‹ Louis GamacheChapitre 12 sur 17 · Ze Lübrador · texte numérisé non relu

Ze Lübrador

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souvent, on a vu des loups au milieu d’une troupe de chiens esquimaux, s'amusant à jouer avec eux; mais les derniers semblent comprendre que cette compagnie n’est pas respectable ; car, dans ces occasions, dès qu'ils aperçoivent leur maître, ils prennent un air de gravité tout à fait comique. Les deux familles s’allient quelquefois ensemble.

Si les chiens esquimaux ne savent point aboyer, en revanche ils sont habiles à hurler : chaque soir, autour des maisons, ils donnent un concert au profit des dormeurs. Un vieux chien commence ordinaïrement à donner le ton, avec sa voix de basse-taille ; puis viennent les tenors ; et enfin les jeunes chiens se joignent con amore, aux anciens de la troupe, et un chœur de musique infernale continue ses Jamantations jusqu’à une heure avancée de la nuit Malheur au dotmeur qui n'est pas encore accoutumé à ce vacarme ! Quant à ceux

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qu y sont habitués, ils n’en sont aucunement dérangés. Les hurlements sont répétés par les meutes des environs. Durant une nuit passée à bord de la goëlette dans la baie de Bonne-Espérance, autour de !: quelle sont dis persées quatre ou cinq habitations, nous fûmes régalés jusques après minuit, des hurlements d'autant de corps de musiciens.

Parfois la chanson se commence par quel:

que chien exilé de la bande, et est continuée par les autres. A la Tabatière, chaque matin, en me rendant à la chapelle, vers cinq heures, je rencontrais, sur un morne écarté, un vieux solitaire de cette espèce. Je le trouvais ordinairement couché sur la mousse ; à mon approche, il se levait, secouait son poil hérissé ; et sur trois pattes, car l’une des quatre était toujours hors d'état de faire le service, il décrivait un cercle pour éviter ma rencontre. Quelle

faute expiait-il ? c’est ce que je ’ai pu savoir,

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Trois mois auparavant, un meurtre, le meurtre d’un chien jeune et vigoureux, avait été com mis en ce lieu. Qui sait ?—Eh bien ! tous les soirs, le vieux se rendait fidèlement sur une pointe de rocher qui s’avance au-dessus de la mer, et soit qu’il eût l’âme poétique, ou que le souvenir d’un crime lui rongeÂt le cœur, il attendait, morne et silencieux, le lever de la iune, Au moment oùell& se montrait, il poussait un hurlement digne des chiens chantés par Ossian.—Le premier cri restait sans réponse ; au second, vingt voix claires relevaient l'antienne, avec une énergie et une constance propres à désespérer un dormeur ordinaire.

Dans un autre poste, où j'occupais seul la maison d'hiver, je fus surpris d'entendre pendant la nuit un mouvement inaccoutumé sous le plancher; c'était des grondements, des plaintes, des menaces, suivis de hurlements et d’un branie-bas épouvantable, La séance était

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si bruyante ct se prolongeat si longtemps, que je me crus en plein parlement des provinces unies du Canada ; pardon, si j'emploie le language parlementaire. Le lendemain, je dus reconnaître la situation et étudier la position des partis. Les chiens avaient voulu mettre À profit le peu de terre qui se trouvait sous la maison ; ils avaient creusé un passage, puis une espèce de cave, sous l'abri des planchers, C'était leur cabinet. Malheureusement, il n’était pas assez grand pour toute la bande; quand deux ou trois s’y étaient installés, les autres étaient forcés de rester à la belle étoile, De là, dissensions, querelles et coups de dents entre ceux qui occupaient un coin dans le terrier et les malheureux qui les voulaient rem. placer. \

Les chiens du Labrador sont querelleurs pendant le jour, aussi bien que durant la nuit : à peine unc heure de la journée se passe-t-elle

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sans qu’il s'élève une contestation, à laquelle tous veulent prendre part. Chez eux, comme chez les loups, gare au plus faible ; car tous les autres se jettent sur celui qui a été renversé et le déchireraient à belles dents, si le fouet du maître n’était mis en jeu pour les séparer. A

moins d'exercer une vigilance continuelle, l’on ne saurait prévenir les meurtres dans une société si mal réglée. Des planteurs ont perdu dans une année jusqu’à quatre et cinq de leurs chiens, tués par leurs camarades, souvent enfants de la même mère. Comme mesure préventive et pour maintenir une apparence d'ordre, lorsqu'un chien devient tapageur ct hargneux, on lui attache au cou une patte de devant ; ce remède est infaillible pour lobliger à garder la paix envers tous. Dans une meute. lon rencontre quelquefois trois ou quatre chiens Qui subissent cette peine. Ils semblent un peu embarrassés ; mais ils peuvent encore

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suivre les autres dans leurs courses et leur faire de rudes morsures lorsque l’occasion s’en présente.

Jusqu'à ce jour, à deux ou trois exceptions près, on n’a pu réussir à élever d’autres animaux domestiques : chats, vaches, cochons, moutons, tout a été détruit. Si un chien est élevé dans la maison, on peut être sûr qu’à

la première occasion il sera étranglé. Un

‘ planteur avait un beau chien de ‘lerreneuve,

plein d'intelligence et rendant de grands services par son adresse à la mer. Il était d’autant plus prisé que les chiens esquimaux ne peuvent être dressés pour l’eau. Le terreneuve avait le privilége d’entrer dans la maison et recevait assez souvent lescaresses deson maître. C'’en fut assez pour exciter la jalousiè des autres, qui guettèrent une bonne. occasion, étranglèrent le favori et le traînèrent à la mer.

Après ce mauvais coup, ils s’esquivèrent à la

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maison ; mais leur mine embarrassée ayant fait soupçonner que tout n'allait pas bien, on de: couvrit bientôt les preuves de la trahison, su le cadavre du pauvre chien de Terreneuve,

Je n’ai trouvé sur la côte qu’une chèvreet un cochon qui aient échappé au massacre général, Un marchand de Boston, venu au Labrador pour y chercher la santé, avait amené avec lui ces deux animaux ; le premier devait lui fournir du lait, le second était un élève favori. A peine déposé sur le sol de la nouvelle patrie, Îe pauvre cochon faillit être dévoré ; il fallut, pour prévenir de nouvelles attaques, lui préparer une cage que l’on élargit à mesure que l'hôte grandit. Quant à la chèvre, dès le premier jour elle sût se faire respecter : la tête baissée et les cornes en avant, elle attendit ses ennemis de pied ferme, Le premier qui osa lapprocher fut renversé et s'enfuit, hurlant et boitant ; un second voulut soutenir l'honneur

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du corps, mais il éprouva le même sort. La chèvre a depuis joui d’une paix profonde et obtenu le droit de cité. Elle parcourt les environs avec les chiens, elle se couche au milieu d’eux, et ïls n’en font pas plus de cas que si elle était un membre de la famille,

Il a pu arriver que des chiens aient attaqué quelque voyageur isolé, mais cela a dû être fort rare. Partout je les ai trouvés civils et caressants pour moi. Une fois que la connaissance avait été faite avec eux, ils me suivaient dans mes courses, et j'avais souvent peine à les renvoyer, lorsque leur compagnie ne me convenait point.

Pendant l’hiver, ils récompensent leur maître des dépenses et des inquiètudes qu’il lui ont causées durant le reste de l’année. En été, les voyages se font en berges ou en chaloupes ; en hiver, <’est au moyen des chiens ct des rométiques. Vers le mois de janvier, les baics et les

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passes se couvrent d’une glace solide, jusqu’à trois et quatre lieues au large. L'on en profite pour traîner aux maisons le bois qui a été coupé pendant l’année précédente ; cinq ou six chiens attelés à un cométique enlèvent de lourdes charges. Six ou sept bons chiens, traînant trois personnes, parcourront dans la journée de vingt à vingt-cinq lieues.

Le cométique est un traîneau large d’environ trente pouces et long de dix à douze pieds. II est bien différent de la tabagane, ou traîne sauvage. Deux membres, semblables à ceux du traîneau canadien, sont unis par des barres transversales arrêtées au moyen de lanières de cuir. Sous chaque membre est une bande ou lisse, formée d'os de baleine, et ayant un demi

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pouce d'épaisseur, On choïsit pour cela des mâchoires, qu’on laisse tremper dans l’eau de la mer pendant quelques semaines, Lorsque toutes les particules de chair se sent détachées, en scie les os dans leur lengueur et on Îles divise en pièces, qui sont longues dequinzé à vingt pouces, «et qui après avoir été polies ressemblent à livoire ; ainsi préparées, des hisses glissent sur la neige bien plus facilement que celles defer. H est ben de faire remarquer, en passant, que les mâchoires de le baleine contiennent une moëlk abondañte dent on tire quelquefois jusqu'à cent livres dé savon.

Le cométique de voyage ést garni de peaux d'ours ou de loups-marins, fortement cousues, que le voyageur ramène sur lui pour se préserver du froid. L’'attelage est en peau de loup-marin ; on place le chien-guide à une dizaine de brasses du cométique ; les autres

sont rangés derrière lui de manière à ne point

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Pembarrasser, Le guide où, comme on Île nomme au Labrador, le chien de l'avant, doit étre intelligent, dressé à obéir à la voix, et à se porter vers la droite où vers la gauche, sur un znot d'ordre, Les autres elhiens sont accoutumés à le suivre et n’ont pas besoin d'être souris à la même discipline. Avec un bon chien de Pavant, le voyageur n’a pas à craindre de s'écarter durant les tempêtes, lorsque souvent ka neige empêche de voir les objets à quelques pas autour de soi. Qu'il abandonne ka direction du traîneau à la sagacité de son chien, sans le troubler par des ordres où par des coups : guidé par l’odorat, l'intelligent animal reconnaitra les traces cachées sous la neige, et se dirigera soit vers le logis de son maître, soit vers lhabitation la plus voisine. S’il arrive quelque accident dans lesvoyagesd’hiver, on peut presque toujours l’attribuer à l'inexpérience ou à la mauvaise humeur du conduc-

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teur, qui a gourmandé ses chienshors de propos,

Je fouet estun instrument formidable, devant lequel les chiens fuient, même en été. Au mi lieu de leurs batailles les plus acharnées, il suffit de le leur montrer pour rétablir la paix, A côté du fouet esquimaux, le khout de la Russie est un jeu d'enfant, Un bon fouct a une longueur de dix à douze brasses : il est attaché à un manche long de cinq ou six pouces; lorsqu'on ne s’en sert point, on le laisse traîner derrière le cométique. Pour les personnes qui ne sont pas accoutumées dès

l'enfance à le faire jouer, il constitue un ems

barras sérieux à cause de sa longueur; mais dans les mains d’un esquimaux ou d’un homme élevé sur la côte, il devient une arme puissante, Le bout du fouet va choisir à quarante ou cine quante pieds le chien paresseux ou grognard ; le claquement produit un son si éclatant que animal le plus endormi en trépigne d’épou-

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vante, Un seul coup, appliqué à une grande portée, couperait un chien en deux. Les fouet: teurs habilessont connus dans tout le Labrador ; à leur tête est un nommé Bill, dans les veines duquel coule un peu de sang esquimaux; du bout de son fouet, il enlève à soixante pieds, le goulot d’une bouteille sur une ligne tracée d'avance. Il joue mille tours de cette force, tous remarquables par leur précision et leur vigueuf,

Un long yarkce des environs de Boston, voulut un jour disputer à Bill ses titres de gloire. Pour une bouteille de rum, il s’offrit à recevoir deux coups de fouet de la main du célèbre claqueur. Par une sage précaution, cependant, il avait garni son homme inférieur de deux paires de caleçons et d’un pareil nombre de pantalons, Se confiant dans son bouclier et dans la maigreur de sa propre charpente, 1l se met brave-

ment en position à cinquante pieds. ‘Le fouet

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est lancé par Bill avec une nonchalance de métis, et va effleurer, sur la personne du Yankee, la partie vouée à l'épreuve, enlevant une étroite lisière des pantalons, des caleçons et de ce qui se trouvait de chairs et de nerfs dans la région voisine, Un cri aigu et nasal répond au claquement du fouet, et les deux mains du patient se pressent pour sonder la profondeur de la plaie et réparer les brèches faites à la place. Sur la proposition de recevoir le second coup de fouet, il renonce généreusement à la bouteille de rum, remarquant avec beaucoup d’àpropos : “ Well! ZI guess ZT would be too leaky to hold liqguor, if you were to strike me again."

J'ai assisté à quelques discussions sur les mérites respectifs des chiens esquimaux de race pyre et des chiens de race mélangée. Il me parait résulter des propositions établies, que les derniers sont plus forts et peuvent

résister plus longtemps à la fatigue; mais à

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