‹ Louis GamacheChapitre 13 sur 17 · RER · texte numérisé non relu

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leur faut donner à manger tous les jours, quand on veut qu'ils continuent à voyager. Si le chien esquimaux est un peu moins solide pour la charge, dans le voyage il passera jusqu’à deux jours de suite sans prendre de nourriture et sans paraître abattu. Il exige aussi moins de soin contre le froid, protégé, comme il l’est, par son long poil blanc. La neige n'interrompt point son sommeil, même lorsqu’elle tombe * abondamment : il la bat un peu avec ses pattes pour préparer sa couche, il s'étend en rond et s'enfonce le nez dans le poil de sa longue queue. Il reste ainsi à dormir jusqu’à ce que la neige, en se ramassant, soit arrivée à ses narines ; pour ne pas étouffer, il se lèvera alors, secouera celle qui le couvre, fera deux ou trois tours pour refaire son lit, reprendra sa première position, et recommencera à sommeiller,

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Yundi, 9 août, une goëlette, arrivée de Gaspé da”: le port de la Grosse-Ile, nous apporte plusieurs catholiques de Douglastown et du Cap des Rosiers. Ils sont venus en soixante heures de la Baie de Gaspé, distance de trois cents milles. Par eux, nous apprenons la triste nouvelle de l'incendie de la chapelle à Douglastown. Cette goëlette vient faire la pêche du hareng sur la côte du Labrador, parce que la morue a peu donné sur la côte de Gaspé. Accoutumés à joindre la culture de:la terre à ia pêche, ces braves gens sont tout étonnés de voir la stérilité du pays, et ils se demandent, les uns aux autres, comment des hommes civilisés peuvent consentir à vivre et à mourir au Labrador. “Quel pays!” observe l’un d’entre eux, “ il n'ya pas même assez de terre

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pour se faire enterrer décemment.” Sa réflexion est en partie vraie, ear le cimetière de la Tabatière est le seul endroit des environs où Yon trouve assez de terre pour y faire des sépultures ; ailleurs, lon a été obligé de descendre dans les cravasses des rochers les eercuells qu’on recouvrait ensuite de pierres. Eomme là Providence de Dien, par une admirable disposition, a réglé que le genre humain occuparait toute la surface de h terre, à chaque pays et à chaque climat elle a attaché des avantages qui contrebalancent les misères. ke Labrador à ses charmes, non-seulement pour ceux qui y sont nés, mais encore pour eeux qui y ont passé quelque temps. Ea mer, avec Pabondance. de son gibier et la richesse de ses pêcheries, avec ses jours de calme et de tempête, avec ses accidents variés et souvent dramatiques ; la terre, avec ha liberté, ha solitude ‘et l’espace, avec ses chasses loin

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taines et aventureuses, offrent, toutes deux, des avantages et des plaisirs qu’on abandonne difficilement quand on les a une fois goûtés.

De temps en temps, quelque famille part pour aller jouir des commodités que présente le voisinage de Québec, se promettant bien de ne rlus retourner au Labrador; et, à peine le printemps est-il arrivé, que les fugitifs déclarent ne pouvoir plus tenir loin de leurs habitudes accoutumées et au milieu d’un. état de société auquel ils sont étrangers. Heureux alors de reprendre teur ancienne habitation, s'ils ne l'ont point vendue !

Deux jours après avoir laissé la Grossc-Ile, je rencontrat un vieil anglais, qui vit sur la côte depuis plus .de vingt ans. Comme il a de l'instruction, on lui a offert à plusieurs reprises des situations avantageuses qui l'auraicnt forcé

de laisser le pays. ‘Toujours il les a retusces.

* Et pourquoi, lui demandai-je, deutuurez

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vous ici si longtemps sans vous établir ? ” — “C'est,” me répondit:il, “ que chaque année je me décide à partir pour entrer en Angleterre, où j'ai un frère, vivant bien ; l'automne arrive, et je ne puis m'arracher de ce pays. Jene pourrais respirer en Angleterre, au milieude la foule; là, il me faudrait des permis pour pêcher et pour chasser ; je serais gêné de tous les côtés. Ici, je suis libre ; je vais où je veux, je pêche et je chasse quand je veux. Je ne puis me décider à sacrifier tous ces avantages pour revoir des parents qui ne me reconnaitraient plus.”

Il faut remarquer que l'air du Labrador est fort sain, malgré les brumes fréquentes ; peu d'enfants y meurent, et ceux qui y ont été élevés sont exposés à perdre la santé lorsqu'ils passent dans un climat plus chaud; au contraire, des invalides venus du midi y recouvrent la santé et les forces, Aussi, un bon nombre

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de personnes faibles y viennent, par l’ordre des médecins, passer la saison de la pêche, sur les vaisseaux des Etats-Unis; et la plupart s’en trouvent fort bien.

La mission en ce lieu ne pouvait être longue, puisqu'il n’y avait que cinq communiants dans la famille de M. Lévêque ; et mon travail se trouvait terminé le dix août. Mais mon hôte me représenta que le vent était encore trop fort et la mer trop grosse pour qu’une berge pôt s'éloigner de l’île.

Dans le cours de l'après-midi, on vint annoncer qu’une goëlette entrait dans le port voisin et trainait une énorme baieine. Nous étions invités, M. Lévêque et moi, à assister aux opérations du dépècement ; la proposition fut si bien accueillie que nous arrivions à la goëlette du capitaine Stewart au moment où les hommes commençaient leur travail. La baleine ‘venait d’être tuée par le capitaine

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Coffin, qui avait reçu l’aide de Stewart pour sen emparer ct la mettre en sûreté: par un arrangement préalable, le tiers de la prise revenait de droit à ce dernier.

Un seul coup de lance avait suffi pour tuer cette baleine, appartenant à l'espèce connue sous le rom de sw/phur boltomca, ventre souffré. Les poissons de cette espèce possèdent une vigueur remarquables. Quand ils prennent leurs ébats, 1l n’est pas rare de les voir s’élancer complètement hors de l’eau, dans une position verticale, Ils accomplissent ce tour de force par la seule puissance de leur queue. Jusqu’aux années dernières, on n’osait les attaquer: Îa raison en était que, quand ils ont été frappés. ils fuient avec une telle rapidité, qu’une berge attachée à leur suite serait infailliblement engloutie. Avec une plus longue expérience, les harponneurs ont appris à leur faire Îa guerre sans danger. Pour frapper, on emploie,

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hon pas le harpon, mais la lance, à laquelle est att-ché un grelin lié par l’autre bout à une espaure, Le coup est porté derrière la nageoire et dirigé vers les parties vitales. Si la lance a frappé juste et fort, l’espaure est jetée à la mer; la baleine plonge et fuit; et lorsque le coup a été mortel, elle ne tarde pas à revenir à la surface pour rendre le dernier soupir.

Quand on attaque une baleine à bosse (Aumpback,) dont la vigueur est moins grande, on emsloie le harpon attaché à un grelin, qui se déroule et entraîne la berge à la suite de animal blessé, Un homme armé d’une hache se tient à côté du harponneur, prêt à couper le câble, s’il est arrêté par un nœud ou un enroulement, La marche d’une berge est alors si rapide, que l’eau s'élève de chaque côté à six pouces au-dessus du carreau, sans cependant qu’il s’en répande à l'intérieur, Ia

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situation paraîtrait effrayante à un novice, mais pour les baleiniers une semblable course est un usement ; et leur adresse est telle aujours« d’hui, que, depuis fort longtemps, il n’est point arrivé d'accident. Ja baleine à bosse vaut beaucoup plus que l’autre, parce qu’elle four. hit une plus grande quantité d’huile.

Le poisson qui venait d’être tué avait eñviron quatre-vingts pieds de longueur ; sa large queue était amarrée au beaupré et sa tête s’étendait en arrière de la goëlette. A raison de la limpidité de l’eau, la vue pouvait embrasser son énorme contour, et il me parut plus gros que le vaisseau ; on espérait qu'il fournirait environ quatre-vingts quarts d'huile ; ü faut convenir que c’est un beau coup de lance, si l’on se rappelle que l’huile se vend de douze à seize piastres le quart, Tous les hommes, au moment de notre arrivée, s'étaient mis à l'œuvre pour le dépecer : de larges bandes de

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chair étaient taillées avec la pelle, enlevées au moyen de palans, et déposées dans la calle du vaisseau, pour être transportées à la fonderie. Quelques morceaux de graisse, qui furent mesurés, avaient jusqu’à douze pouces d’épaisseur. Sur la peau noire, lisse et peu épaiwe, s'étaient attachés des coquillages, des coques et des pous de baleine, ainsi nommés parce qu'ils s’engraissent de la substance de la baleine.

Les capitaines et prentiers officiers des cinq ou six navires baleiniers, qui fréquentent le Labrador, appartiennent à Gaspé : c’est la se: conde génération de ces hommes énergiques, qui depuis soixante ans font la guerre aux géants de la mer. L'année présente a été trèsfavorable à leur pêche, par l'absence de brumes et de gros vents. La brume empêche de reconnaître et de poursuivre la baleine ; les vents violents sant également nuisibles, par les dan.

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gers auxquels sont alors exposées les berges. Souvent lorsque la mer est agitée, il faut abandonner le paisson qui a été tué, dans la crainte que son poids ne fasse engloutir la goëlette. Alors avant de le laisser, on a la précaution de lui passer autour du corps un câble attaché à une bouée, afin de le retrouver plus facilement. Malgré ce soin, il arrive souvent quil est perdu, soit que les flots et les vents l’entraînent au loin, soit que le câble se brise ou soit enlevé par des écumeurs de mer

Les bâtiments employés pour la pêche de la baleine, dans le golfe Saint-Laurent, sont de grosses et fortes goëlcttes, capables de résister aux tempêtes ; car, pour faire du profit à ce métier, il faut toujours tenir la mer, A leurs flancs sont suspendues deux berges baleinières, toujours prêtes à être lancées à l’eau dès que le prernier signal en est donné. L’équipage de chaqèe goëlette se compose: d'une quin-

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zaine d'hommes, qui doivent être de vigoureux et bons rameurs: car il leur faut quelquelois ramer pendant des journées entières. Autrefois, on approchait les baleines à ia rame, aujourd’hui, elles sont devenues si défiantes que le moindre bruit leur donne l'éveil : aussi quand on se trouve à une petite distance, on laisse les rames pour prendre des pagaies ou avirons, qui font peu de bruit dans l’eau.

La manière de payer les matelots varie : les uns sont à gages fixes ; les autres obtiennent une part proportionnelledes profits de la course. Parmi les hommes de l’équipage du capitaine Coffin, on me fit remarquer deux micmacs de la baie de Gaspé; tous deux paraissaient fort entendus dans l'opération de décou2r la baleine. Ces sauvages font d’exceller. . inatelots ; il est arrivé que des vaisseaux ont eu des équipages composés entièrement de micmacs, et ces équipages valaient les autres,

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