‹ Louis Michel La Commune 1898Chapitre 9 sur 68 · LE PROCÈS DE 1ILOÎS · texte numérisé non relu

LE PROCÈS DE 1ILOÎS

Partant va rampant le policier louche, Tout est embuscade, ou erre farouche Dans les guets-apens,

(L. M. le Coupe-Gorge.)

Comme les gouvernants qui ont besoin de détourner d’eux l’opinion publique l’Empire faisait autour de lui un bruit continuel; complots, qu’il échafaudait luitnème; bombes, données par des mouchards; scandales; crimes, découverts en temps opportun- que depuis longtemps on connaissait et tenait en réserve, ils abondent à certaines fins de règne.

Ce n’était pas difficile d’envelopper les plus braves révolutionnaires dans quelques-unes de ces machinations, Le policier qui eilt offert des projectiles eûttrouvé cent mains, plutôt qu’une, tendues pour les recevoir, mais les choses proposées ainsi, par les mouchards, ne sont jamais à propos, — la ficelle passe sous le pantin, le temps arrivant où n’aurait pas été de trop un véritable complot à ciel ouvert, grand comme la France, comme le monde. Le traître Guérin et autres n’eurent pas de peine à fournir à leurs maîtres les apparences d’une conspiration.

Dans la tourmente qui s’amassait grondant sur l’Empire, on tailla le procès de Blois.

Guérin ayant donné les bombes savait où les retrouver ; il les indiqua aux perquisitions.

Mais, le scénario avait été pauvrement charpenté vu [la grandeur des éléments, on aurait pu. sur cette donnée géante, bâtir une pièce capable d’enthousiasmer

l'homme de décembre lui-méme. Les mouchards d 'ordi-

naire manquent de souffle ; le scénario fut absurde.

Le théâtre choisi pour mettre en Bcène l'accusation 9ui devait terrifier le monde, en faisant voir les agissements révolutionnaires, était la salle des états de Blois.

L Empire voulait un grand éclat ; il l’eut en raison inverse de ses désirs.

Nous trouvions nous que la grandeur du décor allait à ceux qui représentaient à la barre de l’Empire m lutte pour la justice; en effet ils s'y sentirent à a ise } et y jetèrent la vérité au visage des juges.

hes accusés étaient : Bertrand, Drain, rh, Ferré, Ruisseau, Grosniër, Meusnier, Itamey, Godinot, Chas- Sa igne, Jarrige, Grenier, Greffier, Vité, Cellier, Con- Rfine, Prost, Beneî, Guérin > Claeys, Lyon, Sapia, aié Sy 5 Villeneuve, Dupont, Lërenard, Tony Moilin, Rcrriquet, Blaizot, Letouze, Cayol, Beaury, Berger, Launay, Dereure, Laygues, Mabille, Ilazoua, Notril, f Hondet, Biré, Evilleneuve, Gareau, Carme, > Lehian, Joly, Ballot, Courne t, Pasquelin, Verdier, Rellerin, Bailly. / , . '

Les avocats Protot, Floquet, à qui l’on attribuait 1 apostrophe au tzar (Vive la Pologne, monsieur!) Paient au nombre des défenseurs.

Quelques prévenus qui ne s’étaient jamais vus, auparavant, nouèrent là de solides amitiés.

Comme pour les procès de l’Internationale dits associations de malfaiteurs, les accusés furent divisés en deux catégories quoique tous avouassent hautement leur haine et leur mépris pour l’Empire et leur amour de la République.

Les juges furieux perdaient la tête; peut-être ^oyaient-ils, eux aussi, venir la révolution dont les a °cusés parlaient audacieusement.

Il y eut des condamnations à la prison, d’autres aux travaux forcés sans motifs pour lune ou pour l’autre.

Les accusations tenaient si peu debout, que dans le ri iême dossier une chose en faisait crouler une autre.

Il y eut donc forcément quelques acquittés parmi lesquels Ferré, qui avait insulté le tribunal, mais con- I tre lequel les faits avaient été si maladroitement entassés qu’ils tombaient deux- mêmes devant l’auditoire stupéfait, ce qu'on lui attribuait n’ayant pas existé et les témoignages contradictoires ne découvrant que la main stupide de la police. j

'leux d’entre les condamnés qui devaient être déportés n'eurent pas le temps de partir.

L'Empire avait en vain compté sur le procès de Blois placé le 15 juillet en face de la déclaration de guerre, pour faire passer cet Le guerre, résultat d'une entente entre despotes, comme nécessaire et glorieuse, en même temps qu'il motiverait les persécutions contre les révolutionnaires.

Les hommes du procès de Blois étaient capables de combattre et de conspirer contre Napoléon III; mais ils ne l’avaient pas fait de la facqn indiquée par les policiers: c’étaient des audacieux, on n avait pus su leur

faire des rôles allant à leur caractère. Entre la terreur

de la révolution et la marche triomphale à Berlin. Napoléon III congratulé par Zangiaeommi, qui le félicitait d’avoir échappé au complot dirigé contre sa vie, se demandait si les machinations policières ne finiraient pas par aider à éclore un complot véritable.

Pendant ce temps les vieux burgraves Bismark et (iuiilaume rêvaient de l’empire d’Occident, de Charlemagne et de ses pairs.

Le traître Guérin comparut avec les autres, mais sa louche attitude, les maladresses de la haute cour, d'anciens doutes àson égard, réveillés par l'interrogatoire; fixèrent l’opinion sur la mission odieuse qu’il avait accomplie.

Comme nous n’aurons plus l’occasion de parler de cet individu, plaçons ici la phase dernière de son existence.

Ae pouvant plus servir la préfecture puisqu'il était brûlé, il la trouva ingrate.

Guérin ne sachant comment gagner sa vie. ni que devenir, vint à Londres, au moment où des proscrits de la Commune y avaient cherché asile.

M se faisait passer pour réfugié politique, chez ceux qui ne le connaissaient pas, ayant eu soin de changer de nom et cherchait du travail.

Dans ces conditions, Guérin se présenta chez l’un des proscrits, Yarlet qui ne l'avait jamais vu, lui demandant de l’aider ù trouver un emploi.

Ltnu de la détresse de cet homme que personne ne

connaissait, Varlet l'adresse à un ami, également proscrit.

A peine Guérin fut-il entré dans la maison qu'il s’en- *uit épouvanté : il venait de reconnaître la voix de ^fcdlet, lequel avait contre lui des preuves indéniables.

Guérin est maintenant un vieillard sordide, aux aigres inquiètes.

Tournant fréquemment la tète comme pour voir quelque chose derrière lui, ce qu’il voit, ainsi, c est sa

trahison.

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