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CHAPITRE XII

“ Grâce au concours de M. de Montmagny et au zèle de M. Nicolet, dit la Relation , on parvint à faire consentir quelques Hurons venus à Québec pour la retraite, à y laisser six enfants... ce qui me semble un coup de Dieu.

“Ces petites filles, nourries et habillées à la façon des chrétiennes, sont mariées à quelques Français ou à quelques sauvages convertis. Tout consistera à les nourrir et à les doter, ce qui, je crois, ne leur manquera pas : Dieu est trop bon et trop puissant. Ces enfants sont nourris chez la veuve Hébert, dont l’époux (en secondes noces), le sieur Hubou, en a une à lui, qu’il nourrit et entretient.

“Le sieur Olivier Le Tardif, dans la même maison, en entretient une autre que les sauvages lui ont donnée; il paye sa pension comme nous faisons pour les autres qui sont au logis.”

A oes petites filles d’autres se joignirent bientôt. Il fallut songer plus tard à trouver un local plus convenable pour les y rassembler. La chapelle des Jésuites fut adaptée à cette fin; et les protégées de Mme Hébert s’y rendaient pour recevoir les leçons du Père Le Jeune.

Voici la description de ce séminaire. L hiver était la saison choisie pour instruire les enfants tant français que sauvages. Tous montraient le plus grand empressement pour assister a la classe maigre l’inclémence de la température. Quelques-uns, à moitié vêtus, devaient parcourir plus d’un quart de lieue pour s’y rendre. v

A la chapelle, le Père faisait placer les garçons d’un côté et les filles de l’autre, ayant soin que les

petites filles sauvages fussent auprès des petites françaises et les petits sauvages auprès des français: “afin d’apprendre plus facilement aux petits barbares à joindre les mains, à se mettre à genoux, à faire le signe de la croix et la révérence, en voyant faire ces actions aux petits français et aux petites françaises.’ ’

Les classes s’ouvraient par le signe de la croix, la récitation de l’Oraison Dominicale, qui était suivie du Symbole des Apôtres, dont le Père chantait quelques strophes en langues sauvages. Il donnait ensuite des explications sur le catéchisme; de temps en temps les enfants subissaient des examens en public et quelquefois ils répondaient si bien qu’ils étonnaient ceux qui les entendaient.

C est a cette première école que les enfants de Guillaume Couillard, d’Abraham Martin, de Pierre Desportes, apprirent le catéchisme et les lettres françaises.

En 1636, Olivier Le Tardif fut le parrain d’un enfant sauvage ; Mme Hébert en fut la marraine. Ce baptême fut administré dans des circonstances si extraordinaires que nous croyons devoir les raconter

Aux environs de Québec, un sauvage appelé Prince par les Français vivait avec sa famille. Il avait suivi durant quelque temps les classes de catéchisme, mais, à l’époque dont nous parlons, il n’était pas encore baptisé. ,Un de ses enfants vint à tomber malade un jour et Prince s’empressa d’aller chercher un missionnaire pour lui faire administrer le

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