense et quelques-uns des vers sont d’une grande beauté :
Et ce Quelqu'un d'en haut en qui toute âme espère Vit ces désespérés, au regard sombra +t doux, Auprès du vieux drapeau, qui priaient à genoux !
et la fin simple et grande (c'est le ton habituel du livre) :
Le héros était mort, drapé dans son serment !
Le fort n'est plus debout. Pourtant, sur ses ruines, Le voyageur prétend qu'à travers lee bruines Et les brouillards d'hiver, on voit encor souvent Le vieux drapeau français qui flotte dans le vest!
Voici maintenant la troisième époaue: ce
60 LOUIS FRÉCHETTE n’est plus la guerre, c'est une persézution so de et lâch”, uns « froide maïice u (Du Cal qui amène la révolte de 1837. Le poète sa au passage, en vers magnifiques, les trois ce braves de Châteauguay, et son ver: nous r pelle l'ode aux Soldats de l'An II (V. Hu les Châtiments). Le grand génie a exercé à influence considérable sur M. Fréchette 50 en avons signalé quelques exemples.
La révolte de 1837, notre année terrible nous, inspire au poète de balles pages ; c’ Papineau, dont on vit une fuis de plus Se dresser Le géme et p'aner la grande ombre !
Saint Denis où nous avons, quoique défai “ conquis la liberté 1 ; toute la lutte de Sai Charles et de Saint Eustache, le courage hér que de Chénier qui disait à ses soldats « manquaient d’armes : 1 Soyez tranquilles, i en aura de tués parmi nous; vous prendi leurs fusils. (Garneau)
C'est à ces durs prix-là — sombre nécessité ! — Que tout peuple naissant t’achète, Ô liberté !
Puis, c’est le châtiment, l'Echafaud qui, e te fois, n’est plus u un gibet, mais un piéd tal u ; le courage farouche d'Æindelang et, te jours la simplicité hércique des humbles co battants de 1837 (Le Vieux Patriote).
Après la révolte, les jours de paix : le sou: nir de la France persiste parmi nous Lis Spes Ultima, un autre récit d’une grande
sézution sour-
(Du Calvet) # poète salue les trois cents er, nous rap- [I (V. Hugo, a exercé une échette ; nous 3, ï e terrible à pages ; c'est le plus
> ombre !
ique défaite, tte de Saintourage héroï soldats qui inquilles, il y us prendrez
essilé ! — berté !
aud qui, cet.
y un piédeslang et, tou umbles comote).
ix : le souvenous, Lisez ne grandeur
mo lexte et d’une puissante originalité ; ou encore Vive la France !, cette peinture morale de l'âme canadienne pendant la guerre de 1870.
Qu'ils sont restés franç «is tes enfants délaissés, 6 France? Ext il rien de plus émouvant que cette foule qui encombre les bureaux du consul français, à Québec, et qui veut partir pour làbas où la mère patrie agonise, là bas, vers Paris, la ville des plaisirs devenue héroïque sous le souffl: du malheur :
Seule, et voutant donner un exemple à l'histoire, Paris, ce poulevard de dix siècles de gloire,
Orgueil et desespoir des rois el des cesars,
Foyer de la science et temple des beaux arts,
Foile comme Babel, sainte comme Solime,
En un jour transfoimee en guerrière sublime,
Le front haut, l'arme au bras, narguant la trahison, Pardessus ses vieux forts regardait l'horizon !
N'est ce pas un merveilleux tableau ?
Un dermer cri d'indignation en face du Gibet de Riel, un vigoureux récit de son # martyve," qui, du moins, ‘# aura son écho funèbre dans l'histoire“ Ri:l vient de mourir sur l’échafaud et le poète s’émeut à ce spectacle. Il évoque l’âme des aïeux :
Ah! nos nobles aïeux endormis sous la pierre
En s'éveillant ont dû refermer leur paupière,
Quand ils ont vu des fils, parjures à leur nom,
Les iaisser souflleter sans oser dire non.
Si leurs regards ont pu suivre ce drame sombre,
Comme leurs cœurs si fiers ont dù saigner dans [l'ombre !
Comme ils ont dù, d'horreur, vous maudire, hommes
faux, Qui pour les spprimés dressez des échafauds !
Tout le monde connaît les derniers vers recueil : Ze Drapeau anglais, Nos l'rois ( leurs.
Le poète donne, dans ces deux pièces, ls te juste de natre patriotisme : au drapeau glais, nous devons loyauté et fidélité ; mai drapeau de la France, ce drapeau d’azur, blancheur et de sang, celui-là, comme dit a rablement M. Fréchs:tte
C'est autre chose :
1! faut le baiser à genoux !
Et ailleurs :
Incline toi devaàt sus lambeaux vénérés !
Avec tout ton amour baise ses plis sacrés ; Car ce drapeau sans peur, digne des chants d'Hc
Ce drapeau, mon enfant, c'est celui de ta mère !
Voilà donc, ajoute, le’ poète, l’histoire pays que Voltaire appelait 1 quelques arpe de neige " ; et c’est sous sa statue qu’il term son poème. La pièce est cinglante et d’ grande force mais je crois,
* Pardonnez, si j'ose,
qu’on en a trop vou'u à Voltaire pour une b:
tade qui u’a pas du tout la portée’ qu'on
donne. Il y a dans Candide, roman quiat haute signification philosophique mais qui :
aucune prétention historique, une manière
philosophe sceptique, appelé Martis, qui s’an se à railler tout ce qui est, fut et sera : c'est & bouche que Voltaire place les malhevreu
niers vers du Vos Tl'rois Cou-
pièces, la RS à drapeau an-
lité; mais le :
au d'azur, de
muœe dit admi-
vénérés !
is sacrés ;
chants d'Homè- [re,
e ta mère !
l'histoire du lyues arpents qu'il termine nte et d’une
Jour une bnuée qu'on lui an qui a une mais qui n’a ) manière de iL, qui s’amusera ; c'est en malhevreuses
paroles dont cn lui fait crime, et je ne crois pas qu’on doive leur accorder une plus grande signification qu’à celles que ce même Martin profère contre la France elle-même, dans un ton tout aussi cynique. Voilà une étrange parenthèse qui ne me rapportera peut-être que 2 du mal ; mais il est toujours à propos d’être franc et de dire une chose qui n’est pas connue, quelle qu’elle sait.
Dans l’Epilogue, le poète s'adresse à la France comme au peuple ‘de l'avenir et lui dicte son devoir (ce qui est toujours permis aux poêtes) ; il le rait, du reste, avec grandeur La pièce se résume en ce vers :
Subis ta sainte loi: civilise.… ou péris!
Avons nous su donner une idée des magnifiques proportions de la Légende d'un Peuple ?
de cet ensemble grandiose le faits historiques et de touchantes légendes ? de ls qualité sobre et substantielle du vers, de la noblesse et de l’ardente sentimentalité de la pensée, de la force satirique de l’indignation comme de la tendresse émue du patrioti-me ?
Non, sans doute: pour comprendre vraiment ce beau livre, il faudrait le lire so:même et se recueillir en ses propres impressions Nous n’avons fait ressortir que les beautés de
ouvrage ; car celui-ci est trop important, pour ojue‘nous puissions nous arrêter, comme d’au-
tres Pont fait, à chicaner le poète sur une sure douteuse, une rime déjà vue ou une villa trop évidente. Le poème accuse dan ensemb'e une grande variété de tons et sufli-ante ressource de rimes et de mesu la pensée y trouve une expression qui ne moindrit pas: Que faut-il davantage, qu cette pensée est belle et pleine de grande quand le récit lui-même est d’un intéréc r quand l’âme — l’âme, tonjours ! — écha chaque vers et allume chaque strophe ?
Ne l'oubliois pas: rien n’est parfait, plus Le Cid de Corneille, que le Rolla de M set, pas plus-le Tartyfe de Molière ou l'An
‘ maque de Racine, que Jocelyn, Eloa ou Prière pour tons 1 Et si nous oublions, — a quelle joie ! — les défauts de ces incompe bles chefs-d’œuvre Pour ne nous souvenir «
de leur immortelle beauté ; si nous ne ch nons pas Corneille pour une césure maladre
Ou pour un vers peu soigné, nous aurions t«
il me semb'e, de déchiqueter à plaisir une
vre qui accuse une aussi belle inspiration uné exécution aussi consciencieuse que la
gende d'un Peuple 1
La Légende d'un Peuple a vraiment le « ractère épique.
Eïle la par ia splendeur et l'élévation vers ; plus encore par l'unité qui préside à &
e sur une cée ou une checcuse dans son e tons et une de mesures ; on qui ne l’a antage, quand de grandeur ?
intérèt réel ?
| — échauffe ophe ?
» parfait, pas Rolla de Mus-
re ou l’Andro
Eloa ou la lions, — avec 8 incompara.
souvenir que
>us ne chica-
e maladroite
aurions toit,
isir une œu-
aspiration et
que la Lé.
ment le ca-
lévation du réside à ses
vastes proportions; et surtout, car c'est là
qu’est l’essence de l’épopée, par la quantité de surnaturel et de surhnmain, ou d'extra humain si l’on aime mieux, qui plane audessus du récit C'est Dieu qui conduit Colomb en Amérique ; la description du Carada, ante lucem, du Saunt-Laurent, de Tadousac... est faite en des termes grandioses, audelà de la nature ; la Forét joue un rôle dans le drame ; les explorateurs se perdent dans la nuit; on voit tlotter des drapeaux de brume, s'engloutir des vaisseaux fantômes, s’entrechoquer des régi
ments de rêve : Cadieux, Coursol, DuCalvet se diissolvent en un brouillard légendaire ; les fou
les sont héroïques et les héros divins ; la mort est magnifique et la trahison épouvantablement noire ; pas de place pour la faiblesse humaine êt les petites passions ; mais de la gloire, de l'amour exalté, de la superbe folie, du pauriotisme aveugie et étincelant, des échos de fanfare, des plis de drapeaux, des larmes et du sang, du cœur, du cœur et de l’âme débordant par tout ; tout cela, c’est de l'épopée et la Légende d'un Peuple, c'est tout cela.
La Légende d'un Peuple est une épopée.
Quelle épopée ?
La Légende d'un Peuple est l'épopée de l'à me française au Canada.
Elle nous montre l'âme françaiee passant au
Canada avec les compagnons de Cartier, y putant aux sauvages Ja possession du sol, tant contre les Anglais qui y apportent une tre âme, qui sera toujours l’antagoniste de ç qui l’a davancée ; l’âme française plus f dans les coeurs que la capitulation de 1760 relevant toute fière en 1837, douioureux souffrante en 1870, parce que ea grande s de là bas se Jamente dans le deuil, l’âme f çaise jusque dans l'avenir ; l'âme à ‘jamais fi çaise que nous portohs en nous et quer transmettrons à ceux qui nous suivront su: sol béni ; l'âme qui chantait aux jours d’at don, le magnifique accent du poète :
Nous serons Français malgré la France.
* Si nous voulons maintenant relier la Léye:
d'un Peuple aux recueils précédents et mi trer les relations qui existent entre ce livre l'oeuvre toute entière, nous dirons rapidem —Car chacun a dû faire ce travail en lui-même que nous y retrouvons tout le passé de M. F chette :
Le poète de la Voix d'un Exilé dans le t satirique de quelques pièces (Renaissance, L rangisme, Sous la Statue de Voltaire), et s vent en des vers qui éclatent au milieu du cit : : ;
O France, ces héros qui creusaient si profonde, Au prix de tant d'efforts. ta trace au noüveau mon
Cartier, y disn du sol, lutortent une aÿroniste de celle se plus forte n de 1760, se louioureuse ‘et.
grande soeur I, l’âme franà jamais franet que nous uivront sur ce jours d’aban @ :
France.
ier la Léyende ents et monre ce livre et * rapidement n lui-même— 6 de M. Fré-
dans le ton issance, L'O.
ire), et soumilieu du ré-
rofonde, uveau monde,
N : méritaient-ils pas un peu mieux. réponds moi, Qu'un crachat de Vol aire et le mépris d'un roi!
ou après ane narration héroïque :
Ce sont ces hommes-là qu'un monarque a vendus !
le poète des Oiseaux de Neige et de l'intimité dans la bonhomie de certains récits (Le Pion Re nier, Le vieux Patriote, Spes Ultima) ; le poète des Fleurs Boréales dans la facilité et l'éclat de description qui nous vaut Suint Malo, le Saint- Laurent où Châteauguay où l’on retrouve ce le poète
sens profond de la nature déjà noté ; qui a écrit la Découverte du Mississipi dans la
puissance épique des pièces qui sont Ante lucem, Apparition, Cadieur et Le Drapeau Fantôme.
La Légende d'un Peuple est donc :
lo. Un résumé à la fois historique et légenduire des hauts faits de nos pères ;
20 Une véritable épopée ;