‹ Louis HebertChapitre 43 sur 74 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

terait chaque castor au prix de quatre livres payables à Londres.

Couillard et sa belle-mère ne pouvaient se résoudre à accepter cette proposition, tout avantageuse qu’elle parût, sans consulter M. de Champlain sur le parti qu’ils avaient à prendre. En restant au pays, ils ne pouvaient attendre aucun secours spirituel : les religieux s’embarquaient pour la France; en quittant leurs terres ils perdaient le fruit de douze années de labeurs incessants.

M. de Champlain, homme de piété exemplaire, leur répondit que le bien des âmes passant avant le bien des corps, il leur conseillait de retourner en France, où ils pourraient plus facilement recevoir les sacrements et les secours de la religion; ce qu’ils ne devaient point espérer en Canada, où il n’y aurait plus ni prêtres, ni exercices du culte catholique tant que les Anglais en seraient les maîtres. “Mais il ajouta: que s’il était à leur place, il ferait la cueillette des grains pour les traiter aux sauvages et qu’ensuite il repasserait en France.”

M. de Champlain avait bien une arrière-pensée en donnant le dernier avis : il partait avec peine, et il espérait qu’en abandonnant quelques Français dans la colonie, il lui serait plus facile, plus tard, d’y revenir. “Ils me remercièrent, dit M. de Champlain, du conseil que je leur donnai, disant qu’ils le suivraient, espérant néanmoins nous revoir la prochaine année avec l’aide de Dieu.”

Le 24 juillet tous les Français s’embarquèrent sur le navire anglais pour Tadoussac. Durant le voy-

âge la flotte de Thomas Kertk rencontra le navire de Emery de Caën, qui se rendait à Québec mais trop tard pour le secourir. Après quelques heures de combat de Caën dut abaisser son pavillon et il demeura prisonnier avec son équipage. Un nommé Jacques Couillard de Lespinay, lieutenant de navire, se trouvait à bord. D’après M. Suite il devait être parent de Guillaume Couillard, dont la postérité a porté le nom de Lespinay.

Les quelques jours passés à Tadoussac parurent bien longs à M. de Champlain. Mais ce qui lui causa une peine sensible, ce fut de ne pouvoir emmener ave lui ses deux protégées Espérance et Charité. La troisième, appelée Foi, était retournée dans sa nation. Un nommé Marsolet, interprète chez les sauvages, fut cause que David Kertk révoqua la permission que Louis, son frère, avait donnée lors de la capitulation de Québec. Il prétendait que les sauvages se montraient mécontents de leur départ et qu’ils feraient un mauvais parti aux Anglais. David Kertk ne se laissa toucher ni par les supplications de ces pauvres enfants, ni les remontrances de M. de Champlain, qui écrivit une longue lettre au général pour l’engager à permettre leur départ, puis il ajoutait: “et Couillard vous dit aussi. Monsieur, nous avons autant d’intérêt que personne à cause de ma femme et de mes enfants; que s’il y avait quelque risque, je vous le dirais librement; qu’au contraire les sauvages m’ont dit qu’ils en étaient bien aises et qu’elles étaient bien données. Tout ceci, conclut M. de Champlain est

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