LA CORÉE FROIDE
Paris sanglant, au clair de lune 3 Rêve sur la fo*ae caromiiùe*
[Victor Hugo.)
Au chenil les soirs de chasse, après la curée chaude Su r le corps pantelant de la bête égorgée les valets de
mentes jettent aux chiens du pain trempé de sang : ainsi fut offerte par les bourgeois de Versailles, 3a curée froide aux égorgeurs.
D’abord la tuerie en masse, avait eu lieu quartier p& r quartier à l’entrée de l’armée régulière, puis la chasse
au fédéré, dans les maisons, dans les ambulances, partout. " y S
On chassait dans les catacombes avec des chiens et des flambeaux, il en fut de même dans les carrière» d’Amérique, mais la peur s’en mêla.
Des soldats de Versailles, égarés dans les cataco» 1 ' bes, avaient pensé périr.
La vérité est qu’ils avaient été guidés pour en sorti 1 ’
par le prisonnier qu’ils venaient de faire, et que n’ay*
pas voulu le livrer en retour, pour être fusillé, ils le 1
avaient laissé la vie : ce qu’ils tinrent secret : leurs maîtres, les eussent eux-mémes punis de mort. Us répandirent sur les catacombes d’épouvantables récits* Le bruit ayant d’un autre côté couru que des fédérés armés se cachaient dans les carrières d’Amérique? l'ardeur se ralentit pour ces chasses, dont celles du fo* en Angleterre donnent assez la marche. La bête parfois regarde passer les chiens et les chasseurs, d’autres lois on l’a vue. elle semble paresseuse à se lancer en
avanL, poursubir sur elle lachaude haleine des chien» ;
le dégoût prenait ainsi les hommes pourchassés.
fjuelqucs-uns en paix moururent de faim, rêvant ée liberté.
Les officiers de Versailles, maîtres absolus de la vis des prisonniers, eu disposaient à leur gré.
Les mitrailleuses étaient moins employées qu’au* premiers jours; il y avait maintenant quand le nomb rC de ceux qu’on voulait tuer surpassait dix, des abat' toi rs commodes, les casemates des forts qu’on Fermait) une fois les cadavres entassés, le bois de Boulogne» ce ; qui en même temps procurait une promenade.
Mais tout étant plein de morts, l'odeur de cette immense sépulture attirait sur la ville morte l’essaim horrible des mouches des charniers: les vainqueurs craignant la poste suspend ire ni les exécutions.
Là mort n'y perdait rien : les prisonniers entassés à l’Orangerie, dans les caves, à Versailles, à Satory, s atis linge pour les blessés, nourris plus mal que des animaux, furent bientôt décimés par la fièvre et l'épuisement. ■ y , , ' ' "
Quelques-uns apercevant leurs femmes ou leurs enfants à travers les grilles devenaient subitement fous.
L’autre part, les enfants, les femmes, les vieux, cherchaient à travers les fosses communes, essayant de reconnaître les leurs dans tes charretées de cada-
v res incessamment versées.
La tête basse, des chiens maigres y rôdaient en hurlant ; quelques coups de sabre avaient raison des pauvres bêtes, et si la douleur des femmes ou des vieux
e fait trop bruyante, ils étaient arrêtés.
Il y avait dans les premiers temps je ne sais quelle Promesse de 500 francs de récompense pour indiquer le refuge d'un membre de la Commune ou du Comité
Central, cela courait en France et à l’étranger. Tous ceux qui se sentaient capables de vendre un proscrit Paient invités.
Lu lettre suivante fut adressée de Versailles dès le 20 mai aux agents des gouvernements à l’étranger Par le gouvernement de Versailles.
« Monsieur,
« L’oiuvre abominable des scélérats qui succombent s °iis l’héroïque effort de notre armée ne peut être confondue avec aucun acte politique, elle constitue une série de forfaits prévus et punis par les lois de tous ks peuples civilisés.
>» L’assassinat, le vol, l'incendie systématiquement
ordonnés* préparés avec une infernale habileté ne doivent permettre à leurs complices d’autre refuge qm ? celui de l’expiation légale.
» Aucune nation ne peut les couvrir d’immunité ci sur le sol de toutes, leur présence serait une honte et un péril. Si donc vous apprenez qu’un individu compromis dans 1 attentat de Paris a franchi la frontière de la nation près de laquelle vous êtes accrédité, je vous invite à solliciter des autorités locales son arrestation immédiate et à m'en donner de suite avis pour que j e
régularise cette situation par une demande d’extradition.
» Jules Favre. »
F Angleterre pour toute réponse reçut les proscritde la Commune : le gouverncmnt espagnol et le gouvernement belge envoyèrent seuls leur adhésion à Versailles.
La Belgique pourtant, après les premiers moments où la maison de Victor Ilugo fut assiégée, parce qù’d avait quoique mal renseigné sur plusieurs personne^' tés. offert un asile aux fugitifs, après les premiers moments, disons-nous, la Belgique, plus au courant dt ,g événements ouvrit ses portes et ne les referma plus*
Vaughan, Deneuvillers, Constant Martin représentaient les malfaiteurs.
(/hospitalité large, et dès le premier instant, est depuis longtemps la gloire de l'Angleterre, ( ’-omme d’autres puisent dans le passé les férocités disparues, ell e y puisa, elle, cette vertu : l’hospitalité.
Aujourd'hui encore les proscrits qui fuient les boucheries du sultan rouge, les torturés échappés à Mont' juMv trouvent Londres, comme y trouvèrent l e? fugitifs de la Commune, une pierre où reposer leur tête.
Un journal belge, la Liberté , ayant reproduit le dou-
° ur eux récit d'an prisonnier arrêté à la prise de Chân et envoyé â Brest, .* ès mille insultes, on c °mprit à la fois le caractère des fédérés et la férocité ^ Versailles; les choses s'éclaircirent à Bruxelles Comme à Londres note n° % page 410. J
Après la prise de thiris, il y a plus de rigueur encore.
Les soldats et les gendarmes avaient l'ordre, s'ils entendaient quelque bruit à l’intérieur des* vagons ù bestiaux, où les prisonniers étaient entassés pour les 0,1 gues distances, de décharger leur revolver par les r °ns pratiqués à cause de l’air — (l'ordre fut exécuté). kjUory était l’entrepôt doù l’on envoyait les prison* n >ers à la mort, aux pontons, ou à Versailles.
Le sang ne séchait pas facilement sur les pavés, la i rre gorgée n’en pouvait plus boire, on croyait encore e voir ruisseler pourpré sur la Seine.
Il fallait faire disparaître les cadavres, les lacs des |* ottes Chaumont rendaient les leurs, ils Bottaient ballonnés à la surface.
Leux qu’on avait enterrés ù la hâte se gonflaient s °us la terre ; comme le grain qui germe, iis levaient crevassant la surface.
On avait remué pour les emporter aux fosses communes, les plus larges amas de chairs putréfiées, on les ùurta partout où il en pouvait tenir; dans les casemates où on finit par les brûler avec du pétrole et du 8°udron, dans les fosses creusées autour des cimetièl0s J on en brûla par charretées place de l’Etoile.
Quand pour la prochaine exposition on creusera la ei> re au Champ-de-Mars, peut-être malgré les flammes
oliu
mees sur les longues liles où on les couchait sous
: ' s hs de goudron, verra-t-on les os blanchis calcinés jJPparaître rangés sur le front de bataille, comme iis Hrcnt aux jours de mai.
Quelques-uns se souviendront des lueurs rougeâtres;
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de l'épaisse fumée qu’à certains soirs, après que Par*' fut mort, on voyait de loin : — c'était le bûcher dou
s’exhalait une odeur infecte.
II y avait de ces morts-là quon attendait eneo 11 ’» on les attendit longtemps; quand on se lassa de > lC rien voir. On espérait presque malgré tout.
Puis, des femmes, sous leurs vieux châles cachant des pincées de graines, furtivement les semèrent s lJl les fosses des cimetières.
Elles y poussaient largement, quelques-unes fleuri* rent comme des gouttes de sang, alors les femmes In*
rent surveillées, et grossièrement insultées : — en ucpit de tout, les fosses étaient toujours fleuries.
L’une, madame Gentil, dont ie mari avait combats en 48, peut-être même en 1830, laissa pendant d rî> années sa porte seulement poussée, afin qu’il pût re fl trer sans éveiller l’attention.
II avait bien traversé les jours de juin, il était rentré un soir, pourquoi ne rentrerait- il pas aux jours d e mai ?
Elle appelait ses jardins les fleurs des tombes, et le 5 cultivait pour les morts, son mari, elle ne voulait y qu’il le lût, son chien, un gros mouton blanc Patte* 1 * dait à la porte des cimetières; la nuit, avec elle il ^ tendait le maître.
Madame Gentil crut connaître l'endroit où l'on avait enterré Delcsçiuze; Hle en lit part à sa sœur avec fl ül souvent elle était.
On ne l’arrêta pas, peut-être le dut-elle à ce q 11 ot * la voyait attendre son mari qu’on aurait pris avec efl e * — peut-être aussi le dut-elle à une famille influe# e qui. à son insu, avait été touchée de cet cntèteio eI1 contre la mort.
A notre retour de Calédonie, madame Gentil, he 11 reuse comme elle ne l’avait point été depuis loflr temps, tressaillait encore tout en partageant à ecu*
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k *î u ) JÜ' avaient rien son pauvre magasin, quand elle ®fttendai| des pas qui lui rappelaient ceux de son 1Slar i, et le chien dressait les oreilles.
Aous avons dit que le chiffre de trente-cinq mille a 'lopté officiellement pour les victimes de la répression ae \ ersailles ne peut être pris comme réel.
La lettre de Benjamin Raspail à Camille Pellctan, fiil contient d’indiscutables preuves que nombre d’autr, ‘s depuis sont venues corroborer.
« .Mon cher ami.
* On aura beau faire pour établir le chiffre des morts Pendant la tuerie qui a suivi la répression de la Corn* Oune, on n’arrivera jamais à en savoir le nombre.
D’après votre article, paru samedi dans la Justice , 'Susdites qu’il faut évaluer à plus de trois mille cinq CGî ds, les corps enterrés au cimetière d’Jvry.
» -le puis vous garantir que vous êtes singulièrement °*n du compte.
En effet, rien que dans l’immense fosse creusée dans ~ n r j u’on appelle le premier cimetière parisien d’ivry, ^ y fut enfoui plus de quinze mille corps.
n En outre on fit plusieurs autres fosses, et l’on 3S- Dpfiait qu’elles contenaient six mille autres cadavres, s °it en tout vingt-trois mille.
11 A l’époque je ne tardai pas à être bien renseigné, O les agents de la police qui pendant plusieurs années * r ent le service pour bmpéclier les parents et les Oïiis de placer la moindre marque de souvenir sur c ctte immense fosse, ont toujours dit le premier chiflorsqu'on les interrogeait.
J) -le puis même ajouter que certains d’entre eux ne Reliaient pas combien l’exécution de leur consigne ^s-à-vis des parents leur était pénible.
» Ce chiffré de quinze mille dans la grande fosse, ** a jamais été mis en doute.