‹ Louis Fréchette [microforme]Chapitre 9 sur 15 · IS IS · texte numérisé non relu

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Et M. Fréchette est poète à leur façon, daï la proportion moindre de son talent : je ne fa aucune comparaison, je l'ai déjà dit ; je class je note les relations, je retrace les sim tude

M. Fréchette a de l’âme :

; c’est à dire qu'il la faculté de nous faire éprouver ce qu'il a lu

même éprouvé: que son vers est vibrant de « Personnalité émue ; qu’il est absolument romar tique, en cela qu'il n’écrit que pour se commu niquer au lecteur ; que sa muse est l'écho de s& vie, que tout souffle le fait soupirer et que tout brise le fait chanter ; que sa sensibilité aigü tressaille au moindre contact ; et que c’est c tressaillement, ce chant, ce soupir que nous re trouvons en ses poèmes

Mais si nous ne pouvons analyser l’émotior que nous font ressentir ces poèmes, nous pou: YOnsS au moins apprécier les conditions dans lesquelles nous l’éprouvons, et nous demander d’où elle nait,

Ce qui revient à rechercher les sources d’inspiration du poète.

Quelles sont-elles ?

Il en est deux, qui résument toutes les au tres : la nature et ses visions infiniment variées ; le cœur et ses diverses affections.

Nous disons la nature,

et cela se comprend de soi.

Mais nous disons aussi le cœur ; nous vou-

façon, dans : : je ne fais : ; je classe, simil tudes.

dire qu’il a > qu'il a luiibrant de sa nent romanse commul'écho de sa et que toute bilité aigüe que c’est ce ue nous re-

* l'émotion nous poutions dans demander irces d’instes les auat variées ;

comprend

nous vou-

-lons dire par là la faculté d’éprouver une affection. L’affection est une sensation intérieure et immatérielle. Cette faculté d'éprouver de l’affectios existe en proportion de notre sensibilité ; elle appartient cependant au pur dmaine de l'esprit, physiologiquement. Mais on l’attribue généralement au cœur, qui, paraît-il, est un organe plus poétique. Il est entendu, en effet, que le cœur est le siège de l’amour et de la passion ; c'est une convention. Pour être exact, il faudrait concéder a l'esprit ses deux facultés de penser rt d'aimer ; mais elles sont si distinctes l’une de l’autre qu'on a voulu les localiser dans l'anatomie morale, et douner au cœur, qui avait déjà la fonction d'’épancher la vie du corps, la mission toute divine d’être la chaleur et la vie de l'âme.

La nature comme spectacle ; le coeur comme sanctuaire : voilà notre poète. Il regarde au dehors et c’est une partie de son oeuvre : il se recueille en lui-même, et il couronne cette oeuvre en l’achevant. Chez d’autres, ce n’est qu’une série de phénomènes de la nature, ou qu'uve seule affection qui domine ; l'amour de la patrie chez Crémazie, la description de nos belles forêts chez Cooper, pour ne pas nous éloigner trop ; chez M. Fréchette, c’est toute la nature qui est vue, tout le coeur qui vibre, et en cela, il rappelle.cette voix sublime, qui domine le XIXe siècle, parce qu’elle le résume, cette Âme admirablement complète de V. Hugo,

qui tressaille à tous les bruits, parce qu’ell “au centre de tout, comme un écho +onore Plus humble, moins richement douée—

besoin de le dire ?— moins grande, moins s

me, mais aussi émue, aussi passionnée, :

absolument poétique, l’âme de M. Fréch

—s0n âme de poète, bien entendu—reçoit :

nature et plus généralement du di hors, des pressions variées qui renaissent en lui +ous autre forme : c’est un écho, mais un écho C subi l'influence du roc qui ie produit. 1 avons déjà dit au cours de cette étude l'oeuvre de M. Fréchette était due, comme de tout poète personnel, à la constance tempérament se manifestant par diverses e:

riences : ce tempérament peut se réume un seul mot, la sensibilité.

” Sensibilité dit à la fois, puissance de voi puissance de ressentir : car la vision est pass on la subit ; et on la subit plus ou moins s qu’on est plus ou moins apte à la subir; d plus ou moins sensible,

Ta sensibilité du coeur en face du monde térieur ; voilà la synthèse de l'oeuvre de Fréchette,

Je reprends : le nature et le coeur.

Il y aurait une étude intéressante à fair ce sujet. Il s'agirait de noter, dans l'oeuvre poète, l'influence successive de la nature ; et

noter de même façon les différentes phases q traversées le coeur.

arce qu’elle est

cho sonore. n t douée—est il e, moins subli.

ssionnée, aussi M. Fiéchette, u—reçoit de la de hors, des imen lui sous une s un écho qui a roduit. Nous tte étude que 1e, comme celle onstance d’un diverses expése ré“umer en

nce de voir et on est passive, u moins selon à subir ; donc,

du monde ex.

oeuvre de M.

eur.

sante à faire à ns l'oeuvre du nature ; et de es phases qu’a

LOUIS FRÉCHETTE Le temps transforme tout mais ne change rien. Entre l’Adam de l’Eden qui cède par faiblesse d’abord et par désir de domination ensuite, l’Eve qui succombe à la vanité à la curiosité, à la louange habile et qui sait en traîner avec elle celui qu’elle fascine, entre ces deux premiers types de l'humanité et la génération actuelle, y atil une réelle différence ? Faiblesse ambitieuse de l’homme, fiblesse vani.

‘ teuse et câline de la femme, c’est là tout le ro-

man de l’amour. Il n’y a que le costume qui ait changé : et l'on sait pourquoi !

C'est ainsi, pour revenir à M. Fréchette, que notre poète conserve jusqu'au bout sa faculté de voir et de comprendre la nature, mais il la vit différemment, selon les années ; c’est ain:i que son coeur (j'ai expliqué ce mot plus haut) aime tout le temps avec intensité, m ‘+ c'est l'objet de l'affection qui n’est plus k 1867 qu’en 1881.

Le poète voit d'abord en la nature un simple jeu de couleurs, un parterre fleuri où chaque nuance compte séparément, un ensemble charmant de mille charmes divers ; et il les apprécie un à un (Mes Loisirs). Puis, la vision fréquente de ces choses qu’il a goutées de la facon analytique que nous venons de dire, les grave en lui ; il s’habitue à préférer tel coin de paysage à tel horizon, aime mieux le ruisseau de làbas que le torrent d'ici et s'aperçoit subitement qu’il y a une nature, dans la nature, qui lui <

-»e en

plaît spécialement ; l’imprévu lui en fait cruellement la réalité et c’est sette nature & ciale qu'il regrette, pendant l’absence (La V d'un Exilé). Le voici de retour : il retro les paysages quittés, les Heurs aimées, les p: nes qu’il u’a pas voulu oublier. Il veut chanter et le trouble ie saisit : il connait mi la vie, ce spectacle tant désiré l’attriste, il mélancolique, il soupire (Les Fleurs Boréal Il se contient pourtant ; et pour éviter en qf que sorte les regrets d’une nouvelle abse possible, un à un, il enferme tous ces paysa en ses vers, comme un amant jaloux mett ün cadre d’or aux portraits de son idéale be: té (Les Oiseaux de Neige). Mais de cette sion en quelque sorte subjective, qui » suce à la vision objective des premières années, n une nouvelle façon de voir, qui agrandit objets vus, qui les amplifie, qui en fait des cors magnifiques-où la pensée va se jouer a plus de splendeur et d'éclat (La Légende d Peupie). Puis l’ardeur diminue, les sens viennent plus assurés et plus calmes, la vis plus reposée ; l'enthousiasme s’apaise avec souvenir et la nature devient la consolatrice prême, où l’on cherche la grande ombre du} sé et la douce lumière du présent (Les Feui Volantes).

Voi'à comment la nature a parlé à M. F chette.

J'ai dit: le cœur. Les œuvres de M. EF

i en fait voir ‘ee nature spénce (La Voix : il retrouve nées, les prai- Il veut les -onnait mieux attriste, il est urs Boréales).

viter en quel.

veille absence ces paysages loux mettant 1 idéale beau y de cette viqui succédé s années, naît agrandit les n fait des dése jouer avec Légende d'un , les sens demes, la vision paise avec le onsolatrice suombre du pas- (Les Feuilles

lé à M. Fré-

s de M. Fré-

LOUIS FRÉCHETTE chette ont cela de grand qu'elles résument la vie de l’homme, la vie sentimentale, je veux dire.

Voyez ce cœur de poète ‘ aime jusqu'au délire (Mes Loisirs), qui s'em,..e aveuglément contre ce qui lui répugne et dont la violence ns connaît plus de bornes (La Voix d'un Exilé), qui demande ensuite la consolation à l'amitié — oh! l'amitié, comme nous devons tous la bénir:! — et à l'ivresse de vivre, et à la joie de sentir la beauté et de l’exalter (Fleurs Boréales, Oiseaux de Neige) ; qui s'affirme dans la plénitude de son sentiment dominant (La Légende d'un Peuple) pour se reposer enfin au milieu de ceux qu’il aime et qui le consolent (Feuilles Volantes). "Foute l’histoire du cœur est là : amour, passion violente. enthousiasme, amitié, exaltation, patriotisme, famille. L’œuvre de M. Fréchette contient des ébauches de tout cela ; et ce qui est plus remarquable, ces sentiments se suivent logiquement chez lui, en sorte que sa poésie est bien l’écho de sa vie.

Faut il parler de la forme de son vers ?

Le lecteur a lu ce que nous avons cité ; il n’a d’ailleurs qu’à ouvrir un volume de l’auteur pour tormer son opinion. La forme du vers est d’une appréciation assez capricieuse : c’est matière de goût et d'idéal. Les uns veulent que ce soit grave là où les autres demandent de

LOUIS FRÉCHETTE la gaîté ; en sorte qu'il est plus facile le r ce qu’un auteur a voulu dire que de s’as s’il l’a bien dit. Nous avons apprécié au « de cette étude quelques-unes des qualité torme de M. Fréchette : nous avons au b relevé un défaut.

Résumons avéc méthode, ce qui est fa car chez l’auteur toute qualité est doublé son défaut correspondant: c’est la richesse vocabulaire qui peut devenir de la précio l’abondance qui passe facilement à l'éta prolixité ; la faculté d’imager le langage amène, ou l'obscurité, ou la banalité, ou consistance ; la facilité qui peut conduire négligence ; la splendeur qui donne la mai l’emphase ; le sublime et Boileau nous à di il peut mener...

Faut-il en conclure que M. Fréchette « mal? Fautil dire qu'il écrit parfaiteme Mêèlez les deux réponses ; vous en aurez qui satisfera l'esprit le plus revéche, pou qu'il ne soit pas prévenu.

Si l’on veut savoir mon avis, à moi, je 6 que certaines qualités ont avec elles une f de séduction qui me ferme les yeux en face défauts qui les accompagnent ; que M. Fréc te pourrait tien avoir précisément ces quali là... Mais on ne me demande pas mon a et je me tais.

facile le noter 1e de s'assurer précié au cours les qualités de ons au besoin

qui est facile ; st doublée de la richesse du la préciosité ; nt à l'état de e langage qui ialité, ou l'inconduire à la ne la main à | nous à dit où

'réchette écrit parfaitement ?

en aurez une éche, pourvu

moi, je dirai les une force ax en face des 1e M. Fréchett ces qualités- &S MON AVIS ;

Nous pouvons donc conclure :

M. Fréchette est un poète ; en cela, il est un tempérament et les chose extérieures doivent nécessairement l’affccter en le touchant ; ses œuvres sont le produit de ce contact.

Ce tempérament se résume en un mot: sensibilité.

Sensibilité en face de la nature, avec les transformativns dues aux hasards de la vie; sensibilité du cœur, qui suit et refait l’influence extérieure.

Voilà l'essence de sa poésie.

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