‹ Louis Michel La Commune 1898Chapitre 50 sur 68 · DEPUIS · texte numérisé non relu

DEPUIS

P [USONS ET PONTONS — LE VOYAGE NKW-CALÉDôNIKN — EVASION DE HOC HE FOUT — LA VIE EN CALÉDÔNlB

LE REtoUK

Pour qne soit libro enfin la terf6.

Les braves lui donnent leur sang î Partout est rouge le suaire Et la mort ta le se trouant,

(L, JL)

C'est là qu’il faut serrer les lignes, pour dire en peu de mots des souvenirs si nombreux.

Je revois Auberivc avec les étroites allées serpentant sous les sapins, les grands dortoirs, oit soufflait le vent comme clans des navires. Les files silencieuses de prisonnières avec la coi fie blanche et le fichu plissé sur le cou par une épingle- pareilles à des paysannes d'il y a cent ans.

Nous y étions venues à vingt, de Versailles, en voiture cellulaire qu’on monta sur les rails et qu'on attela suivant les trajets à parcourir.

Ayant été averties seulement la nuit du départ, nous n'avions pu prévenir nos familles, le lendemain était jour de visites, tout comme à mon départ pour la prison d’Arras, beaucoup d’autres, comme ma mère vinrent à Versailles, et reçurent la réponse que nous étions parties en centrale attendre la déportation.

De cette nouvelle plutôt encore que du froid, ma mère revint glacée à Paris, je ne sus que plus tard, quand elle vint habiter chez su sœur à Clefmont, pour être plus près de moi, qu'elle avait été dangereusement malade. Sans communications avec le dehors, autres que les visites, très rares et très courtes de nos proches parents, nous étions seules avec 1 idée.

Je serai forcée de parler plus souvent de nous et même de moi, puisque nos seuls événements étaient les arrivées de nouvelles prisonnières, sachant moins que nous, peut-être. De temps à autre, le tambour du village criait quelque décision du gouvernement sur la place, s'arrêtant dans les rues pour recommencer la même lecture. Quand les fenêtres de ce côté étaient ouvertes et que le vent portait, nous entendions aussi tien que les habitants du village, ce qui était lu par ordre officiel.

Les manifestes des ThSers, des Mac-Mahon, des 33 roglie, nous apprenaient que c'était toujours la même chose, dans la pire des Républiques,

Des ouvrages écrits è Auberive il ne me reste que quelques vers et quelques fragments.

Ho la femme à travers les àr/es , publié dans Yh'xcommtmié de Henri Place, quelque temps après le retour, quelques feuillets seulement.

La Conscience , et le Livre des morts sont perdus, j'ignore où se trouve le manuscrit du Livre du bagne ^ dont la première partie, signée le n° 2182. fut écrite à Auberive et la seconde avec tout l’océan entre les deux fut écrite il la Centrale de Clermont quelques années après le retour et signée le n" 1327.

Est-ce que les œuvres et la vie de ceux qui luttent pour la liberté, ne restent pas ainsi, par lambeaux sur le chemin ?

•V Une immense étendue de neige, épaisse et blanche, c’était ce qu'on voyait des fenêtres d 'Auberive; les sal-

les sont grandes et sonores, l'aspect est celui d'une demeure de rêve hantée des morts*

La Danaé était partie en m;ii 7:2 , la Guerrière, la Garonne, îe Var étaient partis; la Sibylle, l'Orne, le Gaiendos; nous n'avions pas encore Tordre du départ. • Nous attendions, laissant les événements disposer de notre destinée ; calmes, comme ceux qui ont vu la mort d’une ville, sans cesser de sentir l'idée vivante.

Quelques vers, restes de celte époque, expriment les impressions d alors:

H I VE il E T XÏJÎT

Cep traie d’Auberivc, 28 novembre IS'

Soufflez, ù vents d’hiver, tombe toujours, ù neige.

Ou est plus près des morts sous tes linceuls glacés.

Que la nui! suit sans fin et que le jour s’abrègë :

On compte par hivers sur les froids trépassés.

t’aimé sous les sombres nuées,

O sapins, vos sombres concerts,

Vos branches du vent remuées Comme des harpes dans les airs.

Ceux qui sont descendus dans l’ombre Vers nous ne reviendront jamais.

D’hier ou bien de jours sans nombre Ils dormeut dans la grande paix.

Quand donc, comme ou route un suaire Aux morts pour les mettre au tombeau,

Sur nous tous verra-t-QO notre ère Se replier comme un manteau?

Pareil au grain qui devient gerbe,

Sur le so) arrosé de sang,

L’avenir grandira superbe Sous Je rouge soleil levant.

Soufflez, û vents d’hiver, tombe toujours, o neige,

On est plus près des morts sous tes linceuls glacés.

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