‹ Louis HebertChapitre 27 sur 74 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ragement. Il s’intéressait à cette entreprise et il ne pouvait taire l’admiration qu’il en éprouvait.

Je visitay, écrit-il, les lieux, les labourages des

terres que je trouvai ensemencées et chargées de beau

bled; les jardins chargés de toutes sortes d’herbes,

comme des choux, raves, laietues, pourpié, oseille,

persil et autres légumes aussi beaux et advencés

qu en France. Bref le tout s’augmentant à vue d’œil.”

M* de Champlain se fécilitait d’avoir introduit dans la colonie un agriculteur habile et persévérant.

A l’automne, Louis Hébert recueillit la première moisson. Quelle joie dut lui causer cette récolte abondante, évidemment bénie par la Providence ! Les légumes étaient venus admirablement bien. Mais les épis de blé dorés excitèrent l’admiration d’un chacun. Il se sentit récompensé au centuple de ses labeurs. Ce qu il avait dû peiner pour obtenir un tel résultat, lui seul le pouvait dire avec sa femme! Dieu avait béni ses efforts, et cette bénédiction divine répandue sur ses travaux remplit son âme de joie et de reconnaissance. Laissons la plume au poète qui raconte dans les termes suivants cet évènement important de la vie de notre premier colon.

“Ce site c est Québec. Au nord montent splendides Les échelons lointains des vastes Laurentides.

En bas, le fleuve immense et paisible, roulant Au soleil du matin son flot superbe et lent.

Reflète, avec les pins des grands rochers moroses.

Le clair azur du ciel et

ses nuages roses.

Nous sommes en septembre; en îe blond fructidor, Qui sur la plaine verte a mis clés teintes d’or.

Au front des bois bercés par les brises flottantes Répand comme un fouillis de couleurs éclatantes; On dirait les joyaux d’un gigantesque écrin.

Un repos solennel plein d’un calme serein Plane encor sur ces bords où la chaste Nature Aux seuls baisers du ciel dénouant sa ceinture. Drapée en sa sauvage et rustique beauté.

Garde tous les trésors de sa virginité.

Cependant un lambeau de brise nous apporte Comme un refrain joyeux, qu’une voix mâle et forte. Mêlée à des éclats de babil argentin,

Jette dans l’air sonore, aux échos lointains.

Ce sont des moissonneurs avec des moissonneuses.

Ils suivent du sentier les courbes sablonneuses,

Et, le sac à l’épaule, ils cheminent gaîment.

Ce sont des émigrés du doux pays normand,

Des hiles du Poitou, de beaux gars de Bretagne,

Qui viennent de quitter leur lande ou leur campagne, Pour fonder une France au milieu du désert.

L’homme qui les conduit, c’est le robuste Hébert,

Un vaillant! le premier de cette forte race Dont tout un continent garde aujourd’hui la trace, Qui, dans ce sol nouveau par son bras assaini.

Mit le grain de froment, trésor du ciel béni.

Héritage sans prix dont la France féconde,

Dans sa maternité, dota le nouveau monde!

Ils vont dans la vallée où les vents assoupis Font endoyer à peine un flot mouvant d’épis Qu’ont mûris de l’été les tépides haleines.

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