L. Al
La Bépublique seule pouvait délivrer la France de ^invasion, la laver des vingt ans d’empire qu’elle avait subis, ouvrir toutes grandes les portes de l'avenir fermées par des monceaux de cadavres.
On savait les Prussiens établis en France. — Mais plus terrible était la situation, plus grands étaient les courages. La République fermerait les plaies, grandirait les Urnes.
La République ! ce n'était point assez de vivre pour elle, on y voulait mourir.
(' est dans ces aspirations que Je 14 août 70 eut lieu l’affaire de la Villettc.
Les Blanquistes surtout croyaient pouvoir proclamer la République avant que l’empire vermoulu s’écroulât de lui-méme.
Pour cela, il fallait des armes, et, comme on n'en avait pas assez, on voulut commencer par prendre la caserne des pompiers, boulevard de la Villettc, au 14i, je crois, dont on aurait pris les armes.
Un pompier, a-t-on dit, avait été tué; il n'était que blessé et l’a fait connaître lui-même depuis. Le poste était nombreux, bien armé. Lu police, prévenue on ne sait comment, tomba sur les révolutionnaires. Ceux de Montmartre, arrivés tard, virent sur le boulevard désert, dont les volets s étaient fermés avec bruit, la voiture dans laquelle avaient été jetés Eudes et Brideau, prisonniers, entourée de mouchards et d'imbéciles qui criaient ; aux Prussiens !
Tout était fini pour cette fois encore, mais l'occasion reviendrait.
Le lf> août, une sorte d avantage remporté par Bazaine àBorny, et grandi à dessein par le gouverne meut
j l ün de le brandir devant la crédulité populaire, semretarder encore là marche de l'armée française. Les combats de Gravelotte, Itézonville, Yionville, ^ars-la-Tour, furent les derniers; avant la jonction des armées prussiennes qui entourèrent d'un demi- Cer cle l’armée française.
bientôt le cercle allait, se fermer. Le gouvernement Continuait à annoncer des victoires.
Les bruits de victoires rendirent plus facile la confrmation à mort d’Kudes et de Urideau.
Certains radicaux, eux-mêmes, appelèrent bandits héros de la Yillette. Gambetta avait tout d'abord Lroposé contre eux l’exécution immédiate et sans jugement !
Le complot delà "S illette fut pendant quelque temps, u 1 ordre du jour de la terreur bourgeoise.
Les révolutionnaires, cependant, n étaient pas les Scu ls à juger la situation et les hommes à leur juste
Valeur.
y avait dans l’armée même quelques officiers républicains. L’un d’eux, Nathaniel Rossel, écrivait à ^on père (en ce même -4-4 août où l’on tenta de procianier la République, à Paris) la lettre suivante, contée dans ses papiers posthumes :
“ J’ai eu, depuis le début de la guerre, des aventu- Ics étranges et assez nombreuses; mais un trait parti - C'dier qui t’étonnera, c’est que je n'ai jamais été envoyé «a fou ; j- y suis allé quelquefois, mais pour mon seul d ément, et j'ai couru peu de dangers.
n A Metz, je n’ai pas tardé à reconnaître Pincapa- Git é de nos chefs- généraux el états-majors; incapacité sans remède confessée par toute l’armée, et comme j ai habitude de pousser les déductions jusqu’au bout, je r6 vais, avant meme le 14, aux moyens d’expulser toute Ce Ue clique.
■ n J’cn avais imaginé pour cela qui ne seraient pas
impraticables. Je me rappelle que le soir, avec mon . camarade X, esprit généreux et résolu qui était tout à fait gagné à mes idées, nous nous promenions devant ces hôtels bruyants de la rue des Clercs, remplis à f uite heure de chevaux, de voitures, d’intendants couverts de galons et de tout le tumulte d’un état-major insolent et viveur. Nous examinions les entrées, comment étaient placées les portes et comment, avec cinquante hommes résolus, on pouvait enlever ces gaillards -là, et nous cherchions ces cinquante hommes et nous n'en avons pas trouvé dix.
» Le 14 août, vers le soir, nous vîmes du haut des remparts de Serpçnoise l 'horizon depuis Saint-Julien jusqu'à fjueuleu illuminé des feux de la bataille. Le 16, l’armée avait passé la Moselle et trouvait l'ennemi devant elle. Aussitôt que je fus débarrassé de mon service, les convois de blessés qui arrivaient annonçaient une grande bataille. Je courus à cheval par Moulins et Chatel jusqu'au plateau de Gravelotte où j’assistai à une partie de l'action à côté d’une batterie de mitrailleuses magnifiquement commandée.
» (J’ai revu une fois depuis, le our de la capitulation, le capitaine de cette batterie.) Le 18, j’allai encore le soii’ voir la bataille et je rencontrai le général Grenier; il en revenait ayant perdu sa division qui se débandait tranquillement, ayant combattu sept heures sans être relevé. Le lendemain, le blocus fut complété.
» Je n en continuai pas moins à chercher des ennemis à ces ineptes généraux.
» Le 31 août et le 1 er septembre, ils essayèrent de livrer une bataille et ne savaient môme pas engager leurs troupes.
» Le malheureux Lebœuf chercha, dit-on, à se faire tuer et réussit seulement à faire tuer sottement beaucoup de braves gens.
** J allai le soir du 31 voir la bataille au fort de Saint-