CHAPITRE V
poux faire tomber un de ces géants de la forêt î Et quel courage ne fallait-il pas pour ss livrer à ce travail ardu! Louis Hébert était l’homme choisi par la Providence. Comment expliquer, sans une vocation spéciale, cette affection pour des travaux si pénibles, quand il pouvait vivre à l’aise dans l’exercice de sa profession? Il paraît évident que Dieu aidait notre colon dans son oeuvre
Dès l’aurore il se mettait au travail. Il frappait à coups redoublés sur les arbres qui s’obstinaient à rester debout. Quand il les voyait tomber son cœur battait de joie; ce fut pied à pied qu’il conquit un
petit coin de terre qu’il ensemença la première année.
A 1 heure des repas, il retournait dans son logis et y prenait la nourriture dont il avait tant besoin. La figure souriante de son épousé et la vue de ses entants lui donnaient un regain de courage pour terminer sa journée. Il rentrait au logis, le soir, harassé de fatigue, mais heureux, satisfait, d’avoir gagné quelques pieds de terre sur le domaine qu’on lui avait accordé.
La, pi xere se faisait en famille. Hebert, en vrai chrétien, suppliait le bon Dieu de bénir ses efforts. Il demandait avec instance qu’il lui fût donné de voir la prospérité de la Nouvelle-France, et les moyens de travailler efficacement à la conversion des sauvages.
Ce fut avec une joie indicible qu’il traça son premier jardin tout près de son logis. Il y avait çà et là des souches qui résistaient malgré ses efforts, des
pierres qu’il ne pouvait transporter plus loin, mais peu lui importait, à travers ces troncs d’arbres réfractaires, à travers ces roches, il se tailla un beau jardin.
La terre était riche, les cendres des petits feux qu’il avait allumés, formaient un engrais excellent. Il prit la bêche et s’employa à remuer le sol fécond tout prêt à recevoir la semence. Il nous semble voir à l’œuvre ce noble fils de France courbé sur la bêche, le visage ruisselant de sueur, bouleversant le sol vierge, et déposant les grains de semence dont i] attendait avec espoir une riche moisson.
Il entoura son jardin de mille soins. Il y avait tant de raisons pour lui de réussir. Si la moisson était bonne, la terre était fertile, et l’on pouvait espérer l’établissement d’une colonie stable. JD’ autres suivraient bientôt son exemple, malgré les peines qu’exigeait une telle entreprise. Toutes ces forêts qu’il contemplait chaque jour, et qui garnissaient l’Ile d’Orléans, les hauteurs de Québec, la belle côte de Beaupré, la Nouvelle-France, enfin, il fallait les abattre. Cet immense pays plus grand que la France, il fallait le défricher, le peupler, le conquérir sur la barbarie.
Louis Hébert visitait son jardin tous les jours. C’était pour lui une jouissance que de voir les plantes, les légumes, les fleurs, même le blé, croître à vue d’œil. Quand M. de Champlain gravissait la falaise pour l’aller visiter, il s’empressait de lui montrer les progrès accomplis. Le fondateur savait toujours trouver des bonnes paroles d’encou-