DÉCISION
10 mai 1875.
» Par ordre de la direction, les femmes déportées
dont les noms suivent quitteront le camp de Numbo le 20 du courant pour aller habiter dans la baie de l’ouest le logement qui leur est affecté : Louise Michel
1: Marie Smith n° 3 ; Marie Cailleux n° 4; Adèle Desfossés n° 5; Nathalie Lemël n° 2; la femme Dupré
» Voici nos protestations :
Numbo, 20 mai 1875.
» La déportée Nathalie Duval, femme Lemel, ne se refuse pas à habiter le baraquement que lui assigne l’ administration, mais elle fait observer:
1° Qu’elle est dans U impossibilité d'opérer elle-même
pP
son déménagement.
2° Qu’elle ne peut se procurer le bois nécessaire à la cuisson de ses aliments et le débiter;
>» 3* Qu'elle a construit deux poulaillers et cultivé une portion de terrain;
» En vertu de la loi sur la] déportation qui dit: les déportés pourront vivre par groupes ou par familles et leur laisse le choix des personnes avec lesquelles il leur plaît d’établir des rapports; la déportée Nathalie Duval, femme Lemel, se refuse à la vie commune si ce n'est dans ces conditions.
» Nathalie Duval, femme Lemel, n° 2.
» Protestations:
Numbo, 56 mai 1875.
» La déportée Louise Michel n* 1 proteste contre la mesure qui assigne aux femmes déportées un domicile éloigné du camp comme si leur présence y était un scandale. La même loi régit les déportés, hommes ou femmes. On ne doit pas y ajouter une insulte non méritée.
» Pour ma part, je ne puis me rendre à ce nouveau domicile sans que les motifs pour lesquels on nous y envoie étant honnêtes, soient rendus publics par affi-
374 LA COMMUNIÉ
ehe ainsi que la manière dont nous y serons traitée-* » La déportée Louise Miche! déclare que dans le t,a:> où les motifs seraient une insulte» elle devra protester jusqu'au bout, quoi qu'il lui en arrive*
Louise Mrcurm, n'“ L
» Le lendemain de nos protestations, on nous prévint
à déménager dans la journée; chose que nous nous oui'
pressâmes de ne pas faire, ayant bien résolu de ne p as
quitter -\umbp avant qu’on eut lait droit à nos justes
protestations et déclaré que nous étions prêtes jusque
ià à aller en prison si on voulait, mais nullement a nous déranger pour déménager.
» Affirmant, du reste, qu’une fois L affiche insolente réparée et nos logements disposés à la baie de l’ouest de façon à ne pas nous gêner les unes les autres, nous n avions nulle raison pour préférer une place à l'autre 1 -
» Allées et venues, menaces du gardien -chef 3 U1 fort embêté revint à cheval vers le soir pour nous paraître plus imposant, pétarades du cheval qui s'ennuyant de la longue pause de son maître devant nos
cases, le remporte plus vite qu’il ne veut au camp flM' litaire.
» Arrivée, trois ou quatre jours après, du directeur de la déportation accompagné du commandant territorial qui promettent par une seconde affiche de fair° droit à nos réclamations et de séparer en petites case» où nous pourrions habiter par deux ou trois connut nous voudrions le baraquement de la baie de l'ouest? de façon à laisser se grouper celles dont les occupation» étaient semblables.
» Une partie des engagements fut d 'abord remplumais tant qu'ils ne le furent pas complètement il fut impossible de nous faire quitter Xuiubo, et comme il n J avait pas de places pour nous à la prison on se décida à aller jusqu’au bout*
tüt
» Xous sommes maintenant à la î m ïc de ] Ouest et c'est triste pour madame Leinel qui ne peut guère marcher tant elle est souffrante ; c'est pourquoi je n’ose me réjouir du voisinage de la forêt que j aime beaucoup.
» Tel est Sans passion ni colère le récit de notre transfèrement de Numbo presqu'île Danois à la baie de l'ouest, également presqu’île J)ueos.
» Louise Michel, n" 1 »
Baie de l’ouest, 9 juin 1873.
La lettre qui suit aurait dû être la première par ordre de date, elle parvint plus tard à la revue australienne où elle fut insérée.
18 avril 1876, Numbo
New Caledonia.
Chers amis,
Par les différentes évasions qui; ont eu lieu depuis peu, vous devez connaître à peu près la situation où se trouvent les déportés, c’est-à-dire les vexations, abus d'autorité, etc., doul M U. Itibourt, Aleyron et consorts se sont rendus coupables.
Vous savez que sous l'amiral lUbourt le secret des lettres Fut ouvertement violé, comme si les quelques hommes qui ont survécu à l’hétaeomlic de 7: fissent peur aux assassins à travers l’océan.
Vous savez tous que sous le colonel Aleyron. le héros de la caserne Lobeau. un gardien lira sur un déporté, t'hez ce dr/torfé : il avait, sans le savoir, enfreint les limites pour aller chercher du bois; quelque teüips auparavant un autre gardien avait lire sur le chien du déporté Croiset qu'il blessa entre les jambes de son maître. Visait-on l'homme ou le chien?
Que de choses depuis! il me semble que j'en vais beaucoup oublier tant il y en a, mais on se retrouvera.
Vous avez su déjà qu'un privait de pain ceux qui, sfc
B 376 LA COMMUNE
; conformant simplement à la loi de la déportation sc
présentent aux appels sans se ranger militairement sur deux lignes. La protestation à ce sujet fut énergique? montrant que malgré les divisions introduites parmi nous par des gens complètement étrangers h la cause, j et quon y a jetés à’ dessein, les déportés n'ont point
oublié la solidarité.
On a depuis privé de vivres à l’exception du pain, du ~ sel et des légumes secs, quarante-cinq déportés comme
s étant montrés hostiles à un travail qui n’existait que dans l’ imagination du gouvernement.
Quatre femmes ont été également privées comme r. h lissant à désirer sous le rapport de la conduite, et de la
' moralité , ce qui est faux. Le déporté Langlois, mari
||g d’une de ces dames, ayant répondu énergiquement
i pour sa femme qui ne lui a jamais donné aucun sujet
| de mécontentement, a été condamné à dix-huit mois de
prison et 3,000 francs d'amende.
I; Place, dit Yerlet, ayant également répondu pour sa-
- compagne dont la conduite mérite le respect de toute la déportation, à six mois de prison et 500 francs d’amende et, de plus, ce que rien au monde ne pourrait lui rendre, son enfant né pendant sa prison préventive est mort par suite des tourments éprouvés par sa mère qui le nourrissait.
Il ne lui fut pas permis de voir son enfant vivant.
D’autres déportés ont été condamnés. Cipriani dont la dignité et le courage sont connus, ;i dix-huit mois . de prison et 3,000 francs d’amende. Fourny condamnation à peu près semblable pour lettres insolentes bien méritées par l'autorité.
Dernièrement le citoyen N&lezieux, doyen de la déportation, se trouvant assis le soir devant sa case en ; compagnie des déportés qui travaillent avec lui, un
! gardien ivre l’accusa de tapage nocturne, le frappa, et
il fut de plus mis en prison.
Chez nos aimables vainqueurs le plaisant se mêle au sévère; les gens qui ont le plus travaillé depuis leur arrivée sont sur la liste des retranchés. Un déporté se trouve porté à la fois sur les deux listes.
Ce journal officiel de Nouméa en fait preuve. Sur
l’une, comme puni pour refus de travail, sur l’autre
comme récompensé pour son travail.
«le passe une provocation faite à l’appel du soir quel-
ques jours avant l’arrivée de M. de ‘ritzbuer. Un gardien connu pour son insolence menaçait les déportés, son revolver à la main. le plus profond mépris fit justice de cette provocation et de bien d’autres. Depuis MM. Aleyron et Ribôurt cherchèrent à se justifier.
îi est prôblable que d'autres listes de retranchés vont faire suite à la première, et comme le travail n’existe pas. toutes les communications ayant été coupées depuis trop longtemps pour qu’on ait rien tenté, et, de plus le métier d’un certain nombre de déportés exigeant de premiers frais qu'il leur est impossible de faire, vous pouvez juger de la situation.
- Dans tous les cas ces choses auront servi à dévoiler complètement jusqu'où peut descendre la haine des vainqueurs; il n'est pas mauvais <ie le savoir, non pour les imiter, nous ne sommes ni des bourreaux ni des geôliers, mais pour connaître et publier les hauts faits du parti de l’ordre afin (pie sa première défaite soit définitive.
Au revoir, à bientôt peut-être si la situation exige que ceux qui ne tiennent pas à leur vie la risquent pour aller raconter là- bas les crimes de nos seigneurs et maîtres.
Louise Michel. n° 1,
On comprendra sans peine d'après ces quelques faits, pourquoi à la demande de déposition qui me fut faite au retour, je répondis comme suit.
Chambre des députés.
Commission n° 10.
A monsieur le président de la commission d'ciiqu 1 ’^ sur le régime disciplinaire de la nouvelle Calédonie.
Paris, 2 février 1881 .
Monsieur le président,
Je vous remercie de l’honneur que vous me faites d e m'appeler en témoignage sur les établissements p e " nitenciersde la Nouvelle Calédonie.
Mais tout en approuvant la lumière que nos amis jettent sur les tourmenteurs lointains, je n'irai pas en ce moment, tandis que M. de Callifet que j’ai vu faii e fusiller des prisonniers, est le chef de l'état, y ser contre les bandits Aleyron cl Hihourt.
S’ils privaient de pain les déportés, s’ils les foi* saient provoquer à l’appel par des surveillants le oe* volve v au poing, si on tirait sur un déporté rentrant le soir dans sa concession, ces gens -là n'étaient p yh envoyés là-bas pour nous mettre sur des lits de roses-
Quand Barthélemy SainL-fiilairc est ministre, Maxi du Camp de l'Académie;
Quand il se passe des faits comme l'expulsion de Cipriani, celle du .jeune Morphy et tant d’autres inl ;l ' mies; quand M. de Callifet peut de nouveau étendre son épée sur Paris et que la môme voix qui réclamait toutes les sévérités de la loi contre les ùnndits d*' VUlette s'élèvera pour absoudre et glorifier A 1 ey ro a et Ribourt, j’attends l'heure de la grande justice.
Recevez, monsieur le président, l'assurance de mon
respect. . . • /;> ; yf||
Louise Michel.
Lorsque vers 77, l’extrême gauche demanda au m 1 ' nislre Baïaut, je crois, pourquoi tant d’hommes honO' râbles étaient exclus de l’amnistie, il répondit qo e
Certains exclus avaient repoussé la .grâce» et revendique leur responsabilité. Pourquoi, répliqua Clemenceau voulez-vous que ceux qui ont été frappés oublient les horreurs de la répression? Vous dites: nous n’oublions pas; si vous n’oubliez rien, vos adversaires se souviendront. Il avait raison, Clemenceau. Nous repoussions la grâce, parce qu’il était de notre devoir de ne point abaisser la révolution pour laquelle Paris lut noyé de sang.
La fin de nia lettre du 18 avril avait trait à un projet que nous entretenions, madame llastoul et moi, au moyen d’une boite allant pleine de lit ou autres objets de ce genre de la presqu’île Ducos à Sydney où elle demeurait.
Les lettres étaient entre deux papiers collés au fond de la boite.
11 s’agissait qu’une nuit après l’appel je pouvais par les sommets des montagnes gagner le chemin delà forêt nord après les postes de gardiens et par la foret nord par lepont des Fiançais où en fait d’eau il n’y a le plus souvent qu’une houe marine, arriver en observant quelques précautions ù Nouméa par le cimetière.
De HL quelqu'un que madame llastoul devait prévenir m’eut aidée à gagner le courrier qu’elle eût payé.
l ue fois à Sydney, j’aurais tâché d’émouvoir les Anglais par le récit des hauts faits d’Aleyron et de Uibourt, et nous espérions qu’un brick monté par de hardis marins reviendrait avec moi chercher les autres.
Faute de quoi je serais moi-même revenue, car nous n’éiionsque vingt femmes déportées: il fallait les vingt ou personne.
Ce fut notre boite qui ne revint pas — j’ai su en passant à Sydney à mon retour que c’était au moment même où je devais recevoir l’avertissement convenu pour effectuer notre projet que lettre et boite avaient été livrées.
L’administration de New Caledonia ne me parla mais de ce projet sur [tris au moment de la réussite.
{Mémoires de Louise Michel d: 304 à 313- 1 Soixante- neuf femmes de déportés étaient venues sur le transport le Fénelon partager courageusement
la misère de leurs maris.
Quelques mariages eurent lieu à la presqu’île, Ilenf* Place y épousa Marie Cai lieux, jeune fille d’une grande douceur, qui vaillamment s'était battue aux barricades pendant les jours de mai.
Langlais avait épousé Elisabeth de Ghy. Les ménages de déportés étaient assez nombreux. Mesdames Dubos, Arnold, l'ain, Dumoulin, Delà ville, Leroux? Pillant et plusieurs autres avaient refait à leurs mains
une vie de famille ; des petits enfants grandissaient sous les niaoulis. plus heureux que ceux dont le seul asile avait été la maison de correction parce qu'ils
étaient fils de fusillés.
Les déportés simples à nie des Pins privés plus que nous de correspondances puisqu’ils étaient à vingt lieues eu mer, sans autres communications possibles que lettres par l’administration.
Les uns devenaient fous comme Albert (irandief? ré laeteur du Rappel, dont le crime était quelques articles ; les autres perdaient patience, devenaient irascibles. Quatre furent condamnés à mort et exécutés pour avoir frappé un de leurs délégués, Fun d'eux n’était que l’ami des autres, et n’avait pris part ;l rien.
On les lit passer devant leurs cercueils, ce qu’ils firent en souriant, délivrés de la vie.
Le peloton d'exécution tremblait, les condamnés durent rassurer les soldats.
Ils saluèrent Ses déportés et attendirent sans pMir.
L’administration ne voulut pas rendre leurs cadavres. On peignit les poteaux en rouge et ils demeuré-
jj A COMMUN B
i>Ci nt à [a meme place pendant le reste de la déporta-
tion.
Les déportés de l’île des Pins, lorsqu’ils étaient condamnés à la prison, venaient subir leur peine à la i J1 'esqu’ile Ducos; ainsi nous savions la tristesse de leur vie.
Le il mars 75, vingt déportés de Plie des Pins, tentèrent sur une barque construite par eux-méines, de s’enfuir vers l’Australie, le 18 mars de la même tuinée les débris de fembarcation furent jetés à la eùte ; pas un vêtement, pas un bout de couverture, Pas un cadavre.
Ont-ils été dévorés par les requins ou les naturels de quelqu’un de ces archipels d’îlots dont l'océan esL constellé; les auront-ils emmenés si loin parmi ces dots ignorés qu’ils n’auraient pu gagner d'autres termes ? Ces vingt se nommaient.
Kastoul, Sauvé, Savy, Demoulm. liasnié, Berger. Lhabrouty, Roussel, Saurel, Ledru, Leblanc Louis, -Masson, Ducliêne, Gai ut. Guignes, Adam, Barthélemy, Ëjilma, Gilbert, Edat.
Ce même 18 mars où furent trouvés les débris de leur barque mourait Maroteau à l'hospice de Pile Nou.
L ite Nou, c’est le plus sombre cercle de l’enfer.
Là étaient Allemane, Amouroux. Brissac, Alphonse Humbert, Levieux, ( larial, Fontaine, Daebsta. Lisbonne, Lucipia, 1 loques de Filhol, Trinquet, Urbain, etc., étant plus éprouvés, ils nous étaient les plus chers; mis Dla double chaîne, traînant le boulet près de ceux qui étaient réputés les pires criminels, ils subirent d’abord leurs insultes, puis s’en firent respecter.
Deux bras qui s’arrondissent en face l'un de l’autre au-dessus non pas d’une tête, mais d’une petite rade, c’est la presqu’île Ducos et l’île Nou entre les deux épaules, c’est Nouméa au fond de la rade.
De la baie de l’ouest on voit les bâtiments de File
Nou la ferme, une batterie de canons du mêiiie côté. Combien longtemps on restait sur le rivage contew plant cette terre désolée!
Vers la lin de la déportation, ceux de Elle Non vinrent habiter la presqu’île Jhicos. Ce fut une joyeuse fête, la seule qu'on eut depuis 71 , mais elle compta largement.
f /administration se sert contre les évasions, de canaques plus b ru tés que les autres, dressés à attacher les évadés à un bâton qu’ils portent à deux les bras et les jambes liés ensemble, de la même façon qu’ils font pour tes porcs; c'est ce qu’on appelle la police indigène Il est surprenant qu’on n’en ait pas encore fait venir à Paris quelques compagnies disciplinées pour les aider et réciproquemeiil qu'on n’en envoie pas en France.
Tous les Canaques ne sont pas corrompus de celte manière, ils ne purent supporter les vexations qu’on leur faisait endurer et engagèrent une révolte <[ 111 comprenait plusieurs tribus.
jLes colons, (ceux que protégeait /administration* s’entend) avaient enlevé une femme canaque. Peurs bestiaux allaient pâturer jusque sur la porte des rases, on leur distribuait des terres ensemencées ]> îir les tribus — la plus brave de ces tribus, celle du grain* chef Àtaï, entraîna les autres.
On envoya les femmes porter des patates, des tares, des ignames, dans les cavernes, la pierre de guerre
fut déterrée et le soulèvement commença: du côté des
Canaques, avec des frondes, des sagaies, des cassetête ; du coté ;dcs blancs, avec des obusiers de montagne, des fusils, toutes les armes d'Europe.
11 y avait près d'Ataï un barde d'un blanc oirnUre, tout tordu, et qui chantait dans la bataille; il était takata, c’est- â-dire médecin, sorcier, préLre. U est probable que les prétendus Albinos vus par Cook dans ces parages étaient quelques représentants d’une race
oS3
à sa fim. peut-être Arias, égarés au cours d'un voyage, ou surpris par une révolution géologique et dont Anrîia <Hait le dernier.
And ta le tnkata, qui chantâit près d'Ataï, fut tué dans le combat : son corps était tordu comme les troncs des
niuoulis, mais son cœur était lier.
Circonstance étrange ! Une cornemuse avait été faite par Andin, d’après les traditions de scs anç/tres . Mais sauvage comme ceux avec qui il vivait* il Lavait laite
de la peau d'un traître. Àndia, ce barde à. la tète énorme, à. la taille de nain, aux yeux bleus pleins de lueurs, mourut pour la liberté de la main d’un traître.
Ata'i lui-même fut frappé par un traître.
Suivant la loi canaque, un chef ne peut être frappé que par un chef ou par procuration.
Nondo, chef vendu à l’administration, donna sa procuration à Segon en lui remettant larme qui devait tuer Ataï.
Entre tes cases nègres et Amboa, Ataï avec quelques-uns des siens regagnait son campement quand se détachant de la colonne des Mânes, Segonj indiqua le grand chel reconnaissable à la blancheur de neige de ses cheveux.
Sa fronde roulée autour de sa télé, tenant de la main droite un sabre conquis sur les gendarmes, de la gauche un lomahbwk. ses trois (ils autour de lui et avec eux le barde Andin, qui se servait de la sagaie comme d’une lance, Ataï lit face à la colonne des blancs, ïl aperçut Segon. — Ah! dit-il, te voilà.
Le traître chancela sous le regard du vieux chef, mais voulant en finir, il lui lance une sagaie qui lui
traverse le bras droit. Ataï alors lève le tomahowk
qu’il tenait du bras gauche. Ses fils tombent l'un mort, les autres blessés. Andia s'élance, criant : Tango! tango! Maudit, maudit! et tombe frappé à, mort.
Alors à coups de hache comme on abat un chêne,
Segon frappe Ataï. Le vieux chef porte la main à sa tete à demi -dé tachée, et ce n'est qu’après plusieurs coups encore qu'il devient immobite.
Le cri de mort tut alors poussé par les Canaques* allant comme un écho à travers les montagnes.
A la mort de l'officier français Gally Pass^ boc, les Canaques saluèrent leur ennemi de ce même cri de mort parce qu avant tout, iis aiment les braves.
La tête 1 Ataï fut envoyée à Paris; je ne sais ce que devint celle d'Andia.
Que sur leur mémoire chante ce bârdit d'Ataï.
Le lakata dans la forêt a cueilli l’adouéke, l'herbe de guerre, la branche des spectres.
Les guerriers se partagent l'adouéke qui rend terrible et charme les blessures.
Les esprits soufflent la tempête, les esprits des pères, ils attendent les braves amis ou ennemis; les braves sont les bienvenus par delà la vie.
Oue ceux qui veulent vivre s'en aillent. Voilà la guerre, le sang va couler comme l'eau; il faut que l’adouéke aussi soit rouge de sanar.
Mémoires de Louise Michel .
Chez Roy, éditeur.
Ataï aujourd hui est vengé: le traître qui prit part à la révolte avec les blancs, dépossédé, exilé, comprend son crime.
Parmi les déportés les uns prenaient parti pour les Canaques, les autres contre. Pour ma part j'étais absolument pour eux. fl eu résultait entre nous de telles discussions qu’un jour, à la baie de l’Ouest, tout le poste descendit pour se rendre compte de ce qui arrivait. Nous n étions que deux criant comme trente.
Les vivres nous étaient apportés dans la baie par les domestiques, des surveillants qui étaient Canaques ; ils étaient très doux, se drapaient de leur mieux dans de mauvaises guenilles et ou aurait pu facilement les
L A. COMMUNE
confondre pour la naïveté et la ruse avec des paysans « Europe.
Pendant l'insurrection canaque, par une nuit de tempête, j’entendis frapper à la porte de mon compartiment de la case. Qui est là? demandai-je. — Taïau, répondit-on. Je reconnus la voix de nos Canaques apporteurs des vivres (taïau signifie ami).
C'étaient eux, en effet; ils venaient me dire adieu avant de s’en aller à la nage par la tempête rejoindre les leurs, pour battre méchants blancs, disaient-ils.
Alors cette écharpe rouge de la Commune que j’avais conservée à iravers mille difficultés, je la partageai en deux et la leur donnai en souvenir.
h 'insurrection canaque fut noyée dans le sang, les tribus rebelles décimées; elles sont en train de s'éteindre, sans que la colonie en soit plus prospère.
I ’n matin, dans les premiers temps de la déportation, ftous vîmes arriver dans leurs grands burnous blancs, des Arabes déportés pour s être, eux aussi, soulevés contre l'oppression. Ces orientaux emprisonnés loin de leurs tentes et de leurs troupeaux, étaient simples et lions et d’une grande justice; aussi ne comprenaientils rien à la façon dont on avait agi envers eux. Bauer, tout en ne partageant pas mon affection pour les Canaques, la partageait pour les Arabes, et je crois que tous nous les reverrions avec grand plaisir. Us avaient gardé une affection enthousiaste pour Rochefort.
Jlélas, il en est qui sont toujours en Calédonie et n’en sortiront probablement jamais!
$ L’un des rares qui sont revenus, El Mokrani, étant Venu à l'enterrement de Victor Hugo, vint à Saint- Lazare, où j'étais alors, et croyait pouvoir me parler;
mais ne s’étant pas muni d'une permission, cela fut impossible.
Pendant les dernières années de la déportation, ceux dont les familles étaient restées en France et à qui la
séparation semblait longue, ceux surtout qui avaient des petits enfants, recevaient des lettres où on le ur parlait d'une amnistie prochaine. Le temps se passait sans que l’amnistie arrivât; les malheureux qui y avaient cru sur la foi d’amîs imprudents, mouraient promptement, nombreux et souvent on s’en allait en longues files par les chemins de la montagne vers I e cimetière qui s’emplissait largement. De ce temps en* core quelques vers me sont restés :
Par les clairs de luue superbes,
Les niaoulis aux troncs blancs,
Se tordent sur les hautes herbes Tourmentés par Téffort des vents.
Là dos profondeurs inconnues,
Les cyclones montent aux nues Et l’àprë vent des mers pleurant toutes les nuits,
De ses gémissements couvre les froids proscrits.
Les niaoulis, etc.,
Sur les niaoulis gémissent les cyclones.
Sonnez, ù vents des mers, vos trompes monotones.
H faut que l’aurore se lève,
Chaque nuit recèle un maLîn,
Pour qui la veille n’est qu’un rêve.
Les flots roulent, le temps s’écoule,
Le désert deviendra cité.
Sur les morues que bat la houle.
S'agitera Tlmmanité.
Nous apparaîtrons à ces âges Comme nous voyons maintenant Devant nous ces tribus sauvages Dont les rondes vont tournoyant,
EL de ces races primitives Se mêlant au vieux sang humain Sortiront des forces actives,
L’homme montant comme Je grain.
Sur les niaoulis gémissent, les cyclones,
Sonnez, 6 vents des mers, vos trompes monotones.
If
LE IlETOUH
Ceux qui avaient passé cinq ans à la presqu'île
Pucos pouvaient, s’ils avaient un état qui pût lesnour-
i'ir, aller à Nouméa à condition que l’administration ne leur donnât plus ni vivres, ni vêlements.
On vous remettait un permis de séjour sur la grande terre, portant votre état-civil, votre signalement et au
verso : . ;
( Service de la déportation) dont voici la teneur : Permis de séjour sur la grande terré.
Par une décision du gouverneur, en date du 24 janvier 1879, le déporté fortifié un tel, n" , a été autorisé à s'établir sur la grande terre à Nouméa chez
Le déporté est tenu de se présenter au bureau de la direction le jour du départ du courrier d’Europe à 7 heures du matin, pour y faire constater sa présence; il peut circuler librement dans un rayon de huit kilomètres autour de sa résidence et ne pourra changer cette résidence sans une nouvelle autorisation;
Le déporté n’a plus droit aux objets d’habillement et de couchage, ainsi qu'aux vivres de l’administration. En cas de maladie, il sera admis dans les hôpitaux de la déportation sous la condition de payer les frais de son traitement.
Le sou s -directeur du service de la déportation,
OftAUEIt.
Cette carte depuis m’a servi plusieurs fois de certificat d’identité.
Ayant mes diplômes d’institutrice, j'eus d’abord comme élèves les enfants des déportés de Nouméa, avec
quelques autres de la ville, puis M. Simon, maire de Nouméa, me confia pour le chant et le dessin les écoles de i i lies de La ville; j’avais en outre, de midi à deux heures et dans la soirée, un assez grand nombre de leçons en ville.
Le dimanche, du matin au soir, ma case était pleû |0 de Canaques apprenant de tout leur cœur à conduit que les méthodes fussent mouvementées et très sin 1 ' pies. Ils sculptaient assez gracieusement en relief & lU de petites planchettes que nous donnait M. Simon, de? fleurs de leur pays. Les personnages avaient les bfo* raides, mais en accentuant un peu l’expression du riipj dèle, ils la saisissaient bien. Leur voix d’abord très grêle prenait au bout de quelque temps de solfège 1111 peu plus d’ampleur. Jamais je n’eus d’élèves plus dociles et plus affectionnés : ils venaient de toutes l eS tribus. Là je vis le frère de Daoumi, un véritable sauvage celui-là, mais qui venait apprendre l’œuvre interrompue par la mort de Daoumi (apprendre pour s ;ï tribu).
Le pauvre Daoumi avait aimé la îî le d'un blanc ■ quand son père l'eut mariée, il mourut de chagrin- C était pour elle autant que pour les siens qu’il avait commencé cette œuvre de géant : apprendre ce q ue sait un blanc. Il s'essayait à vivre à l’européenne.
Les taiaus me racontèrent pourquoi dans la révolte» malgré les dix sous qu’ils prélèvent éternellement sur les Canaques et multiplieront tant que les Canaques vivront en domestiques autour de la mission, ils ont respecté les pères maristes, c'est que les pères leur montrent à lire.
Leur montrer à lire I est pour eux un bienfait qui efface toutes les exactions.
A Nouméa je trouvai le bon vieux Etienne, l’un des condamnés à mort de Marseille commués à la dé] mutation. M. Malato père, pour lequel le maire, 51- Simon»
avait une grande vénération, et au comptoir colonial l’un de nos marins de la Commune, l'enseigne de vaisseau Cogniet, madame Orïowska qui fut pour nous comme une mère, Yietorine ayant sous sa direction les bains de Nouméa cl nous en offrant tant que nous voulions. Là-bas, on fraternisait largement.
Lorsque je quittai la presqu’île Ducos pour Nouméa, lîurlot portant sur sa tête jusqu’au bateau la boîte contenant mes chats, nous rencontrâmes Gcnteletqui nous attendait. — Est-ce que vous allez entrer à Nouméa avec des godillots? me dit-il, — Mais certainement. — Eh bien non, dit-il en me tendant un papier gris qui contenait une paire de souliers d'Europe.
Centelet, chaque fois qu'il avait du travail, faisait ainsi des cadeaux aux déportés et achetait, Lune après l’autre, pour le -18 mars, des bouteilles de vin qu’il enterrait en attendant dans la brousse.
Le dernier 14 udlet ;)assé là-bas, entre les deux coups de canon du soir (c’est le canon qui annonce les jours et les nuits), sur la demande de M. Simon, nous allâmes, madame Penaud, directrice du pensionnat de Nouméa, un artilleur et moi, chanter la Marseillaise sur la place des Cocotiers.
En Calédonie il n’y a ni crépuscule ni aurore ; l’obscurité tombe tout à coup.
Nous sentions autour de nous remuer la foule sans la voir. Après chaque couplet, le chœur de voix grêlesdes en fants nous répondent, repris à son tour par les cuivres.
Nous entendions les Canaques pleurer dans le bruissement léger des branches de cocotiers.
M. Simon nous envoya chercher et entre deux haies de soldats on nous conduisit à la mairie. Mais là, les Canaques aussi m’envoyèrent chercher pour voir le pilon, et en m’excusant près des blancs, je m'en allai avec les noirs (chargée de pétards et autres choses du même genre de la part de M, Simon).
LA G OHM U N I-
/Chaque tribu qui y avait consenti avait son feu dans un immense champ qui les réunissait tous. La tribu d’Ataï décimée avait aussi son feu, mais lorsque cois 1 ' mënça ia danse, les survivants, cinq ou six montèrent sur le foyer, l'éteignirent avec leurs pieds en signe de deuil.
Le pilon est étrange surtout quand tous sur une seule file passent à travers le feu. Mais cette circonstance lut vraiment grande. Les autres consentirent a donner à la tribu en deuil ce que nous avions po ilt ’ eux tous.
l’eu après, on avertit pour les derniers bateau*; l’amnistie était faite. J’appris en même temps que n* 1 mère avait eu une attaque de paralysie. Avec nies leçons et les cent francs par mois que j’avais pour les écoles, il m’avait été possible de recueillir une centaine de francs, cela me servit à prendre le courrier jusqu'à Sydney afin d’arriver plus vite et de la voir encore.
Avant mon départ de Nouméa et prenant le courrier sur le rivage je trouvai la’ fourmilière noire des
Canaques. Comme je ne croyais pas à 1 -amnistie 51 proche, je devais aller fonder une école dans les tribus; ils me le rappelaient avec amertume en disant : t Q1 viendras plus! Alors, sans avoir l’intention de 1rs tromper, je leur dis : si, je reviendrai.
Tant que je pus la voir du courrier, je regardai b 1 fourmilière noire sur le rivage el moi aussi je pleurais- (Oui sait si je ne les reverrai pas?) Voilà comment je vis Sydney avec son port si magnifique de grandeur) que je ne crois pas avoir encore rien vu d’aussi splendide. Des rochers de granit rose pareils à des tours géantes laissant entre eux une porte comme pour les Titans, connues à Nouméa, comme à Home, sept collines bleu pâte sous le ciel. On ne peut se lasser de regarder tant c’est un magique décor.
LA COMMUNE à\n
Là mes papiers n'étaient pas suffisants (je pouvais, disait-on, les avoir trouvés), cela pouvait ne pas être moi, et il fallut que Doser, établi à Sydney, certifiât que c’était réellement moi, Sons prétexte qu’il avait eu déjà des ennuis à l'évasion de Hochefort, il consentit h cette nouvelle aventure dont il n'eut aucun désagrément, Sydney étant colonie anglaise.
Sous prétexte aussi que j’étais venue de mon plein gré, le consul, une sorte de pot -à- tabac, sorti d’un tableau flamand! ne voulait me rapatrier avec les dixneuf autres déportés qui étant venus travailler à Sydney pouvaient, eux, partir de là. Mais avec le sangfroid que j'ai dans ces occasions- là, je lui dis que j’étais satisfaite de connaître de suite sa décision, parce que je pouvais gagner mon passage en faisant quelques conférences.
— Sur quel sujet? demanda-t-il.
— Sur l’administration française à Nouméa, cela inspirera peut-être quelque curiosité.
— Et que direz-vous ?
— Je raconterai ce que llochefort n'a pas pu dire parce qu’il ne l’a pas vu, toutes les infamies commises par Àieyrdn et Kibourl, aussi les causes de la révolte canaque, la traite des noirs qui se fait au moyen d'engagements. Je ne sais ce que je lui dis encore. Alors le vieux pot à tabac me regarda d’un œil qu'il voulait faire terrible, et écrasant sa plume sur le papier qu'il me donna, il dit : — Vous partirez avec les autres ! J’ai toujours cru qu’au fond, il n'était pas hostile. — Voilà comment nous fîmes le voyage de Sydney en Europe à vingt embarqués sur le John IJelder en partance pour Londres, le bateau passa à Melbourne d’aspcct moins beau que Sydney, mais une grande et large ville répapdue en damier dans la plaine.
Ainsi nous avons fait le tour du monde par le canal de Suez. — En face de la Mecque, mourut un pauvre
arabe amnistié presque mourant et — qui avait pr°' mis d'offrir ce pèlerinage à Allah s’il revenait, Allah se montre peu généreux à son égard, tandis qu a nous, les ennemis des dieux, était donnée jusqu’à la fin, la vue de la Mer ilouge, du Nil où frissonnent 1 e * papyrus, tandis que sur les rives les chameaux des caravanes, couchés, allongent leurs cous sur le sable*
Ouelle vue étrange , les rochers aux formes de sphinx, et, à perte de vue, la grande étendue des sables.
11 nous restait la surprise d'errer huit jours dans la Manche à la fin du vovàge.
Par un brouillard intense où l'on ne voyait que les phares du John Hclder pareils à des étoiles errant au son de la cloche d’alarme, avec le gémissement continuel de la sirène. On eût dit un rêve.
! /opinion générale était que nous étions perdus et quand enfin nous arrivâmes à l’embouchure de la Tamise. les amis, venus à notre rencontre sur des barques, pleuraient de joie.
On nous reçut à bras ouverts, nous trouvions la Richard, Armand Moreau, Combault, Yarlet, Prenet, le vieux père Maréchal, un autre bien plus vieux encore qui étant boulanger avait dans les premiers temps de l’exil Offert l’abri de son four et du pain aux premiers échappés de l’abattoir, le père Cha Teuton.
Au dîner chez madame Oudinot, je vois encore comme aujourd'hui Dacosta, nous attendant en haut de l’escalier, dès larmes plein les yeux.
Beaucoup étaient partis déjà, mais nous pouvions dire à ceux qui restaient combien nous avions ét<’ heureux là-bas, au temps d’Aleiron de recevoir à travers tout le hardi manifeste des comrauneux de Londres (Voir à /appendice, n° 3, page 413.)
On nous chanta comme il y avait dix ans, la chanson du bonhomme.
üonoomme, bonhomme,
II est temps que tu te réveilles!
Que de souvenirs, que de choses à se raconter!
Comme on pensait à ceux qui dorment sous la terre.
On nous conduisit au club de Rose Street, les camarades Inglais, allemands, russes, nous souhaitèrent la bienvenue et nous accompagnèrent jusqu’à la gare de New Haven. — les amis de Londres payant notre Voyage que le consul n’avait pris aux frais de son gouvernement que jusqu'à Londres où s’arrêtait le John Beldcr.
A Dieppe nous trouvâmes Marie Ferré, avec madame Bias, vieille amie de Blanqui, puis à Paris la foule, la grande foule houleuse qui se souvient.
.le revis ma mère, mon vieil oncle, ma vieille tante — ceux qui ne connaissent pas les révolutionnaires s’imaginent qu’ils n'aiment pas les leurs, parce qu'ils les sacrifient toujours à l’idée, ils les aiment bien plus au contraire de toute la grandeur du sacrifice.
Une vie révolutionnaire renaissait, l’idée aussi grandissait de toutes les douteurs souffertes.
Nous qui avions été à ta presqu’île six anarchistes, nous trouvions dés groupes ayant faille même chemin, d n'y avait nul besoin que M. Andrieux imaginât pour nous perdre de faire un journal anarchiste. Ce qui est tout de même un drôle de moyen pour un homme intelligent. Nous aurions sans cela mis nos idées à jour.
Aujourd’hui que vingt-six ans ont passé sur l’hécatombe à travers la misère et l’écrasement de plus en plus terribles des travailleurs sous la force, nous voyons de plus en plus proche le monde nouveau.
Comme la vigie habituée à distinguer au loin dans les nuées le grain qui sera la tempête, nous reconnaissons ce que déjà nous avons vu.
Il est impossible de dire dans les quelques feuilles
LA C011MLUNE
qui restent il ce livre les événements accomplis depuis le retour. Un volume ne serait pas trop : il suivra, si les événements permettent de s’attarder à, regarder en arrière ce passé qui aujourd'hui vieillit si vite.
.Minute par minute, le vieux monde s'enlise davantage, f éclosion de l'ère nouvelle est imminente et fatale, rien ne peut l'empêcher, rien que la mort.
Seul un cataclysme universel empêcherait l'éocèoe qui se prépare.
Les groupes humains en sont arrivés à l'humanité consciente et libre: c'est l'aboutissement.
Les juges vendus peuvent recommencer les procès de malfaiteurs pour les plus honnêtes, faire asseoir des innocents au prétoire, en laissant les vrais coupables comblés de ce qu’on appelle les honneurs, les dirigeants peuvent appeler à leur aide tous les inconscients esclaves, rien, rien n’y fera, it faut que le joui* se lève ! ü se lèvera.
C’est parce que c’est la lin que les choses deviennent pires, elles ont tellement empiré depuis la loi du Si) juillet 488:1, dite loi scélérate, qu’on n’osa pas alors l’appliquer et qu’elle l'est aujourd'hui.
Dans le Cou nier de Londres et de i' Europe du la janvier 181)4, je trouve le rapport sur les dites lois scélérates, que je crois intéressant de reproduire ici? peu de personnes en ayant pris connaissance complète, (pour la raison qu’on ne les croyait pas applicables).
3tï5