CONCLUSIONS
Ec somme que savons nous de M. Fréche
Nous l'avons vu, dans Mes Loïsirs, balbu ses premiers vers, qui chautaient la nature, mour ét les sensations intimes de l'être.
Les circon-tances iufluant sur son âme, muse devient violente avec la Voix d'un E et nous voyons qu'elle est l'expression totale et non l’écho affaibli — de cette âme ;
Puis avec Péle Méle, les Fleurs Boréa Mes Loisirs, surgissent. les nouvelles manifes
tions de cette âme, qui ne sont que des mod cations des premières : la mélancolie, qui | de l’amour alangui, où se mélent un reste de y ience et beaucoup de sensibilité ; la faculté peindre {e/ lieu, qui est le sens de la vatu localisé et appliqué ;, l'intimité ; et déjà u tendance à faire plus grand que nature, à a blifier la vision ;
Cette tendance s'affirme dans cette épop de l'âme française au Canada qu'est la Zégen, d'un Peuple, où le talent de M. Fréchette, ç Y trouvant son apogée, se résume logiquement
Enfin le poète, n’atteudant Plus rien du pr sent, se retourne vers le passé ; il le trouv
M. Fréchette ?
isirs, balbutier la nature, l'al'être.
son âme, sa x d'un Ewilé sion totale, — âme ; urs Boréales, les manifestae des modifolie, qui est : reste de vioa faculté de > la nature, et déjà une ture, à am-
cette épopée 6 la Zégende réchette, en giquement ; rien du pré- 1 le trouve
dans le souvenir et daus la famille, eur les enfants sont le passé vivant des pères ; et nous avons les Feuilles volantes.
Voilà l’œavre de M. Fréchette.
Sa principale qualité — celle qui donne tant de prix aux auues et qui nous fait oublier ses défauts — ; c’est l'âme.
Maupassant é rit quelque part, avec la subtilité profonde, séduisante et tragique qui le caractérise : n Peut-il exister des proportions quand on subit l'amour? Peuton juger si on.
aime bien ou mal? Aimer beaucoup, comme c'est aimer peu. On aime, rien de plus, rien de moins. On ne peut pas compléter cela. n
Et c’est ainsi que M. Fréchette est poète ; il est poète sans qu’on sente bien exactement dans quelle proportion, poète qu'on ne s’avise pas tout d'abord de trouver bon ou mauvais, poète qu’on amoindrirait en lui cherchant un
qualificatif ; il est poète, rien de plus, rien de moins, et cela ne se complète pas.
On le sent poète ; on est emporté par sa violence, bercé par sa douceur, éblouï par sa splendeur, ému de ses larmes, joyeux de ses bonheurs, calme de son repos ; on le comprend, on pense avec lui. 1l sait trouver notre âme pour y glisser tout ce qui est en la sienne. Que voulez-vous que nous puissions ajouter, quand nous avons dit qu'il # de l’âme ? C’est une mer-
84 LOUIS FRÉCHETTE veilleuse qualité que l'âme, et tous Jes po n’en ont pas ; où du moins, ne savent pas:
en faire ressentir la présence. Te] poète absent de son œnvre ; son imagination, qu’ jalousement cultivée, lui présente de mag ques horizons, d’amples étendues, où il gro à plaisir tous les concepts de son rêve imp ble ; et nous avons Leconte de Lisle, une | sie admirablement sereine, — sans âme. LR n'est plus parfait ; rieu n’est plue froid.
Ouvrez Musset maintenant ; lisez au has et sans suite : vous relèverez, ici et là, des zarreries, des familiarités, des audaces gram ticales, dont nos professeurs nous régalai quand nous étions au collège. J'en connais qui n’a jamais pardonné à Muset d’avoir co paré la lune à un point sur un i; il ne s'ét Pas aperçu —pauvre homme !—que Musset av ainsi écrit une des plus jolies ballades de langue française Mais, laissant de côté ce analyse mesquine de chaque mot, si nous ve lons vraiment connaître Musset, tressaillir av lui de ses joies troublantes et Pleurer avec ses immortels sanglots, comme il nous a v reœués, comme il nous possède tout entie comme nous nous abandonnons au charme dc loureux de sa pensée. Et Victor Hugo ; faut le regarder à la loupe, lui demander compte chaque mot qu’il emploie, lui reprocher l’auda d’une figure ou le désordonné d’une stroph