‹ Louis Michel La Commune 1898Chapitre 51 sur 68 · IV · texte numérisé non relu

IV

la nuit soit saus fin et que le jour s'achève:

^ dompte par hivers chez les froids trépassés.

Le n° 2182,

d’hiver, dans les sentiers du jardin, sous les sapins Vei ‘ts, sonnaient tristement les saints, aux pieds fatides prisonnières, iis frappai en ttën câdenpe la terre ® e ^e, tandis que la ti le silencieuse passait lentement.

L’hiver est rude dans cette contrée, la neige épaisse, f ‘ s hranclies quelle alourdit s'inclinent vers le sol, Nreilics à des rameaux de pierre.

Dans la vaste salle, où nous étions ensemble, les jh'isqnnièrcs de la Commune venaient peu à peu de °hles les prisons où elles avaient été transférées, après , r Jugement : celles qui vaîllammentavaicnt combattu, a, Ures qui avaient fait peu de chose; madame Lemel, üjrî er, Excolfons, Maria Boire, madame Coulé, madame tétras et autres ne se plaignaient pas, ayant servi * Commune.

Madame lîichoux ne se plaignait pas non plus, mais Condamnation était inique.

’ oici ce qu’elle avait fait : une barricade place Saint ‘ ^hHce, était si peu haute, qu’elle servait plutôt contre? J 11 - pour les combattants ; elle* avec son calme de 'baie bien élevée, prise de pitié, s’en alla tout simpillent hausser et faire hausser la barricade avec ce qui se pouvait; une boutique de statues pour églises, était ouverte je ne sais pourquoi; elle fit p’ter en guise de payés, qui manquaient, les saints, pssez de poids, pour cela; on l’avait arrêtée, très J ‘ e h vêtue, gantée, prête à sortir Je chez elle, elle fjî ‘Ct en effet pour ne rentrer qu ‘après l'amnistie.

« C’est vous qui avez fait porter sur la barricade 6s statues des saints?

Mais certainement, dit-elle. les statues étaient de ^ Gr re et ceux qui mouraient étaient de chair.

Condamné pour lu fuit à i;i déportation enceint*' f l>l tifiêe^ su santé était si chancelante qu’on ne put 1 ^ barquer.

l'ne autre, madame Louis, déjà vieille, n’avait r * el tait, mais ses enfants eux, s'étalent battus contre^ sailles. elle avait tout laissé dire contre elle, à soi 1 j 11 gement, s'imaginant quç su condamnation tes sauvai b* elle le crut jusqu'à sa mort, arrivée eu Calédonie, e personne de nous n’osa jamais lui dire, que suK al1 toute probabilité, ses enfants étaient morts. Lis ne p° u ' vaient, pensai bel le, lui donner de leurs nouvel^' Une autre, madame Rousseau Jlruteau, que nousapP 0 ' lions: la Marquise, à cause de son profil régulier jeune sous ses cheveux blancs, relevés comme au totnp s des coiffures poudrées, était là surtout, à cause *1° * :l si.niliU.de de nom, d u» de ses parents. Elle nW* certainement pas hostile à la Commune, mais elle de vint beaucoup plus révolutionnaire après le voyagé ^ Calédonie qu'elle ne l'était avant.

" Madame Adèle Viard était dans les memes coufj* lions, on la crut parente du membre de la Cdihtnüfl** ^ iard, elle n avait que soigné les blessés.

Elisabeth Rétif, Suétens, Marchaix, Papuvoïnc, c* )l11 muées de la peine de mort aux travaux forcés, avatè 11 uniquement sbigiie les blessés; elles n’en allèrent p* 1 * moins toutes quatre à Cayenne, d'où Rétif ne revi flt jamais.

Le mar . i 24 août 1873, à six heures du matin, 0,1 nous appela pour le voyage de la déportation.

•I avais vu ma mère !a veille, et remarqué pou 1 ’ ^ 1

première fois que ses cheveux avaient blanchi, pauvr ô mère !

bile avait encore deux de ses frères et deux de ses sœurs; tous l'aimaient beaucoup, l'une de ses son 11 ' 5 assez à son aise, devait la prendre avec elle. Beaucoup d autres n'étaient pas aussi tranquilles que moi sur ^

compte des leurs; je n *8. vais dope pas A me plaindre.

Qn nous appela eu suivant la 1 en\o\ée | i* ta gouvernement, élimination faite des malades, qui durent pins malheureuses en prison qm‘ mms en Calédonie, et des âgées; nous étions vingt, dans 1 ordre suivant je crois.

\° j Louise Michel, 2. Madame Lcmel. 3. Marie Çaieux. A. Madame Leroy, 5. Vietorine Gorget (i. Ma- Ge Magnan. 7. Klisabelii Deghy. 8. Adèle Deslbssés feipine Via ni. 9. Madame jLouiS. 10. Madame Bail. 11. Madame Tâillefer. 12. Thcron. 13. Madame Leblanc. H. Adélaïde Germain. 15. Madame. Orlowska. 16. Madame Bru tenu. 17. Marie Broum. 18. Marie Smith, 19. Marie Caïeux. 20. Madame Ch ilTon et Adeline Régis-

sard vinrent seulement un an ou deux après.

Un comptait, h l’époque de notre départ. 32,905 décisions de la justice de Versailles, parmi lesquelles déjà *05 condamnations à mort, dont heureusement, 33 pï contumace; cela continuait toujours.

46 enfants au-dessous de 16 ans furent placés dans des maisons de correction, pour les punir de ce que leurs pères avaient été fusillés, ou de cequ iis avaient

cté adoptés par la Commune;

Beaucoup de ceux qui avaient été emprisonnés, étaient morts ; le gouvernement avoua 1,179 de ces décès.

K n 1879, la justice de Versailles fit le recensement général de ce quelle reconnaissait officiellement, il y ivait eu 5000 soldats et 36*309 citoyens entre leurs

ir

Baains.

Les condamnations à mort se montaient alors à 270 dont 8 femmes.

Ce recense nient général est ainsi exposé (Histoire de la Commune de Lissage ray, en la date du 1 er janvier

Peine de mort, 270, dont 8 femmes.

Travaux forcés, 410, dont 29 femmes.

Déportation dans une enceinte fortifiée* 2989, dont 20 femmes.

Déportation simple, 3507 dont -16 femmes et ! enfant- Détention, 1269, dont 8 femmes.

Réclusion, 64, dont 10 femmes.

Travaux publics, 29.

3 mois de prison et au-dessous, 432.

Emprisonnement de 3 mois à un an, 1622, dont 90 femmes et 1 enfant.

Emprisonnement de plus d'un an, 1344 : dont 13 f? m ' mes et 4 enfants.

Surveillance de la haute police . 147, dont une femme- Amende, 9.

Enfants au-dessous de 16 ans envoyés en correction >

'lotal 13.450, dont 197 femmes.

Ce rapport ne mentionnait ni les condamnations prononcées par les conseils de guerre hors de la jufi* diction de 'Versailles, ni celles des cours d'assises.

il faut ajouter 15 condamnations à mort 22 aux travaux forcés, 28 a la déportation dans une enceinte fortifiée, 29 à la déportation simple, 74 à la détention, alu réclusion, un certain nombre à l'emprisonnement* Le chiffre total des condamnés à Paris et en province

dépassait 13,700 parmi lesquels 170 femmes et 60 enfants.

(L iss ag a ray, Histoire de la Commune de Paris ) La première étape de notre voyage eut lieu dans une vaste voiture, nous ne devions trouver qu'à L» 0 ' iires la voiture cellulaire qui nous conduisit jusqu'à Larochefle.

Lorsque notre voiture traversa Langres, près de l a place des Boulets, je crois, des ouvriers au nombre de cinq ou six, sortirent d'un atelier; leurs bras nu s étaient noirs : ils devaient être des forgerons, ils nous saluèrent en étant leurs casquettes.

I/un d’eux, à fa tète toute blanche, jeta un cri, que

je crus reconnaître pour celui de : Vive la Commune î malgré le roulement plus rapide de la voiture, qu’un violent coup de fouet avait enlevée

Ca nuit, nous arrivâmes à Paris; on couchait dans ta voiture cellulaire.

Le mercredi, vers quatre heures de 1 après-midi, fions étions ù la maison d'arrêt de Larochclle.

La Comète nous transporta de Larochclle à Rochetort, où nous montâmes â bord de la Virginie.

Des barques amies avaient tout le jour accompagné ta Comète; de ces barques, on nous saluait de loin, on répondait comme on pouvait, agitant des mouchoirs: je pris mon voile noir pour leur dire adieu, le vent

a > T ant emporté mon mouchoir.

Pendant cinq ou six jours on côtoya les côtés, puis plus rien. Vers le quatorzième jour, disparurent les derniers grands oiseaux de mer, deux nous accompagnèrent quelque temps encore.

Nous étions, dans les batteries basses de la l irgmie. Un c vieille frégate de* guerre à voiles, belle sur les flots.

La plus grande cage de tribord arrière était occupée par nous, et les deux petits enfants de madame Leplane: le garçon de six ans, la ti Ile de quelques mois, fiée à la prison des Chantiers.

Dans la cage en face de la nôtre étaient llenrï Ilochefort, Henri Place, Henri Venager, Passèdouet, Wolow&ki, et un de r-eux qui n'ayant rien fait, furent tout de même déportés et qui s’appelait Chevrier.

Il était expressément défendu de se parler de cage â cage, mais on le faisait tout de même.

Roçhefort et madame Lemel commencèrent & êlre findades, dès le premier instant et finirent au dernier ; H y en eut, parmi nous qui tu furent aussi, maisauCune pendant toul le voyage; pour moi, j’échappais au mal

de mer comme aux balles, et je me reprochais vraiment de trouver le voyage si beau, tandis que dans leurs cadres Roche fort ni madame Le met ne jouissaient de rien.

II y avait des jours où la mer étant forLe, le veut souillant en tempête. le sillage du navire faisait comme deux rivières de diamants sc rejoignant en un seul courant qui scintillait au soleil un peu loin encore .

Le 19 septembre, un bâtiment étrange est par moments en vue, tantôt forçant de voiles, tantôt dim 1 " nuant; dans la soirée il y a une manœuvre, deux coups de canon à blanc, le bâtiment disparait, c'est la nuit) on revoit les voiles blanches au fond de l’ombre; il IlC revient plus. — Ce navire voulait il nous délivrer?

Le 22 septembre des hirondelles de mer se posent sur les mâts.

Voici les Canaries. Nous sommes en vue de Palma.

Lien souvent j’ai pensé aux continents, engloutis sous les mers, qui sans doute nous couvriront en quittant leurs lits, laissant un tombeau pour en sceller un autre, sans arrêter le progrès éternel.

Iles baies ouvertes aux vents, au loin le pic de TéncrîlTe.

Plus loin encore, un sommet bleu perdu dans ciel. Est-ce le .Mont-Caldera ou des sommets de nu?'

frpe 9 o - - -

Les maisons de Palma semblent sortir des Ilots, toutes blanches comme des tombes ; au nord, sur uns colline c'est la citadelle.

Les habitants qui viennent apporter des fruits sur le navire, sont magnifiques. Peut-être, ce sont c e£ Gouanches dont les aïeux habitaient l 'Atlantide?

Puis Sainte-Catherine Brésil où. la Virginie chassant sur ses ancres, nous pouvions découvrir tout lu demi cercle de hautes montagnes dont les sommets

mêlent aux nuages. D'un coté, à droite, des navires entrent dans le port, une forteresse assise. Sur la géWleur d'pn des côtés de notre cage, un voyait par tes Abords, il y avait aussi l'heure de promenade sur le Pont où l’on voyait mieux encore.

La haute mer du Cap fut pour moi un ravissement.

-te n’avais jamais vu avant la Commune, que Chaumont et Paris, et les environs de Paris avec les compagnies de marche de la Commune, puis quelques villes France, entrevues des prisons et j’étais iiiainletla ntj moi qui toute ma vie avais rêvé îles voyages. e n plein océan, entre le ciel et l'eau, comme entre a oiix déserts où l’on n entendait que les vagues et le v ent.

: ^ûus vîmes la mer polaire du Sud où, dans une miit profonde, la neige tombait sur le pont.

Comme de partout il m’en resta quelques strophes.

Page 1