‹ Louis Michel La Commune 1898Chapitre 37 sur 68 · LA FIN · texte numérisé non relu

LA FIN

Le 8 états vermoulu s craque ut da ns leurs mâtures. Toute l'étape humaine est debout : c'est lu temps Ou vont s’émietter les vieilles impostures.

Un souffle d'épopée emplit les ouraçaos :

T-Mitipj somio dans ies veuts.

{L Michel.)

! 'n eût dit que le triomphe venait, les ligues républicaines sortaient de leur réserve des premiers jours, h Internationale se faisait plus affirmative, à la Cor- ^ ei ’ie du Temple.

La fédération des chambres syndicales était venue,

G mai, adhérer à la Commune; cette fédération com- I Jf enait trente mille hommes.

Les députés de Paris présents à Versailles. P loquet

et Lockroy avaient donné en termes énergiques l elIÎ démission à Versailles.

Toi ai n restait toujours.

Maintenant, Paris a une physionomie tragique. I e * chars funèbres aux quatre trophées de drapeaux ro* 1ges, s’en vont plus nombreux, suivis par les membres la Commune et des délégations des bataillons au s ° n des Marseillaises.

lies clubs des églises flamboient le soir; là aussi mort' tent des Marseillaises ; ce n’est pas le sourd roulement des tambours funèbres, qui les accompagne, 1 ’org üC les gronde dans les grandes nefs sonores.

A l’église de Y au girard c’est 3e club des Jacobineleur idée de se réunir dans le sous-sol faisait penser a la cave où travaillait Marat: ceux-là c'était un soum c de 93 passant sous la terre. Le club de la Révolution sociale, à l’église Saint -Michel, aux Batignollcs. Coni' banlt, à la première séance parla comme devant 1 er tribunaux de Bonaparte, de cette idée que les persecu* tions activaient sans cesse la liberté du monde !

Du club Saint-Nicolas-des-Champs, le 4 cr mai, u " e députation envoyée à la Commune, déclare que tout homme qui parle de conciliation entre Paris et Versa'*' les est un traître.

Quelle conciliation en effet peut exister enlre long esclavage et la délivrance ?

Dans dix ou douze églises, montait tous les soirs u* 1

chœur immense saluant la liberté.

J’en entendis parler avec enthousiasme. Les fenn" 1 ^ surtout y exhortaient à la liberté, mais du 3 a ' 11 à la semaine sanglante je ne suis venue que les d cU seules fois dont j’ai parlé et pendant de courtes b? u res, quelque chose m'attachait à la lutte au dehoi-’ une attirance si forte, que je ne cherchais pas ;l

vaincre.

La première fois j'allais à Pi lôtel-de* Ville avec llïH

fission de La Cecilîia dont je devais lui rapporter la

réponse.

A peu près à moitié chemin, je rencontre trois ou Quatre gardes nationaux qui après m’avoir examinée s approchent de moi.

— Nous vous arrêtons, me dit 1 un d'eux. Evidemment j'avais quelque chose de suspect ; je pensais que ^étaient mes cheveux courts, passant sous mon chapeau. et qu’ils prenaient pour une coiffure d'homme.

— Où voulez-vous être conduite?

■le crois qu’ils prononcèrent conduit.

— ■ A l’IIôtebde- Ville, puisque vous voulez bien conduire vos prisonniers où ils veulent.

Le brave homme qui m interrogeait rougit de colère.

— Nous allons bien voir, dit-il.

Nous nous mettons en chemin, cuxm'examinanttou-

■fe

jours, moi très grave, tout en m’amusant beaucoup.

Une fois devant la grille, celui qui m’avait déjà parlé me dit :

— À propos, comment vous appelez-vous ?

Jc'lui dis mon nom.

— Ah ! cela c’est impossible, dirent-ils tous les'troîs, bous ne l’avons jamais vue. mais ce n’est pas elle, bien SÛT; qui se chausse comme ça !

-le i egarde. j’avais mes godillots que le matin j'avais oublié de changer pour des bottines, et qui passaient ®ous ma robe.

Eh bien si! pourtant c'élail bien moi. ^

Et tout en les remerciant de leur bonne opinion je Pus les assurer qu'elle n était pas justifiée. J'avais suffisamment de papiers pour ne pas leur laisser le moindré doute. — Us m'avaient prise en effet pour un homme déguisé en femme, grâce aux godillots qui faisaient un effet particulier sur les trottoirs.

La seconde fois, je ne sais plus si c'était à l'Hôtel-

de A i lie ou à la Sûreté, ii y avait des malheureuses qui eu sortaient eu pleurant parce qu on ne voulait p& s qu’elles allassent spigner les blesses, car iis voulaient des mains pures, les hommes de la Commune, po« r panser les blessures.

hiles me dirent leur douleur, qui donc avait autant, i de droit qu’elles ? les plus tristes victimes du vieu* monde, de donner leur vie pour le nouveau!

-le leurs promets que la justice de leur demanda sera comprise et qu'il y sera fait droit.

•le ne sais ce que j’ai dit, mais la douleur de ces in* lort nuées m’avait tant saigné le cœur que je trouvaid« s paroles qui allaient au cœur des autres; elles lurent adressées à un comité de femmes dont l'esprit était assez généreux pour quelles fussent bien accueil' liés.

Cette nouvelle leur causa une si grande joie qu'cite® avaient encore des larmes, mais ce n’était plus de douleur.

Ainsi que des enfants, elles voulurent de suite des • ceintures rouges; comme je pus, je leur partageai l ;l mienne, en attendant.

— Nous ne ferons jamais honte à In Commune, B 10 dirent-elles.

hn cllei,, elles sont mortes pendant la semaine .de mai. la seule que je révisé la prison des Chantiers me raconta comment deux d'entre elles, avaient été tuées à coups de crosse de fusil, en portant secoui - *à des blessés.

Au moment ou elles venaient de me quitter. c)te s ’ pour aller à leur ambulance i Montmartre, moi, p° l,r retourner à Montrouge, près de La Cecillia, un P»' quel enveloppé de papier, me fut jeté sans que je viss c personne : c’était une écharpe rouge, qui rempli 1 la mienne.

Les agents de Versailles devenus plus habiles,

2ifl

^niaient de nouvelles divisions, il s'en était élevé une

û la Commune à propos d'une proposition de M. de 'l’étant, l 'un des traîtres glissés par Versailles, dans ■ s états-majors, il annonçait le meurtre d'une ambu- ^acière tuée et insultée parles soldats de Versailles, La majorité offensée par le manifeste delà minorité, ü * avait fait comprendre que devant la situation il Allait dire comme autre lois ; qu' importent nos mémoires. pourvu que la Commune soit sauvée!

La nouvelle d'une catastrophe interrompt la séance, ha cartoucherie Rapp venait de sauter. Il y avait de nombreux morts et blessés, quatre maisons écroulées, e b si les pompiers n’avaient au péril de leur vie, arrac hé des flammes les fourgons de cartouches, le silll stre ne s'en fût pas borné là, ha première pensée de tous, fut que la trahison en o! -ait cause : c’était, disait-on, ja vengeance de la com^ne Vendôme. (Quatre personnes, dont un artilleur fu rent arrêtés, le Comité de salut public annonça que f affaire serait poursuivie, mais ils n avaient pas la c °otume, les terri blés procureurs de la Commune, de •l tJ ger sans preuves et elle ne fut jamais éclaircie.

« Les premiers qui ont pénétré ‘dans la fournaise, 'h sait Delescluze dans son rapport au Comité de salut Publi^ sont : Abeaud, Denier, ftuflut, sapeurs-pom- P ,er s s 6 e compagnie: puis sont accourus presque en ^éuie temps, les citoyens Dubois, capitaine de la flot- ® e > Jagot, marin, Boisseau, chef du personnel à la légation de la marine. Février, commandant de la

batterie flottante.

)J Cràce à leur héroïsme, des fourgons chargés de elles dont les roues commençaient à s'enflammer

UIn si que des tonneaux, de poudre ont été retirés du * fJ }er de l'incendie.

Vous ue parlons pas du sauvetage des blessés et f-l “ s habitants ensevelis, prisonniers dans leurs maisons

réduites en débris. Pompiers et citoyens ont à cet ég ar ° rivalisé de courage et de dévouement.

» Les citoyens Avrial et Sicard membres de la CoiB' mune étaient aussi des premiers sur les lieux du dan* ger.

» Douze chirurgiens de la :rarde nationale se sont

rendus à 1 avenue Rapp et ont organisé le service m e ' dical avec un empressement que je ne saurais trop louer.

» En somme une cinquantaine de blessés, la plup ar * des blessures légères, voilà tout ce qu'auront gng 01 ' les hommes de Versailles.

» La perte en matériel est sans importance eu égard aux immenses approvisionnements dont nous disp 0 ' sons; il ne rentrera à nos ennemis que la honte d crime aussi inutile qu odieux, lequel ajouté à tant d'a 11 ' très à défaut de ses invincibles moyens de défei' sC suffirait à tout jamais pour leur fermer les portes de Paris.

» Tout le monde a fait plus que son devoir: n° ltS avons peu de morts à déplorer.

» Le. Délégué civil à la, guerre,

» Ch. Delescluze.

» Paris, le 58 floréal, an 78. »

Comme on le crut, il serait possible que la veng§° n ^ c de la colonne ebt été la catastrophe de la cartouche^ 6 Rapp, infâme vengeance pour l’effigie, de bronze des victimes de chair.

Quelques jours après la catastrophe, une femme tée inconnue, envoya à la préfecture de police, à Pa 1 * 5 * une lettre qu elle avait trouvée dans un vagon de P’ 1 micre classe entre Versailles et Paris, racontant q 11 1111 homme assis en face d’elle lui semblait agité.

Aux fortifications, comme il entendit sonner * c crosses de fusils des fédérés, il jeta un paquet de P‘ n

^ ers sous la banquette où la femme trouva la lettre ^ Ue llc envoyait.

« Etat -major des gardes nationales.

» Versailles, le 16 mai 1871.

« Monsieur,

ha deuxième partie du plan qui vous a été remis CVl ’u être exécutée ie 19 courant ù trois heures du Iia ün, r, renez bien vos précautions, de manière à ce cette fois, tout aille bien.

» l J ou r vous seconder, nous nous sommes arrangés «Vec un des chefs de la cartoucherie pour la faire sauer le 17 courant.

n Heyoyez bien vos instructions, la partie qui vous c °ncerne et que vous commandez en chef.

“ Soignez toujours la Muette. »

» Le Colonel chef d'état-major,

» Ch. Gorbix.

u hc deuxième versement a été opéré à Londres à ^otre crédit. »

Un timbre bleu portant : état-major de la garde natale en exergue.

Ces événements ne permirent pas de vérifier si cette <l Urc était uii moyen employé par Versailles même Pair égarer les soupçons et les femmes mystérieuses disposent de lettres ou en trouvent n'ayant jamais lls Piré de confiance la Commune, mais il n’élait pas ' Out eux q ue j e crime vint de la réaction. f -ela n'empêchait pas ie fameux quatrain qui pour

Quelques hem es changea la colonne en pilori d’être v «*i .

« Tireur juclié sur celle échasse,

Si le sang que tu fis verser,

Pouvait teuir sur cette place,

Tu le boirais saus te baisser, »

LA COMMUXL

Manchet et Emile Clément, membres de la Commune qui n'avaient jamais donné prise an soupçon, fure* 1 * découverts comme ayant eu un passé réactionnaire peut-être on 'ut sévère, car tout converti a été hosUj 6 è l’idée, qu'il découvre vraie; ccttc conversion étaa leur droit, mais aussi en ces derniers jours, où l" l J était piège, il n'en pouvait être autrement, toute u e * gligence en pareil cas n’ést-elle point trahison.

Le manifeste de la mairie du t8° contenait l’exaeù vérité sur la situation. Oui, il fallait vaincre et vaincra vite. De la rapidité de l’action dépendait la victoire ? voici quelques fragments de ce manifeste adressé révolutionnaires de .Montmartre.

« De grandes et bel les choses se sont

les

de-

puis le 48 mars; mais notre œuvre n'est pas achever? de plus grandes encore doivent s’accomplir et s'accompliront parce que nous poursuivrons notre tâche san s trêve, sans crainte dans le présent ni dans l’avenir.

)) Mais pour celait nous faut conserver tout le courage*

toute l'énergie que nous avons eus jusqu’à ce jour, *qui plus est, il faut nous préparer à de nouvelles négations, à tous les périls, à tous les sacrifices : p* üS nous serons prêts à donner, moins ;il nous en coùlcra* » Le salut est à ce prix, et votre attitude proiU e suffisamment que vous l’avez compris.

» Une guerre sans exemple dans l’histoire ries p l ’ u ' pîes nous est faite; elle nous honore et flétrit nos ennemis.

» Vous le savez, tout ce qui est vérité, justice ou

berté n’a jamais pris sa place sous le soleil sans <I Ü J

le r ‘eu pie ait rencontré devant lui et armés jusqu n üV * *

dents les intrigants. les ambitieux et les usurpateu qui ont intérêt à étouffer nos légitimes aspirations.

» Aujourd'hui, citoyens, vous êtes en présence • deux programmes.

kJ Le premier, celui des royalistes de Versailles con* ML* par la chouannerie légitimiste et dominés par des généraux de coup d’Etat et des agents bonapartistes Iu ‘s partis qui se déchireraient eux-mêmes après la Vl ctoire et se disputeraient les Tuileries.

” Reprogramme c’est l’esclavage à perpétuité, c’est ,lv ilissement de tout ce qui e<i peuplé; c’est l’étoulfe* n ^ht de l'intellig eace et de la justice; c’est le travail Mercenaire; c’est le collier de misère rivé à vos cous; la menace à chaque ligne; on y demande votre celui de vos femmes et de vos enfants, on y de- M'tiuJe nos tètes comme si nos tètes pouvaient bouer les trous qu'ils font dans vos poitrines, comme ^ nos tètes tombées pouvaient ressusciter ceux qu’ils v °us ont tués.

Re programme, c’est le peuple à l’état de béte de l,llll ue, ne travaillant que pour un amas d’exploiteurs ( t ( le parasites, que pour engraisser des tètes couronnes, des ministres, des sénateurs, des maréchaux, des dt chevéques et des Jésuites.

11 C’est Jacques Bonhomme A qui l'on vend depuis , es outils jusqu’aux planches de sa cahute, depuis la Ju pe de sa ménagère jusqu’aux langes de ses enfants Pour payer les lourds impôts qui nourrissent le roi ^ la noblesse, le prêtre et le gendarme.

H L’autre programme, citoyens, 'c’est celui pour lequel ü ‘is avez fait trois révolutions, c'est celui pour lequel , u $ combattez aujourd’hui, c’est celui de la Commune, le vôtre, enfin.

, û Ce programme, c’est la revendication des droits de

l’ho

la

mine, c'est le peuple maître de ses destinées; c’est justice et le droit de vivre en travaillant; c’est le -eptre des tyrans brisé sous Je marteau de l’ouvrier.

e si l'outil légal du capital, c’est l'intelligence punissant 4 l’use et la sottise, c'est l’égalité d’après la naissance la mort.

» Et disons-le, citoyens, tout homme qui n’a pas s° n opinion faite aujourd'hui n’est pas un homme; tout in* différent qui ne prendra pas part à la lutte ne pourjÿ jouir en paix des bienfaits sociaux que nous préparons sans avoir à en rougir devant ses enfants . . * . • *

» Ce n'est plus un 1830 ni un 48, c’est le soulève

ment d’un grand peuple qui veut vivre libre ou mourir-;

» Et il faut vaincre parce que la défaite ferait d< vos veuves des victimes pourchassées, maltraitées e . vouées au courroux de vainqueurs farouches» parce qt| vos orphelins seraient livrés à leur merci et poursuivi 5 comme de petits criminels, parce que Cayenne serait repeuplé et que les travailleurs y finiraient leurs joui rivés à la même chaîne que les voleurs, les faussais s et les assassins, parce que demain les prisons seraient; pleines et que les sergents de ville solliciteraient l'honneur d’être vos geôliers et les gendarmes vos gardeschiourme, parce que les fusillades de juin recommenceraient plus nombreuses et plus sanglantes.

» Vainqueurs, c’est non seulement votre salut, cela 1 de vos femmes» de vos enfants, mais encore celui dfll* 1

République et de tous les peuples.

» Pas d'équivoque : celui qui s’abstient ne peut mén* e

pas se dire républicain.

» Courage donc, nous touchons au termede nos soûl frances, il ne se peut pas que Paris s'abaisse au p 0 * n de supposer qu'un lîonaparle le reprenne d’assaut, ( ne se peut pas qu'on rentre ici régner sur des et sur des cadavres; il ne se peut pas qu’on subisse I® joug des traîtres qui restèrent des mois entiers tirer sur les Prussiens et qui ne restent pas une heure sans nous mitrailler.

Allons, pas d’inutiles : que les femmes consolent l? s

li A COMMUNE

“tossés, que les vieillards encouragent les jeunes § en $, que j es hommes valides ne regardent pas à quel- ;l ll cs années près pour suiv re leurs frères et partager ieur s périls.

* Ceux qui ayant la force se disent hors d’àge se mettent dans le cas que la liberté les mette un jour Ws la loi et quelle honte pour ceux-lè.

" C’est une dérision. Les gens de Versailles, citoyens, V0| Js disent découragés et fatigués, ils mentent eL le Savent bien. Est-ce quand tout le monde vient à vous? ^st-ce quand de tous les coins de Paris on se range 8 °ûs votre drapeau? Est-ce quand les soldats de la li- &0C, vos frères, vos amis, se retournent et tirent sur les gendarmes et les sergents de ville qui poussent à vous Assassiner? Est-ce quand la désertion se met dans tes pngs Je nos ennemis, quand le désordre, lïnsurreb- Onu rognent parmi eux et que la peur les terrifie, que

v ûus pouvez être découragés et désespérer de la victoire.

>J Est-ce quand la France tout entière se lève et vous tond la main, est-ce quand on a su souffrir si héroïquement pendant huit mois qu’on se fatiguerait de n’a- Voir plus que quelques jours à souffrir, surtout quand to hbei té est au bout de la lutte? Non, il faut vaincre ^ Vaincre vite, et avec la paix le laboureur retournera u sa charrue, l'artiste à ses pinceaux, l'ouvrier à son a tolièr, la terre redeviendra fécond e et le travail reprendra. Avec la paix nous accrocherons nos fusils et éprendrons nos outils et heureux d'avoir Lien rempli Aotpç devoir, nous aurons le droit de dire un jour : Je un soldat citoyen de la grande révolution.

» Les Membres de la Commune.

>> Deheuue, J, -B. Clément, Y ou onia.

» Paschal Gousset, Ülusebbt.

*• Arnold, Th. Ferré. »

2ôG

La prédiction s'est réalisée, il y eut, pire que juin et décembre, la faute en fut aux fatalités réunies de l il trahison bourgeoise, et de la connaissance trop impar* faite pour les chefs de l'armée de la Commune, du caractère des combattants et des circonstances de la lutte.

Dans l'alternative, tout pouvait servir aussi bien une véritable armée disciplinée, telle que la voulait RoSsel, que I armée de la révolte telle que la voulait Delescluze, les fanatiques de la liberté eussent trouvé beau pour vaincre de s’astreindre A la discipline de fer, il fal' lait les deux armées, i’uue d’airain, l'autre de flamme-

Uossel ignorait ce qu’est une armée d'insurgés ; d avait la science des armées régulières.

Les délégués civils à la guerre ne connurent que .1* grandeur générale de la lutte, aller en avant offrant

sa poitrine; levant la tête sous la mitraille, celait beau» mais les deux étaient étaient nécessaires contre tel» ennemis que Versailles.

Dpmbwroski parfois eut les deux.

Dans un ordre à l’armée, ltossel s’exprima ainsi-

« Il est défendu d'interrompre le feu pendant un combat, quand même l'ennemi lèverait la crosse en lair ou arborerait le drapeau parlementaire.

M 11 es t défendu sous peine de mort de continuel' * e feu après que l'ordre de le cessera été donné, ou de continuer à se porter en avant lorsqu’il a été prescrit de s arrêter. Les fuyards et ceux qui resteront en arriere isolément seront sabrés parla cavalerie; s’ils sont nombreux ils seront canonnés; les chefs militaires ont pendant le combat tout pouvoir pour faire marcher et faire obéir les officiers et soldats placés sous leurs ordres. »

Si ce même ordre eût été donné de manière à ijwf* comprendre qu’il s'agissait d'assurer la victoire, ceux qu’il froissait l’eussent accepté. Certes les révoltés ne

s °nt pas des fuyards, mais l’armée de Versailles étant nombre, il fallait tactique et ardeur. La Commune 11 eut jamais de cavalerie; quelques officiers seulement Paient montés. Les chevaux servaient pour les prolonges d artillerie ei divers usages semblables; l’avantage e n outre a des chances pour celui qui attaque.

Hossel, habitué à la discipline des armées régulières e t dont un arrêt avait été commué par la Commune,

I accusa de faiblesse, il se retira sans qu’on se fiU compris, réclamant dans l’ardeur de sa colère une cellule ! Mazas.

Avec le concours de son ami Charles Cérardin, il s’échappa d'autant plus volontiers, que la Commune préférait ainsi.

Ce fut une perte réelle. Versailles le prouve en l’assassinant.

Le délégué civil à la guerre, Delescluze, vieux d’années, jeune de courage, s'écriait dans son manifeste : i( La situation est grave, vous le savez : celte horrible guerre que vous font les féodaux conjurés avec tes débris des régimes monarchiques, a déjà cotUé bien du sang généreux, et cependant, tout en déplorant les pertes douloureuses, quand j’envisage le sublime avenir 9ei s'ouvrira pour nos enfants, et lors même qu’il ne ftous serait pas permis de récolter ce que nous avons Semé, je saluerais encore avec enthousiasme la révomtion du 18 mars qui a offert à la France et à l’Europe, des perspectives que nul de nous n'osait espérer, H y îl trois mois. Donc à vos rangs, citoyens, tenez ferme devant l’ennemi.

>» Nos remparts sont solides comme vos cœurs. Vous

II ignorez pas d'ailleurs, que vous combattez pour votre ^fierté et pour l’égalité.

» Avec cette promesse qui vous a si longtemps frappés, que si vos poitrines, sont exposées aux halles et a üx obus des Versàillais, le prix qui vous est donné,

c’est l’affranchissement de ïa France et du monde, I* sécurité de votre foyer et la vie de vos femmes et de vos enfants.

” \ous vaincrez donc; le inonde qui applaudit à vos magnanimes efforts* s’apprête à célébrer votre Irions phe qui sera celui de tous les peuples. »

» Vive la lié publique universelle!

» Vive la Commune !

» Paris le 10 mai J 871.

» Le délégué civil à la guerrfi

» DëLESCLUZE. »

Oh se hdtait et tout était encore à venir.

La liberté de Nouris avait été décrétée dans les pre micrs jours } il ne revint jamais.

La maison de M. T hiers démolie, avait empïi la place Saint-Geor ges de la poussière de ses nids à rats, elle devait lui rapporter un palais.

Mais qu'importent les questions d’individus? nous sommes plus près qu 'alors du inonde nouveau ; à travers les transformations qu’il a subies, il mourrait, si l'éçlO' sion tardait.

Dans les maisons des francs fileurs, et dans les mai* smis de pdaisir les plus infectes, sous tous les dégui" sements, se cachaient les émissaires de l’ordre.

On crut, en exigeant dés cartes d’identité, les empêcher d entrer. Mais individu à individu, comme goutte à goutte, ils s’infiltraient dans Paris.

M. 1 hiers, dès le 11 mai, avait demandé à l'assemblée apeurée et féroce, huit jours encore, pour que tout fût consommé.

La conspiration des brassards avait été découverte î il en était d’autres restées inconnues.

\ersailles renonçant à acheter les hommes qui oc

voulaient

passe vendre, cherchait à mêler les siens où

‘L pouvaient livrer un mol d’ordre, ouvrir une porte.

Us avaient été mal inspirés en cherchant par 1 offre d'un million et demi à acheter Dombwroski, qui en

av ertit le comité de salut public.

Comment les gens de \ ersailles avaienl-il pus adresser si mal. Dombwroski, chef de la dernière insurrection polonaise, qui avait résiste presque un an à 1 ar- ^ée russe, qui depuis avait fait la guerre du Caucase comme général de l’année ces \osges avait montré f Uic ses qualités n’étaient point celles d’un traître, ne pouvait servir la réaction.

Versailles pourtant gagnait du terrain, puis semblait ^ reperdre, la souris victorieuse faisait te te, mordant * e chat qui reculait.

Le 21 mai au soir, devait être donné un concert au bénéfice des victimes de la guerre sociale, veuves, 0l ’pheïins, fédérés blessés en combattant.

Le nombre et le talent des exécutants faisaient de Cfi * concerts de véritables triomphes. Agar y disait des v er$ des Châtiments. Elle y chantait la Marseillaise, une voix si puissante qu'elle hurlait , disaient les \cr-

Sa îUais.

Le dimanche 21 mai, deux cents exécutants fo ri liaient ^no masse d’harmonie énorme. De bonne heure 1 auditoire débordait, avide d’entendre; pourtant les cœurs serraient, c’était la trahison qu'on sentait monter. Un peu avant cinq heures, un officier d’état -major de la Commune, s’avança sur l’estrade et dit:

« Citoyens, M. Thicrs avait promis d’entrer hier dans Paris, M. Thiers n’est pas entré, il n'entrera pas. de vous convie pour dimanche prochain 28, à la même Place, à notre concert, au profit des veuves et des or- Phel ins de la guerre! »

furieusement on applaudit.

Pendant ce temps, une partie des avant-postes de Versailles entraient parla porte de Saint-Cloud.

Un ancien officier d’infanterie de marine, nommé catel, traître, encore sans emploi, rôdait, chercha®* pour en avertir Versailles, les côtés faibles de la de fense de Paris; avec le peu d hommes dont on disp®* suit, ii ne doutait pas d’en trouver. 11 remarqua q lie la porte de Saint-Cloud était sans défense, et avec lirl mouchoir blanc appela un poste de l’armée de l'ordre* Un officier de marine se présenta, au même moment» les batteries versa illaises cessèrent le feu, et par \ c ' tits pelotons les soldats pénétrèrent dans Paris.

ha cessation du feu ne fut pas, remarquée de suite» l’oreiüc y était si accoutumée que plusieurs semain eS après la défaite, on croyait encore l'entendre. Ëmj® S on s’aperçut de cette cessation de feu. Quelques' 1111 * 5 en tiraient favorable augure; à il autres cela sembla* étrange. . r! 30

Réunis au Mont- Valérie n, M. Thiers, Mac-Mahoiu l'amiral Pothuau télégraphiaient partout.

21 mai 7 heures du soir,

« La porte de Saint-Cloud vient de s’abattre sous 1® feu de nos canons, le général Douav s'y est précipH®» il enti'e en ce moment dans Paris avec ses troupes. b fiS corps des généraux Ladmirault, et CHncharnp s’ébran* lent pour les suivre. »

» A. Thiers. »

Vingt-cinq mille hommes de Versailles, par trahi' son et sans combat, couchèrent cette nuit-là dans P®' ris.

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