‹ Louis Fréchette [microforme]Chapitre 6 sur 15 · Enfin l'apogée logique du talent de M · texte numérisé non relu

Enfin l'apogée logique du talent de M

Fréchette.

Une dernière question : Quelle est sa portée littéraire ? C'est à M. Claretie, dont on ne ré. pudiera pas l'autorité qu'il appartient de répon dre: “ Ce livre est de ceux qui ajoutent une

ligne, un chapitre à une histoire littéraire ".

Nous le croyons.

Les Feuilles voluntes (1891)

La Légende d'un Peuple était une œu trop considérable pour que l’influence en dis rût tout d’un coup ; la mamière de l’auteur vait s’en ressentir encore quelque temps et poésie, après avoir reçu le choc épique, ne p vait sans transition revenir à la placidité rêves plus mollement doux, dés suavités P intimes, des sensations calmes et tranquill Cette transition qui devait relier la Léger

‘aux Feuilles volantes et compléter cette logi

intuitive de toute l’œuvre, M. Fréchette

trouvée en écrivant le beau prème sur J. B.

la Salle. Quand Je dis que le poète a tror la transition dons il s'agit, je ne veux pas in nuer qu'il l'ait cherchée ; ‘est l'exception,

effet, qu'un auteur, et surtuat un poète, s'av de composer des œuvres qui soient unies in mement les unes aux autres et dont la dédi tion logique s'impose. Mais l’auteur obéit tc jours à son tempérament, quoi qu'il fasse ; *< même s'il écrit en opposition apparente av tells ou telle tendance dominante qu'il ve réprimer, il obéit en cela à une autre tendan qui est en lui plus sourde, plus cachée, pl

t une œuvre nce en dispale l’auteur detemps et sa ique, ne pouplacidité des suavités plus ; tranquilles.

la Légende cette logique Fréchette l’a > sur Z. B. de oète & trouvé eux pas insi- :xception, en poète, s’avise unies intint la déducur obéit touil fasse ; -car Jarente avec e qu'il veut tre tendance cachée, plus

obscure, mais qui y est et qui ne tardera pas à briller au grand jour, en raison de l'influence qu’on lui accorde sans le savoir. C’est ainsi, pou choisir un exemple parmi nous, que l'on verra Crémazie, un brave et simple marchand, s'essayer à faire des vers pour rompre un peu la monotonie d'un commerce peu florissant, s'échauffer peu à peu à cet exercice d’abord purement instinctif, jusqu'à ce que la poésie triomphante le conduise à l'exil et le domine jusqu’à la mort, comme ses lettres, brûlantes d’une poésie qui manque souvent à ser vers, le témoignent.

Ce travail inconscient des forces cachées de l'esprit, c’est au critique de le deviner ; le poète écrit d’après son inspiration, — sur laquelle influent le tempérament, les circonstances et le milieu.

Le tempérament est uniforme, à moins d’une révolution intérieure qu'on ne suppose Pas ; c'est le milieu, ce sont les circonstances qui déterminent les différences. En sorte que, dans l’œuvre d’un poète, on doit retracer l'influence cohtinue du tempérament que cette succession d'expériences que sont ses livres nous font deviner ; et dégager l'influence momentanée qui donne à ces expériences la forme propre et la

valeur distincte de chacune. Hxemple : Victor Hugo est uniformément fécond, puissant, visionnaire, immense, avec tendance constante au surhumain, à l’extraordinaire, au sublime

vrai ou au sublime ridicule: voilä la nat immuable. Mais comme il est différent de même, à d’autres points de vur, selon q écrive dans la tranquillité des premiers jou dans la fureur politique qui lui dicte les Ca ments, dans la douleur paternelle du second ve me des Contemplations, dans la douleur pati tique quichante l'Année Terrible, dans la solita vision de l'Océan qui développe en lui cet ads rable et immense Légende des Siècles, dans bouté du grand-père, dans la gnieté lourde Chansons des murs et des Bois. : . C'est t jours l'invariable intensité des sentiment!

mais les sentiments ont changé, subissant | influences du monde extérieur.

Le poète peut donc, au point de vue critiqu se définir : un tempérament dont la constan s'affirme dans les expériences diverses de la v ambiante (i.e. de la vie matérielle, moral intellectuelle qui l’entoure et agit sur lui).

Nous avons jusqu’à présent étudié, par | livres successifs dont elle a été la cause réflex cette influence de la vie ambiante sur le t-mp rament uniforme de M. Fréchette ; il nous e apparu de plus en plus, à mesure que not tournions un nouveau feuillet, que nous lisior une nouvelle page. Le dernier volume dor nous allons bientôt parler conclut locuvre log quement, gn cela qu'accusant Ja même âm exaltée, éprise d'art, sentimentale avec intens té, il nous présente une nouvelle et dernièr

4 la nature fférent de lui- , selon qu'il emiers jours, cte les Cadtiu second volu ouleur patrioins la solitaire : lui cet admicles, dans la té lourde des . C’est tousentiments ; ubissant les

vue critique, a constance ses de la vie lle, morale, sur lui).

dié, par Îles ause réflexe, ur le tempé- ; il nous est e que nous nous lisions olume dont ouvre logi même âme vec intensi et dérnière

forme du talent de l’auteur. N'oublions donc pas qu’un lien intime unit toutes les manifestations successives de son âme poétique ; qu'il existe à la fois inconsciemment pour l’auteur et suffisamment évident pour nous ; que c’est done à nous d'en averur l'auteur, en queique sorte. Cur, quand nous disons que J.-B. de la Salle est une transition, il est clair que nous le considérons pur rapport à l'unité de l'oeuvre entière ; le poème en soi forme un tout complet. Mais il facilite l'analyse des parties de 2ebte œuvre ; s’il n’y était pas, il ÿ aurait un vide dificilement explicable. Ce poème est la pente qui conduit de la Légende aux Feuilles volantes ; le poète n'y a pas songé en l'écrivant, mais il était impossible qu'il ne songeât pas à l'écrire. Voilà la nuance : le poète suit son inspiration

et c'est elle qui a raison pour lui.

N'oublions donc pas que, pour le critique, chaque recueil devient une expérience nouvelle où il peut ch-1cher, au moyen d'effets non iden tiques mais similaires, une cause commune.

Nous allons, pour cette fois, examiner les Feuilles volantes, mais il est indispensable auparavant qu'on se grave bien dans l'esprit tout : ce que nous venons de dire, si l’on veut comprendre et apprécier les conclusions de notre

étude.

En résumé : un seul tempérament aux prises avec des circonstances diverses, plongé en des

milieux divers, voilà l'indispensable synth de toute oeuvre.

On comprend maintenant comment J..B.

la Salle marque une transition ; il est la ma festation d’un tempérament qui vient, sous coup d’influences quelconques, de produire t oeuvre élevée et forte et qui a retrouvé, ap l'effort, le calme du foyer. : Il faut donc, p que nous disions vrai, que ce poème soit à fois épique et tendre : quelle magnifique € dence nous en avons à la lecture !

Le poème débute par une brillante descript de la cathédrale de Reims, cette cathédr n élégante et hardie «.

Légère comme un rève et belle comme un chan!

Et c'est sous ses " vastes portiques », sous 1 forêt des vieux arceaux #, que le poète a vision épique des héros dont l’image » flamb “sur les grands vitraux. Il en est un parmi enfants de la noble ville qui a laissé un sou nir plus doux, plus humble

El que les temps futurs nommeront à genoux

C’est J.-B. de La Salle, et le poète nous le » sente par une succession d’antithèses, qui, elles sont d’une rhétorique forcée, mettent évidence la double préoccupation de l'auteu grandeur éclatante, humble paix. C’est là tc le poème, car, dans la suite, cette antithèse

ble synthèse

ent JB. de | est la maniient, sous le produire une trouvé, après ut donc, pour me soit à la gnifique évi-

te description e cathédrale

me un chant.

es”, sous la le poète a la ge " flambe n un parmi les sé un souve-

à genoux

e nous le pré.

ièses, qui, si , mettent en de l’auteur :

C’est là tout

antithèse se

continue dans la pensée. La vision du # pré destiné", qui lui fait voir l’avenir plein d'orages, ie doute venant flageller la foi, «: plus loin, l'apostrophe au XIXe siècle ; tort ce.1 se beurte à l'humilité du saint, à sx donceur, ?

son admirable zèle. En sorte qu" a 01 salué les statues de Corneille et de Buraparie le poète croit devoir plus encore « -on héros, et lui dit :

J'ai plié le genoux devant ton bronze, à ln: J..B. de La Salle est ua beau poème, écrit ‘n vers substantiels, sonores, riches ; c’est un den meilleurs moments ce l’auteur. I!a de plus cet intérêt que, rappelant la phase épique du poète, ainsi que nous i’avons déjà dit, il annonce celle qui va suivre.

On peut rapprocher les Feurlles Volantes de plusieurs pages du délicat et tendre Gustave Droz, de l'Art d'être Grand Père de Victor Hugo (pas autant qu’on le croit, cependant) et chez nous, du gracieux et souple auteur qui signait les Coups d Œil et Coups de Plume, Alphonse Lusignan.

Les Feuilles Volantes nous indiquent la dernière phase, au moins conour, du talent poétique de M. Fréchette ; celle où l’a conduit l’expérience de la vie, vie mêlée de luttes, de déboires et de succès ; la phase où l’on se souvient et où l’on revit, mais en d'autres êtres ; et nous avons ainsi une nouvelie et dernière manifestation du tempérament déjà étudié sous ses au

tres formes. Nous avons le poète des joie la fauille et le poète du souvenir.

En fouillant ses souvenirs d'enfance (4 Q 2e Ans), M. Fréchette s'écrie quelque part

Oh ! la radieuse fenétre.

Chaque fois que je la revois, Quelque chose en mon cœur pénetre Qui met des larmes dans ma voix.

Pourquoi ? = j'avais trempé ma plume

Pour vous l'écrire, mais voilà :

Il me faudrait faire un volume Pour répondre à ce pourquoi-là.

C’est à ce pourquoi troublant que répondent peu les Feuilles Volantes ; et On y retrouve a; la tranquillité, la sérénité du repos après un : ble labeur, le ton plus sérieux de lexpérien ‘surtout la tendre mélarsiie des regrets pr que joyeux et la large bonté d’un cœur qui s panche librement au milieu d'êtres aimés.

Voici pour le souvenir :

de le revois souvent, aux heures fugitives Où le poète, un Peu comme les amoureux,

S'attarde à contempler les douces perspective. Qu'éclaire le rayon des souvenirs heureux.

(Rien n’est parfait, ainsi, qui précède, la maladroite cheville que j'ai so lignée). Si parfois le souvenir est doux et he reux, il emplit ailleurs l'âme d’une consolati suprême : ‘

Sereine é Jamais j

dans la jolie stropl

motion de l’âme qui s'épanche, e ne t'avais si bien comprise encor !

En effet, il nous semblait que le poète épro vait le nouvelles sensations, que les influence du dehors faisaient vibrer son âme différem

e des joies de lance (4 Quin lque part :

etre \.

plume

répondent un retrouve avec s après un nol'expérience, regrets pres:

cœur qui s’éaimés,

agitives oureux, perspectives heureux.

jolie strophe que j'ai sou.

doux et heu-

consolatiun

nche, se encor !

oète éprous influences e différem-

CORRE TELE EEE *

sun nprs rennes nes sess ses

ment, qu’il comprenait certaines choses comme

il n’avait jamais « compris encor. n Le souve- * air peut aussi se présenter sous une forme exal-

tée qui l’embellit :

Alors, tandis qu'au vol des vagues fantaisistes ;

Nous chassions la chimère aux attraits persifleurs,

Que de fois la clé d'or des chastes poësies Nous ouvrit les jardins de l’Idéal en fleurs !

Voilà encore une jolie strophe dont le deuxième vers boite un peu : le cas, sans être fréquent, se présente chez l’auteur. A la lecture, on est emporté par l'âme du récit ; à l’analyse, ces défauts ressortent. Je les ai mentionnés quand ils se sont trouvés sous ma plume ; il y en a beaucoup que j'ai laissés de côté, parce qu'ile n’enlèvent rien à la signification générale de l'oeuvre et à la beauté de l’ensemble.

Le poète regarde donc le passé ; il le dit à mainte reprise :

Dans ces chers souvenirs mon cœur ému s'épanche.…. J'aime à retourner en arrière Pour revivre ces moments-là !

Ce: moments-là, c'est le Pellerin, un joli coin de Bretagne, cette 1 sïeule au cœur de chêne, ce pays des :: vastes landes où frémit

L'essaim mystérieux de ses vieilles légendes.

c'est encore À quinze ans, ou le récit ému d’un premier amour ; ce sont les Stances au chanoine Boucher, où, à l’aide d’une magnifique comparaison, le poète évoque le labeur de ce « vieil lard auguste u ; ce sont les Vers /risants ou la Chapelle de Bethléem + antique et modeste * :

Et quand vers la madone sainte Mon regard montait plein d'émoi, A ma lèvre expirait la plainte:

L'espoir se réveillait en moi

Tout cela est simple mais sincère ; du mo on en a l'illusion.

Mais, plus encore peut être, et mieux, le p:

te a dépeint les joies de la famille et des fé intimes. A côté des souvenirs qui revivent lui et “qu'il contemple, comme ces vieillar dont il dit magnifiquement quelque part :

On dirait ces vieillards, au sewl de Jeur chaumiè Qui, dans la paix des jours trop longtemps attendi Semblent suivre des yeux, au loin, dans ta lumièr. On ne sait quels lambeaux d'anciens rèves perdus à côté de ces souvenirs, dis-je, s’épanouisse les belles feurs du bonheur goûté au foyer. 1 volume en est tout parfumé ; je ne fais q!

mentionner, car l'aualyse levient difficile, s: des thèmes aussi simples, aussi simplement d veloppés, et où pourtant il y à tant d'âme da ce et aimante, de délicieuse et troublante te: dresse. Veut-on apprécier la différence av les recueils précétents, Voyez comment l'a:

teur invoque Dieu dans la Légende d'un Pe:

ple :

0 Dieu ! vous qui Jugez et réglez toutes choses. Un long Pange linqua s'élevait dans les airs Vers le Dieu des cités et le Dieu des déserts.

Ouvrez maintenant les Feuilles volantes (Pr.

mière Communion) :

Dieu n'est pas seulement 1e puissant créateur ; S'il ést le souverain, il est aussi le père : Plus encor que lo Maitre, ii est je bon Pasteur.

e ; du moins

nieux, le poëet des fêtes i revivent en es vieillards e part :

ur chaumière, mps attendus, 1s la lumière, èves perdus ; épanouissent au foyer. Le ne fais que difficile, sur rplement dé- , d'âme douublante ten érence avec mment l’aule d'un Peu.

choses...

airs erts,

antes ( Pre.

ateur ;

'asteur.

Qu'ils sont jolis tous ces poèmes pour les pe tits enfants que les grands entants qui sont les hommes feront bien de relirm! MVoël, Messe de Minuit, la Poupée, Premier de l'An, Les Rois, Première Communion, Bonhomme Hiver. Les titres seuls sont d’une suggestion qui nous gague facilement, et comme le bon vieillard de Molière dans les Femmes savantes, nous sommes tentés, quand nous lisons ces chauds et émouvants récits, de répéter l'adorable vers : Et je me ressouviens de mes jeunes amours.

La qualité du vers n'a pas diminué dans ce dernier recueil : J.-B. de La Salle est peutêtre la pièce la plus parfaite que M. Fréchette ait signée ; Le Pellerin et les Stances sont d'une poésie éclatante et imagée ; Au bord de la Creuse, L'Espagne (un retour inattendu de la forme satirique) sont deux pièces qu'on lira avec plaisir. Le poète x conservé ra faculté de voir et de sentir, que nous avons nutée tout le long de cette étude ; voici des vers qui peignent :

Maint troupeau sommeillant dans la fraicheur des mousses ; Les hauts mouhns tournant leurs ailes dans le vent ; Le bronze saint qui carillonne Au fonds tes grands clochers à jour ;

ou de Québec :

Superbement drapée en son manteau de roc, et ce charmant tableau du Bonhomme Hiver :

Le bonhomme Hiver a mis ses parures, Souples mocassins et bonnet bien clos,

Et, tout habile de chaudes fourrures, Au loin fait sonner gaiment ses grelots.

Celui qui à écrit tous ces vers peut bien des défauts ; mais, aurait dit Sarcey, poète il l’est, car il en a la principale qu le don.

Depuis les Feuilles Volantes, la muse di Fréchette ne semble pas avoir changé de si je puis m’exprimer ainsi ; les poèmes sonnets, les pièces de circonstance qu'il a bliées dans les journaux puisent à Ja do source du souvenir et des joies de la fan J'en ai quelques-unes sous les Yeux ; rien:

plus délicat, plus ému que les vers qu’il air à Ma fille Jeanne, à l'occasion de son mari:

Pourtant cumme un oiseau qui monte dans l'es] Pour la première fois, vers le firmament bleu, Sans craindre les hasards de la brise qui passe, Tu l'en vas, confiante, à la grâce de Dieu!

Que l’haleine des vents te soit propice et douce ! Que nul destin, jaloux de l’azur de ton ciel,

Ne te fasse jamais trop regretter la mousse

Que tu trouvais si tendre au vieux nid paternel !

Et ailleurs, dans la inême pièce :

Et plus tard, mon enfant, si ie bon Dieu t'envoie Un de ces anges dont il fail les lout petits

Ta mère, dont tu fus et l'orgueil et Ja joie, Comme moi bénira le jour où tu partis !

Relisez le deuxième vers, qui est délicie Cet ange qu'espérait le poète devait lui ins rer plus tard une nouvelle Pièce, tout au

émue, tuut aussi vraie que cella dont je vie

de citer quelques strophes,

rrures,

s grelots.

rers peut avoir dit Sarcey, pour cipale qualité :

la muse de M.

hangé de ton, es poèmes, les ce qu'il a pub à la double de la famille.

ux ; rien n’est rs qu'il adresse e son mariage :

e dans l'espace, ent bleu,

qui passe, Dieu !

e et douce !

mn ciel,

iousse

d paternel !

eu t'envoie ils

joie,

st délicieux.

ait lui inspi- . tout aussi out je viens

Tous ces petits poèmes, qui n'ont pas été faits pour être publiés, sont cependant si semblables à certaines pièces des Feuilles Volantes, comme inspiration et comme forme, qu'on ne saurait douter de la sincérits du poète ; et en cela, ils sont intéressants,

L'édition française de la Légende d'un Peuple annonçait en préparation :, La Forél Vierge. Je n’ai pu trouver aucune trace de ce recueil et je ne sache pas qu'il ait paru : nous devons donc nous en tenir aux volumes que nous avons étudiés et gui forment jusqu’à pré sent l'œuvre complète en poésie de M. Fréchette. Nous les avons lus ensemble ; nous pouvons maintenant essayer de définir J'me du poète au moyen de ces maniféstations successi ves.

Nous le ferons bientôt.

Voyons brièvement ce qu'on à reproché à l’œuvre de M. Fréchette ; cela ne demande que quelques lignes.

On lui a reproché de ne rien dire, de man quer d'idées, et on lui a reproché d'être ue imitation trop directe de certaines œuvres fran çaises ; on a même prononcé le mot plagiat Je ne veux pas donner à mon étude le caracté-

j'ahandañnra $

re et la forme d’une nolémianes :

F Fe ;

donc le projet que je m'étais formé dé fépon

dre longuement à cette double accusation, ( tant plus qu’on auraît tort, je crois, d'y :

cher aucune espèce d'importance.

emarquons seulement qu’elle porte en | méme sa propre réfutation, et que si M. | chette n’a tait que plagier les meilleurs aut français, il est peu flatteur pour ces génie pour le public qui les admire, de prétendre sa puésie ne dit rien.

La poésie de M. Fréchette dit tout ce q le veut dire, et c’est l’essentiel : un poème 1 pas un cours de chimie ou d'histoire natur De même, dans la nature il y a des mine qui ne sont qu'’utiles, des arbres qui porter la fois des fruits et un magnifique feuillage, des fleurs qui ont l’impudence de n'être belles. Refaites d'abord la nature, qui est grand modèle ; puis nous songerons à réfor:

la littérature. Cela m'a toujours paru d’:

limpidité cristalline, et je n’insiste pas.

Je crois également qu’il est haineux ou r cule d'appliquer, sux œuvres de M. Fréche l'insulte du plagiat. J'ai moi même noté, passant, l'influence d'Hugo sur natre poète nadien. Il est certain que la Vois d'un E:

serre de près en quelques passages les Ch ments ; que la Légende d'in Peuple a pu nai de la Zégende des Siècles, quoique les deux cueils se ressemblent peu. On pourrait ég went rapprocher des contes en vers de Fr çois Coppée, plusieurs pièces des Feuilles Vol

ccusation, d’aurois, d'y atta- | porte en elle- 16 si M. Fréilleurs auteurs ces génies et prétendre que

tout ce qu’elun poème n’est vire naturelle.

des minerais qui portent à e feuillage, et de n’être que re, qui est le ns à réformer 8 paru d’une e pas.

ineux ou ridi- M. Fréchette, ême noté, en atre poète caie d'un Exilé ges les C'hâtile a pu naître les deux re purrait égale.

vers de Fran- 'enilles Volan

4es ; montrer un rapport lointain entre la deuxième partie du poème de la Salle et l'Expiation {la vision) de V. Hugo ; comparer certaines élégies de M. Fréchette aux vers de Lamartine.

Maïs cela se fait pour tous ler auteurs ; et l’étude des rel: ‘ions entre les peniées de plusieurs, de l'influcnee des unes sur les autres, est une des tormes de la critique. Il n’y a qu'au Canada qu’on songe à appeler cela du plagiat. Subir une influence, plegier un auteur ; cela est aussi différent que l'amitié l’est de l'hypocrisie dans les relations humaines.

Le plagiat est une hypocrisie littéraire ; il trompe le lecteur, Jui présentant la pensée toute écrite d’un autre.

Au contraire, l'influence littéraire ne fait qu’agir sur l’idée qui nait en l'esprit de celui qui la subit ; elle :a transforme, mais elle ne la crée pas, et de même que l'amitié, elle établit un rapport entre deux idées. Tout le monde admet cette vérité ; mais il est partois difficile d'oublier les rancunes personnelles, les dépits, les orgueilleuses jalousies, devant la grande et simple vérité.

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