CHAPITRE XII
çais que sauvages. Tous montraient le plus grand empressement pour assister à la classe maigre l'inclémence de la température. Quelques-uns, à moitié vêtus, devaient parcourir plus d'un quart de lieue pour s'y rendre.
A la chapelle, le Père faisait placer les garçons d'un côté et les filles de l'autre, ayant soin que les petites filles sauvages fussent auprès des petites françaises et les petits sauvages auprès des français: « afin d'apprendre plus facilement aux petits barbares à joindre les mains, à se mettre à genoux, à faire le signe de la croix et la révérence, en voyant faire ces actions aux petits français et aux petites françaises. »
Les classes s'ouvraient par le signe de la croix, la récitation de l'Oraison Dominicale, qui était suivie du Symbole des Apôtres, dont le Père chantait quelques strophes en langues sauvages. Il donnait ensuite des explications sur le catéchisme; de temps en temps les enfants subissaient des examens en public et quelquefois ils répondaient si bien qu'ils étonnaient ceux qui les entendaient.
C'est à cette première école que les enfants de Guillaume Couillard, d'Abraham Martin, de Pierre Desportes, apprirent le catéchisme et les lettres françaises.
En 1636, Olivier Le Tardif fut le parrain d'un enfant sauvage; Mme Hébert en fut la marraine. Ce baptême fut administré dans des circonstances si extraordinaires que nous croyons devoir les raconter ici.
Aux environs de Québec, un sauvage appelé Prince par les Français vivait avec sa famille. Il avait suivi durant quelque temps les classes de catéchisme, mais, à l'époque dont nous parlons, il n'était pas encore baptisé. Un de ses enfants vint à tomber malade un jour et Prince s'empressa d'aller chercher un missionnaire pour lui faire administrer le sacrement de baptême. Arrivé à la maison, la mère de l'enfant, qui était païenne, ne voulut pas entendra parler qu'on baptisât son fils. Elle s'imaginait qu'il mourrait aussitôt après.
Le missionnaire commença alors à vouloir faire comprendre à cette femme qiie le baptême est la porte de l'Eglise et du Ciel; que si l'enfant mourait après avoir été baptisé, il s'en irait dans un séjour de bonheur... Mais cette femme ne voulut rien entendre, pas même les supplications de son mari qui voulait faire baptiser son fils.
Pendant ces pourparlers l'état du petit malade s'aggravait, et, comme il était sur le point d'agoniser, la mère toute en larmes dit au missionnaire: « Si tu peux le guérir, baptise-le; mais si tu ne le peux pas, ne le touche pas! »
Prince, déjà ébranlé par les beautés de la religion chrétienne, suppliait le missionnaire de baptiser son enfant; et il s'écria: « Je crois que Celui qui a tout fait peut le guérir! »
Une si grande foi toucha le missionnaire qui demanda à la mère si elle consentirait à le confier aux Jésuites au cas où il guérirait?