CHAPITRE XII
Jeune travaillait à la conversion d'un capitaine sauvage. Pour une raison ou pour une autre il retardait l'époque de son baptême. Un jour qu'il était dans la maison des Pères, il demanda une faveur qu'on ne put lui accorder. Le pauvre sauvage rentra alors en fureur et remit au Père son chapelet et son Agnus Dei.
De retour dans sa cabane, il fut pris d'une si grande tristesse qu'il alla trouver Le Tardif pour qu'il lui obtînt son pardon. « M. Olivier nous le ramena, écrit l'auteur de la Relation, et il prit de bonnes résolutions pour l'avenir, ce qui ne l'empêcha pas de se mettre en colère contre M. Olivier et il ne savait plus comment rentrer en grâce avec lui.
«Enfin, le vendredi saint il le va aborder et lui parle de cette sorte: — i Réponds-moi, je te prie, sais-tu bien 1 Oraison que le Fils de Dieu a faite et qu'on m'a enseignée? — Je la sais bien, dit le sieur Olivier. — Ne la dis-tu pas quelquefois? — Je la dis tous les jours. — Ces mots ne sont-ils pas dans cette Oraison: — Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés?
«Le sieur Olivier voyant bien ce qu'il voulait dire, l'embrasse et lui dit que de bon cœur il lui pardonnait la faute qu'il avait commise à son endroit.
«Au sortir de là, il me vint trouver tout rempli de joie de s'être réconcilié donnant mille louanges à celui qui lui avait accordé son pardon. »
Le 9 janvier 1640, Louise Couillard, épouse d'Olivier Le Tardif, fut la marraine d'une femme sauvage, âgée d'environ 63 ans; le Père Claude Pijart, Jésuite, fit le baptême. Cette femme s'appelait Pinienakechke.
Le 10 mai 1640, M»» Le Tardif voulut être encore une fois marraine d'une fille sauvage qu'elle nomma Louise; le parrain fut Pierre de Launay, commis et interprète. Sept jours plus tard elle rendit le même service à une autre fille des bois; le parrain fut Jean Bourdon.
L'union d'Olivier Le Tardif et de Louise Couillard fut de courte durée. Après une maladie de quelques semaines cette fille de Guillaume Couillard mourut. Elle fut inhumée à Québec, le 23 novembre 1641. Olivier Le Tardif, après avoir épousé, en secondes noces, Barbe Aymart, fut inhumé au Château-Bicher, le 28 janvier 1665. Il a laissé une nombreuse descendance.
Il est temps de faire connaître un autre interprète non moins célèbre: Jean Nicolet, né à Cherbourg, vers l'année 1598. Il était fils de Thomas Nicolet, messager ordinaire de Cherbourg, et de Marie de la Mer.
Jean Nicolet pouvait avoir vingt ans lorsqu'il arriva au Canada. Son frère, Gilles, prêtre séculier, arriva en 1635; Pierre, matelot, et Euphrasie-Madeleine arrivèrent vers le même temps.
Nicolet était plein de vie, entreprenant et religieux. Sa mémoire si excellente et son humeur toujours