‹ Louis Ménard et son œuvreChapitre 28 sur 54 · LA I.ÉGKNDE DE SAINT HILARION · texte numérisé non relu

LA I.ÉGKNDE DE SAINT HILARION

se retourner. X'y aurait-il pas, sous les formes multiples de la vie universelle, des âmes, différentes des nôtres, mais ayant comme nous une intelligence qui les éclaire, avec des douleurs et des joies, et des passions qui les entraînent et une force pour résister?

Un jour, Hilarion avait suivi le cours du ruisseau jusqu'à sa source. L'air était lourd, le soleil du solstice avait brûlé les feuilles des buissons, le vent du sud avait desséché le gazon de la prairie, le murmure de l'eau ressemblait à une plainte, et au lieu de musique joyeuse dans les hautes herbes, on entendait une lugubre harmonie de soupirs étouffés. Il y a des larmes dans les choses, mais nous, toujours occupés de notre égoïste misère, nous ne les écoutons pas. Hilarion se rappelait avoir entendu raconter que le patron des anachorètes, saint Antoine, en traversant le désert, avait rencontré des Centaures qui lui indiquaient sa route, et des Satyres qui s'approchaient de lui d'un air craintif et doux, en lui offrant des herbes et en lui demandant ses prières. Pour rhomme, la douleur est une épreuve; s'il y retrempe son courage, elle est pour lui la voie du salut. Mais la nature, pourquoi souffre-t-elle? Elle est comme nous l'œuvre de Dieu; pourquoi serait-elle maudite pendant l'éternité ? Ce long cri d'agonie des créatures vivantes qui s'entre-dévorent montera-t-il toujours inutilement jusqu'au trône de Dieu? Est-ce là l'hymne qui convient à sa bonté et à sa justice? La suprême perfection n'a pu créer le mal; si tous les êtres vivants souffrent comme nous, c'est qu'ils ont eu leur part dans la chute; mais alors, pourquoi n'auraient-ils pas aussi leur part dans la rédemption ?

Hilarion s'assit près de la fontaine-, la tête dans ses deux mains. Il entendit une voix de cristal qui disait : « Éros, tu es fatigué; veux-tu boire de leau à ma source ? »

A ce nom d'Éros qu'il portait dans sa jeunesse, il tressaillit et leva la tête. Il vit, debout devant lui, une belle jeune fille, rose dans le reflet du soir, et couronnée de fleurs de nénuphar. De ses grands yeux noirs jaillissaient de pâles étincelles. Il reconnut ce regard : il l'avait vu une fois, quand il était jeune et quelle était une enfant.

« Qui es-tu ? demanda-t-il.

— Je m'appelle Ondine; tu me connais bien, c'est toi qui mas donné une âme. Hélas ! qu'en ai-je fait ? »

Elle baissa les yeux, et à travers ses longs cils deux larmes tombèrent dans la fontaine. Alors elle prit de l'eau dans ses deux mains qu'elle arrondit en forme de coupe, et elle présenta à boire à Hilarion; l'eau tombait de ses doigts en perles lumineuses, au soleil couchant. Elle approcha ses mains des lèvres de l'ascète, et il but trop avidement sans doute, car il sentit monter vers son front une ivresse inconnue. Il ne pensait à rien, qu'à la regarder.

« Pourquoi m'as-tu quittée? disait-elle; n'étai.s-je pas ton enfant. J'ai eu peur quand j'ai vu venir les grandes eaux. J'étais dans la barque, il a pris la rame, et j'ai bien vu qu'il m'entraînait vers les écueils.

— Qui ? de qui parles-tu ?

— • De celui qui a pris l'âme que tu m'avais donnée. » Hilarion sentit un nuage noir qui lui descendait sur les veux.

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Elle continua :

« J'ai appelé au secours : tu étais donc bien loin que tu ne mas pas entendue? Lui m'a regardée avec colère et m'a demandé si j'avais de quoi payer mon passage. J'ai rougi sans répondre. Alors, sélançant vers la rive, il repoussa la barque du pied. Je fermai les yeux, et le courant me jeta sur le rivage opposé. Que Dieu lui pardonne, comme je lui ai pardonné.

— Tu es bien prompte au pardon, jeune fille, dit Hilarion d'une voix sourde. Quand une femme sest trompée si tristement, elle devrait au moins s'essuyer le cœur. »

Elle répondit : « Je l'aimais ».

Alors il y eut un serpent qui s'élança sur Hilarion et lui déchira la poitrine. Il fit le signe de la croix, et tout disparut; mais la morsure du serpent, il la sentait toujours.

Il était seul dans la nuit, près de la source, et la voix plaintive de l'eau était comme le cri d'une âme déchirée. Il retourna à grands pas vers son ermitage. Quand il passait près du ruisseau, où se miraient les étoiles, il croyait voir un de ces regards qui lui avaient brûlé le cœur. 11 comprit qu'il y avait entre la source et la jeune fille une relation mystérieuse. Sans doute c'était une Naïade. Mais pourquoi lavait-elle appelé de ce nom d'Éros, qu'il ne portait déjà plus quand elle était née. Ce nom qui signifie le désir, il l'avait quitté en renonçant au monde; comment aurait-elle pu l'apprendre, si tout cela n'était pas un piège de l'Ennemi? Ah! créature funeste, née pour la perdition des saints, que me veux-tu? Il essaya de prier et ne le pouvait pas. Il ne

sentait dans son âme qu'une violente colère, contre elle, contre lui-même, et surtout contre l'autre qu'il aurait voulu broyer.

Il vit bien qu'il était puni pour son orgueil : Je me croyais bien fort, à l'abri des tempêtes. Avec quelle pitié dédaigneuse je regardais du rivage ceux qui sont encore ballottés par le flot troublé de la vie ! Et maintenant ! ... Eh bien quoi? C'est fini, maintenant, le mauvais rêve est évanoui; me voici rentré dans le calme et la paix. Elle m'a jeté ce nom d'Éros, qui n'est plus le m.ien, comme si elle voulait ranimer une flamme éteinte, mais il y a longtemps que j'ai tué le désir. J'ai mon âme à sauver. Que me fait l'âme de cette Naïade ? Si elle l'a perdue, qu'elle la redemande à celui qui l'a prise, et qu'elle en fasse ce qu'elle voudra. Qui l'empêche de faire son salut, en se retirant au désert ? Et d'ailleurs que ■ m'importe ? Je n'y pense même plus, et je rougis d'y avoir pensé.

Il était rentré dans sa cellule, et il essayait d'évoquer l'image d'Hypatia. Il se rappelait sa chaste beauté, inondant les âmes dune paix divine. C'était un lac tranquille et bleu, qui réfléchissait le ciel. Mais l'autre, la Nymphe, oh ! ce regard humide et sombre qu'on ne peut oublier : c'est un cratère. Je sentais déjà le vertige de l'abîme. Enfin, me voici sauvé : sans doute il y avait un ange qui veillait sur moi... Mais quoi? qu'y a-t-il? Ah! toi ici. Ah ! mon Dieu !

La porte s'était ouverte, et elle était là, debout sur le seuil, blanche comme un rayon de lune, et ses yeux avaient des lueurs d'éclair.

« Me voici, Éros, cache-moi, protège-moi, sauve-moi.

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Elle se jeta dans ses bras. « Vite, fuyons, ils me poursuivent, Jai couru sans regarder en arrière. Je crois toujours entendre leurs pas. »

Il marchait avec elle dans le chemin du Xil, à travers le désert. Elle lui parlait haletante et fiévreuse; elle lui contait sa vie, ses douleurs passées, ses angoisses présentes, et ses dangers et ses terreurs. On voulait l'enchaîner, la retenir captive, on la condamnait au silence. Est-ce qu'on empêche l'eau des sources de courir et de chanter ! Et sa voix pleine de sanglots ressemblait à la mélodie des cascades. Lui, au lieu de l'écouter, il la contemplait, et il trouvait quelle ne pouvait pas avoir tort. Il comprenait seulement qu'elle était malheureuse et il lui disait : « N'aie pas peur, pauvre enfant, je suis là.

— Tout le monde est contre moi, disait-elle, partout et toujours, depuis le commencement. Qu'est-ce que j'ai donc fait? Tous ils m'accusent, ils me maudissent, mais toi, Éros, est-ce que tu les crois?

— Non, je ne le crois pas, tu es trop belle pour être mauvaise. Quand on te regarde, c'est un éblouissement; tu es pleine d'orages et d'éclairs. Voilà pourquoi tu fais germer sous tes pas les passions et les haines. Ce n'est pas ta faute, je le sais bien, pauvre enfant, mais c'est ta destinée. Si tu entrais au paradis, les anges se feraient la guerre à cause de toi. » Et il ajoutait en lui-même : « Gh ! je sens bien qu'elle me tuera. »

Il la fit entrer dans le bateau qui remontait le Nil.

Elle lui dit : « Merci, Eros; maintenant, ils ne pourront plus suivre ma trace; je suis sauvée, merci ». Et elle lui serra convulsivement les deux mains.

il'l VARIÉTÉS LITTÉRAIRES

Elle s'assit à côté de lui, près de la proue. « Je suis bien fatiguée », dit-elle, et elle s'endormit, la tête appuyée contre sa poitrine. Il sentit courir dans toutes ses veines un frisson d'angoisse et de bonheur. Il la regardait dormir, il aurait voulu la boire. Elle rêvait; son sommeil était agité de spasmes fébriles. S'il avait pu savoir dans quel inconnu s'égaraient ses songes ! A quoi pense-t-elle? à qui? à celui qu'elle aime peut-être encore. Oh I la tuer sans la faire souffrir, pendant qu'elle dort, et mourir près d'elle ! Boire son âme dans son dernier souffle, pour être sûr qu'elle ne sera Jamais à un autre!

Le chant monotone des rameurs se mêlait à la cadence des rames dans Teau du fleuve. Le ciel était plein d'étoiles. Il regardait la voix lactée, qui est le chemin des âmes. C'est de là qu'elles sont descendues, à l'appel du désir. L'ivresse de la vie alourdissait leurs ailes, et elles sont tombées captives dans la prison du corps. Mais celles qui s'aimaient là-haut se rencontrent toujours et se reconnaissent. Hélas ! pourquoi faut-il qu'elles se rencontrent quelquefois trop tard ? Si on pouvait, par la seule puissance du désir, s'envoler vers la patrie, éternellement seuls dans les bras l'un de l'autre, là-haut, dans le bleu, l'emportant sous mon aile loin des hommes et des anges, plus loin encore, au delà des dernières étoiles, au delà du regard de Dieu !

Elle ouvrit les yeux aux premières clartés de l'aube; il respira son tiède regard chargé d'effluves et de sourires. Les rayons du soleil levant éclairaient le monastère fondé sur la rive du Nil par Marie rÉg)'ptienne. Ils descendirent du bateau, s'arrêtèrent devant la porte, et

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elle s'ouvrit. La vieille abbesse parut, suivie d'une troupe de religieuses en voiles blancs.

« Je tattendais, mon fils, dit-elle à Hilarion. C'est bien, je suis contente de toi : tu as sauvé une âme. »

Et, prenant Ondine par la main, elle lui dit : « Marie, xiens avec moi, mon enfant, prends ta place au milieu de tes soeurs ».

Les spectres blancs entourèrent la jeune fille, et leur cercle se referma. Il voulut la suivre; l'abbesse lui dit : « Tu ne peux pas franchir le seuil de l'asile des Vierges. Retourne dans ta solitude; remercie Dieu qui t'a conduit jusqu'ici, et prie-le de ne jamais t abandonner ».

La porte du couvent se referma. Hilarion sentit ses genoux fléchir; il entendait le sang battre dans ses artères, et il lui semblait qu'une main lui tordait le cœur. Il comprit que tout était fini et qu'il ne la reverrait jamais en ce monde : était-il bien sûr de la retrouver dans l'autre ? Il se prosterna devant la porte pour baisser le sol qu'elle avait foulé de ses pas, et des larmes chaudes tombaient sur ses mains en larges gouttes.

Il fallait revenir seul par la route qu'ils avaient suivie ensemble, et partout, sur son passage, il y avait des mauvais anges qui riaient d'un rire moqueur. Quand il arriva près de la source, il entendit une plainte navrante : « Ah! malheureux, qu'as-tu fait? »

Il rentra dans sa cellule et se mit à genoux devant son crucifix. Le Christ le regardait d'un air irrité :

« Ah ! tu as voulu associer mon culte à celui de mon

éternelle ennemie, la reine du monde périssable, la "Vie

. que j'ai condamnée, la Nature que j'ai maudite. Tu vois

ce qu'elle a fait de toi, ta grande Isis, la magicienne qui

t'a séduit par ses incantations. Moi je reprends ce qui m'appartient, l'offrande que tu m'avais consacrée autrefois : c'est la brebis perdue et retrouvée, je l'emporte dans mes bras. Mais pour racheter son âme, il faut le sang du sacrifice : sois la victime; répands ta douleur comme une libation pour son salut éternel, brûle ton cœur en holocauste sur l'autel de la rédemption ! »

L'ange blanc et l'ange noir se tenaient des deux côtés de la cellule. Le premier disait :

« De quoi te plains-tu ? Pour la rançon de son âme, -ne consens-tu pas à souffrir ? Si on t'avait dit : "Veux-tu acheter le salut de cette créature au prix d'une douleur muette qu'elle ne soupçonnera même pas? Si l'on t'avait dit cela, tu aurais accepté; de quoi donc te plainstu maintenant? Serait-ce d'avoir été sauvé toi-même, et malgré toi? »

« Elle est venue frapper à ta porte, disait l'autre, elle t'a demandé ta protection : pourquoi lui as-tu cherché un autre asile; pourquoi l'as-tu confiée à des mains étrangères ? Te voilà rentré dans le vide et le silence; un éclair a traversé ta nuit, il t'en reste un souvenir que rien n'effacera, et le devoir accompli te laisse des regrets qui ressemblent singulièrement à des remords. »

Il se releva et cacha sa tête dans ses deux mains : « On ne m'a pas même p>ermis de lui dire adieu ! On m'a retranché de sa vie; on voulait la sauver; mais moi, est-ce que je voulais la perdre ? Est-ce que je suis son mauvais ange ? Oh ! lui ouvrir les routes de l'idéal, lui faire respirer l'air des hauteurs, l'emporter dans mon ciel ! Pourquoi ne l'ai-je pas fait ? Un mot suffisait pour éterniser les heures de cette nuit pleurée, et ce mot.

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je ne l'ai pas dit. J'ai tenu mon rêve dans ma main et je l'ai laissé s'envoler. Ah ! malheureux que je suis ! Qu'ai-je besoin de vivre encore? Si un danger la menace, je ne serai pas là; si elle crie au secours, je ne pourrai pas l'entendre; ce n'est pas vers moi qu'elle tournera son regard, je ne verrai plus s'allumer ces lueurs detoiles ! Mon Dieu, mon Dieu, ayez pitié de moi ! »

Sa prière fut exaucée : ses yeux se fermèrent et il tomba.

« Il est vaincu, dit l'ange noir, il est à nous ! » L'ange blanc écouta quelques instants et dit : « Silence, on prie pour lui : il est sauvé! »

L'Origine des Insectes.

Tradition ràbbinique.

Quand Dieu eiît achevé la création, et au moment où il s'applaudissait de son œuvre, il entendit derrière lui un rire moqueur. C'était Satan qui se trouvait, comme d'habitude, au milieu de l'armée du ciel.

« Tu aurais peut-être mieux fait? lui dit lahweh.

— Peut-être, répondit l'Adversaire.

• — Eh bien, mets-toi à l'œuvre, nous verrons ce que tu produiras. »

Satan prit le reste du limon démiurgique d'où Dieu avait tiré les bêtes à quatre pieds, les poissons des eaux, les oiseaux du ciel et l'homme lui-même. Il le trouva presque entièrement sec et essaya de le modeler : tout se réduisit en poussière. « Cela pourra nuire aux dimensions de mes créatures, se dit-il; cependant je n'ose puiser de l'eau génératrice, sur laquelle flotte encore l'esprit de Dieu. »

Il prit un rayon de soleil et anima cette poussière, puis il présenta, comme échantillons de ses œuvres, une mouche, scarabée, une fourmi, une abeille, une sauterelle et un papillon. Les anges se mirent à rire.

« Ce sont ces petits êtres, dit le Seigneur, que tu prétends opposer à ma création?

— La grosseur ne signifie rien, dit le Diable; tu es

l'oiuglne di:s insectes 1-.>

plus fier de Ihomme que de la baleine. Ceux ci sont petits, parce quils n'ont presque rien de terrestre, juste assez pour envelopper, sans l'appesantir, l'étincelle de flamme qui les fait vivre. Vois a quelles hauteurs ils s'élèvent, par le saut ou par le vul, tandis que Ihomme reste enchaîné à la terre d'où il est sorti. Permets qu'une nuée de sauterelles s'abatte sur un champ, et elles montreront que le nombre supplée à la force. L'homme est nu et désarmé; moi, j'ai protégé la vie de mes enfants. Ils ont de solides boucliers pour se défendre, de robustes mâchoires pour attaquer. Leurs os sont extérieurs et protègent les parties faibles, au lieu de les laisser exposées à toutes les menaces du dehors. S'ils tombent : à défaut de leurs ailes, leur cuirasse amortit la chute; une feuille leur suffit pour s'abriter; leur rapidité les sauve de leurs ennemis. Ils ne sont pas difficiles à nourrir : les uns vivent de la pourriture et font sortir la vie de la mort; les autres boivent le suc des fleurs sans les souiller ni les flétrir.

L'homme, à son entrée dans le monde, ne peut vivre que de la substance de sa mère, et que deviendrait-il si elle le quittait un instant ? Mes créatures ne connaissent pas leurs mères, mais ma providence leur en tient lieu. A chaque automne, des œufs sont déposés en lieu sûr, pour éclore au premier réveil du printemps. Pour l'homme, la jeunesse est le meilleur temps de la vie; la seconde moitié de son existence se passe en stériles regrets. Moi j'ai placé le bonheur au terme de la vie, pour en faire la récompense du travail; quand la chenille est devenue papillon, elle s'envole dans un rayon de soleil, sans autre souci que de jouir et d'aimer. Et je n'ai

pas borné le plaisir à un instant rapide, je ne Tai pas mesuré d'une main avare, comme tu l'as faif pour l'homme....

— N'insiste pas, dit Dieu, tu pourrais offenser la chasteté des anges.

— Je n'en suis pas bien sûr, répliqua Satan; il me semble voir Azaziel sourire et Samiaza prêter l'oreille. Les filles des hommes feront bien de se voiler de leurs longs cheveux et ne pas s'égarer dans les sentiers du mont Hermon.

— Assez, dit Dieu; l'avenir ne te regarde pas; je me suis réservé la prescience.

— Alors, tu sais, répondit le Prince de ce monde, quel usage fera l'homme de l'intelligence que tu lui as donnée. Peut-être un jour te repentiras-tu de l'avoir créé, quand les cris de mort monteront vers toi, quand la terre sera rouge du sang répandu, et que pour la laver il faudra déchaîner la mer et ouvrir les cataractes du ciel.

— J'ai donné à l'homme l'intelligence et la liberté, dit Dieu; il récoltera ce qu'il aura semé.

— L'intelligence se trompe, la liberté s'égare, dit Satan; moi j'ai donné à mes créatures un instinct infaillible. La monarchie des abeilles et la république des fourmis pourront servir de modèles aux sociétés humaines, mais je ne crois pas que ces exemples-là trouveront beaucoup d'imitateurs.

Tu le vois, maître, dans l'humble création que j'ai produite pour t'obéir, j'ai pris le contre-pied de ton œuvre. C'est à toi de décider si j'ai réussi. »

lahweh fronça les sourcils et dit : « Parlons d'autre chose ».

Psychologie mystique.

A moti frère Rend.

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