CHANSON DE G UE JUBE
Ka kop... très beau, très bon ,
Méa inoa... rouge ciel,
'Méa glii... rouge hache,
Méa iep... rouge feu,
Méa rouia... rouge sang,
Audadio poura... salut adieu,
Malels matois kachmas... hommes braves.
Ec couplet seul m’est resté.
11 y avait â ce dîner une petite (ille d'une douzaine ^années. Eugénie PilFaut, avec scs parents.
Elle avait de si grands yeux d'un bleu pareil au ciel ^lédonien, qu’ils éclairaient LouL son visage; elle dort cimetière des déportés, entre un rocher de granit r ose et la mer. Henri Sueren fit pour elle un monument terre cuite que peut-être ont respecté les cyclones.
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L A, COMMUNE
Ceux qui mouraient là-jtîas avaient pour les accoi* 1 ' pagner le long cortège des déportés, vêtus de toil* blanche, ayant à la boutonnière une fleur rouge d$ cotonnier sauvage, qui ressemble à de l'immortelle ce défilé, par les chemins de la montagne, était vra*' ment beau.
Le cimetière était déjà peuplé et fleuri; sur le terti c de l’assedouet étaient des couronnes venues de Fçanc 6 *
Sur celui qui recouvre un petit enfant. Théo phi c Place, croît un eucalyptus. 11 y avait pendant la portalion des llours sur toutes les Lombes; un sui Meuriot, dôrt sous le niaouîi.
Le premier qui était mort s'appelait Beuret, le ci 1111 lière garda son nom: la baie de l’Ouest a gardé cel ul de baie Gentelet, du premier qui y bâtit son gourbi-
La ville de Numbo, qui faisait penser à la ville d® Troie, se bâtissait peu à peu, chaque nouvel arrivai y ajoutant sa case de briques de terre séchées au sole» ■
Numbo dans la vallée avait la forme d’un G dont I ,L pointe Est était la prison, la poste, la cantine; la point® Ouest, une foret dont l'avancée sur de petits mamelon» était couverte de plantes marines, en train de se fa*, terrestres; la transformation avait pu s’accompb 1 race aux flots qui les baignaient de temps à an U 6, Au milieu du C. c’était la ville s’adossant à une ba u
tour à l'extrémité de laquelle était la ibrot Nord J la route demeurait la famille IJubos.
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L’hospice dominait les maisons, placé au-dessus 1 deux baraques en planches l’ace ri face l'une de ant re ^ l une était pour les femmes, l'autre c’avait pas cncoi *
de destination.
Je lui en trouvai une, eu y réunissant c jeunes gens à qui Verdure avait commencé à des leçons ; certains avaient des aptitudes réelle®’ Sénéchal, Mousseau, Meuriot, qui tout à coup fut f liw de nostalgie et voulut mourir, étaient des poètes.
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II y a entre la forêt ouest et la mer une ligne de rochers volcaniques, les uns debout, pareils à des Menhirs gigantesques ; les autres, semblables ù des Monstres couchés sur le rivage; de grandes dalles de ïave couvrent une partie du rivage.
Le rnât des signaux domine la forêt ouesl ; les hirondelles le couvrent d’un nuage noir.
Leux fois par an. les lianes qui couvrent la forêt se chargent de (leurs, presque toutes blanches, ou jaunes; les feuilles ont toutes les formes possibles. Celles du hiiqtsontèn fer de llèche, d’autres en forme de feuilles de vigne. La liane à pommes d'or fleurit comme l'oranger. La liane fuchsia couvre le sommet des arbres d’une neige de pendants d'oreilles d'un blanc de lait.
Une liane à feuilles de trèfle fleurit en corbeilles Suspendues à mi fil et pareilles à la fleur vivante du Corail. Une autre liane a pour fleurs des milliers de pendants d’oreilles rouges.
Les arbustes sont couverts de minuscules millets blancs. La pomme de terre arborescente est un arbuste ayant de petits tubercules à sa racine. La fleur et la g 'ainc sont semblables à celles des pommes fie terre.
Le haricot arborescent dont la fleur bleue est ombrée de noir, est la seule peut-être qui ne soit pas jaune, blanche ou rouge.
La couleur violette est représentée par des minuscules pensées sauvages qui croissent parmi de petits liserons roses et de grands résédas sans odeur.
Lu ricin partout, dans les forêts, sur les rochers, dans les brousses; pendant les derniers jours, alors qu'on allait revenir, ayant demandé depuis longtemps des vers A soie de ricin, j’aperçus bon nombre de ricins qui en étaient couverts.
Dans ce pays les plantes à coton sont multiples, les insectes qui filent sont en grand nombre: l’araignée à soie, tend dans les bois ses gros (ils argentés.
L A. COMMUNE
Là, nul animal n‘a de venin, mais beaucoup fascinent leur proie: le scorpion attire à lui les insectes, la mouche bleue fascine le cancrelat, le llatte, le charme et l'emmène dans un trou où elle le suce.
Chaque arbre a son insecte pareil à son écorce ou à sa fleur. * k
La chenille du niaouli ne se distingue pas de lu branche, d'innombrables familles de punaises (chaque arbre a la sienne.) y brillent comme des pierres pré* rieuses (elles sont sans odeur). Comme en nos bois les fraises, les forêts de Calédonie sont rouges de petites tomates, grosses comme des cerises, odorantes et frai'
ches.
Des milliers d’arbustes aux fleurs d’héliotrope, au bois blanc, et creux comme le sureau, ont une baie semblable aux mûres de ronces pressées, elles donnent une goutte de jus, pareil au vin de Madère.
La graine güillochée d’une liane à fleurs jaunes trouvait jadis son analogie dans une tortue dont la race a disparu, la carapace ('tait décorée des mêmes gui Ho* churcs, l’animal vivait sans membres, autres que b’ cou et la tète, sous les mers où se trouvent les carapaces vides, vers les rives.
Sur un morne émerge une algue marine aux raisins violets; elle s’étend plus vivante encore que dans le 5 Ilots, elle se fait terrestre s’attachant })eu à peuausoL
C’est bien ainsi que se forment et se développent de la plante à l’être des organes nouveaux suivant les milieux.
Ainsi, nous ne savons pas nous servir encore de l’organe rudimentaire de la liberté, vienne le cyclone qui
ri*
fera le monde nouveau, l’être s'y acclimatera comme ces fucus s’acclimatent à la terre après Fonde mouvante.
La mouche feuille (la psîlla) qui vole pareille à* un bouquet de feuilles, et quelquefois la mouche fleur plus
rare encore me sont apparues, l’une quatre fois en dix *^ns, l'autre deux dans les bois. Quand un niaouli dont nul ne sait l’Age, s’effondre tout à coup, on aperçoit dans la poussière qui fut l'arbre, des insectes plus étranges encore dont la race a disparu, et qui se multipliaient sous le triple feuilletage de la blanche écorce, depuis des siècles sur des siècles; ils meurent au contact de ‘air qui n'est pas le leur*
Deux ibis par an, tombe apportée par les vents des déserts, la neige grise des sauterelles.
Quand ces abeilles des sables ont passé : plantations, feuilles des forêts, herbe des brousses, tout est dévoré, les troncs d'arbres même ont des morsures.
RPeiit-être en les balayant dans des fosses profondes, on obtiendrait des engrais nécessaires à la mince couche de terre végétale.
Les sauterelles n’attaquent qu’en dernier lieu les ricins, qui longtemps restent verts sur le dessèchement général.
d'ai raconté que j’avais demandé des œufs de vers à Soie de ricin ou même de mûrier pour les acclimater au ricin. Mais les savants i\ qui je me suis adressée les faisaient d’abord venir à Paris au lien de me les faire envoyer directement de Sydney, qui est à huit jours de la Calédonie. Pans les diverses pérégrinations ils
ôtaient toujours éclos. J aurais dû penser qu’ayant l’arbre il y avait l’insecte et chercher avec plus de persévérance.
Au milieu de la forêt ouest, dans une corrre entourée'
de petits mamelons, encore imprégnés de Codeur âcre des Ilots, est un olivier dont les branches s'étendent horizontalement comme celles des mélèzes; jamais aucun insecte ne vole sur ces feuilles vernies, au goût amer. Ses fruits, de petites olives, sont vernies aussi et d’un vert sombre.
Quelle que soit l’heure et la saison, une fraîcheur de
dû G
grotte est sous son ombre, la pensée y éprouve,. cornu 1 ®, le corps, un calme soudain.
Eh bien, en introduisant sous l'écorce d’un arbi 0 chargé d’insectes, de la sève de celui-là, paroles injopj lions elle se mêle à la sève de l'arbre, les insectes tardent pas à le quitter.
On peut dans ce pays où la sève est puissante tra 1 ter les plantes comme les êtres ; il m'est arrivé u° c année où à la presqu’île Dubos tous les papayers nioU' raient de la jaunisse, d'en vacciner ainsi quelques-uns» avec la sève des papayers malades: quatre ont survécu sur cinq, tous ceux de la presqu’île sont morts.
Vers le milieu de la forêt ouest était un figuier ha* nian, qui l'ut coupé peu avant notre départ.
Jamais je ne vis insectes plus étranges que ceux «j 111 se cachaient à l’ombre de ce banian dans les mul tip' C5 crevasses du rocher, de gros vers blancs comme le* larves des hannetons, mais ayant sur la tête des coi" nés à Ramures pareilles à celles des rennes.
Une espèce de bourgeon noir est au commence m en récouvert d’une sorte de linceul ; c’est ta première étap 1 de quelque insecte inconnu, peut-être des psillas.
Si l’alcool ne nous eût été interdit, ou eût pu conserve de ces étranges insectes en voie de transformations.
Entre la forêt ouest et Xumbo des nïaoulis tdrdu| par les cyclones, se suivent espacés comme ries iilesd e spectres, leurs troncs blancs dans les grands clairs de lune apparaissent étranges, les branches pareilles ® des bras de géants se lèvent, pleurant l'asservissement de la terre natale.
Quand les nuits sont obscures, on voit sur les niaoulis une phosphorescence. La chenille du niaouli est d e la couleur des branches; elle se métamorphose en un 0 sorte de demoiselle, dont les ailes et le corps se confondent avec les feuilles de l’arbre.
La feuille du niaouli donne une sorte de thé anw r >
LA C OMM0XE
safleur, plus que l’opium, plus que le haschisch procure un sommeil aux rêves fantastiques, bercés par an rythme pareil üi celui des Ilots.
Lestakatas, prêtres, médecins, sorciers des Üanaqüès prennent de l'infusion de fleurs de niaouli pour se donner la vision du pays des blancs et d’autres, regardées comme prophétiques. Le niaouli est l’arbre sacré.
!-es seuls animaux sont l'oiseau à lunettes assez familier pour lorgner de tout près ce qu'on fait. le cagou, le notou pigeon au rugissement de fauve, quelques tortues sur la grande terre, des lézards partout, de grands serpents d’eau, dont les crochets sont trop courts; du J'este nulle plante, nul animal n'ont de venin en Calédonie. Le vampire calédonien (la roussette, grande chauvesouris il tête de renard) ne boit pas même de sang, elle se nourrit de cocos plus souvent que de petiis oiseaux. Les grenouilles abondent, croassant avec des voix formidables. Mouches bleues, guêpes, crancrelats, deux fois par an la neige grise des sauterelles et toujours les moustiques par nuées, une multitude de poissons de toutes sortes et de lotîtes les couleurs, quelques chais sauvages, descendants de ceux qui y furent laissés par Cook devenus pêcheurs et qui, à force de s’appuyer sur les pattes de derrière en sautant, ont pris quelque analogie avec la forme du lapin, pas d'autres bêtes dangereuses que les requins, telle est à peu près toute la faune calédonienne. K oublions pas l'énorme rat venu de quelques épaves de navires. Je disais que les animaux calédoniens sont sans venin; s’ils n’en ont point pour rhomme, entre eux il en est autrement: la mouche bleue pique le cancrelat avant de lui crever les yeux; il est probable qu elle lui injecte une sorte de curare. La guêpe, qui mure dans son nid d’autres mouches, les aneslésie, pour qu'elles servent vite encore à la nourriture de ses petits qu’elle pond autour des victimes.
l'armi les bruyères roses au sommet des mamelon? de la forêt ouest dans des rocs écroulés, comme de? ruines de forteresse, des lianes aux feuilles transpa* rentes? et fragiles? aux Heurs embaumées, sont la rc ' traite de grands mille pieds, qui s'enlacent comme de? serpents autour d’autres insectes après les avoir attî' res; dans ces mêmes bruyères roses une araignée brufl e velue comme un ours, dévoré son mari une fois qu’il
ne lui plaît plus, ayant eu soin de l'attacher dans toile.
I il autre monstre, d'insecte, une araignée, encore laisse travailler à sa toile des araignées plus petite?* que sans doute elle mange à son loisir.
La troisième année seulement de notre séjour à l a presqu’île Ducos, nous avons vu des papillons blanc?* Sont-ils trlaunüel s ou serait-ce le résultat de la nourriture nouvelle, apportée aux insectes par les plantes d’Europe semées à la presqu'île*?
Souvent je revois ces plages silencieuses, où tout a coup sous les palétuviers on entend sans rien voir, cia' poter l’eau sous quelque combat de crabes, où la nfl' tare sauvage et les Ilots déserts semblent vivre.
Tous les trois ans dans les cyclones, les vents et la mer hurlent, rauquent, mugissent les bardits de l ft tempête; il semble alors que la pensée s'arrête, c l qu’on soit porté par les vents et les flots entre la nuit du ciel et la nuit de l'océan. Parfois un éclair immense et rouge déchire l’ombre? d’autres fois il est livide.
Le bruit formidable de l’eau qui se verse par torrents» les souffles énormes du vent et de la mer. tout cela sc réunit en un chœur magnifique et terrible.
Les cyclones de nuit sont plus beaux que les cyclones de jour.
La mer a des phosphorescences superbes par le? nuits calédoniennes, où dans le bleu intense du ciel les constellations semblent tout près? il n*y a point de
TVA COMMUNE
crépuscule en Calédonie, mais un instant où le soleil. h disparaissant embrase ia mer.
La case de ltochefort était sur la hauteur, celle de Grenet dans un trou de rocher, entourée d’un jardin fl 1 *! tenait la moitié de la montagne. Quand l'ennui le Prenait, il attaquait à grands coups de pioche la terre Marâtre, faisant concurrence à Gentelet qui retournait 1 autre flanc des hauteurs, tout un côté do crève-cœur.
En tournant un peu sur le chemin de Tendu, c’était la case de l’Heureux, Ou il .jouait de la guitare ; elle avait été fabriquée à la presqu'île même, en bois de r °se. par le père Grôiset, dont la case était sur le même chemin; de l’autre côté, encore non loin de la poste, SUr une petite hauteur la case de ’lace, où naquirent aîné mort tout petit, et ses deux fdles; en descendant celle de Balzen qui, sous prétexte qu'il était de ' Auvergne, changeait en ustensiles à notre usage les
teilles boites de conserves; il se livrait aussi à la chimie, faisant de l’essence de niaouli de concert avec le péux blanquiste Chaussade.
Une case toute couverte de lianes, près de la baraque des femmes, c'était celle de Penny ayant avec lui femme et ses enfants, l'une, Augustine née à la Presqu'île.
Plus loin, la forge du père Malezieux où il nous fait ; lv ec des vieux bouts de fer des serpes, des outils de «lirdin, une foule de choses.
La case de Lacourt tout auprès, puis celle de Prov ins, l'un des tambours des fédérés qui le plus furieusement battit la générale aux jours où Paris devait être debout.
Avec deux ouvertures qui ont Pair de fenêtres, une •telle corbeille d’euphorbes, devant rentrée et dedans
'luelque chose qui ressemble à une bibliothèque : c'est te case de Bauer.
Celle de ihampi, joute petite, est sur la hauteur de
Numbo. Un jour que nous étions sept ou huit au tou r de la table, on pensa la défoncer en appuyant chacun de son côté; au nord aussi est la maison à ogives vertes, de Uegère.
Il y u encore la grande case de Kervisik, du 1 hospice où demeure Passe loue t on attendant sa fomn 1 ®-' Celle de Burlot toute seule en haut du côté du Royer, le vieux Mabile au bord de la mer, à rendu, J 1 les revois toutes. !, 'énumération tiendrait un volumetoutes ces pauvres cases de brique crue, couvertes^ 1 * paille des brousses qui vues des hauteurs avaient 1 il1 d une grande ville des temps antiques.
L'évasion de Rochefort et de cinq autres déportes? .lourde, Olivier Pain, Paschal Grousset, Bullière ® (Iranthille, affola l’administration Calédonienne. 1 conseil de guerre fut réuni, le gouverneur Gautiei ^ la Richerie était en voyage d'exploration, sur un des navires, qui gardaient les déportés: le second na' était à Pile des Pins, il y avait déjà quarante-huit h cU res que les évadés étaient partis, tous les gardien? tremblaient de peur d’être révoqués ; ils étaient d au tant plus furieux que la gaieté était plus grande à presqu’île Ducos.
J,es surveillants virent en faisant l’appel, $«0®®. chefort, Olivier Pain. Granthille manquaient; la ve ne fut pas de suite comprise, les déportés 1 ayant saisi, plus vite, répondaient des choses telles que ceci - ‘ l’appel de Bastièn (Iranthille quelqu’un s'écria : ^ 1 des bottes, llastïen, il est allé les mettre.
Kt comme pn appelait désespérément Henri llocî> e fort, les uns dirent : if est allé allumer sa lanterné d’autres, il a promis de revenir, d’autres encore : t’en voir s’ils viennent.
Trop inquiets pour pouvoir punir en ce moment, h autorités se réservaient pour plus Lard. Le spectacle la franche çaieté qui régnait parmi les déportés n lC
lait les cliiourmei dans une telle rage qu ils déchirèrent des rideaux bien innocents de tout cela, en allant reconnaître s’ils ne trouveraient à la case des évadés rien qui les mît sur la trace.
Personne n avait vu les fugitifs depuis le jeudi : on était au samedi, ils étaient sauvés.
Le cantinier Duserre dont la barque avait été employée par Granthille pour! venir au devant des évadés delà presqu’île, eut quinze jours de cachot, la malheureuse barque quoique plongée à l’aide de grosses pierres dans la mer. s'étant tout à coup retournée par l'effort des Ilots et s'étant remise à botter, ce qui avait paru démontrer la complicité de Duserre.
Tout est bien qui finit bien : la barque non seulement fui payée, mais le brave homme obligé de partir pour Sydney, y devint plus à son aise qu’il n’eût pu l’ètre à Nouméa où le commerce est peu de chose, à part la traite des naturels sous forme d'engagements.
Quelques pages de mes Mémoires, chez Roy éditeur, rue Saint- Antoine, contiennent des lettres racontant la conduite du gouvernement colonial de Calédonie, ù l’occasion de l’évasion de Rochefprt.
Après l’évasion de Roche fort, MM. Aleyron et Ribourt envoyés pour terrifier la déportation, probablement alin d’y faire revenir Rochefort, eurent le ridicule d’envoyer pendant un certain temps sur les bailleurs autour de Numbo des factionnaires qui avaient l'air de jouer la Tour de IVcsle avec décors grandioses.
On entendait à intervalles réguliers au sommet des montagnes; sentinelle, garde ù vous! et par les nuits claires les silhouettes noires des factionnaires se dessinaient sur les cimes dans le clair de lune intense.
Ouelques-uns de ces factioonài res avaient de belles voix; c’était charmant. On sortait sur les portes des cases pour les entendre et les voir.
Puis les voix s'enrouèrent; on était blasé sur les
silhouettes : cela devint moins âttrayant, mais c’était toujours joli.
Après les choses ritlicules il y eut les choses odieuses: les déportés lurent privés de pain, I 'n malheureux à demi insensé par l'effroi des choses vues, fut visé comme on aurait fait d’un lapin, parce qu’il rentrait un peu après l’heure dans sa concession.
On ne se privait pas sous Aleyron et Ribourt de faire passer en fraude des lettres où leur conduite était mise au grand jour par les revues de Sydney ou celles de Londres.
Il me reste quelques lettres de celles qui furent insérées ainsi :
Presqu’île Ducos, 9 juin 1873.
» Chers amis,
» Voici les pièces officielles du transfèrement dont je vous ai parlé.
>» Transfèrement auquel nous n’avons consenti qu’après qu’il eut été fait droit à nos protestations: 1° sur la forme dans laquelle l’ordre avait été donné; 2° sur la manière dont nous habiterions ce nouveau baraquement,
» 11 est de fait qu’occuper un coin ou l’autre de I a presqu’île nous est fort indifférent, mais nous ne pouvions supporter l’insolence de la première affiche, nous devions poser nos conditions et ne consentir au changement de résidence qu'une fois ces conditions remplies-
» C'est ce qui a été fait.
» Voici copie de la première affiche posée le 19 mai 1879 à Numho; c'est sous forme d affiches que les ordres du rrou verne ment nous sont transmis; et avec la formule le déporté un tel, n" tant, qu’on répond.