‹ Louis Michel La Commune 1898Chapitre 49 sur 68 · MISE EX JUGEMENT · texte numérisé non relu

MISE EX JUGEMENT

Ce général commandant la l tc division militaire.

Vu la procédure instruite contre la nommée .Michel

mouise, institutrice à Paris.

Vu le rapport et lavis de .M. le rapporteur, et les inclusions de M. le commissaire impérial, tendant an lf nvoi devant le conseil de guerre ;

Attendu qu’il existe contre ladite Michel prévention suffisamment établie d'avoir, en 1871. à Paris, 'taris un mouvement insurrectionnel porté des armes apparentes, étant vêtue d’un uniforme et fait usage de is armes, crime prévu et réprimé par l’article 5, de ta loi du 24 mai 1834;

Vu lès articles 108 et Ml du code de justice militaire ;

Ordonne la misé en jugement de ladite Michel sus-

qualifiée;

Ordonne en outre que le conseil de guerre appelé à Statuer sur les faits imputés, à ladite Michel.

Sera convoqué pour le 16 décembre, ù il heures il* du matin.

Fait aü quartier général à Versailles le il déceinbr® 1871 . a j|l[

Le général commandant la i re division militai ire>

Appert

i\ C. C. et signification à l’accusée

Le commandant Gariako.

Asullyes.

Cette dernière signature illisible.

•le trouve dans le numéro 756 du journal le I o/e*"’» série illustrée, 44 e année, 29 décembre 4871, jugement précédé d'une sorte de présentation.

« Comment dire en si peu de pages qui me notre histoire à Lous, et à toutes I histoire sombre de» geôles après l'histoire horrible du coupe-gorgeprends pour mon jugement, les quelques lignes qui * c précèdent (d'après le journal, le Droit) dans le journal le Voleur- moins venimeux que je ne l’aurais cru alors-

» Lu Justice militaire.

» (î' Conseil de guerre à Versailles.

» I, A MH’VI-I.U! Tlïi:imir,.\E

» Nous avons annoncé brièvement dans notre dernier numéro là condamnation de ia fille Louise Michéh une des héroïnes dé la Commune, qui ose faire face a l’accusation, et ne se réfugie pis derrière les dénégations et les circonstances atténuantes.

» Cette affaire mérite mieux qu'une mention suécioctc et nous sommes certains que nos lecteurs ne seront pas fâchés de faire plus ample connaissance avec Louise Michel, dont nous donnons plus loin le portrait dessiné d’après la photographie Appert.

» Il y a entre elle et Théruigoe de Mérieourt, I**

bacchante furieuse de la Terreur des points de ressémolance qui n 'échapperont pas à ceux qui vont lire les débats du 0 e conseil de guerre.

» Louise Michel est le type révolutionnaire par excellence. elle a joué un grand rôle dans la Commune; °n peut dire qu'elle eu était l'inspiratrice, sinon le soufile révolutionnaire.

» Comme institutrice, Louise Michel a reçu une instruction supérieure. Elle était établie rue Oudot, 24;

dans les derniers temps, le nombre de ses élèves 8 devait à 60. Les familles étaient satisfaites des soins d de l'instruction qu’elle donnait aux enfants qui lui

étaient confiés.

» Cette femme était dans l’exercice de ses fondions

r| institutrice, aimée et estimée dans le quartier, on la savait etc. Je passe tout ce qui semblé flatteur.

» Ses apLitudes etc.

» Au 18 mars, sans abandonner son institution T'i’elle négligea pourtant en laissant la direction aux sojis- mai tresses, Louise Michel, d’une imagination exaltée, se livre avec ardeur à la politique, elle fréquente clubs où elle se distingue par un langage qui rappelle les énergumènes de 93; ses idées et ses théories su r l'émancipation du peuple fixent sur elle l'attention des hommes à la tête du mouvement insurrectionnel, die est admise au sein de leur conseil et prend part à leurs délibérations.

L’était justement depuis le 18 mars, que j’avais vu le moins souvent les camarades avec lesquels je combattais depuis si longtemps, déjà pour les idées auxquelles j’avais consacré ma vie depuis que je pensais et que je voyais les crimes de la société. Depuis le 3 :iv rii, jusqu’à rentrée des troupes de Versailles, je n avais quitté les compagnies de marche, que deux fois pendant quelques heures pour venir à Paris. — (Juand b 1 Gi P bataillon auquel j’appartenais rentrait, j’allais

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avec d’autres, les enfants perdus, les éclaireurs» l es artilleurs de Montmartre, tantôt à la gare de Clamai!» à Montrouge, au fortd’Issy, dans les Hautes-Bruyères,

à Neuilly. — Si les juges ne se trompaient pas, ce ne serait pas la peine qu'ils fissent de si longues instructions: ceux-là du reste reconnaissaient que j’avais de toutes mes forces et de tout mon cœur servi la Commune. ce qui était vrai. — J’ai vu depuis, pire que les

juges du conseil de guerre.

» Continuons le journal.

i* Tel est en résumé le rôle que l’accusée a j 1 rôle qu’elle va à l’audience accentuer en lui donnant un cachet tout particulier d’énergie et de virilité.

«> Louise Michel est amenée par des gardes. C’est une femme âgée de tien le- six ans, dune taille au

sus de la moyenne.

Elle porte des vêlements noirs; un voile dérobe ses traits à la curiosité du public fort nombreux; sa démarché est simple et assurée, sa figure ne recèle aucune exaltation.

» Son front est développé et fuyant; son nez, large à, la hase, lui donne un air peu intelligent; ses cheveux sont bruns et abondants.

» Ce qu’elle a de plus remarquable, ce sont ses grands yeux d'une fixité presque fascinatrice. ICI lé regarde ses juges avec calme et assurance, en tout cas avec une impassibilité qui déjoue et désappointe l’esprit d’observation, cherchant à scruter les sentiments du cœur humain.

u Sur ce front impassible on ne découvre rien, s 1 ' non la résolution de braver froidement la justice mil b aire, devant laquelle elle est appelée à rendre compte de sa conduite: son maintien est simple et modeste, calme et sans ostentation.

» Pendant la lecture du rapport, l’accusée qui écoute attentivement, relève son voile de deuil qu’elle rejette

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***r ses épaules. Tout en tenant ses regards braqués sur

e greffier, on la voit sourire comme si les faits arti eu- *

contre elle éveillaient un sentiment de projesta- ' 0ft > ou étaient contraires à la vérité.

^°iri d’après le rapport ce tpi e publiait le Cri du ^ eu ple à la date du 4 avril.

w Le bruit qui a couru que la citoyenne Louise Miel, qui a combattu si vaillamment a été tuée au fort ^ ^®sy, est con trouvé.

J> Heureusement, pour elle, ainsi que nous nous cm- Passons de le reconnaître, l'héroïne de Jules Vallès f ' s I sortie de cette brillante alfaire avec une simple

° n torse.

h Louise Michel, en effet, avait attrapé une entorse fJu sautant un fossé et n'avait nullement été atteinte t^r un projectile.

w Le rapport mentionne le premier oouplet d'une

^Uinson intitulée : b*s Vengeurs, qu’elle avait compose.

La coupe déborde de fange.

Pour la laver il faut du sang.

Foule vile, dors, bois et mange,

Le peuple est là» sinistre et grand.

Là-bas les rois guettent dans l’ombre,

Pour yeuir quand il sera mort.

Déjà depuis longtemps il dort,

Couché dans le sépulcre sombre.

Le Voleur (d’après le Droit . 29 décembre 1871), pa- £cs 1083 et 1086.

Ici j’abandonne le compte-rendu du Voleur d’après le Ut'ail pour prendre le résumé de Lissa gara y :

f( *le ue veux pas me défendre, je ne veux pas être ^fendue, s’écrie Louise Michel ; m’appartiens tout en- ^re à la révolution sociale et je déclare accepter la re $ponsabilitê de tous mes actes ; je l'accepte sans res-

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triction. \ ous mé reprochez d avoir participé à 1 ex 1 '*

eu lion des généraux : à cela je répondrai : ils

voulu faire tirer sur le peuple je n’aurais pas

a faire tirer sur ceux qui donnaient des ordres se lîl * blables.

» Quant à r incendie de Paris, oui. j'y ai participa je voulais opposer une barrière de flan mies aux valusse urs de \ ersailles : je n’ai point de compilé* j'ai agi d'après mon propre mouvement,

» Le rapporteur Dailiy requiert la peine de mort-

«Elle. — < le que je réclame de vous qui vous conseil de guerre, qui vous donnez comme mes juges, mais qui ne vous cachez pas comme la commission d cS grâces» c’est le champ de Satory où sont déjà tom ,)és nos frères; il faut me retrancher de la société, on voü$ a 'lit de le faire. Eh bien! le commissaire de la rép 11 ' blique a raison. Puisqu’il semble que tout coeur ‘i 111 h N bat pour la liberté n’a droit qu'à un peu de ploiflb» j’en réclame un part: Si vous me laissez vivre» j®’ 1 * 0 cesserai de crier vengeance et je demanderai à la vC,r

geanee de mes frères les assassins de la commission do»

grâces.

» Le président. — -le ne puis vous laisser la j>arol®|

» Louise Michel. — J’ai liai ! Si vous n’ètes pas dr s lâches, tuez -moi.

» Ils n'eurent pas le courage de la tuer tout d l!rl coup. Elle fut condamnée à la déportation dans ,,I)l enceinte fortifiée.

» Louise Michel ne fut pas unique dans ce genre- Bien d’autres parmi lesquelles il faut dire madame b 1 -' inel. Augustine Chiffon, montrèrent aux VersaiUs*'* quelles terribles femmes sont les Parisiennes, méi |lb enchaînées.» .

(LissagAiuy, Histoire àc la Commune de 1 $7 1 ,

-434 et 435.)

Augustine Chiffon en arrivant à la centrale d'Aub 1 - 1 '

lü

r *V 0 } ancien château devenu maison de force cl de correction, où nous attendions le navire de l’Etat, qui devait nous emporter en Nouvelle-Calédonie, Auguste C fri Il on cria: Vive la Commune! en mettant sur son bras son numéro du bagne. — Je me souviens que le mien était 2182. Quelles terribles files que ces 2181 qui avaient passé là avant moi !

Madame Cerne!, ne fut jugée que très tard; ne voulant pas survivre à la Commune, elle s'était enfermée dans sa chambre avec un réchaud de charbon. — Comme °n vint l’arrêter, elle fut sauvée de la mort pour le conseil de guerre.

On l'avait mise, en attendant son assignation, dans un hospice où plusieurs fois elle refusa l'évasion qu'on lui offrit.

Lorsque madame Lemel arriva à Auberive, elle y fut ! ûçue par nous toutes, au cri de : Vive la Commune! Nous en avions fait autant pour ExcoiTon, madame Poir ter, Chiffon, et une vieille qui avait déjà combattu à Lyon, au temps où les canuts écrivaient sur leur drapeau: Vivre en travaillant, ou mourireo combat tant. Elle avait, de toutes scs forces, combattu pour la Commune ; elle s’appelait madame DeletràS.

Quelques jours de cachot et tout était dit. — Dans te cachot, par un soupirail on apercevait une grande parde du pays. Le règlement étant les jours de procession d’aller an cachot ou à la procession, nous y allâmes le jour de \x fête Dieu, ce qui désappointa fort les curieux accourus pour nous voir de tous les coins du département de l'Aube.

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