‹ Louis Michel La Commune 1898Chapitre 10 sur 68 · LA GUERRE. — DÉPÊCHES OFFICIELLES · texte numérisé non relu

LA GUERRE. — DÉPÊCHES OFFICIELLES

Yapoléon III ayant eu le 2 décembre son 18 Hruïttaire, voulait son Austerlitz; c’est pourquoi dès le commencement toutes les défaites s’appelaient des victoires.

Alors ceux qui, sous lassommade avaient crié : la Paix, la paix! ceux qui avaient écrit : on n’ira pas à Berlin en promenade militaire, se levèrent, ne voulant P us de l’invasion.

Le sentiment populaire était avec eux, devinant sous les impostures officielles la vérité qui depuis, éclata au grand jour de la publication des dépêches officielles.

Dans l’enquête officielle sur la guerre de 71 apparaît la vérité telle qu’on la Jugeait à travers tout.

Voici quels étaient les renseignements envoyés des provinces de TEst au ministère de la guerre, lequel assurait que pas un bouton de guêtres ne manquait à l'armée et faisait bon marché des réclamations.

«Metz, 10 juillet i 870. J

» Le général de Faillv me prévient que les 17 e bataillons de son corps d’année sont arrivés et je transcris ci-après sa dépêche qui a un caractère d’urgence. . j

» Aucunes ressources, point d’argent dans les caisses, ou dans les corps, je réclame de l'argent sonnant. Nous avons besoin de tout sous tous les rapports. Envoyez des voitures pour les étals-majors ; personne n’en a, envoyez aussi les cantines d’ambulance. »

Le 20 juillet suivant, l’intendant général Blondeau, directeur administratif de la guerre, écrivait à Paris.

« Metz, le *20 juillet 1870, 9 heures 50 du matin.

» Il n’y a à Metz ni sucre ni café, ni riz ni eau-de-vie, ni sel: peu de lard et de biscuit. Envoyez d’urgence au moins un million de rations sur Thionville. »

Le général Ducrot, le même jour écrivait au ministère de la guerre.

« Strasbourg, 20 juillet 1870, 7 heures 30 du soir.

» Demain, il y aura à peine cinquante hommes pour garder la place de Neuf-Brissac et le fort Mortier. — La Petite Pierre et Lichlemberg sont également dégarnis ; c’est la conséquence des ordres que nous exécutons. Il paraît, positif que les Prussiens sont déjà maîtres de tous les défilés delà Forêt Noire. »

Dans les premiers jours d’aoilt moins de deux cent vingt mille hommes gardaient les frontières.

La garde mobile dont jusqu’alors on n'avait fait usage ( i n aux jours d'émeute pour mitrailler et qui, en temps

paix, ne figurait que sur les registres du ministère e guerre fut équipée.

^aris apprenait on ne sait comment qu’un certain général c’avait pu trouver ses troupes. Mais personne ne pouvait croire cette plaisanterie ; il fallut, r J ‘ en longtemps plus tard, reconnaître, que la chose était vraie, en lisant dans l'enquête sur la guerre

de 70.

« Général Michel à Guerre, Paris.

>J Suis arrivé à Belfort, « pas trouvé ma brigade », pas trouvé général de division, que dois-je faire ? Sait pas où sont mes

r %iments. »

toujours d’après les dépêches officielles, les envois, demandés d'urgence par le général Blondeau, le 20 juiln'étaient pas arrivés à Thionville le 24, état de c hoses attesté par le général commandant le 4° corps au major général à Paris.

C( Thionville, ce 24 juillet 1870, 9 heures 12 du matin.

» Le I e corps n’a encore ni cantines ni ambulances, ni v °hures d’équipages pour les corps et les états-majors j tout Gs t complètement dégarni. »

L’incroyable oubli continue,

« Intendant 3 e corps à Guerre.

» Metz, le 24 juillet 1870, 7 heures du soir.

}) Le troisième corps quitte demain, je irai ni infirmiers,

Ouvriers d’administration, ni caissons d’ambulances, ni

foins de campagne, ni trains, ni instruments de pesage et

à la .pi division de cavalerie, je u'ai pas même un ionctionbaire. »

La série se continue, en juillet et août, sans interruption; y eut-il fatalité, affolement, ignorance ? Les dépêchés avouent l’incurie.

)> Sous-intendant à guerre.. 6 e division, bureau des subsis* tances, Paris.

» Mézières, 25 juillet 1870, 9 heures 20 du matin.

)> Il n’existe aujourd’hui dans la place de Mézières ni bis* cuits, ni salaisons. »

« Colonel directeur Parc, 3 e corps, à directeur artillerie, ministère de la guerre. Paris-

a Les munitions de canons à huiles n'arrivent pas. »

» Major général à guerre, Paris,

« Metz, le 27 juillet 1870, 1 h. 1/4 du soir.

» Les détachements qui rejoignent l’armée continuent a arriver sans cartouches et sans campement. »

» Major général à guerre, Paris.

» Metz, le 29 juillet 1870, 5 h. 30 matin*

» Je manque de biscuits pour marcher en avant* »

« Le Maréchal Bazaine, au général Lad mi r au 11,

à T hi on ville.

>» lîoulay, 30 juillet 1870.

» Vous devez avoir reçu la leu Ole de renseignements n° 5, par laquelle on vous avise de grands mouvements de troupes sur la Sarre, et de l'arrivée du roi de Prusse, à Coblentz, J ai vu hier i 'empereur à Saint-Cloud; rien n'est encore ar* rèté sur les opérations que doit entreprendre l’armée française* il semble cependant que Pou penche vers un mouvement otTensiT en avant du 3 e corps. »

C’était à ce moment même que Rouher disait à son souverain : Grâce à vos soins, sire. laJFrance est prête !

Presque aussitôt on s’aperçut qu’il n’y avait rien de prêt, pas la dixième partie du nécessaire.

Pendant que ces dépêches, alors secrètes, étaient échangées, la poignée d’hommes disséminés sur l’étendue des frontières, disparaissait sous le nombre des soldats de Guillaume.

Quarante mille Prussiens, suivant les bords de la Lauter, y rencontrèrent des bandes éparses qu’ils

LA COMMUNE oo

A Frceschwiller, Mac-Mahon, appuyé d’un côté sur tteichshofl'en, de l’autre surElsanhaussen, attendait paisiblement de Failly, qui ne venait pas, sans s’apercev °'r que peu à peu. par insignifiantes poignées, des s °ldals prussiens montaient, s’entassant dans ia plaine : c était l’armée de Frédéric de Prusse. Quand il y eut Aviron cent vingt mille hommes traînant quatre cents canons, ils attaquèrent, défonçant les deux ailes des * ratl çais à la fois.

Mac-Mahon fut ainsi surpris, avec quarante mille nommes ; alors, comme jadis- les cuirassiers se sacrifièrent, c’est ce qu’on appelle la charge de Reichsboffen.

Fe même jour à Forbach défaite du 2 e corps.

Fâ débâcle allait vite.

Fes dépêches se succédaient lamentables.

broyèrent en passant; c’était la division du génért Douay.

« (iénêral

subdivision

ii général division Metz.

« Verdun, 7 août 1870, 5 h. 45 minutes du soir.

» I] manque à Yerdum comme approvisionnements . 'ms, eau-de-vie, sucre et café; lard, légumes secs, viande ifaiche, prière de pourvoir d'urgence pour les quatre mille Mobiles sans armes, »

Hien ne pouvait être envoyé comme le prouve ce

fidi suit.

« Intendant 6 e corps à guerre. Paris

» Camp de Cltùlons, le 8 uoùl 1870,

10 li. 52 minutes malin.

» Je reçois de F intendant en chef de Farinée du Rhin la Amande de 500,000 rations de vivres de campagne.

8 Je n’ai pas une ration de biscuit ni dé vivres, de cam- ! ,a gue, ù l’exception de sucre cl du café.

Fa déclaration sur la situation par le général F ros- Sui ’d, ne laisse aucun doute.

« L'effectif total atteignait, clit-ü, à peine 200.000 hommes, au commencement, après l’arrivée des contirt' gents divers, il put s’élever à 250,000. mais ne dépassa jamais ce chiffre. — Le grand état-major général accuse 243,171 hommes au l or août 1870,

» L’organisation matérielle était incomplète, les commandants de corps d'armée n’avaient encore connaissance d’aucun plan de campagne. Nous savions seulement que nous allions nous trouver en présence de forces allemandes d’environ 250.000 hommes pouvant en très peu de temps être portées au double. »

On lit dans les Forteresses françaises pendant la guerre de I S 70 , par le lieutenant-colonel Prévost, uB témoignage non moins terrible :

« Lorsqu’on eut déclaré la guerre à la Prusse, aucune des villes voisines de la frontière allemande ne possédait l’armement convenable, surtout, en fait d’affûts; les pièces rayées, les canons nouveaux y étaient rares ; il en était de même pour les munitions et les vivres, les approvisionnements de toutes sortes. »

On trouve dans les ouvrages du général de Palikao cette lettre d’un officier général.

« Dès mon arrivée à Strasbourg (il va environ douze jours), j’ai été frappé de l'insuffisance de l’administration et de l’artillerie. Vous aurez peine à croire qu'à Strasbourg dans ce grand arsenal de l'Est, il a été impossible de trouver des aiguilles, des rondelles et des tètes mobiles pour nos fusils.

» La première chose que nous disaient les commandants de batteries de mitrailleuses, c’est qu’il faudrait ménager les munitions parce qu’il n ’y en avait pas. I

» Isn effet, à la bataille du 7, les batteries de mitrailleuses et autres ont quitté pendan t longtemps le champ ;

de bataille pour aller chercher de nouvelles proviau parc de réserve, lequel était lui-même assez

pauvre.

Le G, l'ordre ayant été donné de faire sauter un pont, il ile s 'esl p as trouvé de poudre de mine, dans tout ie corps d’armée ni au génie, ni à l’artillerie.

hes Prussiens entrèrent en France à la fois par ^ancy, Toul et Lunéville.

Frédéric marchait sur Paris à la poursuite de Mac- -’lahon, qui simple et têtu, invoquait Notre-Dame ^ Auray ; ou peut-être, de concert avec Eugénie, qui appelait sa guerre cette désastreuse suite de défaites, ‘"'plorait quelque madone andalouse.

Lejeune Bonaparte, que nous appelions le petit Ba- - in Sue, et que les vieilles culottes de peau nommaient P’^r avance Napoléon IV, ramassait niaisement des ^dles dans les champs, après la bataille, à Fige où t:i «t d’héroïques enfants, combattirent comme des hommes, aux jours de mai.

be grotesque se mêlait à l’horrible.

l’affaire DE LA VILLETTE. — SEDAN

Xûo* diaiou* * Ea avant, Vive la République!

Tout Paris répondra, Tout Paris soulevé, Tout Paris sublime, héroïque*

Dans sou sang généreux de l'empire lavé.

La grande ville fût muette*

Chaque volet fut clos et la rue est déserte * Et uous avec fureur ou criait : £u Prussien !

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