L, MO
Depuis le 5 avril les batteries du Sud et de l’Ouest établies par les Allemands contre Paris, servaient aux ^ er sai!lais qu’on appelait les Prussiens de Paris; pour e cdre justice à qui de droit, ajoutons que jamais les plus grossiers uhlans ne se rendirent coupables d aude férocité.
Les balles explosibles dont se servait l'année de er sai!lcs contre les fédérés ne furent employées que c °ntre Paris. Je vis entre autres un malheureux qui les tranchées des hautes bruyères avait reçu un ^ ces projectiles au milieu du front. Nous avions gard ’ * ,ri certain nombre de ces projectiles qui auraient pu ‘gt-M'er dans quelque exposition de moyens à employer pour lâchasse aux éléphants; iis ont disparu ‘dans les * v orses perquisitions.
IJ
Tout le coté des Champs-Elysées était balayé de balles.
Le Mont-\ alérien, Meudon, Brimborion, ne cessaient de vomir la mitraille sur les malheureux qui habitaient de ce côté.
Ile 1 autre, la redoute des Moulineaux, le fort d’Issy
pris et repris sans cesse ; laissaient la lutte au même point apparent.
L armée de la Commune était une poignée devant celle de \ersailles, il fallait qu'elle fût brave pour résister aussi longtemps, malgré les trahisons constam-
ment essayées eL la perte de temps du commencement Les militaires de profession y étaient en petit nombre, Flourens étant mort, Cipriani prisonnier, il restait ClM*
seret, les frères Dombrowski, Vrobleski, Rosse!, Okolow ich, La Leciilia, Hector France, quelques sous-ol' ficiers et soldats restés avec Paris, des marins restés egalement à la Commune ; parmi eux quelques officiers, Coignet venu en même temps que Lullier était aspirant
de marine, Perusset capitaine au long cours: il y 11 mieux à faire, disaient les marins, que de payer lin' demnite aux Prussiens, quand on aura fini avec Versailles, on reprendra les forts à l'abordage. L’un d’eux, Kervisik, déporté avec nous à la presqu’île Ducos? eI1 parlait encore, la-bas, quand on disait ce temps de la
Commune qui h. travers locéan nous semblait loin déjà dans le passé.
Aux premiers jours, d’avril, Dombrowski fut nonin 1 ^ commandant en chef de la ville de Paris. On espéraiL la lutte se soutenant, et pourtant les Versaiilais altâ- -juaient à la fois Neuilly, Levallois, Asnières, le bois de Boulogne, Issy, \anves, Bicêtre, (îlicfiy, Passy, porte Bineau, les Ternes, l’avenue de la Grande-Armée» les Champs-Elysées, l’Arc- de -Triomphe, Saint-Cloud, Auteuil, \ augirard, la porte Maillot, f outriquet, en même temps déclarait que seuls ; l eS
LA COMMUNE 2 H
Audits de Paris tiraient force coups de canon, pour fc*ire croire qu'on les attaquait.
t( Ainsi, disait le Mot ê' Ordre, les nombreux blessés encombrent les ambulances de Versailles, faisaient Semblant d'être blessés. ceux des Versaillais qu’on en* Gr rait après le combat, faisaient semblant d’èLre tués,
. is i le voulait la logique du sanglant 'loin Pouce qui f ouvrait Paris de feu et de mitraille et annonçait dans circulaires ou faisait dire par ses journaux que i’aris ri ®^it pas bombardé.,»
(KofuifiFOUT, le Mot d Ordre.)
capitaine Bourgôuin fut tué en attaquant la baroe.ule du pont de Neuilly; c'était une perte pour la L °mmune.
Uombwroski avait î\ peine deux ou trois mille homltes > quelquefois moins, pour soutenir l'assaut conti- Uel de plus de dix mille de l’armée régulière.
Le général Wolù qui menait la guerre à lu façon j s ^eyler d’aujourd’hui, ayant fait cerner une ruai- ^° n dans laquelle se trouvaient deux cents fédérés, ils • Uï>e nt surpris et égorgés.
<in entendait incessamment sur le parc de Veuille y vler les balles à travers les branches avec ce bruit e S orages d'été que nous connaissons si bien. L’illullj|i était telle qu'on croyait sentir l'humidité tout en St *chant que c’était la mitraille.
ii L
, 1 y eut à la barricade Peyronnet, près de la maison J| l ,l lait Pombwroski avec son état-major, des déluges aï 'üllerie versailiaise, pendant certaines nuits, on ^ dit que la terre tremblait et qu'un océan se ver-
'^duciel. '
L ne nuit que les camarades avalent voulu que j'ai- ^ Se me reposer, je vis près de la barricade, une église .Plante abandonnée dont L'orgue n’avait que deux , tr ois notes cassées; j’étais en train de m’y amuser tü ut mon cœur quand apparut tout à coup un capi-
LA GOA^ r uNE
laine de fédérés avec trois ou quatre hommes furieux-
— Comment, me dit-il, c'est vous qui attirez ainsi hobus sur la barricade ; je venais pour faire fusiller ce lui qui répondait ainsi.
Ainsi finit mon essai d’harmonie imitative de l a danse des bombes.
Dans le parc, devant quelques maisons il y avait des pii nos abandonnés, quelques-uns étaient encore c °' tiers et bons quoiqu'ils fussent exposés à I hmnidU^v Je n’ai jamais compris pourquoi on les avait lai= sC * plutôt dehors que dedans;
A la barricade de Neuilly crevée d’obus, il y eut d b< u ' ribles blessures, des hommes avaient les bras arraches
jusque derrière le dos, laissant l’omoplate à découver y d’auties la poitrine trouée, d'autres la mâchoire emp M i tée. On les pansait sans espérance. Ceux qui avaient encore une voix disaient vive la Commune! avant de mourir. Je n’ai jamais vu si horribles blessures.
A Neuilly, à certains endroits on était tout près de» Versaillais, du poste d’Henri Place on les entendait parler.
Fernandez, madame Dan guet, Mariani étaient ai
, ' ^ de
nues, nous avions lait une ambulance volante, pi’ 1 ’ s
# t-pg 1
la barricade Peyronnet, en face de l'état-major; J moins blessés restaient, les autres étaient conduit* dans les grandes ambulances suivant ce qu’en deA datent les médecins, mais un premier pansement 011 sauva un certain nombre. fl I I
Il y avait comme partout au milieu des choses tra#* ques des choses grotesques.
t’n paysan de Neuilly avait semé sur couche, u e * melon s qu’il gardait debout près de se-s semis, coum 1 * s'il eût pu les préserver des obus; il fallut 'emporté de force, et détruire la couche, dont les vitraux était’ 0 déjà fracassés pour l’empécher d’y revenir.
Ceux qui aimaient à rire racontaient aussi que
Ci * V
^aris, quelques agents de Versailles, envoyés par * f * Thiers pour se réunir à un point donné et organiser la trahison, devaient s'introduire par des bouges d’égout, mais iî.s avaient st mal calculé leur affaire, (|ue plusieurs d’entre eux, p iis comme des à l'orifice et n'en pouvant sortir, durent appeler Pour les tirer de là des ennemis de bonne volonté: la
^èche était éventée.
H autres agents, cherchant à fomenter des haines e utre le comité central et la Commune, s'étaient mout|4 és si bassement fiat leurs, qu’ils s'étaient dénoncés
'-'ux-mémes.
On riait de tout cela, entre les obus et les halles, e Mdosibles ou autres.
Ci porte .Maillot tenait toujours avec ses légendaires Ur 'til leurs, en petiL nombre, des vieux, des jeunes, Quelquefois servis par des enfants.
Omis la matinée du 9 avril, un marin nommé ï'érilo- Que avait eu le ventre ouvert sur sa pièce. On connais* ce nom-là.
On connut Craon, d'autres sont restés inconnus. Oû’importe leur nom, à tous : c’est la Commune, c’est ®«us ce nom-là que leurs légions seront vengées.
Comme des formes de rêve aimi passent les balai!- \ 1 "Uis de la Commune, fiers avec leur libre allure de ré-
v "lU;s, les vengeurs de Flourens; les zouaves de la '•ommune, les éclaireurs fédérés semblables aux gueulas espagnols, prêts aux audacieuses entreprises enfants perdus, qui avec tant d'entrain sautaient tranchée en tranchée en avant.
Ces iurços de la Commune, les lascars de Montmartre av Kc Gensoule et d’autres encore.
Tous ces braves au cœur 'tendre que Versailles ap- Pelait dos bandits, leur cendre est à tous les vents, les us furent mordus par la chaux vive ; ils sont la Commue, ils sont le spectre de mai !
Les armées de la Commune aussi comptèrent n e& femmes cantin tores, ambulancières, soldats, elles sont avec les autres.
Quelques-unes seulement ont été connues : Lachaise la cantinière du 66 e , Victorine Rouchy des turcos de l ii Commune, la cantinière des enfants perdus, les ambulancières de la Commune : Mariani, Danguet, Fernandez? Malvina Poulain, Cartier.
Les femmes des comités de vigilance : Poirier, Excofs fons, Blin.
Celles de la Corderie et des écoles: Lemcî, Rmitriefb Leloup.
Celles qui organisaient l’instruction en attendant lu lutte de Paris où elles furent héroïques : mesdames André Léo. Jaclar, Périer, Reclus, Sapia.
routes peuvent compter avec l'armée de la Commune et elles aussi sont légions.
Le 47 mai le fort de Yanves étant cerné, les Yersaib lais tiraient de Bagneux entre les deux barricades.
P y avait eu dans la nuit du 46, à Neuilly, un violent combat d’artillerie; mais de Saint-Ouen au Point" du-Jour à Bercy, et du Point-du-Jour ù Bercy étaient toujours les deux corps d'armées de la Commune.
La porte Maillot tenait toujours, Dombrowski égaï e ment.
Des membres de la Commune Paschal Grousset, Feri’ e Dereure, Ranvier, venaient souvent, si braves qucm leur pardonnait leur épouvantable générosité.
L'armée de la Commune était si peu nombreuse q Uf les mûmes se retrouvaient toujours ; qu’importe! Cel* 1 durait ainsi. Malgré les soins de la Commune, il 5 avait encore des misères terribles. Des enfants, iï pl ü " sieurs places, entre autres rue Pergolèsej ramassaient des engins qu'ils vendaient pour quelques sous àdeS étrangers, les uns, abandonnés ignorant qu'ils pouvais nt ■ c "ecueillis par la Commune ; les autres, pour cb e2
LA COMMUEE
f 'ux. Des petits avaient les sourcils, les mains brûlés; on ne savait comment ii ne leur arrivait rien de pire ! — ■ Le temps à autre ils allaient se récréer au théâtre Guignol, qui tint jusqu’à fin mai, avenue de l’Etoile, bne femme les conduisit à l’IIûtej -de- Ville.
Jusque-là, l’armée de la Commune était l'armée de * a liberté; elle allait devenir l’armée du désespoir.
Je termine ce chapitre par deux citations de Rossèl : première antérieure à son entrée dans l’armée de la
-onimune et qui contient son jugement sur elle : c’est
Un fragment de sa lettre du 19 mars 71 du camp de
devers au général ministre de la guerre à Versailles :
« Il y a deux partis en lutte dans le pays, .je me
Lin^e sans hésitation «lu côté de celui qui n'a pas si*
>n“ la paix et qui ne compte pas dans ses rangs des
généraux coupables de capitulation. »
Ca seconde qu’il avait sur l'armée régulière au mo-
uient de sa mort, il en fit part à son avocat Albert Joly : (l
Vous êtes républicain, lui «lit-il, si. avant peu.
v °us n’avez pas refait l'année, c’est l’armée qui défera
la -République. Je meurs pour les droits civiques du
. * t bien le moins que vous me croyez là-des-
sus. »
DKRXrCUS JOURS DE MR ERIK
Ainsi qu'au fon-î des l>oi* so rassemblant Ips loups — les fauves en rumeur venaient hurlant pour l'ordre.
Les fédérés furent héroïques. Mais ces héros eurent des faiblesses, souvent suivies de désastres.
Los maisons des francs- Meurs, malgré le décret qui Autorisait les sociétés ouvrières à se servir des apparternents abandonnés, avaient été respectées : on monta
même la garde devant quelques rues, tout comme devant la Banque, si bien que nombre de ces lâcheurs qui avaient fui, sentant Paris en péril, revenaient de province ou tout simplement de Versailles; l’insulte à l;t bouche, ils pouvaient offrir l'hospitalité aux espions du gouvernement. Bientôt il y en eut des bandes.
Ouelques-üns, ayant élu domicile dans des maisons de plaisir, durent être recherchés parles commissaires
de la Commune qui, grâce à la complicité des femmes de ces maisons, ne trouvèrent pas les espions qui y étaient cachés et furent en revanche, les objets d’accusations calomnieuses.
Quelques décisions furent exécutées, la colonne N ondôme renversée mais les morceaux conservés, de sorte qu'elle fut depuis rétablie afin que, devant ce bronze fatidique, la jeunesse pût s'hypnotiser éternellement
du culte de la guerre et du despotisme.
Peut-être en y gravant les dates des hécatombes, on atténuait ce fatidique entrainement.
L'échafaud avait été brillé, dénoncé à l'indignation publique par une commission composée de Capellaro, David, André Idjiez, Dorgàl, Paivre, Férier, Colin.
Le 6 avril, à dix heures du matin, la honteuse machine à boucherie humaine, avait été brûlée. (Vêtait
une guillotine toute neuve, remplacée maintenant par plusieurs autres, plus neuves encore. On en doit usera 1 usage fréquent qui en est fait, plus qu'on en usa jamais.
Les quatre dalles maudites arrachées ont également
repris leur place.
Lne petite vieille toute tremblotante avait été envoyee par un mauvais plaisant, ce matin -là, pour brûler un dernier cierge à l'abbaye de Monte à regret et* tenant le cierge dans sa main, elle s'enquérait de l'abbaye quand elle comprit, aux rires dont on l'accueillait* qo on s était joué de sa crédulité.
®ïü
Les témoignages de sympathie affluaient, do partout à la Commune, mais ce n 'étaient toujours que des paroles; le délégué aux relations extérieures* ’aschal hrousscL s’écriait avec raison dans sa lettre aux grandes villes de France :
« Grandes villes ! le temps n’est plus aux manifestos : le temps est aux actes, ce que la parole est au
canon . *
“ Assez de sympathies, vous avez des fusils et des Punitions, debout î les grandes villes de France!
)j Paris vous regarde, Paris attend que votre cercle Se serre autour de ces lâches bombardeurs et les empêche d’échapper au chàliment qu’il leur réserve,
11 Paris fera son devoir, et le fera jusqu’au bout, 'lais n’oubliez pas, Lyon, Marseille, Lille, oulouse, A unies, bordeaux, et les autres.
.** Si Paris succombait pour la liberté du monde, 1 histoire vengeresse aurait le droit de dire que Paris ïl été égorgé parce que vous avez laissé s’accomplir
l assassinat.
» Le délégué de la Commune aux relations extérieures,
» Paschal CnoussET. »
La lettre de Crousset ne parvint pas, ceilesdeYer- S aiiles. seules passaient et, quanl aux communications des provinces à Paris, elles étaient dirigées sur Versailles, où elles encombraient, au château, la galerie des batailles.
-Malgré tout le courage déployé par les délégués de Paris à la province, entre autres par l'infatigable y au le Miuk, les dépêches de Paris, enlevées au bureau où elles arrivaient, prenaient le chemin de Yers ulles, et beaucoup qui, individuellement, en portaient
revinrent jamais. — Sa lettre aux habitants des campagnes, œuvres d’André Léo, était soigneusement
détruite.
22G LA COMMUNE
Le 21 mar> ? à midi. M. Thiers, en qui l'esprit réactionnaire tout entier semblait s’être incarné, envoyait à Jutes Favre le télégramme suivant :
« One M. de Bismark soit bien tranquille, La guerre sera terminée dans le courant de la semaine. Nous avons une brèche faite du côte d’Issy, on est occupé a l’élargir en ce moment.
» La brèche à la fluette est commencée et très avancée; nous en entreprenons une à Passy et au Point-du* Jour. Aï aïs nos soldats travaillent sous ia mitraille cb sans notre grande batterie de Montretont, ces téméri\ tés seraient impossibles.
» Mais des œuvres de ce genre sont sujettes à tant d’accidents qu’on ne peut assigner de terme fixe leur accomplissement. Je supplie M. de Bismark» aU l nom dé la cause de l' Ordre, de nous laisser accompli’ \ nous-mêmes cette répression du brigandage antisocial \ qui a pour quelques jours établi son siège à Paris. J
» t e serait causer un nouveau préjudice au parti de . l'ordre en France et des lois en Europe? que d'agir autrement.
» Que Ton compte sur nous : l’Ordre social sera vengé dans le courant de là semaine.
» Quant à nos prisonniers, je vous ai mandé e® matin les vrais points d'arrivage; il est trop tard pour recourir aux transports maritimes.
» Les cadres des régiments sont tout prêts à nos frontières de terre et les prisonniers arrivés y seront versés immédiatement.
» Pu reste, on ne les attend pas pour agir, mà* s c est une réserve prête à tout événement.
» Mille tendres amitiés.
» À Thiers, »
(Jules Favre, Simple récit d'un membre de la défend nationale , 3 e partie, pages 428 et 429.)
Insensiblement venait la débâcle. Certains journaux qui d'abord avaient eu un mouvement d'indignation contre Versailles, commençaient à exhorter hautement & la trahison.
Au Comité de Salut Public passaient ceux, surtout, ( pb avaient plus souci de la défense de la Commune que de leur mémoire : Cournel, Rigaud, Itanvier, Ferré, Yerftîorel, y recueillirent avec la plus grande indifférence tes haines de la réaction.
Ce vieux Delescluze était à la commission de la . guerre. Le 2-1 avait été fixé par la fédération des artistes pour un concert aux Tuileries au bénéfice des v euves et des orphelins de la guerre.
« Votre triomphe sera celui de tous les peuples, disait Delescluze à l’armée de la Commune, »