CHAPITRE VIII
M. de Champlain, qui nous rapporte cet incident, ne nomme pas celui qui, le premier, imagina de venir ainsi en aide aux premiers agriculteurs de notre pays, mais il paraît hors de doute que ce fut Guillaume Couillard. Ge colon entreprenant possédait dans sa, ferme des bestiaux, et, comme il avait une dizaine d’arpents de terre en valeur, il dut chercher le moyen d’accomplir plus d’ouvrage en moins de temps. M. de Champlain fut singulièrement réjoui par cette innovation, car, comme il le déclare dans ses mémoires, elle montrait à ceux qui auraient désormais le courage de se livrer à la culture, qu’ils pouvaient le faire avec tout autant de facilité que dans la mère-patrie.
Cependant durant de longues années encore peu de colons imitèrent la conduite de Guillaume Couillard. Cette incurie de tant d’hommes qui auraient pu employer leur temps d’une manière utile fut la cause de la perte de la Nouvelle-France.
Durant l’hiver de 1627, la famine commença à se faire sentir. Les vaisseaux envoyés par la Compagnie subirent des retards extraordinaires. Les vivres destinés au soutien des habitants étaient en grande partie consumés pendant la traversée. A l’arrivée des vaisseaux il ne restait presque rien pour Québec. Chez les sauvages la situation n’était pas plus encourageante. Leur récolte de blé d Inde n’avait pas été considérable, et eux-mêmes venaient chercher des provisions au fort. Guillaume Couillard, grâce au produit de ses champs, fut heureux d’aider ses compatriotes si éprouvés, et il resta l’unique espoir de ces pauvres affamés. C’est à ce mo-
ment que l’on commença à comprendre que l’agriculture était la vrai source de richesse pour la colonie. A ces inquiétudes qui attristaient les habitants, d’autres aussi fondées s’ajoutèrent bientôt. Les sauvages, ennemis des Français, ne craignaient plus de les attaquer sans raison. Ils rôdaient autour des établissements de Québec et jetaient la terreur partout. Deux Français furent tués près du Cap Tourmente; l’un d’eux, appelé Magnan, était originaire de Lisieux. Les Iroquois menaçaient de se lever en masse pour anéantir la colonie qui se trouvait dans une situation précaire.
La fermeté de M. de Champlain sauva la Nouvelle-France. Poussés par la famine, les sauvages vinrent un jour demander des secours au fort. M. de Champlain reçut les envoyés avec bienveillance, mais il leur reprocha leur ingratitude, et les accusa d’avoir commis le meurtre des Français.
En témoignage de leur regret, les envoyés promirent de livrer l’assasin, puis ils offrirent au fondateur trois petites filles sauvages qu’il pourrait élever à Y Habitation s’il daignait les y recevoir.
Le fondateur de Québec fit mettre au cachot le sauvage meurtrier, et accepta avec empressement les trois petites filles auxquelles il donna pour nom : Foi, Espérance et Charité.
Les premiers mois de l’année 1628 se passèrent tant bien que mal; au mois de juin des canots arrivèrent de Tadoussac pour chercher des pois.
Afin de soulager la colonie de quelques bouches inutiles, M. de Champlain résolut d’envoyer une